PASTEUR ET PROFESSEUR
La ville d'x\vignon faisait autrefois partie du comté de Provence. Elle fut vendue par Jeanne !'■«, reine de Naples et comtesse de Provence, à Clément, pontife romain, pour la somme de quatre-vingt mille florins d'or de Florence, en Toscane. Le marché et la vente furent négociés et effectués en l'an de grâce 1349. Mais le bon Pape^ craignant qu'on ne le soupçonnât de quelque mauvais dessein sur cette généreuse princesse qui lui cédait à si bas prix une si belle portion de son patrimoine et héritage, publia immédiatement une bulle défendant et condamnant toute aliénation de ses domaines, qu'elle pourrait vouloir faire à l'avenir. Elle était mineure lorsqu'elle fit la cession dont nous venons de parler.
Yers les premiers temps de la Réformation, il y avait à Avignon deux avocats, docteurs en droit canon, procureurs et banquiers (proctors and pleaders) en cour de Rome, lesquels avaient nom Messieurs Chamier et Brunicr. Ils furent amis intimes pendant toute leur vie et ils léguèrent cette amitié dévouée à leurs enfants, descendants et postérité, comme un joyau précieux. Cette amitié héréditaire s'est perpétuée inviolablement jusqu'à ce jour, ainsi que j'en ai été assuré par plusieurs des arrière-petits-neveux du grand Chamier, de la sixième génération.
Ces deux docteurs en droit canon firent ensemble le voyage de Rome; mais la cause de ce voyage est inconnue. Etait-ce pour leurs affaires, était-ce par curiosité, ou par un motif de dévotion et de religion? Aucun auteur ne permet de résoudre la question. Le fait est qu'ils allèrent à Rome et passèrent quelques semaines dans cette résidence de la Bète anti-chrétienne (antichristian Beast). Mais ils furent bientôt las de la Babylone mystique, de ses abominations, de
superstitions. In so much;, that they returned full fraught with bitter and insuperable prejudices against her, and her idolatry and irréligion; which also engaged them to close in more easily and readily with the sentiments, doctrines and worship of the Reformed that in those days were universally diffused, much in vogue, and most joyfully received.
These two learned men having felt and tasted the sweets and efficacious power of divine grace in the conversion and renovation of their own souls, and being eminently illuminated by the Holy Ghost, and anointed w ith choice and singular gifts of knowledge and understanding in the saving mysteries of the Gospel, are called out by the voice of God and of his importunate people to employ their talents, their excellent and useful talents for the service and edification of the Church of God, to labour in his vineyard, and to preach those divine and heavenly truths unto others of wliich themselves had such ample, rich and comfortable experience in and upon their own hearts.
In what church or province Mons'' Brunier officiated as minister I cannot inform my reader, because I want information myself. But his son was a pastor of great note and reputation in the Reformed Church at Usez whichis the ancient Valeey of the TeCtosagae, and now an episcopal see. He pronounced that dreadful sentence of excommunication against Jeremy Ferrier, an apostate minister, by the authority of the colloquy of Leonnois and the provincial synod of Lower Languedoc, empowered thereunto by the national synod of Privas. It was done in the church of Nismes where Ferrier had officiated as pastor, and at that very time actually resided, viz. on the 14th day of July 1013 being the Lord's day. You may read it at large fol. 448, 449 and 450 of the first volume of my Synodkon in Gallia Reformata.
AdriaD Charnier the converted canonist, was first constituted pastor of the church of Romans in the Dolphinate. Romans is one of the fairest towns of that province, and in those days came not behind any others within that principality either for wealth and riches, or for numbers of people and inhabitants. He was their pastor before the year 1500 with much fruit and good success. At the same time that the famous colloquy was held at Poissy by order of the French king and his mother the Queen Regent betwixt the champions of the protestant and popish religion, Mons^ Charnier was called out unto another which was held pubUcly at Chastelheraut with one llombet, a bold and vain-
ses pratiques exécrables et de ses superstitions. Ils en revinrent donc dans leur pays^ si profondément indignés contre Rome et contre son idolâtrie et son irréligion, qu'ils n'hésitèrent pas à embrasser les sentiments, les doctrines et le culte de la Réformation, qui était à cette époque universellement répandue et accueillie partout avec faveur et avec joie.
Ces deux savants personnages ayant éprouvé et goûté les douceurs et la puissance efficace de la grâce divine pour la conversion et la rénovation de leurs âmes, et étant éminemment illuminés par le Saint- Esprit et doués des dons choisis et particuliers de connaissance et d'intelligence des mystères salutaires de l'Evangile, furent appelés par la voix de Dieu et de son peuple, à consacrer leurs talents et leurs facultés excellentes et utiles au service et à l'édification de l'Eglise de Dieu. Ils furent invités à travailler à la vigne du Seigneur et à prêcher aux hommes ces vérités divines et célestes, dont ils portaient dans leur cœur la douce conviction et les sublimes efTets,
J'ignore dans quelle province et dans quelle église M. Brunier oflicia connne ministre. Je sais seulement que son fils fut un pasteur de grand mérite et de grande réputation dans l'Eglise réformée d'Uzès qui est l'ancienne Fo/cey des Tectosages^ et qui a maintenant un siège episcopal. Il fut chargé, par le synode national de Privas, d'exécuter la terrible sentence d'excommunication portée contre Jérémie Ferrier, ministre apostat, par l'autorité du colloque du Lionnais et du synode provincial du Bas-Languedoc. L'exécution eut lieu le dimanche ik juillet 1613, dans l'église même de Nîmes, où Ferrier avait rempli les fonctions de pasteur et où il demeurait encore. On trouve le texte complet de la sentence aux fol. 448-450 du premier volume de mon Synodicon in Galliâ reformata.
Adrien Chamier, le canoniste converti, commença sa carrière ecclésiastique à Romans, en Dauphiné. C'est une des plus belles villes de cette province, et, en ce temps-là, elle ne le cédait à aucune autre en prospérité, en richesse, en population. Il était pasteur de l'Eglise de Romans avant l'année 1560; il y prêcha avec beaucoup de fruit et de succès. Vers le même temps eut lieu, par ordre du roi de France et de sa mère, la reine régente, le fameux colloque de Poissy entre les champions de la religion protestante et ceux de la religion de Rome. M. Charnier fut appelé au colloque de Châtcllerault, où il disputa publiquement avec un prêtre catholique romain, nommé Homblet,
glorious Roman Catholic priest. Charnier defended the truth most stoutly and judiciously to the confusion of the adversary. This was in the year 1562.
He married a godly lady at Annonay in Vivaretz of the noble family of Fournier by whom through the good blessing of God, he was made father of six children, one son and five daughters. His son was called Daniel, an account of whose life, most courteous reader, you shall have in the following sheets most faithfully delineated to you. fJut suffer me to insert one word of his eldest daughter, a gentlewoman of surpassing beauty, who was espoused unto a son of Mons"" de la Faye, that most famous pastor and professor in the church and university of Geneva. His son was also a minister. And the holy ministry hath continued in a direct line in his family from father to son for seven generations. These having served the Reformed Churches of France with reputation and acceptance until the late dismal catastrophe in the year 1685, when all the ministers were banished that sinful kingdom utterly unworthy of the blessed Gospel of Christ. And the seventh successive minister of this house of Levi is now an ordained pastor, and preacheth, not only in his own native language, but also being so far master of the English tongue, he doth actually officiate in the ministry to an English church in the city of Utrecht, the capital of that bishopric and province of the United Netherlands. A rare honour and happiness for one family. And I have met vith but one instance in my poor reading that can parallel it, which is of Mons"" Léger ^^hose ancestors had for 400 years together been successively pastors unto those mother churches in the valleys of Piedmont.
But let us return to Adrian Chamier. I find him to be at Paris in the year 1565 during the sitting of the national synod which \vas held the second time in that city. I am apt to think he was deputed thereunto by his province ; because pastors were not permitted to be absent from their churches , and to be in those towns where those famous synods were held w ithout being sent unto them by their superiors. It is true, his name is not recorded as a deputy, nor is there any other of the deputies unto it mentioned. The prudence of those times concealing them, because of the many dangers and persecutions to uhicli they were continually exposed.
When he returned back again unto Romans, he found not one of his family there. For by reason of those cruel intestine broils and bloody
homme vaniteux et fanfaron. Chamier défendit la vérité avec fermeté^ avec esprit et confondit son adversaire. Ceci se passait en l'an 1562.
Notre théologien épousa à Annonay, en Vivarais^ une pieuse dame de la noble famille de Fournier, qui , par la grâce de Dieu , le rendit père de six enfants, un fils et cinq filles. Son fils fut nommé Daniel. Vous trouverez, cher lecteur, dans les pages qui suivent, le fidèle récit de sa "vie. Mais permettez qu'auparavant je dise quelques mots de la fille aînée de Chamier, jeune personne d'une beauté extraordinaire, qui épousa un fils de M. de la Faye, le fameux pasteur et professeur de l'église et de l'université de Genève. Le fils de ce dernier fut aussi ministre, et ses descendants mâles le furent comme lui jusqu'à la septième génération. Ils ont tous servi l'Eglise réformée de France avec honneur et avec zèle jusqu'aux funestes événements de l'année 1685, où tous les ministres furent expulsés de ce malheureux royaume, tout à fait indigne de connaître le saint Evangile de Christ. Le septième descendant direct de M. de la Faye est actuellement pasteur à Utrecht, où il prêche non-seulement dans sa langue maternelle, le français, mais encore en anglais; car il dessert aussi l'église anglaise de cette ville, qui est le chef-lieu du diocèse et de la province. C'est là une gloire et une bénédiction bien précieuse pour la famille. Je ne connais pour ma part qu'un seul exemple d'une pareille succession d'hommes distingués dans la même maison; c'est la famille de M. Léger dont les ancêtres ont, pendant 400 ans consécutifs, exercé le sacré ministère dans les églises métropolitaines des vallées du Piémont.
Mais revenons à Adrien Chamier. Je trouve qu'il était à Paris en Tan 1565, durant la session du synode national, qui fut tenu pour la seconde fois dans cette ville. J'ai de fortes raisons de croire qu'il y fut député par sa province; car il n'était pas permis aux pasteurs de s'absenter de leurs églises et de séjourner dans les villes où se tenaient ces célèbres synodes, sans y être autorisés par leurs supérieurs. A la vérité son nom ne se trouve pas mentionné dans les actes, mais les autres députés sont également passés sous silence. La prudence exigeait cette omission afin de soustraire ces personnes aux dangers et aux persécutions auxquelles elles étaient continuellement exposées.
Quand il revint à Romans, il n'y trouva plus aucun des membres de sa famille. Us avaient dû fuir à La Baume, en Provence, par suite
civil wars Avith which France and Dolphiny in particular were in those days most horribly harassed and plagued , they were all fled unto La Baume in Provence. In this desert near unto the city of St.-Maximin is that famous grotto of Mary Magdalene ( if you have faith enough to swallow down the popish tradition) where she did penance the rest of her life, full 20 years after she had left Judea, for the lubricities of her youth. The Roman Catholics according to their devotion do go in pilgrimage unto this cave in our days. But certainly Mademoiselle Chamier went not thither upon that superstitious account. No, she retired with her poor children as that holy woman in the Apocalypse (an illustrious type of the true Evangelical Church) who fled into the wilderness from the rage and fury of that old red dragon and his infatuated crew of croisade persecutors, that would have massacred her and her innocent children.
In and about Provence Mons»" Chamier lived with his family w ell nigh seven years, and undoubtedly not unusefully. But whereas in the year 1572 hell was broke loose upon the poor protestants of France, and all the infernal furies ravaged that kingdom and exercised their diabolical cruelties in blood, murders and massacres in all places (where the bigotted, frantic papists had gotten power of domination) upon God's precious saints, Adrian Chamier quitted France and retired unto Geneva which was then the common sanctuary of the fugitive Reformed. But his wife and children were dispersed.
No sooner was the storm overblow^n, and a little calm and breathing time graciously vouchsafed and restored unto the churches of France (for the rod of the wicked shall not always rest upon the lot of the righteous lest the righteous put forth their hands unto iniquity) than he quitted Geneva, and came to Nismes, and was entreated and employed by the citizens and church of God there to deal with the Lord of St-Romans to accept the government of that city, which dangerous piece of service he undertook, although to the apparent hazard of his Ufe, and w ith much difficulty effected having prevailed by his rhetoric and arguments with that noble gentleman to take upon him that important troublesome office.
In company of the Lord of St-Romans he came untoPouzin a little town in Yivaretz situated on the banks of the Rhone, and encouraged its inhabitants to stand up resolutely for their liberties and properties, civil and religious, and not to suffer themselves tamely like sots and
des dissensions intestines et des guerres civiles et sanglantes et si implacables dont la France^, et en particulier le Dauphinc, étaient alors le théâtre. Dans ce désert^ peu éloigné de la ville de Saint-Maximin , on voit la fameuse grotte^ où^ suivant la tradition catholique assez difficile à croire (1), Marie Madeleine, après avoir quitté la Judée^, passa les vingt dernières années de sa vie, dans la pénitence et l'expiation des fautes de sa jeunesse. Les cathohques romains se rendent en pèlerinage à cette grotte, même de nos jours, dans un but de dévotion. Mais mademoiselle Chamier n'alla pas à la Baume avec cette superstitieuse intention. Elle s'y retira avec ses malheureux enfants, comme la sainte femme de l'Apocalypse, type éclatant de l'Eglise évangélique, qui se sauve dans le désert pour échapper à la fureur du vieux dragon rouge, dont les satellites furieux l'eussent massacrée avec son innocente famille.
M. Chamier passa encore sept années avec les siens, soit en Provence, soit dans les pays voisins. Ces sept années furent sans doute utilement employées; mais en 1572 l'enfer se déchaîna contre les malheureux protestants de France et exerça toutes sortes d'horreurs contre les saints élus de Dieu, dans toutes les villes, dans tous les villages où les superstitieux et furieux papistes étaient les plus puissants. Adrien Chamier quitta alors la France et se retira à Genève, qui était l'asile commun de tous les protestants fugitifs. Mais sa femme et ses enfants furent dispersés.
Dès que cette tempête se fut un peu apaisée et que le calme commença à se rétablir, Adrien Chamier quitta Genève et se rendit à Nîmes. La sécurité renaissait dans le sein de l'Eglise de France (car il est dit que « la verge des méchants ne s'appesantira pas à toujours sur riiéritage des justes, de peur que les justes ne portent leurs mains à l'iniquité. » {Ps. CXXV, 3.) Les citoyens de Nîmes et les fidèles de l'Eglise de Dieu le chargèrent de prier le seigneur de Saint-Romans de prendre le gouvernement de la ville. Chamier accepta, au péril de sa vie, cette mission déhcate et parvint, à force d'éloquence et d'habileté, à décider ce seigneur à remplir ces glorieuses, mais difficiles fonctions.
11 se transporta en compagnie du seigneur de Saint-Romans à la petite ville de Pouzin, en Vivarais, sur les bords du Rhône. Il encou-
(1) Il y a dans le texte : «If you have faith enough to swallow down the popish tradition.»
beasts to be fool'ed and choused of them. Some time after, this good man lost his sight; but by God's blessing on means prescribed by an able and skilful physician whose name was Videt, he recovered it again m some measure.
From Pouzin he was called unto the ministry in the church of Privas another city of Yivaretz.This was one of those cautionary towns which Henry tlie 4th (who after revolted from the Reformed Religion iu which he was born and educated unto the communion of the Romish synagogue) gave unto the French Protestants. This was Supo-j uoopo-j, poison to them instead of bread, and a prime occasion of their ensuing destruction. For mostly none but the king's creatures were put in governors into those places of safety, as they were called, and who did afterward betray the hopes of the poor French Protestants by their most foul and shameful prevarications in religion, and yielded up unto his son and successor Louis the 13th. But Mons^" Charnier having no security in this town, and being with his wife and family in perpetual jeopardy of their lives, he was necessitated to seek for shelter once again at Nismes. God had now blessed him with six children, young in years, weak in body, unable to travel so far on foot. Stage coaches were not in those days set up, nor in use in France. And although horses might have been got for money, Mons^' Chamier had little or none to spare. He was destitute of the conveniencies, yea and of many of the necessaries to convey them thither. But necessity is the mistress of invention, and sets the wits on work, wherefore to toll on his children that long and tedious journey, and to wear away the pains and irksomeness of their travel, he takes with him a bag of nuts, and threw them before him in the way, which these poor lambs running after to pick them up, did thus insensibly lose the sense of the length and trouble of their journey, and through tlie goodness of God arrived in safety into Nismes.
Here he lived fourteen months, and preached as an unfixed minister without any bond or charge. But a provincial synod being held in this city in the year 1574, he was by their authority presented to the church ofSt-Ambroiseto be their pastor, in which he exercised his ministry full sixteen years. That time expired, he was called unto
ragea les habitants à défendre énergiquenient leurs libertés, leurs droits civils et religieux^ et à ne pas s'en laisser dépouiller sans plus faire de résistance que n'en feraient des idiots et des fous. Quelque temps après, cet excellent homme perdit la vue; mais il eut le bonheur de la recouvrer en partie par la grâce de Dieu et par le moyen d'un traitement que lui fit subir un habile médecin, nommé Videt.
De Pouzin il fut appelé à Privas, autre ville du Vivarais, pour y exercer le saint ministère. Privas était une des villes de sûreté que Henri IV (qui plus tard abjura la religion réformée dans laquelle il était né et avait été élevé, pour embrasser la communion de la synagogue romaine) {the rornish si/nagogue) avait données aux protestants français. Ce fut, comme auraient dit les Grecs, un ôwsov âSopov, un présent empoisonné et une des causes premières de leur extermination. Car les gouverneurs de ces places de sûreté, comme on les appelait, étaient toujours choisis parmi les créatures du roi, et, trahissant plus tard les malheureux protestants français par la plus odieuse et la plus infâme apostasie religieuse, ils remirent toutes ces villes au fils et successeur de Henri, le roi Louis XHI. M. Charnier, ne trouvant pas que le séjour de Privas fût suffisamment sûr pour lui et pour sa femme, leur vie étant sans cesse menacée, jugea nécessaire de se réfugier encore une fois à Nîmes. Dieu l'avait rendu père de six enfants, qui étaient trop jeunes et d'une santé trop délicate pour faire le voyage à pied. Il n'y avait dans ce temps-là point de voitures publiques en France. On pouvait voyager à cheval; mais M. Chamier n'était pas assez riche pour employer ce mode de transport. Il dut donc se résigner à faire la route à pied. Nécessité est mère d'invention, et nous apprend à nous créer des ressources. Pour adoucir les fatigues du chemin à ses enfants pendant ce long trajet, il imagina le moyen que voici : il prit une provision de noix qu'il jetait au fur et à mesure au-devant de lui ; ses pauvres petits agneaux {poor lambs) couraient après pour les ramasser, et de celte façon ils arrivèrent à Nimes, sans s'apercevoir de la longueur de la route, et sans la plus légère incommodité, grâce à la protection de Dieu.
Il passa quatorze mois dans cette ville. Il prêcha un grand nombre de fois sans mission particulière et sans être attaché à aucune paroisse. Mais, un synode provincial s'étant réuni dans cette ville en i57i, il fut nommé par cette assemblée pasteur de l'église de Saint-Ambroise, où il exerça ses fonctions pendant seize années consécutives. Au bout
anotlier church, ]\Iontelimart in Dolphiny, in which he served his great Lord with much faithfuhiess till his death. A few months hefore his death his eyesight did once again fail him. His death had something remarkable in it. For as he was riding unto a colloquy, his horse drinking water at a pit, fell into it, and his master together with him, were both drowned.
Among his children, Daniel Chamier whose Hfe I am now writing was the most eminent, the glory of his name and family, one of the most burning and shining lights of the Reformed churches in France, Nor do the French ministers rarely mention him without the preface of the great Chamior; — great, not because of his bulk of body and stature, but for the incomparable excellency of his great parts, ministerial gifts and abUities in which though he might have some few equals, yet he had none that were his superiors.
Daniel, the son of Adrian Chamier, w as born in the castle of Mont near Mores in Dolphiny in the year of our Lord 1565, The Lord of St-Roman, a nobleman of great reputation, presented him as his sponsor unto baptism and never had any reason to repent that he was surety for him towards God, For when he afterward came to man's estate he acquitted himself most honourably of all his obligations unto God and the church for his religious education by his growing as in years so in grace, and as in stature so also in the fear of God, having favour both with God and all good men.
Daniel was sent by his father unto the town of Alez to be educated in grammar-learning under one Mons^" Nicholas. From thence he removed unto the city of Orange, the capital of his Majesty's principality, and followed his humanities (to use the French phrase) under Mons'' Crozier. How long he continued under his ferula I have no memoirs; but he was thence transported unto Nismes where the Reformed had a Schola illustris,a kind of little University. Let none despise the day of small things. They saw it needful for their circumstances to educate their youth in private academies rather than to let them go down as the Israelites did unto the Philistines, to the popish Universities there to learn the art of fencing with the sword of disputation, and the right use of that bow from their sworn enemies, who, you may be sure would never learn them the true skilful managing their weapons lest they should chance to be more able at argumentation than their teachers^ and that these your sophisters like apprentices at arms, should
VIE DE M. DANIEL ClIAMIER. 87
(le ce temps il fut appelé à l'église tie Montélimart;, en Dauphiné, où il servit son grand Maître avec beaucoup de fidélité jusqu'à la fin de SCS jours. Quelques mois avant sa mort, il perdit de nouveau la vue.
Il mourut d'une manière tragique. Comme il se rendait à un colloque, son cheval s'arrêta pour boire à un puits; mais le pied lui ayant glissé il tomba dans l'eau, et M. Chamier fut noyé avec son cheval.
Le plus distingué de ses fils fut Daniel Chamier, dont j'entreprends d'écrire la vie. Son nom et celui de sa famille est une des lumières les plus brillantes et les plus pures des Eghses réformées de France. Lorsque les ministres français citent son nom, ils le font presque toujours précéder de l'épithèse de (jrand : — non pas à cause de sa taille et de sa stature, mais de son esprit, de l'étendue incomparable de ses talents, de son habileté dans la carrière ecclésiastique dans laquelle quelques-uns ont pu l'égaler, mais aucun ne l'a surpassé.
Daniel Chamier, fils d'Adrien Chamier, naquit au château de Mont, près de Mores, en Dauphiné, l'an de grâce 1565, Le seigneur de Saint- Romans, gentilhomme de haute renommée, le tint sur les fonts baptismaux, et n'eut jamais lieu de se repentir de s'être fait son garant devant Dieu. Le jeune Daniel remplissait exactement, dès son enfance, tous ses devoirs envers Dieu et envers les hommes; il croissait tout ensemble en années et en grâce; il grandissait dans la crainte de Dieu, et aussi dans la faveur de Dieu et des hommes de bien.
Son père l'envoya à Alez pour apprendre sa langue maternelle, sous la direction d'un nommé M. Nicolas. D'Alez il passa à Orange, chef-lieu de la principauté de Sa Majesté (1), et il fit ses « humanités» sous M. Crozier. J'ignore combien d'années durèrent ses études élémentaires : je sais seulement que d'Orange il passa à Nîmes, où les protestants avaient une Schola illustris, une sorte de petite Université, « Gardons-nous de mépriser le jour des petites choses. » Les protestants comprirent qu'il importait, au milieu des circonstances où ils se trouvaient, de faire instruire leurs enfants dans des Académies particulières, plutôt que de faire comme les Israélites, d'envoyer leurs enfants chez les Philistins, c'est-à-dire chez les catholiques, aux Universités des papistes, pour y apprendre le maniement du glaive de la parole et de l'arc de la discussion. Les catholiques se ga^'daient bien, on le
(l) Guillaume IH, prince d'Orange en même temps que roi d'Angleterre.
^>8 THE LIFE OV M. DANIKL CIIAMIER.
prove in time most dangerous enemies to the Roman Catliolics : Or which was equally hazardous, these young protestant students might have corrupt principles infused into them by their popish preceptors and professors, and be seduced through the weakness of their understandings and the cunning craftiness of seducers from the verity, purity and simplicity of the Gospel. This made the Reformed in the kingdom of France to erect several Universities there, as at Montauban, Nismes, Die in Dolpliiny, Pau in Berne, Orange, Saumur and Sedan. They gave the degrees of Bachelor and Masters of Art. This latter at two years standing, they being then promoted and diplomated to it. One of our Colleges in Oxford upon the account of the revenues could have bought them all seven. Though yet those Reformed churches out of the depth of their poverty abounded in the riches of liberality towards their maintenance, having made a canon in their national synods that the fifth penny of all collections in their churches should be laid by and appropriated unto this pious use for the subsisting of their Universities.
In the sixteenth year of his age Daniel Charnier was made Regent of the third class in the Academy of Nismes. It was a pretty little preferment, some encouragement unto his studies. For although his minerval was not over great, yet possibly it might help defray the charges of his lodging and diet, which yet was something of encouragement unto a young student. The credit of this place was more than its profit. Whilst he exercised this Regency, he learned Hebrew from M' Chambrun, professor of the Holy Tongue and pastor in the church of Nismes.
From Nismes he removed unto Geneva, which was, as it is now, a most famous and flourishing University. In this Athens he spent some years, and when he returned home unto his father's house, as the industrious bee unto his native hive, he was well fraught with wax and honey, and as the merchants ship with a most rich cargo of divine and human learning.
I cannot assent unto that report which I have heard avouched with much confidence by some ministers both of tlie English and French nation, viz that when the young Daniel Charnier offered himself
conçoit facilement, de montrer à leurs ennemis l'art d'employer ces armes, de peur que ces dernierS;, devenus plus forts que leurs maîtres, ne les vainquissent par les moyens qu'eux-mêmes leur auraient enseignés. Mais une raison plus puissante encore empêchait les parents protestants d'envoyer leurs enfants aux écoles des papistes; c'était la crainte qu'ils ne suçassent des principes erronés, et qu'entourés de professeurs et de condisciples catholiques romains, circonvenus par la ruse, entraînés par l'exemple, ils ne se départissent de la vérité, de la pureté et de la simplicité de l'Evangile. Ce fut là le motif qui décida les Réformés à fonder plusieurs Universités dans le royaume de France, telles que les Universités de Montauban, de Nîmes, de Die en Daupliiné, de Pau en Béarn, d'Orange, de Saumur et de Sedan. Ces institutions délivraient le grade de bachelier et celui de maître ès-arts. Ce dernier s'obtenait par diplôme, après deux années d'études. Sous le rapport de leurs revenus, ces Universités étaient si peu favorisées, qu'un seul de nos collèges d'Oxford en a plus qu'elles n'en avaient toutes ensemble. Cependant ces Universités protestantes, toutes pauvres qu'elles étaient par elles-mêmes, étaient riches par la libéralité des personnes qui pourvoyaient à leur entretien. Les synodes nationaux décrétèrent qu'on prélèverait le denier cinquième de toutes les quêtes faites dans les églises, pour l'affecter à l'entretien des Universités réformées. A l'âge de seize ans, Daniel Charnier fut élu régent de troisième classe à l'Académie de Nîmes : c'était une distinction flatteuse, un encouragement dans ses études. Sa bourse n'étant pas des mieux garnies, ce petit supplément l'aida à faire face à ses frais de logement et de nourriture ; mais, en réalité, l'honneur était plus grand que le profit. Pendant qu'il remplissait cet emploi, il apprit l'hébreu, de M. Chambrun, professeur de cette langue sacrée et pasteur de l'église de Nîmes.
De Nîmes il partit pour Genève, où il y avait une Université célèbre et florissante qui existe encore. 11 passa quelques années dans cette Athènes de la Réformation, et, quand il retourna chez ses parents, comme l'abeille industrieuse revole à sa ruche natale, il était chargé de cire et de miel ; et, comme un bâtiment marchand, il avait à bord une riche cargaison de science divine et humaine.
J'avoue que je ne puis ajouter foi à une tradition que j'ai souvent entendu répéter avec confiance par des ministres tant anglais que français, et d'après laquelle le jeune Charnier aurait été refusé et
according to the canons of their French disciphne unto his provincial synod as a proposan, that is a candidate of the holy ministry to be examined and approved that he might be Ucensed to preach the Gospel^ he met with a repulse and was rejected as insufficient. I know the foreign synods are very strict and rigid in their examens, for having assisted in person at them I was a most curious and careful observer of the minutest passages in those and other their synodical actions, and that they labour conscientiously to furnish the churches of our Lord Jesus with able and worthy ministers who are fit to discharge so great a trust. Yet, I cannot believe that Daniel Charnier was ever repulsed by the synod, for these reasons: — !« Because €f that rigid discipline, most exact and accurate care which the Academy of Geneva hath took at all times of its young students, and hath continued it most religiously without intermission for these hundred and forty years last past. 2" Mons»' Charnier did maintain two latin pubUc disputations in the theological school there under those most learned and pious professors of divinity Mons»" Beza and Mons«" de la Fayeupon these theses : l.De Christi nativitate, circumcisione et baptismo, inthe month of January 1589. The 2*^ was De numéro sacramentorum Nov! Fœderis, October following : both were printed and inserted into the Theses Genevenses in the year 1591. 3" Had I not had a positive relation from the abnepos of the great Chamier peremptorily contradicting this idle rumour yet this one consideration would sway with me to believe it a mere vagrant and groundless fiction, that those venerable divines, his tutors, MM. Beza and De la Faye would not have sent him back again unless he had deserved those laudable testimonials (unto that provincial synod) of the good progress he had made in his studies and of his ability for the sacred ministry. Certainly common prudence would never suffer them by sucli a notorious piece of treachery and folly to expose themselves to the just reproach and scorn of those grave learned and holy synods in France. Undoubtedly they were more tender of their own good names than to be guilty of so great an indiscretion. It is true, there is very much deference paid unto the attestations which these proposans present unto their superiors under the hands of the public professors of those Universities in which they have studied, as also unto those others given them by the pastors and elders of the church in wliich they have communicated, of their sober and religious conversation ; but notwthstanding all
déclaré incapable de concourir, lorsqu'il se présenta comme proposant à son synode provincial, conformément aux canons de la discipline française, c'est-à-dire lorsqu'il se mit sur les rangs comme can didat au saint ministère, afin d'être examiné, approuvé, et, enfin, autorisé à prêcher l'Evangile. Je sais que les synodes étrangers sont très sévères et très rigides dans leurs examens; j'ai observé avec attention et avec soin leurs moindres actes, et je me suis convaincu qu'ils font tous leurs eflbrts et qu'ils travaillent consciencieusement à procurer aux églises de notre Seigneur Jésus d'habiles et dignes ministres, tout à fait capables de s'acquitter d'une si noble tâche. Toutefois, je ne puis admettre que Daniel Charnier ait été repoussé par le synode, et en voici les raisons :
1" L'Académie de Genève a soumis de tout temps les jeunes étudiants qui suivent ses cours à une discipline sévère, et leur a prodigué tous les soins imaginables, et elle a persévéré dans cette voie sans interruption pendant ces cent quarante dernières années.
2° M. Charnier soutint, à l'Académie de Genève, deux thèses pu- Idiques en latin, dans l'école de théologie, devant les savants et pieux professeurs de cette science, M. Th. de Bèze et M. De la Paye. La première de ces thèses était intitulée : De Christi nativitate, circwncisione et baptismo; elle fut soutenue dans le mois de janvier de 1589. La seconde avait pour titre : De numéro sacrament oriim novi fœderis, et fut soutenue dans le mois d'octobre suivant. Ces deux thèses furent imprimées et insérées dans le Recueil des thèses genevoises, en l'an 1591.
3» Ses graves professeurs, MM. Th. de Bèze et De la Paye, ne l'auraient pas laissé se présenter s'il ne leur avait paru capable de sortir victorieux de l'épreuve de l'examen, et de remplir ensuite les fonctions de pasteur d'àmes. En exposant leur élève à un échec, ils s'exposaient eux-mêmes aux reproches des graves, savants et saints synodes de Prance. Une pareille conduite eût été une trahison et une folie. Ces illustres théologiens étaient trop jaloux de leur réputation pour commettre une telle faute. Il est vrai qu'on prend en grande considération les attestations que les proposants reçoivent des professeurs publics des Universités où ils ont fait leurs études, et les attestations qui leur sont données par les pasteurs et les anciens de l'église dans laquelle ils ont fait leur première communion, attestations qui constatent leur bonne conduite morale et religieuse, et qu'ils présentent à leurs supérieurs. Mais, malgré cela, les synodes ne ménagent
these^ the synods do never spare their proposans, but sift them, as we say, to the very bran, examining and posing them in the Uberal arts and sciences, in the tongues and languages in which the divme and infalUble oracles of the holy Scriptures were first and originally written and recorded, and in theology both systematical and polemical for four hours together two days following. And this is not only the peculiar task and provhice of the moderators; but every one of the pastors have equal liberty and authority to interpose in the examen, which is usually and commonly done by them opposing them with their bicorned arguments, and trying their skill in answering and assoyling those curious questions propounded to them. So that these young men do undergo a kind of ordeal-trial before they gain the suffrage of the synod and are approved and licensed to preach the Gospel. This I know to be a truth. Now, it is possible that such a grave assembly of more than an hundred ministers (for so many divines have personally sat in their provincial synods in the last age in France at once) and many of them veterans trained up from their youth in the Lord's battles, and most experienced soldiers in those holy wars, fencing against these modest and humble candidates might daunt their spirits and turn them out of countenance. But though this bears some kind of semblance and probability of truth, yet was it not the case of Mons»' Chamier. For he answered the most captious questions with great readiness and satisfaction , and came off with the general applause of his provincial synod, triumphing, and as we say, with flying colours (1).
Having now obtained the unanimous approbation of those ministers, he is solemnly set apart unto the work and office of the Gospel ministry, to preach the word, administer the seals of the Covenant, and to execute discipline in the house of God, by the venerable pastors of the church of Montpellier with prayers and imposition of hands. This religious rite, however it be neglected by some of our english Independents, is yet most strictly observed and preserved in all ordina-
(1) Dans la traduction, nous avons renversé l'ordre de cette longue période et placé à la lin, comme un 4' argument, la phrase qui commence ici le paragraphe. Quick a souvent besoin qu'on le dégage, pour ainsi dire, qu'on l'éclaircisse, eu le traduisant ou en le lisant.
jamais leurs proposants; ils les passent et repassent à un crible sévère; ils les examinent sur les arts libéraux^, sur les sciences, sur les langues dans lesquelles les oracles divins et infaillibles des saints Livres ont été originairement écrits et notés; sur la théologie systématique et polémique. Ces examens durent deux jours, pendant quatre heures chaque ; et le droit d'interroger les proposants n'appartient pas seulement aux modérateurs du synode; mais tous les pasteurs présents peuvent prendre la parole et interpeller le candidat, ce qu'ils ne manquent jamais de faire; ils lui proposent des arguments cornus, et ils mettent sa sagacité à l'épreuve par des difficultés de tout genre. Ainsi, les jeunes gens sont soumis à une espèce d'ordalie {ordeal trial) extrêmement pénible, avant d'obtenir les suffrages du synode et d'être autorisés à prêcher l'Evangile. C'est là une vérité incontestable. Maintenant, il est possible que cette grave assemblée, composée de plus de cent ministres, car tel est le nombre des théologiens qui ont assisté en même temps aux synodes provinciaux de France dans le siècle passé; il est possible que plusieurs d'entre eux, lutteurs aguerris dès leur jeunesse aux combats du Seigneur, et vétérans expérimentés de cette cause sainte, employant toutes leurs ruses stratégiques contre un humble et modeste candidat, lui aient fait perdre contenance et l'aient désarçonné. Cette hypothèse a un certain air de vraisemblance et de probabilité; mais elle ne saurait s'appliquer à M. Chamier. Daniel Chamier répondit avec la plus grande promptitude aux questions les plus captieuses; il sortit du synode comblé d'éloges, — « triomphant, » — à sa grande satisfaction et à celle de ses maîtres.
4» Enfin, l'arrière-petit-fils du grand Chamier affirme positivement que l'échec de ce grand homme est une tradition dénuée de tout fondement.
Ayant donc obtenu l'approbation unanime de ces pasteurs, Daniel Chamier fut solennellement autorisé par les vénérables pasteurs de Montpellier, avec prières et imposition des mains, à remplir les fonctions de ministre évangélique, à prêcher la Parole de Dieu, à administrer les sceaux de l'Alliance, à régler la discipline de la maison de Dieu. Bien que cette cérémonie religieuse soit négligée par quelques Indépendants anglais, elle est encore strictement observée dans toutes les ordinations des églises réformées du Continent. Et si quelqu'un de ces prédicateurs congrégationalistes, n'ayant pas reçu cette licence divine et évangélique, se permettait d'enseigner la Parole et d'admi-
Qlt THE LIFE OF M. DANIEL CHAMIER.
tions of the Reformed churches beyond the seas. And should any of these congregational preachers^ being destitute of this divine and evangehcal ceremony , take upon them to officiate in the word and sacraments^ these holy transmarine churches would sue them with a Quo ïvarranto, and get them condemned as bold and daring intruders into, and most unlawful usurpers of the ministerial function. As soon as Mons> Chamier was ordained, he was sent pastor unto the church of Vans in the province of Cevennes. That people were blessed with the first fruits of his ministry, and I hope not a few of them were presented by him as a kind of his first fruits unto Christ being turned from their sins and idols, and converted unto the living God. But this bright burning light was not long after transplanted from Vans, and set in the golden candlestick at Aubenas. Here he continued hard at work moyling in his study night and day, preaching zealously in the pulpit, fasting frequently, praying fervently, conferring, disputing with, and confounding the adversaries of the truth, sirengthening and confirming his flock in the faith by most hvely counsels, arguments and remonstrances, until such time as the town was stormed and taken by the bloody papists, in the storm when to preserve his life which they principally aimed at and most diligently and restlessly hunted after, he was not as St Paul let down by the disciples in a basket, but forced to leap over the wall, and to fly as once Elijah did from the persecutions of enraged Jezebel, unto Valz where he passed the river without any other clothes on his body than his bare shift, and so by the gracious providence of God escaped the hands of those barbarous murderers.
But, when as they had missed their so much desired prey, and Mons'' Chamier was got out of the reach of their power and malice, they did most ridiculously revenge themselves upon liis gown. In this garment the French ministers did always officiate in the pulpit; and the implacable papists not being able to w reak their malice upon its owner, did wreak it upon that poor insensible vestment. For so great was the rage of the papists against him, that they made the poor gown suffer a most severe penance, disciplining and scourging it most unmercifully many times a day, and for many days together, bragging and boasting of what cruelties they would have inflicted upon its just proprietor, bad he fallen into theu' hands.
nistrer les sacrements, les églises du Continent le frapperaient d'une assignation {quo ivarranto), et les feraient condamner comme usurpateurs téméraires et illégitimes des fonctions pastorales.
Des que M. Charnier eut été ordonné, il fut envoyé à l'église des Vans, dans la province des Cévennes. La population des Vans reçut les douces prémices de son ministère, et je ne doute pas que plusieurs de ces âmes n'aient été offertes en don par lui à notre Seigneur Jésus-Christ, après avoir été purgées de leurs péchés et de leur idolâtrie et converties au Dieu vivant. Mais ce flambeau de vérité ne resta pas longtemps aux Vans : il en fut rappelé pour être placé dans le candélabre d'or d'Aubenas. Là son temps se partageait entre la prédication publique et les études sacrées qu'il continuait avec un zèle toujours nouveau ; il jeûnait souvent, il priait avec ferveur, il tenait des conférences théologiques dans lesquelles il confondait les adversaires de la vérité ; il fortifiait et confirmait son troupeau dans la foi évangélique par ses conseils pressants, par ses arguments et ses remontrances. Mais quand la ville d'Aubenas fut prise d'assaut par les papistes sanguinaires, ayant appris qu'ils en voulaient surtout à sa vie et qu'ils le cherchaient diligemment pour l'immoler à leur vengeance, il y échappa, non pas, ainsi qu'on l'a prétendu, en descendant au bas du mur dans un panier, comme les disciples descendirent saint Paul, mais en sautant par-dessus les murs de la ville. Il s'enfuit donc, comme autrefois Elie s'était enfui devant la persécution de la furieuse Jézabel. Il se retira à Valz, oii il passa la rivière sans autre vêtement que sa chemise. C'est ainsi que par la gracieuse providence de Dieu, il échappa à ces barbares assassins.
N'ayant pu se saisir de la personne de M. Charnier, que le Seigneur avait mise hors de la portée de leur rage, les papistes se vengèrent très ridiculement sur sa robe. C'était la robe que les ministres français mettaient toujours pour monter en chaire et pour prêcher. Les papistes implacables, ne pouvant décharger leur colère sur celui à qui appartenait la robe, la tournèrent contre cet insensible vêtement.
Telle était la rage des papistes contre M. Chamier, qu'ils condamnèrent la pauvre robe à la peine du fouet, et que cette ridicule sentence fut exécutée. Le supplice se renouvela plusieurs fois et plusieurs jours de suite. Pendant tout ce temps, les papistes se consolaient de leur déconvenue en racontant les tourments cruels qu'ds eussent infligés à M. Charnier lui-même s'ils avaient pu s'emparer de sa personne.
Mons'" Charnier is now a minister w ithout a churcli, a pastor without a flock, destitute of all employment. But the noble Lord of Chastillon, son and heir of that illustrious admiral who sealed the truth of our holy Religion with the loss of his limbs and life in the Parisian massacre, took him into his family. In his company he had the honour of travelling for some time up and down the kingdom. But this easy and idle way of living not comporting nor agreeing with the studious and laborious spirit of Mons»' Chamier, he accepted of a call unto the ministry in the church of Baignols situated in the Lower Languedoc. And the Lord after his sore trials and sharp exercises granting him and the churches some repose in their hard bondage, a little time of breathing and refreshment, he altered his condition, and entered into that holy and honourable estate of marriage, unto which the Lord gave his blessing by bestowing upon him several children who together with their offspring and descendants have proved most eminent ministers of the Gospel, and most zealous and faithful confessors of the truth in the fiery dog-days of persecution.
By Mademoiselle de Portail (for that was the name of that virtuous young lady which he espoused) he had Adrian his first born, a son worthy of such a father, and of great esteem in the Reformed churches of France, being frequently deputy for his province unto their national synods, in which there sate always as representatives of the whole body of the Reformed Religion in that kingdom, persons of the greatest eminency for piety and learning and political prudence. He had been moderator above twenty times in their provincial synods. That chair requiring a man of extraordinary talents to conduct their affairs, and to give a favorable and successful tour unto them. Cardinal Richelieu had a perfect intelligence of the most able ministers in those churches, and laboured to oblige them, ^yhat business or intigue of his that was obstructed at the Court of Rome I know not, but to fright the Pope and Cardinals into a compliance with his will and interest, he pretended an accommodation with the French Protestants, and talked loudly of reuniting the two Religions. Militiere and a Jesuit whose name 1 have registered in my history of the life of Monsi- Amyrant were two of his tools employed about this impossible project. He tampered with Mons'- Amyrant by the Jesuit. But being with the French king Lewis the 13th at Montlimart, he dealt in person with Mons»' Charnier. So great was his politic humility
M. Charnier est désormais un ecclésiastique sans église, un pasteur sans troupeau, privé de tout emploi. Mais le noble seigneur de Cliastillon, fils et héritier de l'illustre amiral de ce nom (Coligny), qui perdit la vie dans le massacre de Paris, pour la cause sacrée de notre sainte rehgion, accueillit le fugitif dans le sein de sa famille. Chamier eut l'honneur de voyager avec ce gentilhomme dans plusieurs parties de la France. Mais ce genre de vie, facile et inoccupée, ne s'accordant pas avec les habitudes studieuses et laborieuses du jeune ministre, il accepta avec plaisir la proposition qui lui fut faite de desservir l'église de Bagnols, dans le Bas Languedoc. La Providence ayant de nouveau, après tant de rudes épreuves et de souffrances, départi un peu de calme et de repos aux Eglises réformées au milieu de leur dure captivité, Chamier profita de ce répit pour entrer dans les liens sacrés et honorables du mariage. Dieu bénit son union, et le rendit père de plusieurs enfants qui ont été, ainsi que leurs descendants, d'éminents ministres de l'Evangile et des confesseurs zélés et fidèles de la vérité, dans les plus mauvais jours d'une persécution acharnée.
La vertueuse jeune demoiselle qu'il épousa s'appelait mademoiselle de Portail. Son fils aine, Adrien, se montra digne d'un tel père; il acquit une haute considération dans l'Eglise réformée de France, et fut nommé, par sa province, député aux synodes nationaux, charge extrêmement honorable et qu'on ne confiait jamais qu'à des hommes distingués par leur piété, leur science et leur prudence politique. Adrien Chamier fut élu vingt fois modérateur des synodes provinciaux : un tel emploi exigeant un homme de talents extraordinaires, un homme capable de bien diriger les affaires et de les mener à bonne fin, on ne pouvait faire un meilleur choix. Le cardinal Richelieu s'était fait instruire des noms des meilleurs ministres des églises protestantes et il tenait à leur être agréable. Je ne sais quelle intrigue il tramait, ni quels griefs il avait contre la cour de Rome ; mais il paraît certain que le cardinal, voulant forcer le pape et les princes de l'Eglise à embrasser ses intérêts et à faire ses volontés, les menaçait d'entrer en accommodement avec les protestants, et parlait hautement de son projet de réunir les deux communions en une seule. Brachet de LaMilletière et un jésuite, dont j'ai consigné le nom dans mon histoire de la vie de M. Amyraut, furent deux des agents qu'il employa pour réaliser ce plan irréalisable. Ce hit le jésuite qu'il chargea de gagner M. Amyraut. Mais étant à Montélimart,
that he condescended to give the first visit unto Adrian^ treating him with singular humanity and famiUarity, and told him at parting : « You must visit me often^ and the oftner you come^ you shall be the more welcome. » He took Adrian with him to bear him company for some days in the progress which the Court made in Dolphiny and the neighbouring provinces. All along the journey he entertained him with the discourse of Reunion^ his head seeming to be full fore'te with his ideas of it. And when at last Adrian took his leave of the Cardinal, he presented him with a purse of an hundred pistoles, and one of his own mules to carry him home. When Mons^ Chamier returned back to Montlimart he informs the Consistory of his church with all passages and his many conferences with the Lord Cardinal, and delivers unto them the purse and pistoles which he had received of his Eminency^ and olfered them also the mule to be at their disposal.
This brings to my mind a story of the like nature. Mons^ Calvin was visited by Monluc, Bishop of Valence. His host conducted him to Calvin's house. Monluc knocks at the door. Calvin opens it in his old gown and birette on his head (A birette is such a cap as our attorneys wear in Term-time, or the servitors in our Universities). The bishop demands to speak with his master. Calvin answers, that himself was the master of that house. What, said Monluc, are you the famous Mons'' Calvin, the pastor and professor of the church and Academy of Geneva? «lam the same, saith Calvin, the humble minister of God's word in Geneva; » and invites the bishop into his poor lodgings, who after some discourse passed betwixt them as learned men, desires to see Ms library, and then and there discovered to him his quality. Mons>" Calvin treats this great prelate with all becoming respect. Who demanding of him what salary he received from the Lords of the city for his great labours, Monsf Calvin answ ered, that which they were well able to give him, and wherewith he was very well satisfied. How much, said the bishop, pray Mons^ Calvin, let me know? He told him his stipend annually was two hundred crowns. The bishop at this answer was amused. How, said he, do you preach and read a lecture in divinity, and moderate in the Academical disputations, and assist the Consistorial Assemblies once every day of the w eek, and undergo such immense and unwearied labours for such
avec le roi de France Louis XIIÏ, il s'adressa lui-même à M. Charnier; sou humilité politique était si grande^ qu'il daigna faire la première visite à Adrien Chamier, qu'il traita avec la plus parfaite politesse et amabilité. En le quittant^ il lui dit : « Il faut venir me voir souvent, « et plus vous viendrez souvent, plus vous serez le bienvenu. » Il appela Adrien auprès de lui pour lui tenir compagnie pendant tout le temps que la cour devait passer en Dauphiné et dans les provinces environnantes; chemin faisant, il l'entretenait de son projet de fusion, qui paraissait le préocuper continuellement et presque exclusivement; et lorsque enfin Adrien prit congé du cardinal, celui-ci lui fit présent d'une bourse de cent pistoles et d'une de ses mules pour le ramener chez hii. Quand M. Chamier fut de retour à Montélimart, il informa le consistoire de son église de ce qui s'était passé et de ses nombreuses conférences avec le cardinal ; il offrit aux membres de ce corps la bourse avec les cent pistoles qu'elle contenait et la mule qu'il avait reçue de TEminence.
Ce trait me rappelle un cas analogue. M. de Montluc, évêque de Valence, se trouvant à Genève, voulut voir M. Calvin. Son hôte le conduisit à la maison du grand réformateur. Il frappe à la porte. Calvin ouvre et se présente à M. de Montluc dans sa vieille robe, une birrette sur la tête (une blrrette est un bonnet dans le genre de ceux que portent chez nous les avocats et les serviteurs des Universités). L'évèque dit : « Je voudrais parler à votre maître. » Calvin répond que c'est lui qui est le maître de cette maison. — « Quoi, dit Montluc, « êtes-vous bien le célèbre ftl. Calvin, pasteur et professeur de l'église « et de l'académie de Genève? » — « Oui, c'est moi-même, reprend « Calvin; je suis l'humble ministre de la Parole de Dieu à Genève. » Et il invite le prélat à entrer dans sa pauvre demeure. Après un entretien tel qu'il pouvait avoir lieu entre deux hommes aussi instruits, Montluc pria M. Calvin de lui faire voir sa bibliothèque, et alors seulement il déclara sa qualité et son rang. Ce qu'ayant appris, M. Calvin traita l'illustre prélat avec tout le respect qui lui était du. L'évèque ayant demandé quels émoluments il recevait des seigneurs de la ville pour ses vastes travaux, M. Calvin répondit qu'on lui donnait ce qu'on pouvait lui donner, et que ce qu'on lui donnait lui suffisait. — « Mais enfin, quelle somme, je vous prie?» continua l'évèque, Calvin répondit que son salaire était de deux cents ecus par an. L'évèque en demeura confondu. — « Comment, dit-il.
iOO THE LIFE OF M. DANIEL CHAMIER.
a sorry stipend ? 0 ungrateful Geneva ! and repeated his exclamations over and over. «Well, Mons"" Calvin, said the bishop, leave this un^vorthy people that know not how to prize and reeonnpense thy great merits, and come over to our holy Catholic church, make thy own demands,! will oblige myself to see them punctually performed. » But Mons»' Calvin was above the world and the temptation of temporal riches and honour. The bishop desired to see his school and as he was going out of it, he puts into Calvin's hand a bag of gold. Mons"" Calvin with much modesty and civility refusetb it. But being overcome with the bishop's importunity, he tells his Lordship that he would accept of it provided his Lordship do by another such bag as he would do with this. The bishop consents unto his motion. Whereupon Monsi' Calvin rings a little bell and there doth presently come out a layman in a blue apron. My Lord, said Mons^ Calvin, this man is one of the deacons of our church; and turnmg to him : Brother, said he, conduct us to the Corban, and open the Poor's-trunk unto us. The deacon doth it. Now, my Lord, said he, let your Lordship make good the promise; I give my bag of gold unto the poor; do you give another. » The bishop did it most freely upon the spot. For he was a noble and generous person, and would relate the story pleasantly among his friends how wittily Mons»" Calvin got from him two bags of gold for the poor heretics of Geneva, and would never speak of him without terms of honour. Indeed by the laws of Geneva Mons»" Calvin could not receive any pension or gratuity from a foreigner without the privity and consent of the Loi'ds of that city. And by a canon Of one of the national synods, the French ministers were forbidden the receiving of gifts or presents from any person. No wonder that Mons»" Calvin deposited his in the poor's-box, and Mons»" Charnier his into the hands of his consistory.
Adrian Chamicr lived to a great age, upwards of four score, and died, as it were, preaching. For upon a Wednesday morning in the month of February and the year of our Lord 1571, having put on his
{( VOUS prêchez, vous faites des cours de théologie, vous présidez les « discussions académiques, vous assistez une fois par jour aux assem- « blées consistoriales, et pour tant de travaux si divers et si fatigants « vous ne recevez qu'une si faible rétribution ! 0 ingrate Genève ! » Et il répéta cette exclamation à plusieurs reprises. « Allons, M. Calce vin, poursuivit-il, quittez cette ville indigne de vous, cette ville « qui ne sait pas récompenser votre immense mérite, entrez dans le « giron de notre sainte Eglise catholique. Posez vos conditions. Je « me fais fort de les faire ponctuellement exécuter. » Mais M. Calvin était au-dessus des choses de ce monde, et à l'abri de la tentation des richesses et des honneurs temporels. L'évêque voulut voir son école; en sortant de cet établissement, il remit entre les mains de M. Calvin une bourse pleine d'or. M. Calvin la refusa avec beaucoup de modestie et de civilité; cependant, vaincu par les instances de l'évêque, il finit par Taccepter à la condition que le prélat s'engagerait à taire d'un autre sac d'argent le môme usage que lui-même allait faire de cette bourse. M. de Montluc y consentit. Alors M. Calvin agite une petite sonnette. Arrive un laïque en tablier bleu. « Monseigneur, dit Calvin, cet homme est un « des diacres de l'Eglise, » et, se tournant vers ce dernier : « Frère, « dit-il, menez-nous au Corban et ouvrez-nous le tronc des pauvres.» Le diacre obéit. « Maintenant, Monseigneur, reprit Calvin, que votre «Seigneurie tienne parole; je donne ma bourse d'or pour les pau- « vres; donnez-en une aussi.» L'évêque s'exécuta à Tinstant, car c'était un homme généreux et de nobles sentiments. Il aimait à raconter à ses amis avec quelle finesse M. Calvin lui avait fait donner deux bourses d'or pour les indigents hérétiques de Genève, et il ne parlait jamais du réformateur que dans les termes les plus honorables.
D'après les lois de Genève, M. Calvin ne pouvait recevoir ni pension, ni gratification d'un étranger sans la permission et le consentement des seigneurs de la ville. Par un canon d'un des synodes nationaux, il fut défendu aux ministres français de recevoir des dons de qui que ce fût. Il n'est donc point étonnant de voir M. Calvin déposer sa bourse dans le tronc des pauvres, et M. Chamier remettre la sienne entre les mains du Consistoire.
Adrien Chamier atteignit un grand âge (environ quatre-vingts ans) et mourut comme il allait monter en chaire, un mercredi matin du mois de février de l'année de grâce 1571. 11 venait de mettre sa robe
gow 11 to go into the temple, he was suddenly seized witii a qualm at his heart, and he fell asleep in tlie Lord who called him from his painful lahours unto his eternal rest, and he \s ent immediately into his Master's joy.
He had a most pious sister who was the daughter of his father the great Charnier. She was married unto the Lord of Castlefranc, a noble gentleman of a fair estate, who yet did not think it beneath himself to be a minister of the Gospel. \Yhen the city of Rochelle was besieged, the castle of Castlefranc which lay in Poictou was ordered by the king to be demolished, and Ms estate and lordship was confiscated, and he condemned for high treason. Though God knows he was most ^innocent; his greatest and only crime being this, that he was a protestant minister and preached the everlasting Gospel in its power and purity unto liis tenants and vassals, and charged his whole church to persevere in their holy religion, whatever it might cost them unto the last. For this capital offence he ran the risk of his life, estate and all. But tlie Lord hid him; and upon the conclusion of the peace which the Duke of Rohan made for the churches, he was reinstated in all liis rights. This noble minister had two sons, one who inherited the lands of Castlefranc, and was the father of a numerous family, who together with their father did all of them glorify God in a most exemplary manner by their faith, love and zeal for the truth, patience and constancy in this last and most dreadful persecution. I had a particular acquaintance with this gentleman, who hved for some time in the house just against me on Bunhill, London. As he and his wife \ith their nine or ten children were getting out of France they were arrested and cast into prison. His three sons and six daughters were brought before that infamous, inhuman and bloody butcher of God's saints. Rapine, who could never by any of his cruelties and torments (for which his name and memory will rot and be had in perpetual execration I prevail with so much as one of them to prevaricate in the least in their holy profession. Whereupon the three sons and three of their sisters were transported into America, and made slaves there in the Careeby Islands. The father by some means or other got out of the hands of Rapine and came over into England. His three other daughters were detained by Rapine, but sustained all their sufferings with a masculine and heroic courage till such time as the Lord having tried their patience, and found them laithful, did even wonderfully.
pour entrer drsns le temple, lorsque tout à coup il fut saisi d'une crampe au cœur et tomba. Il venait de s'endormir au Seigneur, qui l'appela de cette vie de labeur à la vie du repos éternel, et il entra immédiatement dans la joie de son Créateur.
Il avait une sœur très pieuse, qui était comme lui fille du grand Daniel Charnier. Elle épousa le seigneur de Castelfranc, gentilhomme qui possédait un beau domaine et qui pourtant ne crut pas déroger en se faisant ministre du saint Evangile. Quand la ville de La Rochelle fut assiégée, le roi ordonna que le château de Castelfranc, qui était situé dans le Poitou, lut démoli; que le domaine et les titres fussent coiilisqués et que le seigneur fût déclaré coupable de haute trahison. Cependant Dieu sait qu'il était complètement innocent; son plus grand, son seul crime était d'être ministre protestant, d'avoir prêché l'Evangile dans toute sa puissance et sa pureté à ses tenants et à ses vassaux, d'avoir encouragé son Eglise à persévérer dans la sainte religion jusqu'au bout et à tout prix. Pour une telle conduite, sa vie fut menacée et ses propriétés lui furent ravies. Mah Dieu le déroba aux recherches de ses ennemis, et lorsque le duc de Piohan eut fait la paix avec le roi et assuré l'existence des égUses réformées, le seigneur de Castelfranc fut réintégré dans tous ses droits. Ce noble ministre de la foi avait deux fils; l'un hérita du domaine de Castelfranc et fut père d'une nombreuse famille qui, ainsi que lui, glorifia Dieu de la manière la plus exemplaire par sa foi, par sa conduite, par son zèle pour la vérité, par sa patience, par sa constance dans cette dernière et terrible persécution. J'ai eu des relations particulières avec ce noble personnage, qui a vécu quelque temps dans une maison située vis-à-vis delà mienne à Bunhill, près de Londres. Comme il allait quitter la France avec sa femme et ses neuf ou dix enfants, il fut arrêté et jeté en prison. Ses trois fils et ses six filles furent amenés devant l'infâme Rapine, le féroce et sanguinaire bourreau des élus de Dieu. Il eut beau épuiser sur eux toutes ses cruautés, cruautés qui rendront son nom à jamais exécrable, il ne put en amener un seul à faibhr un seul instant dans leur sainte profession de la vérité. Le monstre, voyant cela, fit transporter en Amérique les trois fils et trois de leurs sœurs, et les fit vendre comme esclaves dans les îles Caraïbes. Le père parvint par un moyen ou par un autre à s'échapper des mains de Rapine et passa en Angleterre. Rapine retint auprès de luises trois autres filles. Elles supportèrent leur longue et dure captivité avec un mâle et héroïque
iOX THE LIFE OF M. DANIEL CHAMlER.
beyond their hopes and expectations, work out their deliverance. For the French king issued out an order that they should be set at hberty and conducted in safety unto Geneva. And those six who had been carried to America were taken by the English who compassionating their many and heavy trials, did free them of their bonds and sufferings and brought them over unto London. Two of Monsr Castlefranc's sons were slain in the warsof Flanders in the service of king^Villiam. The third is yet aUve. Their poor afflicted father passing from London into Holland was taken captive by a ship of Algier where he finished his life as became a most sincere christian in that miserable slavery. This martyred gentleman had a brother a minister, a man highly esteemed for his great learning and exemplary godliness. He was pastor of the church at Angers, the capital city of the province of Anjou; but he also was unfortunately murdered as he was riding on the highway by a crew of robbers.
One of the daughters of Mons»" Castlefranc the first minister of this family was married unto Mons^ Testas. She was the mother of my reverend friend Monsr Testas formerly pastor in the church of Poictiers, now of the ancient French church of London. Another of his daughters was married unto Monsr Boudet, who was the mother of that worthy minister Mons^ Boudet who is pastor to a church of Christ at New-Rochelle in New-England. This gentleman preacheth in three languages unto three several nations, English, French and Indians. He espoused a most virtuous lady of a ducal family in France.
Adrian Chamier the only son of the great Chamier had two sons and five daughters. His eldest son was an advocate, and called James, a man highly esteemed for his skill in the laws, and integrity in his practice. He was the father of another Adrian, a minister of good hopes who died in the county of Essex whither he retired himself from all converse with those of his native country, that he might polish and perfect his skill in the idioms of our English tongue and serve his great Lord in his vineyard with us.
But it pleased God to nip him in the bud, to accept of his good will for the deed, and to remove him out of this world unto a better in the prime of his time, in the very flower of his youth. He had a brother called Antony Chamier bred unto the law, a young advocate
courage^ jusqu'à ce qu'enfin Dieu, ayant éprouvé leur patience et les ayant trouvées fidèles, les voulut délivrer miraculeusement, contre leur attente et contre toute espérance En effet, le roi de France ordonna quelles fussent rendues à la liberté et conduites saines et sauves à Genève. Les six jeunes gens, qui avaient été déportés en Amérique, furent délivrés tout aussi miraculeusement ; ils furent pris par les Anglais qui, touchés de pitié de leurs malheurs et de leurs larmes, les affranchirent et les amenèrent à Londres. Deux des fils de M. de Castelfranc périrent dans les guerres de Flandre, au service du roi Guillaume; le troisième est encore en vie. Leur malheureux père, se rendant de Londres en Hollande, fut fait prisonnier par des pirates algériens; il mourut à Alger dans les liens de l'esclavage, avec tous les sentiments d'un chrétien sincère. Ce noble martyr avait un frère qui était ministre et fort estimé pour sa vaste érudition et sa piété exemplaire. Il était pasteur de l'église d'Angers, ville capitale de la province d'Anjou. Mais il eut une fin tragique; il fut attaqué par des voleurs dans un endroit désert et misérablement assassmé.
Une des filles de M. de Castelfranc, le premier ministre de la famille, épousa M. Testas. Elle donna le jour à mon révérend ami, M. Testas, autrefois pasteur de l'Eglise de Poitiers, et maintenant de l'ancienne Eglise française de Londres. Line autre de ses filles épousa M. Boudet, et mit au monde le digne ministre de ce nom, qui est pasteur de l'Eglise du Christ, à La Rochelle, dans la Nouvelle-Angleterre. Ce savant personnage prêche en trois langues devant des auditoires différents, savoir : en anglais, en français et en indien. Sa vertueuse femme appartient à une des familles ducales de France.
Adrien Charnier, le fils unique du grand Charnier, eut deux fils et cinq filles. Son fils aîné, appelé Jacques, était avocat et jouissait d'une grande considération pour sa profonde connaissance des lois et intégrité de conduite. Il fut père d'un autre Adrien, qui donnait de grandes espérances, mais que Dieu retrancha dans sa fleur.
Il mourut dans le comté d'Essex, où il s'était retiré afin d'éviter de parler sa langue maternelle avec ses compatriotes et de se perfectionner ainsi dans la connaissance de la langue anglaise, qu'il voulait savoir à fond, pour travailler, parmi nous, à la vigne de son Souverain Maître. Dieu, qui en avait disposé autrement, se coTitenta de sa bonne volonté et l'appela dans un meilleur monde avant qu'il eut porté ses fruits dans celui-ci. Il avait un frère, nommé Antoine Chamier, qui
but a more zealous christian. He was taken witli many others at a rehgious meeting (the English Tories styled them with us. Conventicles) at Bordeaux in Dolphiny, in the year 1683. He was executed after a most barbarous manner. The very relation of it cannot but strike horror into my reader's soul. For being a prisoner he was carried unto Montlimart^ and there broken upon the wheel. He received fifty blows of the iron bar before they gave him the mortal blow, the blow of grace, as they call it, so that he lay languishing under those exquisite torments three full days till they despatched him out of his miseries. Surely the tender mercies of the wicked are exceeding cruel. Yet did he endure those hellish torments with a most christian fortitude, with an admirable constancy, with a most entire submission and resignation of himself unto the will of God.
The other son of Adrian bore the name of his grand-father. He was called Daniel, and a most worthy minister of the Gospel, famous among those of his nation for the sweetness of his manners, for his probity and sincere piety, and was commonly styled by his acquaintance as Nathaniel was by our Lord, the true Israelite in whom was no guile. He was deputed by his province unto several synods in which also for his synodical abilities he was frequently chosen to be their scribe. He wrote and published a volume of disputations against Yeron the Jesuit, which was a book much esteemed in France. He was set apart unto the ministerial office when he was but 22 years of age, and served in it faithfully 25 years to the day of his death.
These four ministers in a direct line from father to son of the name of Chamier were all successively pastors in one and the same church, viz. that of Montlimart. And there is the fifth now here with us in London, the abnepos of the great Chamier, a young man of rare parts, an eloquent and fruitful preacher to whom I wish a double portion of his great-grandfather's spirit, and that he hath begun, so he may continue to adorn his name and family, and the sacred ministerial function in which he is evangellically employed in a great and numerous congregation in Leicester Fields in Westminster. From one of the daughters of his grandfather Adrian are those two painful preachers Mons»" Lyons minister in the French church of PI} mouth, and Mons«" Lyons minister of another here in London, descended.
I hope the most learned Mons' Bayle will censure favourably this
était avocat, mais en même temps chrétien très zélé. Il fut arrêté avec beaucoup d'autres protestants à mie de ces assemblées religieuses que les Torys appellent chez nous des conventicules, et qui se tint à Bourdeaux, en Dauphiné , Tan 1683. Il fut exécuté de la manière la plus barbare. Le récit de son supplice remplit le cœur de compassion et d'horreur. Il fut conduit à Montélimart et là on le fit périr sur la roue. Il reçut cinquante coups de la barre de fer avant qu'on lui donnât le coup mortel,, ou coup de gi^âce, comme on l'appelle; de sorte que ses horribles souffrances durèrent trois longues journées, au bout desquelles on se décida enfin à l'achever. La grâce des méchants n'est pas tendre, on le voit^ et leur miséricorde est le comble de la barbarie. Cependant il subit ces infernales tortures avec une fermeté toute chrétienne, avec un courage indomptable, avec une entière soumission et résignation à la volonté de Dieu.
L'autre fils d'Adrien portait le nom de son grand-père. Il s'appelait Daniel, et fut un très digne ministre de l'Evangile, célèbre parmi sa nation pour la douceur de ses mœurs, pour sa probité, pour sa piété sincère, de sorte que ses amis employaient, en parlant de lui, la phrase que notre Seigneur appliquait à Nathanaël, «ce véritable Israélite, en qui il n'y avait point de fraude. » Sa province l'envoya en qualité de député à plusieurs synodes qui le choisirent pour leur secrétaire à cause de ses remarquables talents. Il écrivit et publia un volume de disputes contre le jésuite Véron, ouvrage fort apprécié en France. Il entra en activité, comme ministre évangéhque, à l'âge de vingt-deux ans, et exerça pendant vingt cinq ans, jusqu'au jour de sa mort.
Ces quatre ministres, du nom de Charnier, tous descendants, de père en fils, en ligne directe de la même souche, furent successivement pasteurs de la même église de Montélimart. Le cinquième arrière-neveu du grand Chamier est actuellement à Londres; c'est un jeune homme d'un mérite rare, un prédicateur éloquent et fidèle, à qui je souhaite une bonne partie de l'énergie de son aïeul. Puisse-t-il aussi continuer comme il a commencé, à honorer son nom, sa famille et le saint ministère dont il remplit les fonctions avec tant de succès à Leicester-Fields (Westminster) devant des auditoires nombreux. Une des filles de son grand-père Adrien, a eu pour descendants deux prédicateurs laborieux, les deux MM. Lyons, l'un ministre de l'église française à Plymouth, Tautre ministre d'une autre église à Londres.
J'espère que la sévère critique de M. Bayle aura quehiue indul-
poor essay of mine to preserve the honour and memory of this eminent family of Chamier. Had I received as good an account of the pedigree of Mons»" Basnage, it had heen faitlifully inserted among the lemarks in my Synodicon. 1 designed well. But my informers were ignorant, or at least not perfect in the genealogy of the Basnages. However, I thankfully accept the gentle stroke of liis virgula censoria, and am deeply indebted to that illustrious critic for his kind acceptance and approbation of my poor lal>our (See vol. I, of his Critic. Diction., pag. WS).
Reader, I have digressed too long; it is high lime for me to return unto the great Chamier. We left Inm in the church of Baignols iu Lower Languedoc, building up God's family by his unwearied studies and excellent sermons. And you have seen that the Lord built up his family, multiplying the blessings of his goodnes upon the roots and branches for many generations. Few families in France or Europe have produced so many worthy ministers of the Gospel, and who have so well deserved of the churches of Christ as this of Monsr Chamier. It was counted a great honour to the fannly of Piso's at Rome that they had given unto the Roman senate for three generations following without any interruption or intercision, three presidents. But the Charniers have for five generations following, furnished the reformed churches of France with a continual succession of most able ministers of the New Testament, and those not of the letter but of the Spirit. May there never be wanting a man of this name to glorify God and serve the church and his generation in the holy ministry as long as the sun and the moon shall endure !
How long Monsr Chamier continued at Baignols I have no memoirs, and can only guess. But conjectures being most uncertain, I shall waive them, and inform my reader, that after some time he had a supersedeas given him from his labours there. For from Baignols he was about the year 1600 removed unto the church of Montagnac. In those days it was an usual thing almost every two years to translate their ministers from one church unto another, their synods believing that it would contribute more effectually to the people's edification : though this could not be but a very grievous trouble and inconvenience to their poor ministers.
From Montagnac he had another remove unto the church of Mont-
gencc pour ce petit écrit destiné à consacrer la gloire et la mémoire de cette éminente famille des Charnier. Si j'avais pu recueillir autant de détails sur la famille Basnage, je les aurais soigneusement insérés dans les remarques qui accompagnent mon Synodicon. Je désirais faire un travail exact, mais les renseignements qu'on m'a fournis étaient faux et incomplets. J'accepte donc avec reconnaissance les petits coups que M. Bayle m'a donnés de sa verge de censeur [virgula censoria), et je remercie hautement cet illustre critique de l'approbation qu'il a donnée à mon humble opuscule. (V. t. I de son Dictionn. crit., p. 443.)
Cher lecteur, voilà assez de digressions; il est temps que je revienne au grand Chamier. Nous l'avons laissé à l'église de Bagnols, dans le Bas-Languedoc, occupé à édifier la famille de Dieu par ses efforts incessants et par ses excellents sermons. Vous avez vu que le Seigneur a édifié sa famille, a multiplié les bénédictions de sa bonté sur les racines et sur les branches pour plusieurs générations. Peu de familles en France ou même en Europe ont produit autant de dignes ministres de l'Evangile et ont autant mérité des Eglises de Christ. C'était un grand honneur pour la famille des Pisons, à Borne, d'avoir donné trois présidents au sénat romain, pendant trois générations successives sans interruption. Les Charniers ont, pendant cinq générations successives, donné aux Eglises réformées de France une série non interrompue de ministres de Christ, et ces ministres n'étaient pas des hommes selon la lettre, mais des hommes selon Vesp?^it. Puisse l'Eglise posséder toujours un personnage de ce nom pour glorifier Dieu, servir la foi et éclairer les âmes, aussi longtemps que brilleront au ciel les astres qui éclairent notre globe terrestre !
Je n'ai pu m'assurer de la durée du séjour de M. Chamier à Bagnols. Je ne pourrais la fixer que par conjecture; mais les conjectures étant toujours de l'incertitude, je laisse de côté cette question, et me borne à dire qu'au bout de quelque temps il fut déchargé de la tâche qu'il y remplissait. Vers l'an IGOO, nous trouvons qu'il avait été transféré de Bagnols à Montagnac. C'était l'usage dans ce temps-là de transférer tous les deux ans les ministres d'une ville à l'autre, car les synodes pensaient que c'était le moyen le plus propre de contribuer efficacement à l'édification des âmes, malgré tout le chagrin et tout l'embarras que ces déplacements continuels causaient aux pauvres pasteurs.
Montagnac il fut envoyé à Montélimart, ville dont le nom latin
no THE LIFE OF M. DANIEL CUAMIER.
limar (called in latin Mons apud Acusios in Delphinalu) . This is the second city in Dolphiny, of an oblong figure, but rich, trading in silken manufacture, and exceeding populous. The churches of this province deputed Mons»' Charnier about the year 1607 unto the French king with a petition that they might have erected an Academy in this town by his royal authority, which the king readily granted them. But by the way, good reader, in my manuscript memoirs, I find that this Academy had been before established atMontlirnart, and that Mons*" Chamier's business at Court was only to demand its confirmation. He was made the first professor and rector of it, as is evident from this authentic copy of the programme which he caused to be published for the opening of this Academy. It was conceived in these words in the latin tongue : Thus englished :
Superatis multis iniommodis anio- The many difficulties with which tisque obstaciilis tandem , auspice we encountered being now surmoun- Deo, regiaque authoritate inchoatur ted and all obstacles removed by the apud Acusios in Delphinatu erudita' grace of G*d and his Majesty's aupietatis sacra Academia, in ({ua reli- thority, there will he dedicated an gio cum solida ariium liberalium cog- Academy at Montlimart in Dolphiny nitione juventulis aiiimis instelletur. to good learning and piety, in which Sanote autem polllcontur rector, pro- l'"ue religion together with the solid fessores et classici pneceplores, se knowledge of the liberal arts and quanta fide quantaque diligentia fieri sciences may be instelled into the poterit curaturos ut lingua laliiia tender minds of young men. Moreover graeca et hebra-a. Hem rhetorica, dla- the rector, professors and every one lectica, physica, denique sacrosancta of the classic regents do most sotheologia exacte tradantiir. Prœterea lemnly, seriously and faithfully prout ingenue etiam utantur intra priva- mise, that they will take all possible tos parietes quiconque ad earn con- care and diligence that the latin , current juvenes. greek and hebrew tongues, as also
that rhetoric, natural philosophy and sacred theology shall he taught with the greatest exactness that may he; and that the young persons who shall be matriculated in it shall he boarded in private houses at moderate rates and charges.
Aperietur ludus pruximis kalendis The school well be opened on the octobri, hujus anni 1 607. lirst of octi.her of this year now cur-
rent 1607.
est Mons apud Acusios in Delphinatu. C'est la seconde ville du Dauphiné. Elle a une forme oblongue; elle est riche, très populeuse, et fait un commerce considérable en soieries. Les Eglises de la province députèrent, en 1G07, M. Chamier au roi de France avec une pétition par laquelle ils demandaient l'autorisation de fonder une Académie à Montélimart. Le roi leur accorda cette faveur sans aucune difficulté. Mais je trouve dans des mémoires manuscrits que j'ai à ma disposition que cette Académie avait été établie longtemps auparavant et que la mission de M. Chamier auprès du roi n'avait pas d'autre but que d'obtenir la confirmation du privilège, M. Chamier fut le premier professeur et le premier recteur de cet établissement, ainsi qu'il résulte de la copie authentique du programme latin qu'il fit publier à l'occasion de l'ouverture des cours. Voici le texte et la traduction de ce document :
Superatis mullis incommodis amo- Ayant enfin surmonté les difficultés tisque obstaculis tandem , auspice et écarté les obstacles qui arrêtaient Deo, regiaque anthoritate inchoatur nos travaux, nous allons, avec la apud Acusios in Delphinatu erudit;B grâce de Dieu et par l'autorité de Sa pietatis sacra Academia, in qua reli- Majesté, ouvrir» à Montélimart en gio cum solida artium liheraliura cog- Daupliiné, une Académie de sciennitione juventutis auimis instelletur. ces théologiques dans laquelle on in- Sancte autem polliceiitur rector, pro- culquera aux jeunes gens la connaisfessores et classici pr;eceptores, se sance de la religion en même temps quanta tide quantaque diligentia fieri que celle des arts libéraux. Le recpoterit curaturos ut lingua latina teur, les professeurs et les maîtres de graeca et hcbriea. Item rlietorica, dia- classe promettent solennellement de lectica, physica, denique sacrosancta faire tous leurs efforts pour que la Iheologia exacte tradantur. Prieterea langue latine , la langue grecque, la ut ingenue etiam utantur intra priva- langue hébraïque, la rliétoricjue, la tos parietes qulcunque ad earn con- dialectique, la physique, la philosophie current juvenes. naturelle, et enfin la très sainte théo-
logie, soient enseignées avec autant de soins qu'il sera possible. On tâchera aussi de procurer aux jeunes gens immatriculés des pensions à bon marché.
Aperietur ludus proximis kalendis L'école sera ouverte le l'^'" d'octooctobri, hujus anni 1007. bre de la présente année 1607.
112 THE LIFB OK M. DANIEL CHAMIER.
How long this Academy continued at Montlimart I know not. That it flourished I am very certain. For there was a very great conflux of youth unto it by this good token : The vineyards of Monthmart are all open. And the boys took their opportunity in vintage time, and before, of plundering and spoiling the vines. For in the foreign academies and universities you do not meet with that strict and regular discipline which is religiously observed in our renowned universities of Oxford and Cambridge. Their way of education being quite contrary to ours, not observing that reverence, nor paying that deference to their Rectors which is regularly and duly paid unto the Heads of Houses with us. In truth, they are trained up unto such familiarity with them as breeds contempt, unto a liberty which without the cords and curbs of restraining grace cannot but degenerate into licentiousness. And I made this sorrowful observation when I assisted at some foreign synods how their young ministers would carry it insolently and saucily towards the elder; and condoling with them about these affronts put upon them by these rude and ill-bred youths (the bad fruits of their unmannerly education at the university) those ancient divines would shrug up their shoulders, and sighing tell me, there was none other remedy than patience. It is true in France the younger ministers did observe a little better decorum unto their seniors than in the Reformed Confederate Netherlands. Rut the looseness of their youth in both nations is deplorable. Then- unruliness at Montlimart, and the many disorders committed by them made the town grow weary of their company and the Academy was transferred unto Die another city in this province. The church and magistrates of Die did by their humble petition unto the national synod held at Rochelle in the year 1607 request that Mons^ Chamier might be given them for their pastor and professor. Rut Montlimart though they parted with their Academy would in no wise part with Mons'' Chamier. Whereupon those of Die procured M'' Sharp a minister banished out of Scotland by King James, to be professor of Divinity with them. We have his Corpus Theologiœ and his Symphonia Pi^ophetarum, two pretty thick and large quartos published by him whilst he was in the professorate there.
Monsr Chamier continued still at Mçntlimart. His church, as I said, was very numerous. In his days it consisted of some thousands of communicants. His temple was a most spacious and beautiful fabric
J'ignore combien de temps dura cette Académie de Montélimart; mais je sais qu'elle fut florissante. Il y avait une grande affluence déjeunes gens. En voici la preuve. Les vignobles de Montélimart ne sont pas environnés de murs j les étudiants de l'Académie y allaient à l'époque de la vendange^ et même avant, piller les vignes. Il faut savoir que les académies et les universités étrangères ne sont pas réglées comme les nôtres; on n'y connaît pas cette discipline sévère qui existe à Oxford et à Cambridge. Leur méthode d'enseignement est tout à fait contraire à la nôtre, et les jeunes gens ne sont pas tenus d'avoir pour leurs recteurs cette déférence, ce respect que nous avons pour les nôtres. Ils vivent avec leurs supérieurs dans une telle familiarité, qu'elle dégénère souvent en mépris; ils jouissent d'une telle liberté que, sans le frein et le mors de la grâce, elle se changerait en licence. En assistant aux séances des synodes étrangers, j'ai fait la pénible remarque que les jeunes ministres sont insolents et grossiers avec leurs anciens. Et lorsque je témoignais à ces derniers mon étonnement d'une pareille conduite, qui est le résultat naturel de la mauvaise éducation que ces jeunes gens reçoivent dans les écoles, ces vieux théologiens me répondaient, eu haussant les épaules et en soupirant, que le seul remède à ce mal était de le prendre en patience. Il est vrai qu'en France les jeunes ministres ont un peu plus d'égards pour leurs anciens que dans les Pays-Bas réformés. Mais le relâchement des mœurs de la jeunesse est, dans ces deux pays, déplorable. L'insubordination des étudiants de Montélimart, les désordres qu'ils commettaient, les avaient rendus insupportables à la ville, ce qui fut cause que l'Académie fut transférée à Die, dans la même province. L'Eglise et la magistrature de Die adressèrent au synode national tenu à la Rochelle, en l'an 1607, une très humble requête à l'eflet que M. Charnier fût nommé leur pasteur et professeur. Mais la viUe de Montélimart , qui venait de perdre l'Académie, ne voulut point consentir à se séparer de M. Charnier, et il fut convenu qu'il resterait. Alors la ville de Die choisit pour professeur de théologie M. Sharp, ministre banni d'Ecosse par le roi Jacques. Pendant qu'il professait à Die, M. Sharp pubha deux gros in-quarto que je possède, et dont l'un est intitulé : Symphonia Prophetarum , et l'autre : Corpus theologiœ.
M. Charnier demeura donc à Montélimart. Ses paroissiens, ainsi que je l'ai dit, étaient très nombreux. Il avait plusieurs milliers de communiants. Son temple était très vaste et très habilement bâti; la voûte
il4 THE LIFE OF M. DANIEL CHAMIER.
whose roof was built and supported (as Sheldon's Theatre in our university of Oxford) most artificially without pin or nail. The beams by their mutual interpositions sustaining the roof according to the doctrine of levers. The Duke of Lesdiguières, a prince of more poUey than piety^ of greater subtilty than chastity, who was then of our Religion though he after abandoned it for the High Constableship of France, contributed 20,000 franks to the erection of this structure. And well he might when he robbed the protestant's treasury of Languedoc of 17,000 L. sterUng which they intended to have sent unto Geneva as a perpetual fund for the educating of ingenious and studious young men in Divinity who might afterward in their maturer years serve the church of God in the ministry of his holy word and sacraments. So that he dealt with the Reformed as that thief did who having stolen a sheep offered up its trotters and purtenances unto God for a sacrifice. However the curious traveller might have seen his name and arms frequently engraven on sundry stones of this noble temple. The teeth of the rapacious Jesuits had long watered at it, and their all voracious appetites had devoured it in their thoughts and purposes many years together. For it was a most stately and magnificent pile, and had next adjoining to it the houses in which the ministers lived with their families, which were genteel edifices furnished with all necessary apartments and conveniencies. These unsatiable harpies hoping that some time or other they might gripe into their clutches possession, as Zeba and Zalmuna did of old, this house of God, did for several years together by their interest at Court, preserve it from ruin : but they were at last frustrated of their designs : how and by what means I cannot tell, but disappointed of their expectations they were. For the parliament of Grenoble did on the S"" of december lG8i issue out, not only an express arrest and order for its demolition, but, which was like themselves most barbarous and inhuman, they enacted and decreed that the Reformed should with their own hands pull it down to the ground, raze its walls and grub up the very foundations by the roots, and that also upon the penalty of two thousand livres to him or them who durst refuse it. But this doleful accident fell out some forty years after the death of Mons»" Chamier.
On the first of October in the year of our Lord 1603 there was celebrated a national synod of the protestants at Gap in Dolphiny, and that venerable assembly placed him in the moderator's chair. It was
était soutenue par un artifice admirable, sans aucune elieville ni aucun clou, comme celle du théâtre de Sheldon, à notre université d'Oxford. Les poutres , engrenées et entrelacées , soutenaient le toit sans le secours d'aucun autre engin. Le duc de Lesdiguières, prince plus politique que pieux, plus spirituel que chaste, qui était alors de notre religion , mais qui l'abjura plus tard pour la dignité de connétable, consacra une somme de 20,000 francs à la construction de cet édifice. Il pouvait bien dépenser cette somme pour une église, lui qui avait volé au trésor des protestants du Languedoc 17,000 livres sterling , qu'ils comptaient envoyer à Genève pour former un fonds perpétuel destiné à l'éducation des jeunes gens lès plus studieux en théologie, et capables de devenir par la suite de bons ministres de la Parole de Dieu. Le duc de Lesdiguières agit donc envers les protestants comme ce voleur qui, ayant dérobé une brebis, offrit les pieds et la fressure en sacrifice au Seigneur. Cependant le voyageur qui visitait ce noble temple pouvait y voir, en bien des endroits, le nom et les armes de Lesdiguières gravés sur la pierre. Les Jésuites regardaient ce temple avec envie ; ils le dévoraient en esprit, et n'attendaient que le moment de mettre la main dessus; car c'était un édifice magnifique, duquel dépendaient plusieurs maisons habitées par les ministres et leurs familles, et ces maisons contenaient toutes les commodités nécessaires à la vie. Les harpies insatiables de Loyola, comptant jeter, un jour ou l'autre, leur grappin sur cette belle propriété, sur cette maison de Dieu, comme cela était arrivé autrefois à Zéba et à Zalmuna, firent tout leur possible pendant plusieurs années pour empêcher la destruction de cet édifice. Je ne saurais dire comment cela se fit, mais ils furent trompés daiis leurs espérances, car non-seulement le parlement de Grenoble, à la date du 8 décembre 1684, rendit un arrêt qui ordonnait de démolir ledit temple; mais, par un raffinement de cruauté bien digne de lui, le parlement ajouta que la démolition serait faite par les Réformés eux-mêmes; qu'ils devraient de leurs propres mains en raser les murs, en arracher les fondements, sous peine de 2,000 livres d'amende pour quiconque refuserait de prendre part à ce travail. Mais cette funeste catastrophe eut lieu plus de quarante ans après la mort de M. Charnier.
Le 1er octobre de l'année de notre Seigneur 1603, se réunit à Gap, enDauphiné, un synode national, dont M. Charnier fut nommé président. Ce fut ce synode qui déclara que l'évêque de Rome, le pape.
dl6 THE LIFE OF M. DANIEL CHAMIER.
this synod which decreed the bishop of Rome, the Pope, to be Antichrist. Monsr Charnier drew up the canon, and it was afterwards inserted among the articles of their confession. The papists and Jesuits did not a Httle fume and storm at this insolency, as they termed it of the Reformed.
There was one Ferrier at that time minister and professor in the church and Academy of Nismes. This fellow was assessor of this synod, but a mere Judas in the college of the apostles, a devil among the angels. For he was bought off by the high priests in the popish gallican church with a 'pension of three thousand crowns to betray his brethren, which this infamous wretch, instigated by his avarice and ambition, attempted accordingly. But his perfidiousness being at length detected by letters under his own hand, and his deceitful prevarication with the church of Paris, and his sacrilegious detainure of the churches moneys entrusted with him to be distributed among the poorer ministers and other ecclesiastical uses and services of the Reformed, he was not only deposed from his ministry, but most solemnly excommunicated. This sentence denounced against him in his own temple was exceeding terrible. You may read it in the first volume of my Synodicon, it bemg the closing Act of the national synod of Tonneins.But although this dismal censure struck the whole church with grief and horror at its denunciation as it ^\ ill the reader who shall be at the pains to peruse it : yet the most righteous God and Judge of the whole world having delivered up this apostate unto a reprobate sense, and judicially hardened his heart and conscience, he grew unto that degree of impudence and impenitency in his sin, that he purchased the office of a counsellor in the presidial court of Nismes; where as he was going unto the sessions the enraged mob rose up tumultuously against him, and had it not been for the prudence and authority of the protestant magistrates of that city, he had been infallibly torn in pieces by them. He sometime after retreated unto Paris, and in a private conference with that famous minister Mons»' du Moulin wlio dealt with him most plainly and faithfully, there were some kind of hopes conceived of him that he might be recovered out of the snares of hell unto repentance. But upon second thoughts the renegado knowing that if he returned unto the Reformed he could not be restored unto his ministry among them but after a very tedious and severe penance of many years, and that he should be irre-
était l'Antéchrist. M. Charnier rédigea le canon, qui fut ensuite inséré parmi les articles de la confession réformée. Les papistes et les Jésuites étaient furieux de cette insolence des Réformés, comme ils l'appelaient.
Il y avait en ce temps un M. Ferrier, qui était ministre et professeur à l'Eglise et à l'académie de Nîmes. Il fut nommé assesseur du synode ; mais il joua le rôle de Judas parmi les apôtres, du démon parmi les anges; il se vendit aux principaux pontifes de l'Eglise papiste gallicane, moyennant une pension de 3,000 ecus, et s'engagea, l'infâme! à trahir ses frères , ce qu'il essaya de faire, entraîné par son avarice et par son ambition. Sa perfidie fut enfin découverte par des lettres écrites de sa main , par ses affreuses prévarications dans l'Eglise de Paris, et par sa retenue sacrilège des sommes d'argent qui lui avaient été confiées pour être distribuées aux ministres pauvres et pour être employées à différents services des Eglises réformées. En conséquence de ces faits, Ferrier fut non-seulement déposé, mais solennellement excommunié. La sentence qui fut prononcée contre lui, dans sa propre église, est conçue dans les termes les plus terribles. On peut la lire dans le premier volume de mon Synodicon, à la fin des actes du synode national de Tonneins. Cette censure redoutable remplit toute l'Eglise de douleur et d'horreur, et elle produira certainement le même effet sur le lecteur qui la lira; cependant le malheureux qui en était l'objet n'en fut pas ému; le juste Maître et Juge de l'univers abandonna ce criminel à son apostasie , et endurcit son cœur et sa conscience à tel point que , ne gardant plus aucune mesure dans son impudence , il osa acheter la charge de conseiller à la cour présidiale de Nîmes. Mais un jour qu'il se rendait tranquillement au tribunal, la foule indignée se souleva à son aspect, et sans la prudence et l'autotorité des magistrats protestants de la ville , il eût été infailliblement mis en pièces. Quelque temps après, il se retira à Paris, où il eut une conférence avec le fameux ministre, M. Du Mouhn , qui agit envers lui avec la plus grande simplicité et probité, et qui conçut dans cet entretien quelque espoir de le sauver des pièges de l'enfer et de l'amener à résipiscence. Mais le renégat, ayant réfléchi que, même s'il se remettait avec les Réformés, il ne pourrait rentrer dans son emploi de ministre qu'après une pénitence très sévère et très pénible de plusieurs années, et qu'il serait irrévocablement abandonné et re-
coverably lost and forsaken hy the Roman Catholics, he stifled and suppressed all his convictions, persisted in his ungodly courses, and at last died as he had lived a rank atheist and a most desperate papist.
In the year 1612 there was another national synod held at Privas in which Mons»" Charnier was once again promoted to the chair and was Moderator of that grave assembly. Excepting the reverend 3Iessieurs MerUn and Beraut you shall not meet with any others who iiave the second time presided in those national synods. This synod was convened in a most difficult juncture of affairs, and two years after the death of Henry the k^^ who always retained an affection for the protestants. But now those at the helm feared, but not loved them^ and had plotted their extirpation and destruction. Mons^ Chamier was well aware of it, and countermined the adversaries of the Reformed religion who designed to blow it up and the professors thereof, but with the gunpowder of their own intestine dissensions and divisions. He saw how these were cunningly sown among the great Lords, the most eminent ministers and the most flourishing churches and congregations, and therefore as a faithful watchman he did from his watch tower in which he was placed by night and day give most timely notice and advertisement of the impendent judgements from those mischievous counsels, and advised, as he had done some years before, all the churches to look to themselves and to stand upon their guard because of those most dangerous mines. For their greatest danger lay in their disunion. Nor could they gratify their common enemy, the papists, more, nor contribute more efl'ectually to their own designed utter extermination, than by playing the parts of young vipers to gnaw and tear out the bowels of their own mother the church of God, by making new rents and breaches in it. « For, said he, your union is your true interest, strength and glory. The adversaries may easily break you as the singlesticks of a faggot, if divided into little parties, or subdivided into more numerous factions and fractions, whereas they cannot do it if you continue fast bound in one bundle, inseparably and indissolubly united in one body. » These were some of those many wholesome advices he gave both in the national synod of Gap and Privas, which had the Reformed as religiously practised and observed in all human probability their ruin might have been prevented. But whom God hath a mind to destroy
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poussé des catholiques romains , il étouffa toutes ses convictions, persista dans sa défection impie et mourut enfin comme il avait vécu, en athée incorrigible, en papiste obstiné.
En l'année 1612 , la ville de Privas vit se réunir un autre synode national dont M. Charnier fut également élu président et modérateur. MM. Merlin et Béraut sont, avec M. Chamier, les seuls ministres qui aient été élus deux fois de suite présidents des synodes nationaux ; il n'y en a pas d'autres exemples. Ce synode fut convoqué dans des conjonctures extrêmement difficiles, et deux ans après la mort de Henri IV, qui conserva toujours une grande affection pour les Protestants. Les successeurs de ce prince craignaient les Réformés, mais ne les aimaient pas, et méditaient en silence leur entière destruction et extermination. M. Charnier, qui n'ignorait pas ces projets, s'attachait habilement à les contreminer. Il savait que les ennemis de la religion réformée cherchaient à la faire sauter, avec ceux qui la professaient, par la seule explosion de leurs dissensions et de leurs divisions intestines. Il voyait comment on semait adroitement les germes de discorde entre les grands seigneurs et les ministres les plus distingués dans les Eglises et les congrégations les plus florissantes. Aussi, comme un éclaireur fidèle, il ne quittait jamais son beffroi ; il y veillait jour et nuit, afin de sonner l'alarme et de signaler à temps tous les dangers, tous les complots qui menaçaient l'Eglise. Il exhorta toutes les Eglises, comme il l'avait déjà fait quelques années auparavant, à se bien tenir sur leurs gardes, car le sol était miné sous leurs pas. Mais leur plus grand danger, c'était leur désunion , et ils ne pouvaient faire plus de plaisir à leurs communs ennemis les papistes, ni contribuer eux-mêmes plus efficacement à leur extermination préméditée, qu'en jouant le rôle de jeunes vipères, rongeant et déchirant les entrailles de leur mère, l'Eglise de Dieu, et en y faisant de nouvelles brèches et de nouvelles blessures. « Votre union, leur écrivait M. Chamier, est votre véritable intérêt, votre force, votre gloire. Vos ennemis peuvent facilement vous briser si vous vous séparez comme des verges isolées; ils peuvent vous détruire, si vous vous partagez en innombrables factions et fractions; mais si vous demeurez indissolublement unis en un seul faisceau, en un seul corps, ils ne parviendront point à vous vaincre. » Tels étaient les salutaires avis qu'il adressait au synode de Gap et à celui de Privas, conseils qui auraient.
they be first infatuated. The great Lords of the Rehgion quarrelled amongst themselves, and when admonished by the churches in their synods to accommodate their dilTerences, and to unite cordially against their common enemy, they slight their most faithful counsels, and like so many wild horses run away with the bit and curb in their teeth, and apostatize from their profession of the blessed truth of the (iospel. Yea, and many of the lesser nobility led by their pernicious examples do make their peace with the court of France by betraying the churches, and yielding up the cautionary towns whose government had been concredited to them for the security of the poor protestants, into the hands of their most implacable foe, and then to complete their wickedness, they do also renounce our most holy faith, and revolt from the true Religion. These were mortal blows unto the cause of Reformation in France, and were all foreseen and predicted by this sage and reverend seer who was as Zachariah the priest a most wise and prudent counsellor, an able statesman, as well as an able divine. The French court were most sensible of it, and laboured therefore to buy him off with the rich baits of temporal honours and advantages, but all m vain. For what was said of Luther was true of Chamier; as that German so this Frenchman did not value gold. And when fair means and flatteries could not debauch his conscience from an inviolable adhesion unto the cause of God and his poor people, they attempt upon him by foul ones, treating him with indignities, menaces and downright acts of injustice. But these court artifices and violences do but render him more stifT, inflexible and untractable. He had been once deputed by the national synod of Rochelle in the year 1607 unto the Court about some important business of the churches. The king and lords of the cabinet council made him dance attendance full six months before he was admitted to an audience. Yet would he not warp one tittle, nor decline in the least punctilio from his integrity. It is true neither his person nor errand were acceptable with the king, who would say of him that he was one of those synodical fools whose heads were hardened and hearts fast bolted against all the golden offers of the Court and who stood too stiffly upon their terms of security, not trusting to the royal word, nor could he be moulded by those potent engines of liopes and fears into any compliance with his will and pleasure.
selon toute probabilité humaine^ sauvé la cause de la Réformation s'ils avaient été religieusement écoutés et suivis, comme ils méritaient de l'être. Mais « ceux que Dieu veut anéantir, il commence parles aveugler. )) Les principaux chefs du parti réformé se disputaient entre eux, et quand leurs Eglises les invitaient , par l'organe de leurs synodes, à se réconcilier et à s'allier cordialement contre l'ennemi commun, ils dédaignaient ces avis salutaires , et, pareils à des chevaux furieux, ils s'emportaient, ils prenaient le mors aux dents et devenaient apostats de la sainte vérité de l'Evangile. En même temps, beaucoup de ceux qui appartenaient à la noblesse du second degré, pervertis par l'exemple des premiers, se rapatriaient avec la cour de France, en trahissant l'Eglise réformée, en livrant à leur implacable ennemi les villes de sûreté dont le gouvernement leur avait été confié pour la garantie des infortunés protestants, et enfin, pour couronner leurs forfaits, ils renonçaient à notre sainte foi, et se révoltaient contre la vraie religion. C'étaient là des coups mortels pour la cause de la Réforme en France. Tous ces malheurs avaient cependant été prévus et prédits par ce sage et respectable personnage, M. Charnier, qui était, comme le prêtre Zacharie, un conseiller prudent et un politique consommé, en même temps qu'un profond théologien. La cour de France connaissait sa valeur, et faisait tous ses efforts pour le détacher de la Réforme par l'appât des honneurs et des biens temporels; mais c'était peine perdue. On pouvait dire de Charnier ce qu'on disait de Luther; le ministre français, pas plus que le réformateur allemand, ne faisait cas de l'argent. Lorsqu'on vit que ni les promesses, ni les douces flatteries ne pouvaient rien sur son cœur ni sur sa conscience, et qu'il était résolu de rester fidèle à son Dieu et à son troupeau, on employa la violence et la menace; on le traita avec indignité; on lui fit subir toutes sortes d'injustices. Mais les artifices et les violences de la cour ne servirent qu'à le rendre plus inflexible, plus intraitable et plus incorruptible. Le synode national de la Rochelle l'avait député à la cour, en 1607, au sujet d'une affaire d'un grand intérêt pour les Eglises réformées. Le roi et les seigneurs du conseil privé le firent attendre six mois entiers avant de lui accorder l'audience qu'il sollicitait. Néanmoins , il ne se laissa ni entamer en quoi que ce fut, ni rebuter. Sa personne, il est vrai, non plus que sa mission, n'était point agréable au roi; il voyait en lui un de ces fous des synodes, à la tête dure et au cœur fermé à toutes les séductions dorées de la cour.
Indeed this unbiassed integrity of Mons»" Charnier fixed him in high esteem with the chmehes who loved and honoured him the more ior those disgraces he received at Court. He was hke one of David's worthies who wouhl rather adventure their lives than forego a poor piece of barren ground which produced nothing but lentils and vetches, because it was their king's. He would not part with any the least concerns of the churches which were committed unto his trust, upon any terms whatever.
H w^as Mons» Chamier who promoted and drew up that Act of union which was sworn by all the members of the national synod of Privas, a copy of which for my readers satisfaction I have here inscribed.
Act of Union.
We whose names are here under written, deputies from the Reformed churches of France, assembled in a national synod at Privas a town of \'ivaretz, knowing by past experience that nothing is more needful to preserve the weal, peace and good estate of the said churches than an holy union and inviolable concord both in doctrine, discipline and their dependencies, and that the said churches cannot long subsist without a good, intimate and mutual conjunction one with another, and better kept than formerly. Being for this very cause desirous to remove all seeds of disunion and occasions of divisions which may hereafter trouble the said churches, and to prevent all impostures calumnies, private factions, plots and practices by which sundry persons ill affected to our Religion do endeavour to dissipate and ruin them; which (piickens us more than ever to find out by joint accord and common consont (he proper and most etfectual means of our just, lawful and necessary conservation in the union aforesaid under that obedience due to his Majesty and sovereign Lord, and the queen his mother. A^'e have in the name of all our churches, and for their good, and for their .Majesties' service, sworn and protested, and do swear and protest (promising also our utmost endeavour that these very selfsame protestations shall be ratified in and by all our provinces) to remain inseparably united and conjoined in
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qui, s'attachant étroitement à la lettre des garanties stipulées, et ne se fiant pas à la parole royale, ne pouvaient être plies à ses désirs et volontés, ni par l'espérance ni par la crainte, ces deux leviers d'ordinaire si puissants.
Cette intégrité irréprochable de M. Charnier lui acquit la haute estime de toutes les Eglises réformées; elles l'aimaient et le vénéraient d'autant plus qu'elles le voyaient plus mal en cour et plus disgracié. Il était semblable à un de ces vénérables compagnons de David qui aimaient mieux s'exposer à la mort plutôt que de céder un misérable coin de terre qui ne produisait que des vesces et des lentilles, mais qui appartenait à leur roi. M. Chamier ne voulut à aucun prix transiger avec la cour sur les intérêts des Eglises qui l'avaient nommé leur mandataire.
Ce fut lui qui proposa et rédigea l'Acte d'Union qui fut juré par tous les membres du synode de Privas, et que je vais insérer ici tout entier pour l'instruction de mes lecteurs.