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101. Régiment Jules Noriac

Le pays voit en lui un dogue fidèle qui empêche les voisins de faire leurs petites méchancetés.

Les hommes de l’ordre prétendent que c’est la tranquillité, tandis que les perturbateurs affirment que c’est une nouvelle édition de l’épée de Damoclès, tirée à trois mille exemplaires.

Les fournisseurs le considèrent comme une rente

•2 LE toi' RÉGIMENT

de trente mille livres, les mathématiciens comme un nombre qui se fractionne.

Pour Béranger, c’était les enfants de îa France.

Pour les bonnes des Tuileries, c’est le Conservatoire du sentiment.

Les poètes croient le flatter en le décorant du nom de cohorte.

Les myopes qui entendent sa musique et ne distinguent que les canons des fusils, prétendent qu’un régiment ressemble à des orgues qui se promènent.

Les mères sont tristes en le voyant passer.

Les pères ont la bonhomie de se figurer que c’est une pension gratuite que le gouvernement leur offre pour mettre leurs fils enragés.

Pour l’école des lâches, c’est une énigme.

Pour les moutards, c’est du bruit.

Pour les femmes, c’est trois mille hommes !

Finalement, je présuppose qu’il n’y a dans tout ça que le dictionnaire et les femmes qui aient raison.

C’est un beau régiment, allez, que le 101®. Séparément, les hommes ne sont pas jolis, non ; mais en corps, ils sont superbes. Et braves!... Demandez à toute l’armée, ou plutôt,

Regaidez son drapeau dont la hampe est brisée.

Voyez la soie aux trois couleurs, criblée par les balles; elle ressemble à une guipure de Hollande traînée dans du sang.

Respect à cette loque illustre !

Ce n’est pas sur les boulevards qu’il faut voir passer le 101® ; vous le trouveriez guindé et poseur, —

deux vilains défauts pour un régiment. — C’est ici, sur le grand chemin. Là, seulement, il a le képi sur l’oreille et l’œil intelligent; il se sent vivre. Il rit et chante. Il chante avec ses trois mille voix une de ses chansons favorites, comme la Cantinière :

ta cantinièr’ fait de la bonn’ soupe; [bis] C’est aux dépens des enfants d’ troupe.

Les enfants de troupe sont militaires;

Ils touch’ le cœur de la cantinière.

Blaguons-li, blaguons-Ia,

Mais surtout ne l’embrassons pas.

Il y a cinquante couplets de cette force-là. Qui les a faits? Tout le monde et personne. Dans cette mélopée, la cantinière a affaire à tous les grades de la hiérarchie militaire. Ainsi, elle a de bons plats aux dépens des soldats, un cbule du caporal, de l’argent du sergent, des gants des lieutenants, une chaîne du capitaine, une montre en or du gros-major, des dentelles du colonel.

Comme vous voyez, cette chanson a peu de rime, mais elle a beaucoup de raison et de profondeur.

LE toi" RÉGIMENT 5

Ne prouve-t-elle pas que la femme luit pour tous, que les hommes sont égaux devant elle, puisqu’ils sont tous ses tributaires ?

Pendant qu’il chante, regardons passer le régiment, — donnez-vous la peine de vous asseoir. — Voici d’abord les sapeurs.

Reconnaître un sapeur entre deux sapeurs est une preuve de perspicacité remarquable. Les sapeurs se ressemblent comme des nègres ; qui en connaît un, les connaît tous.

Ce militaire, pour ne pas l’appeler toujours par son nom, avec son bonnet à poil, sa figure comme son bonnet, et son hache, fait penser à Robinson Crusoé. Il porte un tablier blanc, emblème de ses fonctions de bonne d’enfants ; vous le verrez tantôt promener la petite fille du colonel. Cette tête noire et barbue trouve des sourires d’ineffable bonté pour

ce petit être blanc et rose qui n’a pas peur de lui et l’appelle ma mie sapeur. Si vous entendiez les contes que le soldat invente pour amuser l’enfant, vous y prendriez un plaisir extrême. Ils sont ruisselants d’inouïsme, comme dit un bourgeois nommé Philoxène. Malheureusement le dénofiment ne change jamais : c’est assavoir une petite fille qui, ayant été bien sage, bien bonne, bien charitable et bien vertueuse, finit par épouser... un général de division. — Pauvre petite !

Bon et peu turbulent, se battant comme quatre, le sapeur serait un soldat modèle, si le bonheur d’avoir une belle barbe ne le rendait vain et orgueilleux vis-à-vis des troupiers et des pékins. Sa mission consiste à détruire les obstacles qui entravent la ' marche du régiment ; de là son hache. Les routes stratégiques feront bientôt de son emploi une véritable sinécure.

— Dieu ! le beau militaire !

— Parbleu! je le crois bien, c’est le tambour-

Je parierais mon cou, monsieur, que vous avez ' entendu dire que le tambour-major du 101e était un peu stupide ? Eh bien, c’est vrai, mais il faut tout dire, c’est qu’il ne veut pas se donner la peine d’avoir de l’esprit; qu’en ferait-il? « ça lui est inférieur dans sa position. » Habitué à voir l’humanité audessous de lui, il se croit au-dessus de l’humanité. Envié des uns, dédaigné des autres, il reste seul... avec son baudrier. L’Amour, ce dieu malin qui inventa la diane, ne le régénérera pas, car il ne sera aimé que pour sa canne et son plumet. De toutes les variétés de la femme, il ne connaîtra que la plus insipide, la femme qui aime les bel homme. Ne l’enviez pas, et bouchez-vous les oreilles, voici les tambours.

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LE lOl* REGIMENT

L’ne haute-paye (3 sous) et la certitude de faire du bruit dans le monde rendent le tambour d’une fierté insupportable ; par tradition, il penche légèrement la tète à droite pour avoir l’air gracieux. Quand il reverra sa chaumière, son vieux père et son troupeau, il insinuera adroitement qu’il a dédai* gné les honneurs pour suivre une vocation.

Maintenant, vous pouvez écouter, les tambours ont fini et un coup de grosse caisse annonce la musique.

LE lOl* RÉGIMENT

La musique du 101* n’aurait pas de rivale, sans une maladie dont le chef est attaqué. Musicien excellent, harmoniste douteux, l’infortuné passe sa vie à faire exécuter des variations sur les motifs de Guillaume Tell, quand il lui serait facile de les faire exécuter au naturel.

Les gagistes, plus artistes que soldats, ont un petit débraillé qu’on tolère en faveur du talent, mais qui fait le désespoir du gros-major.

Le trombone est grave et sérieux. Lorsqu’il joue son solo, il a l’air d’exercer un sacerdoce. Le régiment est fier de lui et le proclame le premier trombone de France. C’est peut-être vrai.

La petite flûte est cynique, elle ne rougit pl' s.

La clarinette est philosophe.

Le saxophone est progressiste.

Le cor est toqué.

Le hautbois est quinteux et donne des leçons en ville.

Vophidéide, ne m’en parlez pas.

11 existe dans la tnusique un poste fort envié, c’est celui de porteur de grosse caisse. Le faignant qui l’obtient espère devenir sourd au bout d’un an, et être renvoyé dans ses /b»7/t>r*.L’événementtrompe ses prévisions. Il devient bossu, et on le garde, parce que sa gibbosité se transforme en un merveilleux point d’appui pour l’instrument, à ce que dit le colonel.

Le colonel est toujours seneux et ennuyé. On comprend pourquoi. Mener trois mille hommes n’esi pas une petite affaire, entendre tous les jours de variations sur la romance de Guillaume n’est pas chose amusante. Sur son cheval arabe, le dos tourné au régiment, le colonel voit tout, il sait tout;

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ce qu’il ignore, il le devine. En rentrant au quartier, il fera consigner pourdeux jours le n® 7 du deuxième rang de la 3* compagnie du 2* bataillon, pour n’avoir pas congrûment astiqué sa giberne. Sa voix a mille échos lorsqu’elle commande, pas un lorsqu’elle punit. Sa sévérité proverbiale cessera le jour où il passera général de brigade. Il va sans dire qu’il n’a pas froid aux yeux et qu’il est le père de ses soldats.

Le lieutenant-colonel parle comme le colonel, marche comme le colonel, grogne comme le colonel, rit comme le colonel, fait tout comme le colonel. Mais il est plus vieux. Pourquoi ? Je n’en sais rien. C’est une affaire entre le ministre et la destinée.

LE m* RÉGIMENT

Le commandant du bataillon atrente-aept ans de service; admis bientôt à faire valoir ses droits à la retraite, il se retirera à Batignoiles, où ses lunettes vertes, peu prisées au régiment, le feront considérer dans le civil. C’est un homme brave, en train de devenir un brave homme.

Le commandant du 2* a des moustaches de vingt centimètres ; elles étaient plus longues, mais le colonel l’a engagé à les rogner. Ce brave commandant est la franchise illustrée, il dirait ses vérités au bon Dieu.

Un jour, le général X..., un vieux de la vieille, regrettait devant lui qu’on eût changé les pantalons bleus de l’infanterie de la garde.

— Général, dit le commandant, je déplore amèrement de ne pas partager votre avis. Mais, vous le savez, mon général, je ne suis pas de ceux qui achètent la bienveillance par les courbettes, les viles flatteries ou les basses adulations. Pardonnez à ma franchise brutale; piais je déclare hautement et sans crainte, que... je préfère les pantalons rouges.

— Préférez, commandant, préférez, lui répondit en souriant le général.

Depuis cette audaciehse réponse, le commandant est persuadé que le général est son ennemi le plus dangereux. C’est à sa franchise qu’il attribue tous les passe-droits dont il se prétend victime.

Le commandant du 3e, à peine âgé de trente ans, a gagné son épaulette et la croix d’officier de la Légion d’honneur en Crimée, où il s’est couvert de gloire. Il porte un des plus beaux noms de France, il a 60,000 francs de rente, une jeune femme aussi belle que sa fortune. Estimé des chefs, adoré des soldats, une carrière magnifique s’ouvre devant lui. Voilà plus qu’il n’en faut pour être l’homme le plus heureux du monde. Eh bien ! pas du tout. Ce pauvre commandant a un serpent dans le cœur, un chagrin chronique, une douleur incurable. Ce serpent, ce chagrin, cette douleur, c’est d’avoir deux centimètres de moins queM. Tlüers, lepluspeüt des grands hommes.

Ift

Le gros-major est bien à plaindre, aussi se plaintil lui-même toute la journée. Toujours sous le coup d’une attaque d’apoplexie très-foudroyante, il est certain de mourir victime d’uue obésité qui ne fait que croître et enlaidir. Chaque action de sa vie est un travail : poui‘ prendre une plume, agrafer son ceinturon, sortir son épée, il fait des efforts inouïs; aussi dit-il à chaque instant : « Un gros-major, voyez-vous, c’est le forçat du régiment. » Si le colonel le fait appeler, il part en disant à sa femme : « Tu v(MS, voilà encore le colonel qui m’envoie chercher, il faut que j’y aille, on me traite comme un galérien. »

L’adjudant-major est au régiment ce qu’ua chien est à un troupeau de moutons. Chargé de surveiller les évolutions, on le voit toujours courant partout et ailleurs, — tant il est zélé, — criant après ceux-ci, harcelant ceux-là , toujours prêt à mordre 'les mollets des retardataires. Après l’exercice, il est calme comme un Anglais.

L’adjudant-major est un officier distingué; dans deux ans, ce sera un officier supérieur.

Les officiers pas supérieurs sont :

Les capitaines.

Les lieutenants.

Les sous-lieutenants.

Par le mauvais esprit qui court, on doit se garer aes interprétations insidieuses. Je m’empresse de déclarer qu’en disant officiers pas supérieurs, je parle de la supériorité du grade, non de celle de l’intelligence. Graine d’épinards à part, les officiers

du 101* sont tous supérieurs, à peu de chose près.

Je fais cette déclaration avec d’autant plus de plaisir que c’est un acte de justice, et que je serais désolé de blesser l’amour-propre de qui que ce soit, mais aussi parce que je sais qu’en matière de susceptibilité, les officiers du 101* ne plaisantent pas, oh!!!!

Les officiers du 101® peuvent se classer ainsi, savoir :

L’officier marié . . . • L’officier sérieux. . . .

L’officier de fortune .

L’officier qui a du chic L’officier rêveur. . . .

L’officier de fantaisie. .

L’officier insouciant. . .

L’officier fortuné. . . .

Premier tiers.

Deuxième tiers.

Troisième tiers.

L’officier marié ne fréquente personne, pas même ses confrères en mariage, parce que « ça fait des cancans ; » or les cancans sont chose déplorable au corps. Le moindre bavardage y prend des formes gigantesques; pendant huit jours il divise les offi-

ciers et leurs moitiés en deux camps, Mcntaigus et

Capulets.

Le jour où le capitaine Michel va trouver le caitaine Baudoin et lui dit ; a Capitaine, est-il vrai que vous auriez dit que j’ai dit que ma femme m’avait dit que la femme du capitaine Landry lui avait dit que son mari portait un corset ? »

Ce jour-là, malheur! trois fois malheur! une guerre intestine va ronger le régiment, et peut-être pendant des années!...

On devrait bien faire une œuvre pour prouver que le mariage est le tombeau de la gloire. .

L’officier sérieux est celui qui s’occupe de théorie, d’administration et de manœuvres.

Cartes, plans, stratégie, tactique et histoire militaire, telles sont les matières qui absorbent son temps. Ses goûts et ses aptitudes le portent exclusivement à ces travaux. Il en est, du reste, toujours récompensé, soit par une citation au Journal militaire officiel, qui chatouille son amourpropre, soit paff le tableau d’avancement.

A côté de l’officier sérieux. faut placer \' officier

de détail, l’officier qui remplit des fonctions spéciales, comme :

- Le porte-drapeau, chargé en outre du casernement,

L’adjoint au trésorier.

Le lieutenant d’armement.

Le sous-lieutenant directeur des écoles,

Le lieutenant instructeur du tir.

Le lieutenant ou sous-lieutenant dirigeant le gymnase et l’école de natation.

Les officiers insouciants affectent de ridiculiser le détail. C’est un tort. En Afrique et hier encore en Crimée, des officiers du Iffl® ont prouvé que les talents administratifs et spéciaux n’excluaient point le courage.

L’armée anglaise, dont la valeur est incontestable, a été pendant la dernière guerre bien au-dessous de la nôtre pour le détail; ambulances, vêtements, vivres, tout était d’une infériorité regrettable. Pat la mauvaise organisation et le manque de prévoyance, des échecs insignifiants sont devenus des désastres. Nos soldats devant Sébastopol ont, en procédant par

comparaison, vivement senti le prix de la sollicitude constante de la haute administration.

Comme, Dieu merci! nous ne sommes pas toujours en guerre, j’apprécie fort l’officier qui pendant la paix prépare la sécurité de l’avenir en rêvant l’intendance.

Ces officiers, je le répète, sont tous des officiers sérieux, ce qui ne va pas m’empêcher de chercher un peu noise au capitaine trésorier.

Tranquillisez-vous, je n’ai rien à dire contre l’honneur ou la probité de ce digne officier, l’un et l’autre sont tellement à l’abri de toute attaque, que j’ai toujours désiré un million pour le lui confier ; cependant, je lui en veux un peu, et voici pourquoi. Comme tous les officiers du 101e, je connais le trésorier comme ma poche; je l’ai vu arriver au corps.

1<* 11 a commencé par être soldat attaché aux écritures du sergent-major,

2“ Caporal- fourrier,

3“ Sergent secrétaire du trésorier,

/j® Sous-lieutenant adjoint au trésorier.

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5® Lieutenant attaché à l’arniement,

6® Capitaine-trésorier.

J’ai rendu justice à l’honorabilité de cet officier, je rends hommage à ses talents administratifs ; mais en jetant les yeux sur ses états de service, on voit que c’est tout au plus s’il a su faire l’exercice. Constamment dans les bureaux, il n’a jamais vu et ne verra jamais le feu ; toutes les fatigues de la vie militaire, depuis la première garde jusqu’h l’assaut, lui sont complètement inconnues.

Pourquoi alors cette allure cassante, ces jurements sans fin et ces moustaches exorbitantes ; pourquoi toujours dire : « Sacrebleu ! je n’ai pas de chance ! Être toujours assis, la plume à la main ! j’étais né pour la vie des camps; la guerre, voilà mon élément, et il faut que je reste cloué... sacristi! » Allons, allons, capitaine, vous avez tort, vous avez trois enfants et une femme, que'diable! Votre ventre vous gène. Vous ôtes venu au monde la plume derrière l’oreille, aussi êtes-vous devenu un comptable accompli; croyez-moi, ne vous plaignez pas; « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. >

22 LF, lOl* RÉGIMENT

J’en veux également un peu au capitaine d’habillement.

S’il n’a pas de prétentions guerrières, il a, lui aussi, une manie bien étrange. Il veut absolument que les vêtements des soldats soient toujours trop larges, alors qu’ils sont toujours trop étroits. Ainsi il fait endosser une capote à un militaire.

— Elle va comme un gant ! s’écrie le capitaine ; elle colle.

— Mon capitaine, répond timidement le troupier, elle colle trop.

— Qu’entendez-vous par là? répondez franchement.

— Capitaine, elle colle si tellement, que je crois qu’elle est wn tant soit peu étroite.

— Vous voulez donc être dans un sac?

— Oh! non, mon capitaine...

— Eh bien alors, sacristi! que réclamez-vous?

Un caporal se présente, il lui faut une tunique

neuve, — l’ancienne a fait son temps. — il essaye.

— Ah! ah! s’écrie de nouveau le capitaine, voilà qui va comme un gant ! (Ça va toujours comme mi gant...)

— Elle serre comme tout...

— Il faut qu’un soldat ait du chic.

— Elle me gêne aux entournures, mon capitaine.

— Caporal, vous dites là une stupidité qui serait impardonnable, même si elle sortait de la bouche d’un simple soldat.

— Mais, mon capitaine, je vous assure...

— Faites-moi le plaisir de me dire pour quels motifs cette tunique vous gênerait, et quel intérêt elle pourrait avoir k cela ?

Le caporal rélléchit et finit par se rendre à un argument si péremptoire.

D’où vient cette passion du capitaine pour l’étroit?

On affirme, ou plutôt on suppose qu’il économise pour habiller vingt-cinq gamins, les enfants de troupe, qui passent par-dessus le marché.

L’officier de fortune est l’officier qui n’en a pas.

L’officier qui a du chic est celui qui serre son ceinturon de manière à ressembler à une gourde.

L’officier insouciant est neureux sans savoir de quoi.

Le jour où il aura sa retraite, il se réjouira sans savoir pourquoi.

Si on en excepte le service, l’officier de fantaisie s’occupe de tout, c’est-à-dire de rien.

En province, les officiers du 101® ont beaucoup de moments inoccupés ; voici conunent ils les emploient ;

Les officiers mariés font chez eux de la tapisserie;

Les officiers sérieux s’occupent d’études spéciales;

Les officiers de fortune font des dettes ;

Les officiers qui ont du chic posent;

Les officiers de fantaisie vont chasser, montent à cheval, aiment;

L’officier rêveur (unique au 101') se livre à une poésie qui fait l’admiration des sous-officiers;

Les officiers fortunés vont dans le monde, après s’être préalablement déguisés en bourgeois;

Les insouciants vont au café, et... y retournent.

Les jeunes beaux et les artiste^s reprochent aux militaires de n’être pas « hommes du monde. »

Ce serait le moment, si les militaires étaient ran-

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luniers, de reprocher aux gens du monde de n’être point des hommes de guerre. •

Il est un type Ct)mplétement disparu de l’armée. C’est celui de l’officier hâbleur, criard, grossier, grognant à tout propos et hors de propos.

Cependant on en retrouve de loin en loin; le 101' en possède un, mais comme simple ornement. Nous en parlerons à son heure.

Tous les jours l’atticisme gagne du terrain dans l’armée. La guerre de Crimée a porté le dernier coup à la vantardise et à l’insolence. A quoi bon se vanter quand on a fait ses preuves? pourquoi avoir l’air méchant quand on a montré qu’on est redoutable?

A la seconde représentation de Psyché, à l’Opéra- Comique, un lieutenant du lOl® se trouvait à l’orchestre, à côté de deux messieure qui, ayant bien dîné, causaient à qui mieux mieux.

M®e.Ugalde, — cette ravissante cantatrice que les plus charmantes ne font pas oublier, — allait chanter ses couplets du premier acte.

— Messieurs, dit l’officier, voulez-vous être assez bons pour ne pas causer si

LE 10l« RÉGIMENT

— Pourquoi cela, monsieur, s’il vous plaît?

— Mais*monsieur, parce que vous m’empêchez d’entendre.

— J’en suis fâché, je suis ici pour mon argent.

— Cependant...

— J’ai payé, en payant je suis chez moi.

— Comment! chez vous?

— Oui, monsieur, dit le voisin, du moment oîi je paye, je suis chez moi.

— Eh bien 1 monsieur, répondit en souriant l’officier, je vous fais mon compüment, vous êtes bien logé.

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