‹ 101. Régiment Jules NoriacChapitre 8 sur 49 · L’AUTRE CAPITAINE · texte numérisé non relu

L’AUTRE CAPITAINE

Tiens! ils sont tous partis. C’est égal, vous pouvez continuer, ça ne me gêne pas; j^n ai vu bien d’autfes en Afrique.

Laissons ces deux braves causer victoires et conquêtes, et allons faire un tour à la caserne, où nous trouverons les sous-officiers.

Mon cœur saigne de ne pouvoir vous présenteT un à un ces vaillants défenseurs de la patrie; mal<

heureusement mes cadres sont trop petits pour que je puisse les immatriculer tous.

Pour entrer au quartier, il nous faut demander la permission à l'adjudant sous-officier.

L'adjudant est quelque chose au régiment comme un commissaire de police en tunique. Officier par le costiune, sous-officier par le grade, l’adjudant se considère comme bien au-dessus de ses collègues; il lui arrive de dire :

— Vadjudance est l’oBuf de l’épaulette.

Il a raison, car, en général, cette dernière étape est la plus courte. Mais, comme on peut devenir

sous-lieutenant sans avoir été adjudant, il arrive

quelquefois que Vadjudance devient un poste fixe, un œuf qui ne peut éclore, comme le prouve l’histoire de l’adjudant Folligoulas,

C’était un sous-officier comme on n’en avait jamais vu, cet adjudant Folligoulas, bel homme, savant, modeste, d’une tenue irréprochable et ne s’occupant que de son affaire, réunissant, en un mot, toutes les vertus militaires; et pourtant il resta adjudant pendant vingt-cinq ans; voilà comment la chose arriva :

LE lOl* REGIMENT

Son colonel avait tant d’admiration pour son mérite, qu’il ne manquait jamais de dire à chaque mutation : « Parlez-moi de Folligoulas, voilà ce que j’appelle un vrai sous-officier. Ah! s’ils étaient tous ainsi, je serais un colonel trop heureux ; aussi, il avancera forcément, il se recommande assez par lui-même, je n’ai pas besoin de m’en occuper. »

Au bout de dix ans, Folligoulas vit tous ses camarades passer officiers. Extrêmement flatté de l’admiration de son colonel, il demanda à changer de corps. Le colonel refusa, il tenait tant à lui, que pour rien au monde il n’eùt voulu s’en séparer. L’adjudant demanda son congé, on ne put le lui refuser. Sans perdre un jour, il s’engagea dans un autre régiment. Trois ans après, il avait rattrapé son ancien grade. Alors, avec un machiavélisme inouï — pour un militaire, — il cacha avec soin ses bonnes aptitudes, et ne tarda pas à passer aux yeux de ses nouveaux chefs pour une brute distinguée. Le colonel disait :

— Voilà un garçon né pour son grade.

A quoi le commandant répondait ; '

— Dieu, en créant des grades subalternes, créa

nécessairement des intelligences bornées pour les occuper.

Et dix ans se passèrent encore.

Le régiment partit pour l’Afrique; l’espoir revint au cœur de l’adjudant. A la première rencontre, il se battit comme un lion et resta blessé sur le champ de bataille.

Le colonel, qui pendant l’action avait admiré son courage, lui cria :

— Adjudant, vous avez l’épaulette !

— Trop tard, répondit laconiquement Folligou-

las; je n’en ai plus le placement. t

Un biscaïen lui avait emporté l’épaule droite.

Le sergent-major s’occupe de comptabilité avec le fourrier ; l’un et l’autre parlent l’argot à humilier un vaudevilliste; ces jeunes troupiers font de l’epate, des embarras, si vous aimez mieux. Mais qui n’en fait pas?

Lorsqu’un sergent-major a à se plaindre d’un officier, il ne manque jamais de dire : « Quand j’étais dans le cinil, j’ai occupé des emplois qui ne seront jamais de sa compétence. » Lorsqu’il redevient ci-

toyen, sa plus grande gloire est d’avoir été sergent-

major.

La grande affaire, la seule qui préoccupe le sergent-major, c’est le rapport.

Tous les matins, à huit heures et demie,

Le lieutenant-colonel,

Le chef de bataillon de semaine.

Le major (le gros!).

Le capitaine adjudant-major.

L’adjudant sous-officier de semaine.

Le tambour-major,

Le chef de musique.

Le vaguemestre

Et les sergents majors se réunissent chez le colonel pour le rapport.

Au 101e, le colonel est sévère; aussi on cause peu. Le service est l’unique sujet dont on s’occupe.

LE COLONEL

Eh bien ! commandant, quoi de nouveau ?

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