‹ 1564-1621, Daniel ChamierChapitre 50 sur 80 · DISPUTE UE LECXGL'KE · texte numérisé non relu

DISPUTE UE LECXGL'KE

luy esloyent ses chanoines et quelques cordeliers, jacopins, minimes. Estoit aussi venu du collège d'Auchx un jésuile Jordain, qui tcnoit mine de bon Rabbin; amené, comme on disoil, à cete effet; combien qu'au reste, Sopvfbfriiicf. xco[t.iy.àv, bormis que parfois il souffloit à l'oreille : comme en la troisiesme journée, il fit corriger Paphlagonîo en Phîlogonîo. Et une autre fois au modesUamfidel, nommé, sans y bien penser, le modestum de Tertullian, en l'interprétation duquel je reprochoy je ne say quoy, qui est dans les Actes, et qui mettoit mon homme en humeur. La confusion ne fut jamais qu'à l'entrée, à cause de la foule; mais dans la sale, tous les assistants nous obligèrent à force de patience, de silence, d'attention. Tant pis qu'on ne leur rendist pas la pareille : on ne leur porta pas le respect qu'ils méritoient. Mais de Tévesque et de Regourd, puis-je dire avec vérité (en bonne beuic si je les offense) qu'il ne fut rien de si fascheux, de si impatient, de si violent : zaï ùjrèp Tôv idipSoAov, disait-on à Athènes. Vraiement criovoûs «vôfîs {sic), s'il en fut one. Jamais ne s'assubjetir aux loix, ne recognoistre aucunes ordonnances, ne tenir conte d'aucunes prières de l'assistance, abuser de mon silence, quand leur tour estoit de parler ; ne pouvoir se tenir dans leur peau, quand c'estoit à eux de se taire; interrompre mes discours à tout propos; esmouvoir des malplaisantes altercations; souvent m'en falut-il plaindre, de quoy les Actes ont encore des traces et en auroient davantage si j'eusse esté cru. En la seconde journée, après une violente escapade, j'avois obtenu une ordonnance; maïs le lendemain, sur une plainte semblable, ils firent tant, que non -seulement ma plainte lie fut pas escrite, mais fut mesme le feuillet lacéré dans lequel estoit ladite ordonnance. Despuis, je n'en pus one obtenir une autre par escrit; mais des paroles, et paroles estoient à mes gens justement le vieux proverbe : SvwTtsIAeye/tûeo/, 5 ôï T«'wT« Ixîve», ils n'en faisoient que secouer les oreilles. L'évesque disoit tout haut qu'il n'appartei]oit qu'à luy d'ordonner, monstrant bien par là n'avoir lu les disputes de sainct Augustin contre les Donatistes, oil personne ne présidoit que le magistrat; mais d'un temps que le pape n'avoit pas encore mis le pied sur la gorge des rois. Bien me valut que je sçusse que Dieu et le roy m'ont exempté de sa tyrannie. Le cardinal de Sourdis, en la dispute avec Coton; et l'archevesque d'Ambrun, en celle de Fenouillet, depuis évesque de Montpellier (1), ne me donnèrent pas tant d'occasion de plainte comme cet évesque titulaire, qui ne se pouvoit tenir coy. Enfin cette impatience, mais bien insolence, me porta à rompre la dispute. Car comme en la 5" séance, j'eusse protesté de ne me tenir aux loix non plus que les autres, et eusse commencé à estendre mes discours, ce fut à eux de se plaindre, de crier, de demander remède. Fut dit que, laissant le passé, do-

(1) Voir ci-dessus, pages 229 et 271.

rcnavant les loix se garderoient et le Jésuite passeroit à un autre argument. Pour les loix, il promit; mais pour l'autre, point nouvelles qu'il n'eust reparti à ce que j'avois allégué. Ceci fait, et plustost que je n'eusse cru, parce qu'il se trouvoit surpris, il revint à son naturel; et comme ne s'estant obligé que par equivocation mentale, lira de son sein certain paperas, et de là nous en donna du long et du large, de tors et de travers, trouvant son meilleur de ne me laisser point de temps à respondre. Trait que m'avoit autrefois joué l'abbé de Sainct-Antoine, à qui je reprochay qu'il avoit fait comme ceux qui font leur testament au haut d'une eschelle ( i). Cette rafraiscbie insolence, et après des promesses toutes nouvelles, m'offensa et me fit désespérer de jamais avoir rien de bon d'un homme si lascho. Aiii.>i après les Actes signés et la prière faite (car je la lis tousjours à chaque entrée et sortie, oyant tout le monde), comme on demanda nouvelle matière pour le lendemain, je déclaray ne vouloir plus disputer avec un homme ([ui n'avoit ni foy, ni loy, si on ne pourvoyoit à deux points : l'un que j'eusse quelque caution meilleure que sa parole ; l'autre qu'on continuast la matière sur laquelle il avoit tant desbagoulé, sans que j'eusse peu repartir. Ainsi fui la séparation pour l'heure, sans qu'il fist contenance de s'y opposer. Le lendemain, monsieur de Fontrailles me dit que le Jésuite ofiroit de s'obliger de nouveau aux loix : quant à la matière, qu'il s'en remetlroit à ce qui en seroit ordonné (2). Mais un gentilhomme papiste lors présent nous assura qu'il n'y pensoit pas. Ainsi je suppliay 31. de Fontrailles de trouver bon que je ne me fiasse plus en la parole d'un qui n'avoit ni tenue, ni retenue, et que je ne me despartisse point d'une matière qui avoit esté traitée avec tant de supercherie. Despuis il ne s'en parla plus.

« Et vraiement nécessaires sont aux jésuites telles supercheries. Que leur resteroit-il en une si misérable cause? Quel moyen de paroître parmi tant d'autres? Et si tard après tant d'autres? Vrayement il eust bien esté besoin <iue le bandolier des Pyrénées s'advisast de faire un ordre si nouveau ; que les papes fussent tant importunés de le conlirmer; que tout le monde fusl pressé de tant contribuer à l'enrichir; bref qu'on dressast partout tant de magasins de maistres in omni scibili : pour n'apporter que ces vieilles vertus de modestie, de conscience, de raison, qui ne sont que pour une bonne cause. Mais grande misère pour nous, d'eslre sujets à tels passe-temps : èsquels bon gré maugré il nous faut faire à mauvais nœud mauvais coin, et rrcàî xâpa xapusiv. Saus doute c'est de là que les gens de bien tierment

(1) Nous ne savons à quel incident de la vie de Charnier se réfère ce souvenir.

(2) On voit ici clairement quel rôle jouait Fontrailles. « Quoiqu'il eût promis de se faire catholique qu:ind on le voudroit, il ne laissoit pas de se maintenir à Lectoure (1618) et de feindre encore qu'il étoit réformé, » dit Benoit, Hist, de l'L'dit de Nantes, II, 2oj. Voir aussi Haag. France protest., I, 143, art. Astarac.

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pour autant de perdu tout ce qui s'y donnne et de temps, et de peine; comme n'en réussissant que l'espreuve d'une opiniastreté incroyable : le mescontentement des immodestes crieries ; l'iiorreur des impudences monstrueuses. Mais à tout cela, que fcroit-on? Laissons à Dieu les événements, et ne trahissons pas la vérité. Quelle que soit la rage des hommes, il fait tirer la lumière des ténèbres, le bien du mal. Il fiiit bénir la simplicité, la patience, la constance de ses serviteurs. Quand je n'aurois autre chose que d'avoir veu l'assistance contente de ma modestie et mescontente de l'immodestie contraire, ce m'est assez pour cependant. Le reste paroistra quand Dieu voudra.

Autant que j'estoy désavantagé de ce costé, autant l'estoit le Jésuite en tout ce qui est d'un bon disputeur. Parleray-je de l'ignorance ? Certes encore qu'en une telle action on ne doive chercher de dire: J'en say; si est-il bien mal séant, parmi tant de bravades, tant de rodomontades : à un qui vint jusqu'à dire que je n'entendois pas de suo dorso tudere, de monstrer si grossièrement la corde. Dès la première journée, il nous cracha une Psychophannychle (1),sans souffrir que je l'en advertisse; car je levoulus faire. En la dernière il pensa sortir hors du sens, quand je relevay son a^w^sj (2); bravacha que je ne savois que c'estoit ny Q^it^, ny «Awttîî ; s'engagea de le monstrer dans Ignace. Or est-il vray que n'en ayant pas la mémoire fresche, j'y parlay des renards ; car que me pouvoit-il représenter autre chose ? et comme il le disoit? Mais je savois bien au moins qu'a^awxoî et «Aoittï; sont aussi bons en Grèce qu'en Quercy. Ignace dit, Ep. 9 : 6weç «Aw^rot, «yOpu- TTô/ai/xot 7rî9ïjzoi: Loups cerviers, rusés singes contrefaisanst homme. — En la deuxiesme journée, il pressa le mot «Ira comme l'entrée d'un nouveau point. Et c'est plustost la continuation d'un mesme propos par la cousture de diverses parties, comme 1 Cor. XII, 28 et XV, 23, 24; et \ Tim. II, 43 ; Héb. XII, 9; Jac. 1, 15. — En la 4« : wposxovtîaeat, 'A\\A\^ s' applique souvent, voire aux hommes : Si n'y a-il auteur grec qui en ait ainsi usé; seulement les LXX l'ont employé pour l'hébrieu mnnun qui comprend l'honneur déféré tant à Dieu qu'aux hommes : à l'imitation de quoy le latin a aussi abusé d'adorer. Entre les payens voirement il se trouve pour l'honneur déféré aux rois, mais de Perse, lesquels Xénophon, In JgeslL, dit «ïiowvtkî /al ràs rwv BtStv >:/*«« x«o:roOff0ac qu'ils présumoieut jouir des honneurs divins. Voyés Jjriss. de Pers. princlp.^ lib. H. Mais les chrétiens n'en ont jamais tant abusé, jusqu'à ce que bien tard l'idolâtrie s'avança. Aussi pleuvi-jc (sic) jiour vaine et thrasonique cette bravade de cinfi cens passages de l'anti-

(1) Citation d'un livre de Calvin intitulé Psychophannichie (Traité contre ceux qui croient an sommeil de l'âme après la mort jusqu'à la résurrection), dont le jésuite avait fait étalagea la première séance. {Op. cit. p. 22.)

(2) Vnir rpxtrait que nous avons donné ci-dpssus, paje 2S3.

quite, qu'il promet au contraire. Autant en emporte le vent. —En la dernière, il nous fit savourer le lurctaroix^iauis de Grégoire de Nysse, comme si c'eust esté la transubstanliation toute pétrie. Ne sachant pas, le povre homme, qu'il est pour tout changement de qualités : comme de fait la nature des éléments, dont il est emprunté, le porte. Il trouvera dans le mesme Grég., Contra Eiinom., près de l'entrée : -h «ttô evnroû wpo; tô àBâvaroi» rôi ^jûuewî iinùv /iîTKffToixsîustî : la transélénientation de nostre nature de la moralité en l'immoralité. Est-ce transubstantiation ? Z)e hom. Opif., cap, 24, il propose de prouver que ce Tout doit être transélémenté /xeraffroixeioOseai en un autre estât. Est-ce transubstantation? En l'oraison De mort, ol îrpàsTïîv ôetorépa» fieTKSTotxetwQivres xa-rxsTacw : ceux qui sont transélémentés en un estât plus divin, s'entend après la résurrection. Est-ce transubstanliation? Cyrill., de Orth.fide ad Reg. Christ nous a/introduits vers son Père, nous ayant défaits de nos péchez, xal eîs xaivirnjTa Çmâs /teTacrToixEt(iff«s èv 7rv£Û/*«rt, et nous aijajit transélémentés en nouveauté de vie en esprit. Voyez s'il y a de la transubstantiation. — Que dirai-je en la 3'^ du euaju/io/zoi xai art3v«i/;io« exposé par attouchement de corps à corps, et de sang à sang? Ou qui jamais ouït une telle fourbe ? Pardon à qui ne savoit pas qu'Eph. I, 2, se trouve ë9v>3 oôudw/^ix : ne sçavoit pas qu'Œoumenius l'interprète avoir un mesme corps avec Christ, en tant qu'on est membre d'icelwj. Savoir-nion [?] s'il faut que tous les hommes de la terre pour estre chresticns se touchent corps à corps, ou que mon Jésuite soit ignorant et ridicule. Et pis, quesùv signifie conjonction : comme si quand, 1 Cor. V, 4, St Paul disolt «vaxQévTwv VJJ.ÙV xax Toâ è/*oO TivEÛ/iaros, VOUS et mon esprit estant joints ensemble, il falut qu'il ne fust pas à Philippes, ou les Corinthiens chez eux; ou que ce fust ce beau secret que les jésuites, en dépit de tous les philophes, ont commencé d'enseigner : qu'un mesme corps en mesme temps peut estre à Rome dans un feu et à Paris dans la glace. Conimb. inIf\-P/iys, c. V, q. 5. Comme aussi nostre homme nous donna par les joues d'un corps de Christ esloigué de soy-mesme : qui ne peut estre autre chose qu'un monstre.

<t II se pourroit faire pourtant, que ce ne fust pas tousjours ignorance, mais malice, pour le profit de sa cause. Comme en la deuxiesrae journée, le ôîîzeiov xaiïvJal/jioc «ofàrou OsoD de Théodoret, il le tourna: un vray portrait de Dieu. Pourquoy ? Certes qu'il ne pouvoil autrement eschapper. Mais Grégoire de Nazianzc dit : où anî^sts hoxlux xevàv : tu ne dresseras point de ressemblance vaine. Et donc 'àSvj.jxK n'est pas tousjours un vray pourlrait. Etymol. macj. dit (jue ôéixsAov est proprement de Jupiter, mais KKT«xf»3"'>«wî, par ampliation, rà oTov ôji^rore ïvôai/xa, quelque ressemblance que ce soit. Et donc en Théodoret aussi peu de vray que de faux. — En la 3«, é p«tvo/*svoi v.proi, ce qjti paroîtpain. Ainsi Matth. II, 7. «0 fxivo/Alvo^ «erpou sera de ce

qui paroîssoit estoile : et bestes ceux de Louvaîn, qui ont dit : de l'estoUe qui leur apparois'soU. fliais sainct Augustin, Can. Qui manducat, de Cons. d. 2, disoit : Quod videtur panis est, et callx: quod etiam oculi renuntîant : c'est-à-dire, ce qui se voit est du pain et une coupe, comme aîissi les Tjeux le tesmoiqnent. Ainsi Grégoire de Nysse, au sermon du baptesme de Christ, dit que un homme est fait prestre sans changer aucunement ny de corps ny de forme : mais estant y.axà. rà (^awbfxs^ov selon ce qui paroit, telle qu'il cstoit. Derechef rbitpoxzlixzvov, qui est là devant: comme si, Héb. 618, t^s irpoy.zijjiivns èlniSos, vouloit dire dans le collège de Gahors, l'espérance qui est là devant, pour renvoyer à l'escole l'Escole de Louvain, qui a dit : L espérance qui nous est proposée. — Eu la 4% pour prouver qu'on peut assoir son espérance en autre qu'en Dieu, fut allégué, Pr. XIV, 32. Le juste a espérance en sa mort: dont le sens est, tesmoin Janséuius (évesque non titulaire, mais de nouvelle crue) que mesme en la mort, où on a accoustumé de s'effrayer le plus, le juste est asseuré. De l'Ep. à Phil., ayant confiance en ton obéissance : au lieu qu'à Louvain on disoit, m'asseiirant de ton obéissance, c'est-à-dire, que lu m'obéiras. Ce qui doit estre aussi pour Léon : car avoir confiance d'estre assisté des prières des saincts, n'est pas mettre sa confiance es prières des saincts. De mesme source iarpEÛsiv xal «rieciQai, adorer du culte de latrie. Item, Hoc corpus, quod videtis : ce corps visible. Secundum se: à par soy. Ainsi, ferèbatur quodammodo, se portoit d'une certaine façon, savoir invisiblement, mais réalement: au lieu que cela s'employe quand on détourne les mots hors de leur propre usage. De Civit., lib. XVII, c. 9. Pourtant au livre des Rois, il est dit, l'iniquité d' ice lut/ ; mais au Ps. des fils d'iceluy : afin que nous entendions, de ipso dici quodammodo, que de luy se dit aucunement, ce qui se dit du corps diceluy, c'est-àdire de l'Eglise. Ep. 222, La foy, quodammodo vldet, voit aucunement estre vray, ce qu'elle ne voit pas encore. Et donc quodammodo, vaut improprement; comme aussi en grec, Grégoire de Nysse, au mesme chapitre dont mon homme faisoit tant de bruit, dit : h tôk «otov tSwv, rpbizov Tiva àv0pw7rivoy pAéTTEtcw/jt^ : Qui voit du pain, voit quodammodo aucunement un corps humain. Mais un jésuite n'y regarde pas de si près : de gros en gros luy vaut mieux pour tromper. Ce que sainct Augustin disoit, qu'on ne trouve pas, comment expliquer de David à la lettre, mais qu'on le trouve bien de Christ : il le fait passer pour l'exposer de Christ à la lettre. Par quelle règle? Toutes ces expositions violentées estoient à dessein pour faire voir des estoiles en plein raidy, des byiiocentaures en l'air, des chimères dans les nues.

« Souvent luy reprochoy-je sa mémoire, sans que jamais il en osast ou excuser, ou colorer une seule faute. Je devois dire perfidie : liuisque c'estoit à

tout bout (le champ, sans se soucier de mes reproches non plus qu'un tronc : et tousjours ù mon désavantage. Si je disois que l'objectant devoit prendre ù son profit la partie de son argument, que le respondant ne touchoit pas : il faisoit croire que je parlois de prendre mes avantages. Si j'alléguoy Théodoret pour preuve que la raison de ne peindre Dieu c'est l'invisibilité, il respondoit que Théodoret disoit, Moyse avoir prohibé les peintures pour la vieille loy. Si je marquois que ce que Théod. disoit : Moses scripsit, l'interprète latin l'avoit tourné, Moses 7iobis scrlpsit : il répartoit que j'avois tort il'adjouster 7iobis, sans faire mention du texte. Si je disois que le glosateur tient la définition de Nicolas pire que l'opuiion de Berengarius, il s'imaginoit que j'en avoiiois l'interprétation pour saine. Si je disois que les papistes ne rejetent pas Origène, quand il leur semble parler du purgatoire et du célil)at, il songeoit que je les contois entre les erreurs d'iceluy. Si je disois que Nicolas avoit cru que le corps de Christ se brise sensuëlement à belles dents, son repart estoit, que l'Eglise romaine ne croit pas qu'on porte aucune nui' sanceaucorpsde Christ. Si je remarquois les anciens avoir dit que le corps de Christ se mange par parties en sacrement : il disoit que je ne pouvois entendre avec vérité, que l'on mange seulement par figure une partie du corps de Christ spirituellement. Si je disois, qu'au VI de sainct Jean il est parlé de la manducation spirituelle, et hors du sacrement : il me faisoit dire, de la seule manducation spirituelle hors du sacrement. Si j'alléguois de Tertullian qu'il faloit adresser sa prière à Dieu seul : il y pourvoyoit en disant, que Tert. n'entendoit forclore les yeux des anges et des saincts. Si je disois, qu'en cas qu'il fut vray, que toutes les prières aux saints s'adressent à Dieu, Origène auroit mal parlé, qu'il faloit les adresser à Dieu, non pas aux anges : comme on ne dira jamais qu'il ne faille pas donner l'aumosne aux povres, pource qu'en la donnant il faut regarder à Dieu: il avoit sa défaite, que la miséricorde en tant que subvention à la misère d'autruy, n'est rapportée à Dieu, comme h terme, à qui l'on subvienne. Si je disois qu'il avoit mal lomné ferebat illnd corpus in manibus suis : il respondoit d'un '.ailVQ ferebatur manibus suis. Si je disoy que le spintualiter manducare s'exposoit, quand sainct Augustin l'attribuoit aux Juifs : il me faisoit croire que je supposois le raesnie des Juifs que de nous. Toutes ces belles vertus comment les appelle-on? En grec, â/toî àff»iTouv, o( ô' àTrrjpvoOvTo uxapaj; en latin, De alllis rogatum de cœpis respondere; en françois, Tourner la trnye au foin. Tant mon homme est habile homme !

« En logique bravoit-il, comme sur son fumier. Vous l'eussiés pris pour un Aristote tout craché. Si n'en ay-je guère vu, qui s'en soit si mal aidé, ou par despit, ou autrement. Dès l'entrée il appelle argument ab enumeratione partium , prouver une thèse par quelques exemples ; ce qu'on nomme plustost induction inayuyfi : tant différente de l'autre, qu'elle est bonne,

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quand il n'y auroit qu'un seul exemple : là où l'autre est assez reprochée, quand la moindre partie est oubliée. Soudain après que je luy eus nié, que par l'Escriture ne se puisse prouver, que la Sapience soit apocryphe : il me voulut obliger à monsirer le passage, et y nonimoit des loix. Mais d'où prises? où aprises? Certes j'eusse pu le faire. Et l'eusse fait, si j'eusse eu en teste un homme de bien, qui conibatist avec courtoisie et honesteté. Mais ù un sophiste, qui n'a pour but qu'une opiniâtreté présomptueuse ; pour règle, qu'une bonne raine à mauvais jcu; qui fait contenance d'avoir de reste de quoy vous contraindre, à quels propos tels passe-droits? Ne sait-on pas quelle sorte de gens ce sont ceux qui poigneut, quand on les oint? Et certes, Fenouillet, qui par ce moyen fut tout à fait déferré, n'osa pas s'en plaindre : je ne sai si c'est pour n'avoir veu la logique du Japon. Autant en estoit-il, quand il me commandoit de produire la fausseté de la Sapience (1) : et pour la réfuter, disoit-il : c'est-à-dire changer de thèse : ce que je ne luy devois permettre; ayant appris par la logique d'Athènes, que c'est une ruse des sophistes, qu'elle nomme «Trayw/Ti. Maintenant, que je suis desfait de son importunité, je le feray. Qu'il sache donc que Toute l'Escriture est inspirée de Dieu, 2 Tim. Ill, 16; Que les paroles du Seigneur sont paroles pures, Ps. XII, 7. Or cette Sapience n'est ni parole pure, ni par conséquent inspirée de Dieu. Non pure, pource qu'il y a du mensonge cli. YIII, où l'auteur veut estre creu Salomon en propre personne. N'est-ce pas prouvé par l'Escriture? Il avoit argumenté ce différent n'estre défini, en termes équivalans, donc non équivalamment : Je m'en ris, comme d'une pétition de principe : et lui de se sauver, que j'avois mal nié la conséquence. Voiredà : accuser de prouver une chose par elle-mesme, en la logique de Regourd, c'est nier la conséquence. Y peut-il avoir plus grande lourderie? Cette pétition de principe, il me l'osa reprocher, lorsque je prouvay l'usage des images illégitimes pour estre défendu de Dieu. Et donc aux collèges de Cahors, d'Auchx, de Toulouse, on dit que prouver l'effet par la cause, c'est idem per idem ; qu'ailleurs on disoit estre la vraye source des démonstrations. Tant la logique a d'obligation à cete belle petite compagnie de Jésus ! Encore. Cette proposition. Quelques images de Dieu ne sont permises, peut se prendre ou particulièrement, ou universellement. Je marquay cela, pour non jamais ouï. Soudain me commandant d'apprendre sa logique (tant il cstoit ardant à m'instruire), il prononça avec gravité, et comme du plus profond de son savoir, que la négative mise devant le terme quelque, rendoit une proposition universelle; comme Nonaliquis homo loquitur.

(1) Pour établir sa thèse, quo «la seule Escriture n'est jupe décisil'en matière de religion,» le jésuite avait soutenu qu'aucun livre de TEcriture ne contient une déclaration formelle sur le point de savoir si le livre de la Sagesse de Salomon est ou non apocryphe; qu'en conséquence, la question ne pouvait être décidée par l'Ecriture. 11 le rappelle encore ci-après, page 365.

362 APPENDICE A La VIE.

0 grand songeur du Japon! Premièrement en la proposHion dont il s'agît, la négative n'est pas ainsi posée : mais posée tout à fait comme en celles-cy, Quelque homme n'est pas blanc, A quelque homme n'est permis de prèscher, que vous-mesrae prenez pour particulières. Qu'avez-vous donc à grimauder? En après, pourquoy donc dire, peut estre prise universellement, ou particulièrement? Qui parla jamais ainsi, d'une proposition rendue universelle ? Enfin il cuida m'apprendre un autre grand secret, à destructions antecedentis ad destructionem consequent is. Et ne prenoit pas garde, que j'en revenois, lorsqu'il y aiioit. Car en termes formels, mon syllogisme, auquel il Youloit tant de mal, estoit ainsi couché. Or le conséquent est faux: donc aussi l'antécédent. N'est-i! pas trop vray, que, xfOdKàSeia p\)> oùx 3;uÔ£sx£î, à-isâôcta 5Siws o\r/^ éfôc : l'amour ne voit guère clair, mais la haine ne voit du tout goûte? i& reprocliois, que son Eglise faisoit des images de Dieu, et adoroit les images. Il distingua l'adoration : et me voulut faire croire avoir respondu à tout : Raison? Pourcequejen'avois fait qu'une majeure et une mineure. 0 stupidité 1 Car qui ne sçait, qu'une mesme majeure et mineure peut avoir diverses parties? — Je n'en fis pas ainsi en la 3« séance, qu'il me fit un long argument composé de dix ou douze pièces? car je les distinguay, es unes niant la conséquence,- es autres l'assomplion. Sur le mesme propos, luy ra'nyant nié que l'Eglise romaine enseignast l'idolâtrie, j'arguraenîay que toute Eglise qui enseigne de faire des images de Dieu et d'adorer les images, enseigne l'idolâtrie : et prouvay que la romaine enseignoit de peindre Dieu, qui estoit ma première partie; et il m'avoit donné le choix. Son eschappatoire fut de demander que je conclusse ce qu'il avoit nié, que l'Eglise romaine enseigne et ordonne l'idolâtrie. Satin' sobrie? Mais oyez. De grâce oyez la superlative di\inité de sa logique : et comme disoient les Perses, ctôî xoù ^aTi/éwj iy/éoy-io-.». Content, dit-il, des responses du sieur Chamîer et les prenant à mon advantage, comme j'estime. Et une autre fois encore depuis. Et c'estoient toutesfois des négatives. 0 terre, ciel et mer ! Un opposant se contenter des négatives du respondant ! !S'est-ce pas estre hors du sens? Et l'estoit de fait. Car que veut dire, prenant à mon avantage, comme j' estime? Y eut -il one enfant plus liégayant? nwï

où îraîflcrriyivoiî rà vltr.it'j., roO ài/.ôxoTa ptinxra. jzpoU/iiwj ; Pourroit-il u'CStrC pas

d'un homme hors de soy, de se laisser eschapper des paroles ahsurdes? — Encore un autre de la dernière journée : Sainct Hiérosme disoit,que de l'hostie offerte en la troix, il n'estoit permis d'en manger, secundum se. Il l'eutendoit à par soy- et je disols, en soy : et esclarcissois par là, ce qui estoit ohjecté priiis de Grégoire de Mysse. Enfin il conclut que je pouvois hien croire mon exposition : mais non pas l'en forcer. Et toutesfois c'estoit à luy d'objecter ce jour-là, c'est-à-dire de me forcer : confesser donc ne le pouvoir f:iire, <;'estoif me donner gain de cause pleinement.

« Co luy cstoit un ordinaire, [réjsoutlre des propositions universelles, mesmenient négatives, par des distinctions. Il ne faut adorer aucune image. En elle-mesrae, non : prise par rapport, si. II ne faut faire aucune image de Dieu : Au vif, non : analogique, si. Il ne faut adorer qu'un seul Dieu : Souverainement non : subalternement, si. Ne mettre son espérance qu'en Dieu : comme terme dernier, non : comme moyen, si. Ainsi sans doute, à qui eusl dit, il n'y a qu'un Dieu, qui gouverne le monde, Platon eust dit, souverainement, passe : subalternement, je le nie : luy qui ne recognoissoit qu'un Dieu sur tous : mais sous luy mille et mille farfadets. 0 Symmaque, Syramaque, que n'aviez-vous fait vos Ire cours à Auchx, quand Sainct Ambroise vous disoit, Deus in lapidibus coli non vult? Il vous fust venu à propos de luy cracber au nez, un en €lles-mesmes,je l'accorde : par rapport, je le nie. Bref, que ne pourroit-on éluder parce moyen? Elles seroient bonnes ces distinctions, contre des propositions indélinies, comme qui eust dit, les images sont délendiies: ou si elles eussent esté avancées par moy et de mon sentiment; ou enfin si quelques-uns s'estans avancés de trop parler, on pouvoit leur objecter des autres, qui auroient parlé au contraire, ou eux-rnesmes ailleurs. Mais à des passages si expressément couchés en termes universels : et si universels, qu'il n'en est point qui le soient davantage : et tous passages ou de l'Escriture ou des Pères, qu'on n'ose desmcnlir, c'est estre bien bardi d'opposer ainsi. Car on sait bien que c'est la façon de desmentir les propositions universelles. Ainsi, quand nous disons, que personne ne doit estre contraint au célibat, les papistes nous desmentent, séparant ceux qui ont voué, d'avec les autres; car de ceux-là, ils aiment tant la chasteté, qu'ils disent qu'ils font moins de mal à paillarder qu';'i se marier (1). Nous démentent aussi lorsque nous disons que l'homme n'est point justifié par les bonnes œuvres ; et disent que si, par celles qui suivent la foy : non par les autres. Enfin il est à naistre, celuy qui ait trouvé dans l'Escriture saincte, ou es anciens docteurs, les exceptions qu'on nous veut faire recevoir à toute force. Et certes il y a de quoy s'esbahir : que l'Eglise ait si estrangement changé de langage. Voicy comme elle parloit sans difficulté. Clemens, Protrept, Nous n'avons aucune image sensible de matière sensible : mais bien intelligible de celuy gui est intelligible. Orïg, ('.ont. Gels., lib. YIII. Nous avons j^our autels la raison de chaque juste : mais des images, telles qu'il convient à Dieu, non faites par des artisans méchaniques : ains représentées et formées en nous par la raison, Lactant.j'lib. II, c. 2. De Dieu, de qui l'Esprit et Déité s'espand partout, l'image est tousjo^crs superjluë. Damasc, de Orth. fid., lib. IVf c. IG, tout amoureux qu'il estoit des images des saincts. C'est une forcenerie

(1) Voir ci-dessus, pag-o 275. - '

extrême, et impiété, de représenter Dieu. Aujourd'huy on n'oseroit rien dire de semblable, sans des restrictions, des limitations, des interprétations, non jamais entendue?, qu'en cet esgout des temps. De plus, ou sottes, ou hors de propos. Sotte cette-cy : Image adorée en soy, ou par rapport. Car qui a jamais vu image sans rapport? Sinon par avanture, pour autant d'or ou d'argent : mais cela de quoy sert-il en la dispute où nous sommes? Car quand 3Ioyse défendoit de faire des images, il n'entendoit pas de n'avoir ni or ni argent. Hors de propos celle des images au vif, et par analogie. Car sainct .\ugustin y coupe la gorge. Mon homme trouvoit celle au vif dans Théodoret, luy faisant dire, •penser que ce soit iin rray pourtrait de Dieu. Or penser appartient au cœur : et ainsi le prend nommément sainct August., Z)e/7rf.c^ S//mb., c. VII. Les images donc mises au cœur seront celles au vif. Et que seront donc celles qu'on mettra aux temples? Analogiques par force. Et donc, au dire de sainct Augustin, défendues les unes et les autres. Hors de propos encore celles de l'invocation et adoration. Car il n'estoit pas question d'adorer, d'invoquer simplement : mais religieusement: c'est-à-dire en telle façon, que l'adoration, l'invocation soient formelement religieuses. Car de faire (juelques actions, qui se rapportent aux hommes: et les faire par religion, rien ne l'empesclie : comme aussi Jacq. I, 27, il se lit, la religion, c'est de visiter les orphelins et les vefves : mais religion toutefois non envers les orphelins et les vefves, ains envers nostre Dieu et père. La religion donc formelement, jamais sinon à la cause suprême. Augustin, 83, q. 31. La religion est celle qui apporte le soin et cérémonie de la nature supérieure^ qu'on appelle divi7ie. De quant, au. c. 36. La vraye religion est celle par laquelle l'âme se rallie à Dieu seul. Lact., lib. VI, c. 10. Le premier devoir de justice est de se conjoindre à Dieu; le second, à l'homme : mais ce jjremier-là s'appelle religion. En un mot donc toute adoration religieuse est souveraine. A Bellarmin mesme, il est eschappé une fois que l'invocation est une espère d'adoration souveraine. De Euch,. lib. II, c. 26. De cette source ces déterminations si claires, mais si vieilles, qu'on n'en lient plus conte en la papauté. Augustin, de Ver. Religione, c. b'S. j\'07is it nobis religio: Ne îious soit pas religion le culte des hommes morts. Puis: Ils doivent estre honorés pour imitation, non adorés pour religion. Encore : Ne nous soit pas religion lame raisonnable; mesme celle qui est parfaite et sage : quoy qu'elle soit establie au ministère, soit de l'univers, soit des parties. Lact., lib. H, c. 19. Sans doute il n'y a point de religion oit il y a quelque simulacre. Aug., Ep. 119. Il est défendu de servir, coli, aucune senblance ts fantasies des hommes. Non que Dieu n'ait une image: mais qu'aucune image d'iceluy ne doit estre servie, coli, sinon celle, qui est cela viesme. qu'il est : et encore icelle, non pour luy, ainn

IGI8. iti-sniL i)t; LEaoLKii. M')

avec liijj. Cyrill., Thess., lib. 11, c. \. Il n'y a aucun qui no sache que l'Escriture n'attribue radoratlon à aucune nature, qu'à la divine. Bien plus vivement sainct Hilaire, de Trln., 1. YIII. Ta n'ignores pas que la religion de la créature ne soit en tnaudlsson. C'cstoit parler rondement cela, et courageusement. Allez-en ouïr autant à Rome ou en Espagne. Ains mille queus, mille additions, mille desguisements, mille destours ; en un mot, mille laschetés. Que diray-je? qu'au passage de la Mélisse, allégué en la i'- journée^ où il est parlé de servir et adorer seulement la nature incréée, /*ivTj« T>i» «xTwTOv fûaiv, l'Indice expurgatoire du cardinal Quiroga commande de rayer le mot seulement? Solution bien plus courte que celle de mou Iiomme. Je n'ignore pas la distinction de sainct Augustin entre Latrie et Doulie : mais je la say du tout mal prise par les papistes, comme j'en ay discouru en mes Epistres jésuitiques. Car on la prend pour distinguer l'adoration religieuse : à quoy sainct Augustin ne pensa one. De lait jamais il n'appela sa Doulie, adoration : mais seulement la Latrie; laquelle aussi il définissoit religiosis ritibus, par les façons de faire religieuses : Et partant entendoit Latrie, ce que nous disons, culte religieux : Et Doulie, culte civil, tel que l'honneur que nous déférons les uns aux autres en ceste vie.

« Je m'en vay courir d'autres fautes pcsle-mesle, selon qu'elles se rencontreront. En la première journée, il posoit (pie par lEscriture ne se pouvoit décider la Sapience estre apocryphe. Pour preuve, Si tout y est vray, il pourroit estre inspiré de Dieu. Sans doute, di-je. Il pourroit dont estre canonique. Et cela aussi. Car niesnie un beuftle pourroit estre jésuite, s'il avoit fait les quatre vœux. Mais on disputoit, si la Sapience, telle qu'elle est, est apocryphe : non pas si estant autre, elle pourroit estre canonique. Et qui a jamais ouï dire que, pour juger d'un fait, il falust deviner ce qui seroit, en cas que ce qui n'est, ni ne sera one, ou fust, ou cust esté? Vraiment nous aurions tous les ans belle foire de canoniques. En la Si", il disputoit s'il estoit défendu de faire aucune image de Dieu. Oyez l'oracle : Le sieur Charnier défendant universelement toute image de Dieu, doit ensuite faire croire que l'homme n'est à l'image de Dieu; que la colombe n'a représenté le Sainct-Esprit ; que la lumière sortant de la lumière, ne représente l'essence du Fils éternel, Dieu de Dieu. — En la îj", prouvoit qu'il y a des figures pleines, pour ce qu'en la Trinité le Fils est la figure du Père : le port d'un corps vivant, est signe de l'âme. Brave subtilité ! qui prouve que tous les asnes n'ont pas longues oreilles, pour ce que les jésuites les ont courtes. Mais je ne parlois pas de tout ce à quoy il plaît aux pères de la société donner le nom d'images, de figures, de signes : mais des images artificielles : et faites, comme parloit Origène, ùTià j3«vaÛ7wv te^vitûv, par des maistres méchaniques; des signes aussi, ou tigures, non par nature, mais par institution. Aussi ne disois-je pas défendre toutes images de Dieu, mais

366 APPENPICE A LA VIE.

d'en faire; Je ne disoy pas tous signes ou ligures, mais le pain et le vin. Que m'en doil-il donc clialoir, si les jésuites, qui trouvent ordinairement ce que personne n'a caché, après avoir couru du ciel en terre, ont enfin trouvé quelque gros rat je ne sçay où? Mais Regourd, qui laisse passer, qu'au moins en l'ancienne loy toutes images de Dieu estoient défendues, que ne se levoit-il plus matin, pour chuclieter à l'oreille de Moyse que l'homme estoit l'image de Dieu, afin de luy faire réformer le Decalogue ; à la façon qu'on la réformé en Espagne et en Italie ? — En la :>, ce qui est dit, que nous mangeons le corps, Sub rmjsterîo. il l'intcrprétoit, comme quand on dit le mystère de la Trinité. Comme si personne n'avoit ouy dire, et que mystère es sacrements veut dire le signe : et que son Cyrille disoit «v.tûttw en la ligure, ou au signe du pain s'est donné le corps. Certes il faut bien que nous le mangions comme il nous est donné. Si donc il est donné en signe, il est mangé on signe : comme je vouloy : car en soy n'est-il pas mangé par parties, dont il estoit question. — En la 4*=, il prouvoit qu'on pouvoit mettre sa confiance es saincts, pource qu'ils nous aident : quoyque j'objectasse que David ne se confioit point en ses chevaux, ({ui loutesfois lui aidoient bien. Prouvoit encore l'invocation des saincts de ce qu'ancienement on faisoit mémoire d'eux à l'autel : Comme si l'un valoit l'autre. Pensez donc ({ue saincte 3Ionique, demandant qu'on fist ainsi mémoire d'elle, Co??/. IX, c. 13, briguoit desjà d'estre invoquée : et qu'Augustin le requérant et pour elle, et pour son père, ne pouvoit durer en sa peau, qu'il n'entendist retentir un sancta Monica, et sancte Pair ici, oratepro nohis. A peu près comme Couton enragé dimpatience s'enquesioit du diable, que ce seroit de ses reliques après sa mort (1). 3lais ceux qui savent que c'est de l'Eglise anciene, ont appris qu'on rcciloit les noms des saincts (Aug. de T'erh. Jposf. serm. 17. Martyres recitantur ad altare Dei) non pas en les invoquant, mais en priant Dieu (ju'il se souvinst d'eux. Mesmc qu'au commencement on prioit pour eux : qu'il leur fust donné repos, h yùpv. Çwvtwv, au quartier des vivants. Car ce (jue sainct Augustin dit, que c'estoit leur faire tort, vint despuis, quanti peu à peu on changea ces prières en opinion d'intercession : à la façon qu'en l'Ancien Testament on demandoit :\ Dieu qu'il se souvinst d'Abraham, d'fsaac, de Jacob j lesquels pourtant jamais homme n'invoqua. A cette faute fut voisine ceste autre, quand le Religiosa solennitate de sainct Augustin se print pour une religion adressée à autre qu'à Dieu : qu'il faloit plustost entendre, par ce qui vient après, sacrijicare Deo in memorii? martyrum, sacrifier à Dieu es mémoires des martyrs. Tellemont que sainct Augustin veut dire qu'en ces festes se célébroit le service, non pas des martyrs,

(l) Voir ci-dessus, p. 294. C'est en eilet une des 7G questions du père Coton au diable. «73. Quoy touchant Tlionneur de mes reliques?» {Quid circa Uonorem rnearum reliqvAarum ?)

1616. DISPUTE ï)h LECrUURE. 367

comme on parle aujourd'hiiy, mais de Dieu. Sur caste mesme invocation il fit fort csclater le tcsmoignage tie sainct Atlianasc : ne sachant pas que ce sermon de la Vierge est supposé, et vraiement bastard. Qu'on ne m'en croye pas, si le Cardinal Baronius ne le dispute. Jnn. 48, 3, 19, 20. Ainsi ont les nouveaux moines preste des charités aux Anciens.

« Je ne doy pas oublier un crime. Grand crime sans doute à un théologien, pourvu qu'il fust chresticn, non papiste ni jésuite. C'est le peu de conte de l'Escriture. Il voulut sanctifier l'entrée de la dispute par la ruine de l'autorité d'icelle. Maladie épidémique en la papauté. Depuis cetc boutade, jamais il ne m'attaqua par l'Escriture : ne se défendit que fort peu par l'Escrilure. Une fois il lui advint de nommer l'Epistre à Philemon, pour prouver qu'on peut croire aux sainçts, mais avec tel mespris, qu'il ne daigna le dicter. Mais quand il nommoit les Pères, c'estoit avec tant de solennité, tant de piafe, qu'à peine luy estoit-il assez de les relire par trois doubles fois; ot pour les mieux recommander, n'oublioit pas mesme des menteries : comme (pie Grég. de Nysse eut assisté au premier concile universel, contre toute apparence. Diray-je plus? Quand mesme il pouvoit agir par l'Escriture, il aimoit mieux les Pères. Ainsi luy fis-je des reproches en la 3» journée ; que pour prouver le pain et le vin estre le corps et le sang de Christ, il aima mieux courir dans le q,uatrième siècle à sainct Cyrille, qu'aux évangélistes ou à sainct Paul : qui avoit appris à sainct Cyrille tout ce qu'il en savoit ou pouvoit savoir. Allez, et me dites que telles gens soient chrestiens. Dites que Regourd soit de la religion de son sainct Cyrille, qui en la Catech. IV, Illum^ crioit : Quand II est question des divins et saincts mystères de la fou, il ne faut 2>-is enseigner la moindre chose, /j-aSI rb tv^ôv, sans les sainctes Escritures. Et puis : yl moy-mesme, qui le parle ainsi, n'adjousle aucune foy simplement, si tu tien vois la démonstration tirée des sainctes Escritures. Ou de sainct Basile, qui, Ethic. def. 26, disoit : // est besoin que tout ce qui se fait, ou se dit, soit ratifié, 7ri<TToûa8«i, par le tesmoignage de l'Escriture sai7icte. N'est-il pas plustost des hérétiques dont parle sainct Irénéc, lib. Ill, c. 2, qui se tournoient à accuser l'Escriture, disans qu'elle est imparfaite, et que d'elle on ne peut apprendre la vérité sans la tradition? De ceux que Terlullian appelle Lucifugas Scripturariim? de liesur., c. i7.

« Je me lasse de tant de fautes : encore en auray-je oublié. Je m'en vais faire fin sur deux poinds, l'un auquel je ne deus repartir sur la fin de la 4*^ journée; l'autre auquel je n'ai peu au bout de la 5°. 11 luy print une trenckée de reprendre nos versions de la Bible : et cota Ps. V, 2 et 1 Tim. II, S; et Job, V, 1 ; et Gai. II, 16. Mais pour le premier, à quoy s'en prendre à une paraphrase poéti(iue? Comme si on ne savoit pas la licence (lui y est permise. Comme si personne n'avoit vu celles de des Portes, et du Perron.

368 ArPENUICE A LA VIE.

Corarae si Justinian mesme Jésuite, es siennes sur sainct Paul ne biaisoit pas i tous propos son texte du costé que son opinion penche le plus. Pourquoy encore grabeler les versions premières? Comme si les dernières ne les corrigeoienl pas. J'aurois assez de dire qu'avant que Regourd nasquit, nous avions pourvu à ce qu'il nous reproche. Et toutesfois, que ne le reproclie-il à Jansénius, grand papiste, (jui à ce même verset donne ceste paraphrase? Car eslecant à to7j, 6 Seigneur, les mains et les yeux, je te prie et tonsjours teprieray : à toyfadresseray mes yeux, ne me recherchant aucune autre défense. Et auparavant luy, Aiguanus : Car je teprieray. Seigneur, savoir, non alium, non aucun autre. Et cela ne vaut-il pas bien nostre version? En la •!. Tim., jà n'aviène ipie tous les reproches des papistes nous facent repentir dim seul moyenneur. Nous croyons que c'est laschement fait à ceux de Louvain, davoir dit un moyenneur ; ce qui n'exprime nullement la force ni du grec, ni du latin. Car un en françois, se dit sans forclusion de plusieurs. 31ais eT,- uejirr;;, inius mediator, forclost les autres. Comme au mesmc endroit : Un Dieu. En quel sens, à vostre advis? Chrysûst. : oO rra/isi, non plusieurs. D'où vient qu'Harleraius, docteur de Louvain, en son Indice, le cote pour prouver que Dieu, est vn en essence, f't n'y a autre que luy. Est-ce, on autre sens, un médiateur:' Sainct Ambruise : // confesse Dieu le Père, unum esse, estre un, et un le Médiateur de Dieu et des hommes. Sedulius : Comme s'il disait , pourtant veut-il sauver tous, pource qu'un Dieu les « tous créés, et un Médiateur les a recréés. Le cardinal Cajetan : S'il y avoif plusieurs médiateurs entre Dieu et l'homme, on penserait que l'un fust médiateur pour quelques-uns, et un autre pour les autres : mais puisque unus est mediator, il n'y aqu'un Médiateur de Dieu et des hommes, pour réconcilier les hommes à Dieu, à luy seul touche, illi uni incumbit, d'est re Moyenneur entre Dieu et tous les hommes. Adjoustés à cela la remarque de Théodoret, (lu'il ne seroit pas Médiateur, s'il n'avoit la nature du Père; et dites, si vous pouvés, qu'il y en ait d'autres. Enfin pourquoy donc se tournienteroient les sophistes, à distinguer les diverses sortes de médiateurs, qu'ils prétendent; et laisser à Christ son préciput d'intercession ? Encore donc une fois lasches, poltrons. Iraislres à Christ, ceux qui se faschent d'un seul médiateur. Qu'altendonsnous, sinon que dans peu de temps un seul Dieu les ennuyé, puisqu'ils en sont venus a moins de deux doigts près? Je le tenserois plus rudement sur Job, mais le peu qu'il fait en hébrieu le deschargera d'autant : non pourtant de l'audace à reprendre ce qu'il n'entend pas. Nous tournons. Crie maintenant, y aura-il qui te responde? Et à qui d'entre les saincts te tournerois-tu? En cela, qu'y a-il qui fasche ce bon homme? L'interrogation. Et elle est ainsi en hébrieu. Voulez-vous que nous démentions le Sainct-Esprit? Corrigés plustost vostre. latin. Car vostre Jordain doit savoir que ^z

1018. DIsl'LTE Kli LEOTOURE. 360

lie veut pas dire aliqtiem. Le passage des Galates dépend d'une plus longue dispute de la justification, laquelle sainct Paul défère tousjours à la foy seule, et non pas aux œuvres. Les moqueurs, qui maintiennent le contraire, voudroient nous beffler par leur version. 3Iais les catholiques, non si aisés à leurrer, esclarcissent cette ambiguïté. Patientez, bonnes gens, d'avoir prouvé vostre dire, et convaincu le nostre, avant que condamner vostrc version. En attendant ce long terme, souffres que nous prenions le èav /*vi de sainct Paul pour une adversative; tout de mesme que et /xn, Mattli. XII, 4; Luc, XVII, 18. Et pourquoy non, puisque Cajetan en est d'advis? Que Fho7>mie, dit-il, est justifié non par les œuvres de la Loi/, mais par la foy de Christ.

« Demeure à toucher le dernier poinct. C'est le ramas des propriétés, qu'il dit estre attribuées à l'Eucharistie; et ne le pouvoir, si c'estoit une figure vuide de la réele présence du Seigneur. Sur quoy premièrement, qu'avoit-il que faire de prouver la réele présence en l'Eucharistie? Ne l'en avois-jepas contenté dès la III^ journée, et plus dit qu'il n'en espéroit? Car certes nous ne la nions qu'au pain et au vin : et ainsi le portoit ma thèse. Estimeroit-il qu'il n'y eust rien à dire? Le grossier, qu'il est; qu'il lise le Can. Hoc est: de Cons. d. 2. Il apprendra de sainct Augustin que tant les signes, que la chose signifiée sont le sacrement entier : et en conclurra, s'il luy reste quelque jugement, que le pain et le vin n'en font qu'une partie : et qu'il peut estre vray que le corps de Christ soit réelement en l'Eucharistie, encor qu'il ne soit réelement au pain. A quoy donc disputer ainsi? N'est-ce pas, qu'il ne sçait, ou ne veut pas qu'on sache ce que nous croyons; pour nous charbonner à plaisir. Mauvais chirurgien, qui ne guérit point de playes, que celles qu'il fait. Mais voyons ce qu'il jargonne de ces propriétés. Je remarque dès l'entrée, que contre le devoir : combien que du devoir, il ne s'en donne guères : mais j'adjouste, contre sa coustume, il ne lut aucun passage : ains tout par cœur : dictant au bout, pour faire voir qu'il sait se moquer de Dieu et du monde, que j'eusse dû les luy laisser proposer en détail : comme si auparavant je l'avois empesché: comme si c'eust esté à moy : s'il eut esté en moy de l'empescher : comme si tout le monde n'eust pas vu, qu'il n'eust sçu, sans entrer bien avant dans la nuict. 3Iais ainsi tousjours l'agneau trouble l'eau ; et par les loix des jésuites le batu paye l'amende. Je respondisen deux mots, car il ne me laissa pas davantage de temps, qu'en partie ses passages estoient chafourrés, en partie la conséquence estoit fausse. C'est ce que je m'en vay faire voir, en commençant par ce dernier. Que sainct Chrysostome die le propre corps de Christ estre donné dans les mains, estre sur l'autel; avoit esté et proposé par luy, et esclarcy par moy, en la 3^ journée. A (luoy csluit bon d'y revenir? Sainct Cyprian advouë l'holocauste ; sainct Augustin admet le sacrifice de l'autel, autjuel

s'offre le prix du salut des hommes. Premièrement, à quel propos ceci? En la 3« journée, il s'agissoit de la transsubstantiation, il prouvoit la réalité : maintenant, qu'il estoit question de la réalité, il parle du sacrifice. Beaux trajets d'un beau jugement jésuitique! Je croy que si nous fussions venus à disputer du sacrifice, il eust enseigné comment se font les éclypses. Que ce soit un sacrifice, nul n'en doute : mais sacrifice comme Thomas d'Aquin le déclare ; 3. g. 83. o 1. La célébration de ce sacrement, est dite Vimmolation du corps de Christ, pource que, comme dit sainct Augustin, on a accoustumé d'appeler les images du nom des choses dont elles sont images : comme quand nous regardons un tableau, ou une parorj peinte, nous disons, c'est Cicéron, c'est Saluste. Or la célébration de ce sacrement est une certaine image, qui représente la passion de Christ, qui est la vraye immolation. Et pourtant la célébration de ce sacrement s'appelle V immolation de Christ. Qui est l'opinion aussi de Lombard, i» 4. d. 42. c. 7, mais mieux expliquée. Ainsi donc sacrifice : ainsi donc offert le prix du salut des hommes. Quel avantage pour le Jésuite? Quel désavantage pour ma thèse? Encore sainct Cyprian. En bonne heure : mais je le veux transcrire comme il est, non pas comme nostre homme l'a gourmande. Ce pain, que le Seigneur a donné (porrexil) à ses disciples, changé non d effigie, mais de nature, par la toute-puissance du Verbe a esté fait chair : et comme en la personne de Christ se voyait Vhumanîté, et la divinité estoit cachée : ainsi l'essence divine s'infuse ineffablement au sacrement. En tout cela, qu'y a-il pour chatoiiiller mon Jésuite? Quant à l'essence divine infuse au sacrement, je ne daignerois y gaster le temps : puisque ce n'est pas le corps, duquel nous parlons. Quoy donc ? Sans doute , le changé de nature. Et c'est là di-je, que je déferray mon Fenouillet, sans qu'il luy demeurast raison en bouche, après que j'eus nié, ce qu'il n'eut one attendu, que tout changement de nature fust transsubstantiation. Piètres gens, qui pensent nous chasser avec des espouvantaux de chenevières. Que j'eusse bien nié, il paroît. Autre chose est la substance, autre la nature de la substance, dit Teriull. de An. c. 32. Et donc (doy-je dire, et vous pensez, ô papistes) la nature de la substance se peut changer, sans changer la substance de la nature. De faict sainct Ambroise, c. 9, de Us, qui myst., en donne beaucoup d'exemples. Et expressément pour le changement qui se fait en l'Eucharistie, Comment, dit-il, peut, ce qui est pain, estre le corps de Christ? Et pour résolution. Combien plus aura deforce la parole de Christj pour faire qic'ils (le pain -et le vin) soieiit ce qu'ils estaient, et soient changés en autre chose? A la bonne heure donc, qu'il se face en l'Eucharistie un changement de nature : puisqu'il est vray que ce ne peut estre de nature, que le pain soit le corps de Christ : mais la transsubstantiation, qui oste au pain et au vin ce qu'ils sont : il n'y a que les papistes

1018. DISPUTE DE LECrOURE. 371

qui rayent songée, forgée. Théod., dial. 2 : Après la consécration les symboles mystiques ne sortent pas de leur propre nature : car ils demeurent en la première substance, et figure, et espèce. Gelase, de Duab. nat. in Chr. : Les sacrements, que nous recevons, cest une chose divine : d'où vient que nous sommes faits participans de la nature divine : et toutes/ois ne laisse pas d'estre la substance, ou nature du pain et du vin. J'aurois donc toute raison de nier la conséquence.

« Mais c'est merveilles des passages chafourrés. Je n'y puis penser sans horreur. O terra dehiscatl Dieu vueille que mes lecteurs en ayent autant : et l'auront sans doute. Car pourquoy ne me promettroy-je pas cela de ceux qui aiment leur salut? Car telles gens ne se plaisent pas à estre menés par des impostures. En ce rang, tout ce qui est sous le nom de sainct Cyrille d'Alexandrie. Que la chair de Jésus-Christ touche la nostre, qu'elle lu// est conjointe par sa nature : qu'elle est mesme dans nos membres corporelSj comme une cire sentremeslange avec une autre cire fondUe, comme le Jeu est dans l'esiouppe : qu'il n'y a pas figure là dedans, comme en la vieille loy, mais vérité, et 7-catité du corps : qu'il y a conjonction corporelle, outre lone autre spirituelle : et qu'il y a union de corps à corps : et que le corps par celle touche du corps de Dieu, reçoit la qualité d'immortalité. Tout cela d'une suite du livre IV, sur sainct Jean, chap. 13, U, 13, 16, 17, faussement. Quelque mot y a-il voirement par-cy, par-là; comme de la cire fondue, du feu en l'esteule : et au livre X de la conjonction naturelle, corporelle, spirituelle : et quelques autres, mais si diversement, et en sens si loin de là, que merveilles. De faict Bellarmin, qui en avance une grande partie, de Euch., lib. /, c. 26, le met autrement, quoy qu'il se permette bien aussi de mentir. Est faux, que sainct Cyprian die, estre en la vérité, qui n'a esté qu'en figure en V Agneau de Pasquc. Faux, que sainct Hilaire Z)e Tnuïï., 8, die, qu'il faille entendre la présence du corps au sacrement de mesme comme celle du Père éternel en son Fils; ou qu'il y ait présence naturelle. Faux, que sainct Irénée die, que comme Jésus-Christ est composé de la divinité^ et de l'humanité, de mesme le sacrement soit composé du signe et du corps de Christ^ l'un habitant dans l'autre. Faux, que sainct Augustin, Conf. 9, c. 13, die, que le saci'ifice de l'autel soit offert pour les morts. Faux, que Léon, Serm. 6, de Jejun, die que le corps de Christ entire dans la bouche, et que là il soit receu. Faux, que Damascene, faux, (jue Théophilacte tiennent tout ce que l'Eglise romaine enseigne de la transsubstantiation et réalité. Et qui eust jamais creu tant de faussetés? Et d'une haleine? Et en tas? ou t^ x"P'. àxr è).M T^ eûAoxi? En une telle action? En une telle compagnie? Ou'il avoit bon besoin de courir, comme il couroit ! Et qu'il eust eslé désavantagé, qui l'eust peu obliger d'estaler tout en détail ! Un peu auparavant il avoit traité

(le mesnie Grégoire de Nysse en la Catéchèse, Que le corps du Sauveur entre dans nos corps et dans 7ws entrailles, d'une façon qui ne se peut faire que par le boire et le manger : que comme le pain se change au corps du Sauveur se nourrissant, de mesme par la vertu traiismutative de Dieu, ce mesme pain se change au mesme corps : que comme le levain se peslemeslange avec la paste, ledit corps entre dans nos rnembres ; que non-seulement il y entre par foy, mais encore per carnem : qite nonseulement il y a ce voisinage de son corps au nostre selon Vâme, mais aussi selon le corps et la chair: qu'avant la consécration le pain est le corps de Christ en puissance, mais après, qu'il l'est effectuellement : non moins qu'avant qu'il mangeast, le pain estoit son corps e7i puissance, et par la manducation et digestion estoit fait son corps réelement.\ oyez tout cela : sainct Grégoire y a autant songé qu'à s'aller pendre. Tant sont audacieux les jésuites à resver; tant audacieux ù imputer leurs resveries aux gens de bien. Et en cete façon toute cete grande équippée de passages, devient ce que disoient les grecs, ûvBpcw.zi 0/]jaupis, pour tout trésor, des «■harbons. Tant sont et perfides les jésuites, et malheureux en leurs perfidies. Dieu sait s'ils en savent donner des vertes, quand ils n'ont qu'un peuple, qui bée après eux. Dieu sait comme ils taillent en plein drap; comment ils mesnagent l'obéissance aveugle !

n 0 vous, qui, mescontents de son immodestie, ne laissiez pas de dire qu'il avoil bonne cause, pourrez-vous commencer au moins asteure de penser à vostre conscience; puisqu'il ne veut penser à la sienne? Ne recognoistrezvous pas que tant de menteries ne sont pas les armes d'une bonne cause ? Ou'un, qui se permet de mentir si impudemment, si publiquement, si solennellement, ne pense pas avoir des âmes à instruire, mais des asnes à destruire? Pour Dieu! prenez courage; ressentez-vous enfin du peu de conte (|u'on fait de vous, et qu'on joue ainsi ù la pelote de vos consciences. Et cela, un jésuite. Et ce jésuite, présent, oyant, voyant un évesque. Un évesque riant, applaudissant, bravant. 0 jésuite digne de Tévesque! 0 évesque digne (lu jésuite! L'un, titulaire docteur; l'autre, évesque titulaire. Et qu'est-ce titulairement. si ce n'est faussement? Puis vous lier en cela? Vous paistre de <'.ela? C'est bien pis que Inventis frugibus, glande vescis. 0 jésuite, au moins pour le dernier trait, eussiez-vous servi du bon, non pas versé d'un \\\\ si punais, et pour l'adieu. »

Telles sont les observations finales de Cliamier. Le père Regourd, dans le pamphlet plein de gentillesses qu'il publia bientôt lui-même, les déclare « farcies de conviées atroces. »

Les diverses pièces de vers qui. ain^-i que nous l'avons dit, terminent la

1(JI8. DISPUTE DR I.ECTOL'IIE. 37.'l

Ji'suilomanle sont au nombre de vingt-deux, auxquelles il convient d'ajouter un distique et un quatrain de P. Tissandier, placés immédiatement avant les Actes de la conférence (1). Ces pièces portent les signatures suivantes : Joan. Gardesius, verbi Dei minister; Abel Bichetaeus, pastor Ecclesiie Montalbanensis et linguae hebraica^ professor; P. Gausidius, Ecclesiie Villemarensis pastor; Isaac Dumatius, Montalbanensis Ecclesiae Verbiacensis pastor; Thomas Galbralius, Scotus; J, Coudartius; Joan. Maxuellius, Scotoglas(|uensis SS. Tlieol. Stud.; P. "Malecarens ; Jean Cabos, min. da S. Evang. ; Du Coudart; I. Koyôâpnoî.

Nous transcrivons ici la première pièce, qui est de Cliamier lui-même. C'est aussi la plus longue et celle qui offre le plus d'intérêt. Elle est intitulée : Jnvectire de Daniel Charnier aux jésuites (2).

AD JESIÎITAS DANIELIS CUAMIERI Êzi:r/(îv(Tixoy.

I nunc : ingenuas didicisse lideliter artes Die mores moUire. At (quae nunc tempora!) mores Efferat : et gemino ter pectora marmore durât. Nunc jubet esse truces. Mala temporal Nempe, sophistae, Criminis id vestri est, qui nupera castra sequuti Loyolœ (Graiis recte, quels plurima fandi Emphrasis : et recte Solymis, quels plurima fandi Relligio, dlctus, qui natus perdere gentes, A«e!)).ï;5 : Acheronte satus qui nocte maligna, Layela) : vos hujus, vos perfida castra sequuti, Nunc passim nova jura datis, quels perdltis orbem, Vipera seu temerans uterum maie grata parentis.

Ingenuas artes dum traditis arte magistri Punica (et hsec vobis nimium regnata tyrannis), Seu qutC balbutiem emendant, et verba profari A teneris teneros exercent unguibus : aut queis Formatur ratio molli molimine verum Noscere, et a falso sensira deflectere : seu quae Magnificum e rostris magna tonuisse corona Gaudent, et facili plebem flexisse catena : Natureeve sinus scrutari, atque bine sua rebus Reddere principia : aut abaco describere certo Et numéros numéro : et varie quos linea frangit Anfractus : quos cœlo orientia sidéra casus

(1) Le distique est cité et commenté plus loin (p, 381) par le père Garasse.

(2) On verra aussi un peu plus loin comment cette pièce fut épluchée parle père Garasse, férule en main.

Praecipitant, lacisqne vices facientia noctisquo . Instar araneoli innocuo de flore venenum Carpitis, et ssevo prœcordia casta veneno Imbuitis, quo quicquid erat de corde pudicum Excutitis. Longo sic insanoque labore Scire male : aa potius nil prorsus scire docetis? Istud et ô potius nil prorsus scire. Juveatus Ut nuUo prorsus vobis imbuta veneno Esset : et ô esset bene tabula rasa juventus! Non istos mores edocta : ut nuila pudoris Sit virtus : cordi sit nulla modestia : corde Relligionis amor fugiat. Sit plurlma fraudis Luxuries : velut in sylvis audacia regnet : Et régnent medio in populo mendacia, teste Hoc sole. Haud enim in tenebris latet abdita pestis : Tollit in alta caput : volitat foro : et inlicit urbes. Grandia verba boans sibi summovet oninia late. Quia scandit scelerata, Deo sacra pulpita : fitque Quae pietas olim, nunc impostura; poleuier Attonitee plebi, et vitalia pabula gratis Pollicitata prius, captanti illudere gaudens.

Heu quis finis erit? Sed tu, Pater optime, cujns Dextra solum immense sustentât robore, cujus Dextra polum immenso moderatur robore, nôsti Quando hic finis erit. Tu olim, tu vindice flatu Vertere festinas immania régna tyranni.

Cui servit populosa cohors, mala turba, sophistae; In teque, inque tuum jurata caterva popellum, Cui data vita fuit Gnati, qua rite redemptus, Ereptusqua orco, possit se reddere cœlo. Hos istos tandem colubros mala graraina pastos, Sibila lambentes Unguis vibrantibus ora, Tollentes iras, et lurida colla tumentes, Viribus cxsertis compesces; ut tua tuti Kumina sola colant, quels spes id numine tola.

Vos quibus est animus cœlestia régna potiri iEternumque Deo, atque éeternum vivere vobis Cum Christo, cui sunt fausto populata tropaeo Tartara, et in cujus mors vestra est morte perempta, Durate, et vosmet vilae servate secuudse. Ille venit : veuit ille Deus : Deus ille iledeinplor Vester, iu aeternum cœlo vivusque, potensque Dt sibi vos, vobis se libertate beata Asserat, et meriti facial, justique triumphi

Participes, raptos procul hinc ad sidera : ut istos Qui vos nequitia infestant, qui mole fatigant Eminus ex alto possitis despicere. At vos Quos malus error agit csecum servire sophistis, Spes bona si qua fuat, deinceps servire sophistis Desinite, et mentera sanam milii sumite. Neu sit In barathrum caeci cœcis ductantibus, istos Prsecipitate gradus. Quin discite : discite tandem Justitiam moniti, nee tardura temnere numen. Ecce venit : venit ille, Deus : Deus ille, severus Perfidise vindex, quem non est fallere : cujus Nulla queunt vitare manus mala crimina, quique Quod serum vindicta parat, gravitate rependet.

Les jésuites ne pouvaient se tenir pour battus, ni manquer cette occasion de faire appel à la muse latine. Ils s'empressèrent de publier un pamphlet qui existe à la bibliothèque impériale (1), mais qui, n'y ayant pas été trouvé, n'a pu nous être communiqué. Nous avons appris seulement qu'il se compose de xyi-428 et 24 pages , les 24 dernières contenant une série de contre-épigrammes, etc., entre autres une chanson intitulée : L'Asne de Charnier fmjant et victorieux , par un nommé A. Monrousier. « Cet ouvrage, dit l'abbé Joly (2), a échappé aux recherches de Baillet et de Placcius. Il est attribué au père Regourd, par le père Alegambe, dans sa Bibliotheca scriptoritm Societ. Jesu, où on lit : Scrîpsit gallice Jpocarteresim Chamierii. Ce mot grec, Jpocarteresis, signifie Désespoir. J'ai le livre entre les mains, qui est intitulé :

Les désespoirs de Charnier, ministre de Montauban, sur la conférence qu'il a eu (sic) à Lectoure avec le R. P. Alexandre Regourd, religieux de la Compagnie de Jésus, en mai 1618, avec la réfutation de la prétendue Jésuitomanie , et l'éclaircissement de quatre célèbres difficultés : Du jugement des controverses. Des images de Dieu, De l'invocation des saincts. De la saincte Eucharistie touchant la réalité et transsubstantiation , Par le sieur Timotuée de Saincte-Fot, à Caors; par Jean Dalvy et par Claude Rousseau. 1618. In-S" de 468 p. sans VAvîs de l'aucteur aux Messieurs de la Religion Prétendue Réformée de Montauban, à la tête du livre, et sans des vers latins, grecs et français insérés à la lin, sous ce titre : « In Danielem Chamierum, et clientes ejus Epigrammaterios Carmina a-nyinÙTuct. «

(1) Au « fonds non porté. »

(2) Reinarqv,es critiques sur le Dictionnaire de Bayle, article Charnier,

Enfin, dès l'instant qu'on en était aux bouffonneries, il fallait bien que le père Garasse se mît de la partie et vînt renchérir. C'est ce qu'il lit, on ne sait trop à quel propos, dans son Rabelais réformé, etc., dont la première édition est sans doute celle qui porte la rubrique de Brusselles, 1619. I vol. pet. in-8° de 248 pages (1). On va voir que le compère justilie assez bien, en cette circonstance, le renom de joyeuseté grossière attaché à sa mémoire :

«... Il faut qu'en passant, et à l'occasion de votre profondissime polyraàthie, je donne un traiot de plume à la dispute et conférance de Lecloure tenue ce printemps passé entre le père Alexandre Regourd, jésuite, et de tous les ministres d'Armagnac et de Ouercy, étant chef du parti le ministre Daniel Charnier, homme de grosse corpulance et petite littérature; ils se rendirent à Lectoure en bon nombre, de 3Iontauban, Tonnins, Clerac, et autres lieux circonvoisins, où ils trouvèrent un père jésuite, le- • quel ny en cours ny en aage ne respondoit au moindre de ses adversaires, et apprindrent de luy qu'il ne faut pas mesurer les hommes à l'aune, et que souvent un jeune homme, comme disoit Ajaxdans Sophocle, peut-être maistre de plusieurs grandes et grosses bêtes à cornes ; car ils reçurent en ce rencontre plusieurs estocades franches, plusieurs occasions de honte, et portèrent le reproche sur le front d'avoir perdu ignominieusement la dame pour laquelle s'était instituée cette dispute réglée. Et nonobstant après la conférence ils monstrèrent par leurs escrits et contenances qu'on peut bien battre un sot glorieux, mais non pas le convaincre ; car étant si chargés de coups qu'à peine pouvoyent-ils traisner leur ventre; ils se retirèrent néantmoins dans 3Iontauban en targue de Rodomons, et firent voler quelques feuillets de leurs triomphes prétendus, en quoy ils me remirent en mémoire la bravade de ces vaillans champions qui disoyent : « Nous étions trente bons soldats de Mêle, tous enfans de bonne maison, « da! vint un petit gendarme avec ses chausses à douelle, qui portoit une « dague, da! et nous menaça de nous battre, nous le trompasmes bien, « car nous enfuysmes tous. Si nous eussions été encores trente, nous •( l'eussions bien accomodé. »

'< Or, quant aux impertinences de ces ministres et puériles ignorances

(1) Placcius, De scripiis anonymis,en cite une autre édition de Poitiers. Nous en avons sous les yeux une troisième qui paraît être la même, page pour page, et oh il n'y a de changé que le titre, ainsi conçu : Le Rabelais réformé par les ministres, et nommément par Pierre Du Moulin, ministre de Charenton, pour response aux bouffonneries insérées en son livre De la vocation des pasteurs. A Toul, par Simon S. Martel, imprimeur de Monseigneur. 1621, Si le savant Placcius avait connu cet ouvrage autrement que par son titre à double sens, ou seulement s'il en avait eu le titre complet, il ne lui serait pas arrivé de le mentionner comme un liabelnis expurgé, ad usum juventutis. Le passage que nous allons en citer est une digression que rien ne motive, ;\ la page 185.

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qu'ils montrent en tout le cours de cette dispute, je m'en rapporte à la diligence de Timotliée de Saincte-Foy, qui en a recueilly dans son livre des Désespoirs de Charnier un nombre suflisant pour faire un volume quasi aussi gros que le ventre de ce minisire, et pour les fautes de théologie, bien que plus essentielles, je les laisse comme propriétés ou différences individualos dos ministres, pour en conter quelques-unes plaisantes et plus intelligibles que j'ai glané dans la riche moisson du sieur de Saincte-Foy. Sur le commencement de la dispute, Charnier voyant qu'on régloit l'ordres des matières et du temps pour éviter les ordinaires confusions de telles assemblées, il s'avança en vrai Rodomonl, et pour imprimer la frayeur sur le front de son adversaire, commença par une tirade espagnole la redisant souvent : Odoz j^ara voz, nad(is para noz, voulant dire par esprit de complainte qu'on faisoit plus d'avantage à son adversaire qu'à luy par la terreur de ces règlements. Il estonna bien du monde à ceste parole : et pour moy, je confesse (pie si j'eusse été présent à ce faict, je me fusse plus ébahi de voir un ministre parler espagnol que tit Balaam de voir son asnesse parler hébreu; mais enquis sur ce prodige, il répondit franchement qu'il ne savoit que ce proverbe espagnol, et que pour tout le reste cette langue lui étoit sicut ethnicus et publicanus, réponse qui donna sujet à cette plaisante poésie :

Voyant Charnier desguainer l'espagnol Me semble voir en faict de ravaudage Du maroquin cousu de gros lignol.

Ou du veloux de gros fil d'ambalage.

Il ne manquoit à ce grand Rodomont Qu'un Valé me, la mule et la moustache Pour être pris au lieu de Tranchemont, De don Quichotte ou Gusman d'Alpharache.

Car pour la targue, et l'air de graviti' (Si pour le moins la gravité s'appelle Le poids du corps), tu dis en vérité : Mille Espagnols n'en n'ont point une telle.

Or le Synode et les frères en Christ Sont malcontents qu'il use de ce terme. Car on croiroit, en voyant cet escrit, Qu'il branle au manche et ne se tient pas ferme.

Voire on a creu qu'il étoit évadé, Que l'ayant diet en dispute publique, Il court danger de se voir dégradé Comme tenant un langage hérétique.

Mais il jura sur tous les calepins Qu'ea espagnol, grec, hébreu, syriaque, Il n'y sait rien que quelques vieux lopins Pour en parler comme un démoniaque.

« Quant à la réponse qu'il fit, que saint Grégoire avoit non plus songé à parler de la transsubstantiaiion qiià s'aller pendre^ nous en parlerons plus bas en son lieu (1 ) ; je viens aux fautes puériles et ridicules, que luy et ses confrères très honorés commirent en leur versification latine publiée contre le père Regourd, qui sont si drues en trois ou quatre feuillets, que j'ay difficulté de croire à mes yeux, et me persuader que des animaux raisonnables soient si despourvus de sens, de raison et de ryme. Voici la première du sieur Charnier fort sçavant in quantitate violîs, mais non in quantitate syllaharum; en la page 234 de son escrit il accourcit la seconde de balbuties, qui signifie bavardise, et ce contre toutes règles de nature, d'art et de raison, disant en ce vers réformé :

Seu quœ balbdtiem emendant, et verba profari (2) A quoy je luy réponds par ces vers meilleurs que les siens :

Chamier, c'est bien à tort que tu as abrégé

Le mot de bavardise, Et tes suppôts croiront que nous t'avons gagé

Pour faire une lourdise :

Car nous estant prouvé par tes doctes escrits

Imprimez et à naistre.

Qu'entre les grands bavars tu emportes le prix,

Et te dis leur grand maistre, Tu devois agrandir la syllabe et le mot

Par expresse licence, Pour monstrer en rymant que tu es un grand sot

Et bavard à outrance !

« La seconde ignorance du mesme Chamier est encores plus grande et plus mystérieuse, lorsqu'en la page 23u il a tellement gesné le mot latin tabula, qu'il luy a allongé la première syllabe d'une mesure, en ce vers chargé do toutes les impertinences du monde :

Esset et ô esset bene tabula rasa juventus (3),

Et dict-on, vu l'orbicularité de sa corpulence qu'il ayme tant courte pré-

(1) L'abbé Joly commence ici la citation qu'il fait de ce morceau.

(2) Voir ci-dessus, p. 373, vers 15 : la syllabe bu est en effet longue dans balbutio.

(3) Voir oi-dessus, p. 374, vers 9 : la syllabe ta est brève dans tabula.

(lication et longue table, qu'il ne s'est peu tenir de l'allonger en escrivant, tant il s'y est accoustunié de jeunesse.

Da ministre Charnier voyant la corpulence

Qui n'est du tout si long, mais plus gros qu'une lance,

Je ne m'estonne pas s'il est si bien nourry,

Et s'il traisne en marchant un gros ventre pourry.

N'attendez pour présent qu'un gros pourceau d'estable

D'un homme qui partout ryme et faict longue table.

« Il est vray que ce ministre, quoyqu'il soit fils d'une leste raze, et qu'il ayme la table, n'ayme pas néantmoins la table raze, comme on peut voir par les censures du Synode de Privas, qui luy reproche souvent ses excès de bouche (1), et on peut dire de ce vénérable predicant ce qu'un de mes amis a dit d'un des plus excellens personnages de ce siècle dans son banquet mystérieux :

Que pour graver, peindre, tailler,

Il y entend mieux que Parraze,

Mais il ne sçait pas travailler

Sur toile nûe ou table raze.

Et remarquez que lorsqu'il prescha dans Bourdeaux ces années passées, et prescha aux fidèles de règle, il cita trois ou quatre fois l'édition de Vatable corrompue par les ministres, d'où quelqu'un des catholiques tiré par curiosité d'entendre le premier ministre de France, à ce qu'on l'assuroil, sortit mal édifié voyant un gros homme assez mal faict, qui n'avoit autres autheurs en bouche que Valable et Calvin, et là-dessus composa ce buic- (ain :

Jo ne m'estonne si Charnier

Ayme la Bible de Valable ;

C'est, dit-on, son gros coustumier,

Car ce mot se termine en table.

Après Valable suit Calvin

Qu'il ayme d'amour indivise,

Car ce mot se termine en vin;

Or table et vin c'est sa devise.

« (2) Et partant on ne se doit esbahir s'il a faict longue table en ce beau

(1) C'est évidemment une allusion aux traits satiriques du Magot genevois rapportés ci-dessus, p. 332. — L'abbé Joiy cite, d'après le pamphlet de Regourd, sous le nom de Timolhée de Saiate-Foy, un accident fort désagréable qui serait arrivé à Charnier, le dimanche 3 décenabre 1617, à Montauban, et dont son adversaire se compiaîl à lui faire un gros péché en des termes qu'on nous dispensera de reproduire ici. Mais, le l'ait fut-il vrai, ce dérangement de l'estomac qu'on appelle une indigestion est-il donc toujours le résultat de l'intempérance? Voir au surplus, à ce sujet, ce que nous avons dit plus haut, page 330,

(2) Ici s'arrête l'extrait donné par l'abbé Joly.

vers, iliKiuel lisant le commenoonioiit Esset et à esset,]c fus tellement surpris que je me persuaday de prime face que r'estoit du suysse ou du basque, avec plus de vraysemblance que le ministre Alba, son compagnon, ne prit du iïPec pour de l'alleman en la mesme conférence de Lectoure, car vous devez sçavoir que ledit Alba, l'un des carrabins de Cbamier, ayant ouy le père Regourd (jui disait Ojjîwv z/îiQsiîwv, jannis clonsis, ce bon ministre estourdy par le son de ces paroles s'escria que c'estoit de l'alleman, ainsi qu'il est rapporté au chap. VII des Désespoirs de Charnier (p. 4u3,, d'où jugez s'il appresta à rire à l'assemblée, voyant sa iiaïfve et franche simplicité, qui le fera désormais canoniser dans les contes de Monsieur de Vaiidosme.

Le bon Alba, falot montalbanois,

Oyanl du grec le prend pour albanois,

Et s'en deffaict en portant par excuse

Qu'un bon François au paloc ne s'amuse :

Il est bon li, ministre rochelois,

I,a grâce à Dieu vous estes bon Gaulois

Et servirez pour accroistre le tome

Des faicts et diets de Monsieur de Vcndosme,

Qui entendit la messe à Sainct- Denis

Tout en bon grec, fors quelques mois ternis

D'Eleyson et quelque Kyrielle

Qui gastoit tout, ainsi qu'une vielle

Entre les luths, car, dit-il, ce latin.

C'est du bureau (1) sur un fonds de salin.

Et de lu, jugez de la grande et sublime érudition des ministres touchant le secret des langues, dont ils sont un si grand pavois. Que si on me dit que cet Alba est quelque bec jaune, ou quelque ministre blanc relié en veau, qu'il sçache que Charnier monstra de plus lourdes ignorances en l'intelligence du grec en la mesme conférance que ce jeune aubereau de predicant, car comme il est rapporté en la page 452 de ses Désespoirs, voulant s'escrier sur la dureté et obstination de ses auditeurs, il le fit par une incongruité puérile, disant : û uiôripoû; àvàpn (2), comme qui voudroit dire, o vlri ferreos ; il faudroit avoir les entrailles de fer pour ne s'esmouvoir point à telles indignitez, et cependant il est certain que Charnier est un des plus sçavans ministres, partant crimine ab uno disce omnes; ce n'est pas tout, en voicy une plaisante, et qui mériteroit une farce, en la cinquiesme séance de la conférence. Le père Regourd ayant cité les paroles du patriarche saint Ignace, par lesquelles il dit que les hérétiques sont Swcj

(1) Ancien nom de rétoffe de laine appelée bure.

(2) l'aute d'impression que nous avons reproduite ci-dessus, page 355.

1GI8. PISI'CIK l»b LEt^TOUUE. 381

«/oiTtai xai K/wTs; xv^p'j>T:6/iijxoi. niîulrés et lavelés comme luui)scei'viers('l), Chamier, bon gros homme, (|ui n'avoit ouy ce mot à;.w7r;;, se va imaginer qu'il falloit dire à.i«7r£/.îs, des renards, et parlant s'escria tout hault demandant justice du père Regord qui avoit coupé la queue aux renards de sainct Ignace; ce qui me fait croire que les épistres grecques jésuitiques escrites soubs son nom il y a plus de vingt ans adressées au R. père Coton (2), furent faictes par quelque autre qui luy presta son nom, ou il est bien malheureux d'aller ainsi à reculons comme les cancres, et s'oublier sur ses vieux ans de chose si nécessaire qu'il sçavoit en jeunesse :

Charnier, ce vieux renard de la bande huguenolte, Pour monstrer clairement qu'en grec il n'entend nolle, Oyant en plein discours ciler un mot nouveau. Joingt la patle d'un chat à la lesle d'un veau, Et en vray fanfaron en soi-mesme s'escrime. Protestant que Regord a commis un grand crime, Ayant par le tranchant de sa langue couppé La queue à un renard. Ce fut après soupi)(5 Que Chamier s'allarma pour le renard d'iEsope, Et s'escarmoucha fort contre le mot d'Asope. C'est-à-dire en français qu'il fut un vray canard. Ou bien qu'il escorchea, comme on dit, le renard ; Car je crois bien qu'alors le bon homme étoit yvrc, Et volontiers eust prins un flacon pour un livre.

" Je laisse toutes les autres badineries de ces versilications (jui pourront apprendre leur leçon à la lecture des vers scazonticjues insérez sur la fin des Désespoirs de Chamier, aussi bons et preignans que j'en vis oncques; je ne crains seulement que ces prédicans qui y sont dépeints de leurs couleurs ne sentiront pas les pointes de ceste poésie tant ils ont le cuir dur et l'âme insensible : il est vray que je ne puis sans un grand blasme passer soubs silence le beau distique du ministre Tyssandier, qu'il faict en la louange de Chamier, en ces termes :

Pastor, doctor, apis, pascit, docet, ampliter offert Vero, sancta, tneli, cor benè DULCirnis (3).

« J'ai lu d'autrefois et aucunement entendu Lycophron, mais je confesse que si j'eusse rencontré des vers si ténébreux et énigmatiques, j'eusse perdu patience, et crois qu'il n'y a ange au monde, sans faire lort ù leur bel

(1) Ci-dessus, pages .^5:^ et 3ij7.

(-2) Ci-dessus, pages 220, 227.

(3) Le texte donné dans la Jésuiloiuanie porte : Vero, saocla, /ué/i, cor, bene, ilulcipclis.

382 APFETiDlCE A LA VIE.

esprit, qui puisse desbrouiller le peloton de ce noble Tissandier, vu qu'en ces mots, il n'y a pied ny teste, et semble parfaitement la quintessence d'un songe de phrénétique. Je vois seulement que par ces vers il veut appeler les huguenots didcipetas, comme anciennement les chrestiens qui alloienl à Rome s'appeloient Romipeix, et ceux qui visitoient la Palestine se nommoient Ramipetx, ainsi ce ministre appelle ses confrères les dulcipèies, ce que je ne sçavois pas, et si je ne craignois la censure ministérialle, je pourrois enrichir cette nouvelle appellation par quelques considérations aussi dulcisones que les ministres sont dulcipètes. El voylà ce que j'avois à dire de la conférence de Lectoure. »

Le révérend père Garasse, s'il avait vécu de nos jours, n'avait-il pas tout ce qu'il faut pour monter sur les tréteaux et jouer avec succès le rôle de rédacteur en chef d'un grand journal religieux et politique? Voilà un homme qui s'entend à défendre l'Eglise et les saines doctrines, à bafouer ses adversaires! Voilà de l'érudition et du style haut en couleur, et des effets de gro> mots et de turlupinades! Il fallait avoir, comme ces huguenots, « le cuir « dur et l'âme insensible, pour ne pas sentir les pointes de cette poésie » et de ce beau langage. Il fallait posséder une bien profonde science pour triompher, tout compte fait, d'un lapsus calami ou d'une erreur d'impression, d'un malentendu et... de deux fautes de quantité!

« Je ne prétends pas, au reste, veut bien dire l'abbé Joly, qu'on doive juger du mérite de Charnier parles plaisanteries de Timothée de Sainte-Foy et du père Garasse... » C'est dommage, en vérité, que l'abbé Joly ne prétende pas cela! Pourquoi ne pas ériger en censeur des protestants ce spirituel et savant jésuite que la Sorbonne condamnait, en '1026, comme convaincu d'avoir « falsifié, cité à faux et détourné de leur vrai sens plusieurs passages de l'Ecriture et des saints Pères, et d'avoir publié une infinité de paroles indignes d'estre escrites et d'estre lues par des chrestiens et par des théologiens? »

1618. — lia Cabale des ministres hngnenofs. — Pages 164, 19b.

Un autre pamphlet des plus virulents parut cette même année, ayant pour titre : La Cabale des ministres huguenots intendans : comprise sommairement et clairement en cent articles secrets, par un Bourguigno.n" converty, qui n'en a que trop seu et veu,'A Paris, etc. 1618. L'auteur était, non pas un Bourguignon, mais bien le sieur Daniel Bourguignon, pasleUr

IGiiO. LE SïNOI)K d'aLAIS CONFIUME CIlAMlER A M01STAUBA^. 38o

de Gergeau, déposé l'année précédente, comme apostat, par le Synode du Berry, et qui payait sa bienvenue dans l'Eglise romaine en se déchaînant contre ses anciens coreligionaires et en publiant libelles sur libelles. Il en avait fait paraître cinq en 1617 : celui-ci était le sixième. Affectant avec cynisme de trahir les siens, il s'adresse à « Messieurs les ministres intendants, » cl signant « Vostre defunct frère et serviteur, D. B., » il les prie de permettre qu'il les fasse parler malgré eux et leur fasse confesser la vérité, en cent articles, sur leurs propres affaires : on imagine aisément ce qu'il répand de perfidie et de bile dans ces soi-disant révélations j il y descend jusqu'à l'ordure, à rendre jaloux le père Garasse lui-même.

Chamier devait avoir au moins l'honneur de figurer dans cette diatribe ; il défraye les art. 73 à 76, où l'auteur fait dire aux ministres huguenots :

« 73. Nous n'avons plus en France que Chamier et Du Moulin : ils pourroient en cas de nécessité faire un peu les mauvais, et prester le collet à faute d'autres.

« 74. Les papistes appellent Chamier mallier et cheval d'AUemaigne : il est à croire que c'est d'autant qu'il va pesamment en besogne, et grossement; ressentant le bon temps passé, et non pas la gentillesse et vivacité des esprits d'aujourd'huy.

« 7b. Ils ont aucunement raison : car il y a longtemps que nous luy accordons pension de deux mille livres par an sur nos deniers communs, pour respondre à tous les livres de controverse de Bellarmin. Néantmoins nous ne voyons encore rien qui vaille de sa veine. Nous sommes en danger de perdre nostre argent, et ses peines.

« 76. Son entreprise est haute et difficile (et, afin de ne rien dissimuler^ impossible). Et puis quand il auroit rencontré telle quelle réplique (ce qui ne lui arrivera jamais) à Bellarmin : ces malheureux nouveaux escrivains forgent tous les jours quelques subtilités affectées, et desguisements afiSnés, qui rendroient son œuvre infructueux et ridicule. »

1620. — lie iSynode national d'Alais confirme Chamier à Uontauban. — Statuts de l'Académie. — Pages 163, 127, 293.

On voit par l'article suivant des Actes du 23« Synode national, tenu à Alais du 1" octobre au 2 décembre 1620, que Chamier avait été demandé comme professeur par les autorités de la ville de Nîmes, mais qu'ayant été refusé par le Synode provincial du Haut-Languedoc, il fut, sur l'appel de Nîmes, maintenu à Montauban.

o8l .vri'EM'lOE A LA VIK.

,lrt. LVIII ties Appellations : « Sur l'appel des magistrats, des consuls et du Consistoire de Nisnies, interjeté contre le Synode du Haut-Languedoc, tenu à Mazères, par lequel le sieur Charnier leur étoit refusé pour professeur en tliéologie, ayant examiné les demandes et les prétentions des députés du Bas-Languedoc, et les oppositions desdits magistrats et consuls, avec celles du Consistoire et de l'Académie de Montauban ; le Synode du Haut-Languedoc ayant aussi fait déduire les raisons de son relus par les députés de ladite province ; la Compagnie, pour ne rien altérer dans l'Académie de Montauban, a confirmé la vocation dudit sieur Charnier dans le ministère et dans la charge de professeur en théologie, et elle exhorte lesdits magistrats et consuls, de même que ladite Eglise et ville de Montauban, de donner du contentement audit sieur Chamier, alln qu'il puisse continuer ses travaux au milieu d'eux avec plus de joie et de fruit. "

Nous avons déjà transcrit ci-dessus, p. 293, le texte du passage suivant du Synodicon de Quick :

« Au 23^ Synode national, à Alais, en 1620, on fit des règlements généraux pour les Académies des Eglises réformées de France. Je ne me rappelle pas par qui ils furent rédigés; mais ceux de l'Académie de Montauban furent l'œuvre de M. Béraud le père, «jui en fut le premier professeur de théologie. Ceux de l'Académie de Die en Dauphiné, furent composés par le grand Charnier; je les possède, écrits de sa propre main, et je me propose deles publier, si le Seigneur me prête vie, dans la notice qui lui sera consacrée dans mes Icônes. »

Nous avons fait remarquer (iue,touten tenant sa promesse plus tard dans l7cowde Chamier, le bon Quick s'est trouvé en contradiction avec ce qu'il avait dit en ce passage. Il annonçait les statuts de l'académie de Die, écrits de la main de Daniel Chamier, et il nous donne ceux de l'académie de 3Ionlauban écrits de la main de son lïls Adrien. Or, il avait dit que ces derniers étaient l'œuvre de Béraud, tandis que ceux de Die étaient rédigés par Chamier. A quel moment aurait-il été prié de les rédiger? Sont-ceceux que nous avons donnés ci-dessus, p. 283? Nous avons vu, p. 278, que Béraud avait été désigné avec Charnier et trois autres collègues par le Synode de Gap, en 1 603, pour dresser un règlement pour les académies et écoles, et qu'en même temps le règlement qui était déjà en vigueur à Montauban avait été confirmé. On trouve, en effet, dans les notes du tome II de la nouvelle édition de VHîstoire de Montauban de Lebrot, des Loix et Règlements de l' Académie Ac celte ville dressés l'an \i5Q0 et publiés an g rand Temple, queleséditeursonl extraits d'un ancien registre de la municipalité, dit Livre noir, et imprimés

1620 ET 1621. ASSEMBLÉE PROVIKCIALE DE MILHAtJ. 385

pour la première fois. Voilà bien les statuls antérieurs à 1C03, que confirma le Synode de Gap : mais ceux que rapporte Quick, sonl-ils l'œuvre de Béraud ou de Charnier? Sub judice lis est.

1G20 et 1G21. — Assemblée proTincîale de Slilhaa. Charnier est élu président adjoint. Il fait partie de « l'abi-rgé » de l'Assemblée résidant à Slontauban. Arrêt de prise de corps rendu contre lui par le parlement de Toulouse et la Chambre de l'Etlit de Castres. Procès-verbal négatif de l'huissier chargé de l'arrestation.— Pages 163, 173.

« Voici le commencement de nos maux et la source des guerres contre les réformés, » dit le duc de Rohan au livre 11 de ses Mémoires, parlant des affaires du Béarn (1617) et des assemblées de Loudun (26 septembre 1619), de Milhau (12 novembre 1620), et de La Rochelle (24 décembre 1620).

Que le changement apporté par Louis Xlll à la constitution politique et ecclésiastique du Béarn (4), ne fût une atteinte flagrante aux franchises de la principauté; que la cause des Béarnais ne fût celle de tous; que la situation faite aux réformés, de toutes parts et à tous égards, ne devînt de jour en jour plus intolérable, ainsi que l'exposait le cahier général des plaintes de l'assemblée de Loudun; que la marche soudaine de l'armée royale sur Pau ne violât une des promesses faites au nom du roi à cette assemblée, afin d'obtenir sa séparation, et que ce manque de foi joint à la désolation du Béarn ne fût de nature à juslilier de sérieuses alarmes : ce sont là autant de points qu'il n'est pas possible de révoquer en doute, en présence des documents que l'histoire nous a transmis, et l'on comprend que le parti huguenot, sous le coup d'une vive émotion, ait d'abord pris une attitude défensive. Mais l'imminence même du péril devait conseiller une prudence d'autant plus grande dans l'emploi des moyens de défense. C'est ce qu'indiquaient clairement, et l'abstention motivée de Lesdiguières et de Chaiillon, et les représentations de Duplessis-Mornay, de Du Moulin, de La Trémouille, de Rohan. On ne peut que déplorer, avec ce dernier et avec Benoît, que l'assemblée de La Rochelle soit restée sourde à ces sages avis, et que, certains intérêts particuliers l'aveuglant sur l'intérêt général, elle ait elle-même fourni à l'ennemi les armes dont il allait s'emparer avidement pour commencer la guerre au protestantisme en France et la ruine de l'Edit de Nantes.

Chamier n'était pas à l'assemblée de Loudun, mais il assista à l'assemblée

(1) Par l'éiiit de réunion du Déarn à la couronne et l'arrêt de main-levée des biens ecclésiastiques.

provinciale qu'avait convoquée le Colloque du Rouergue, séant ùMontauban en octobre 1620, lorsque la nouvelle de la révolution opérée en Béarn y fut apportée. Cette assemblée, dont il fut élu président-adjoint, se lint à Milhau le 12 novembre suivant. Elle décida principalement, dit Benoît, qu'on assisterait les Eglises du Béarn ; qu'on armerait provisoirement dans le Rouergue, le Quercy, l'Albigeois et le Lauraguais, et que partout les villes se mettraient sur leurs gardes ; qu'on inviterait les seigneurs réformés à se joindre à l'assemblée générale qui se réunirait à La Rochelle, et qu'en attendant cette réunion, un abrégé de l'assemblée, ou conseil dé délégués munis de pouvoirs provisionnels, subsisterait à ^lontauban pour aviser en cas de besoin. Charnier fut désigné pour faire partie de ce conseil. (Bartb. Gramundi, Histor.prostratx rebell.^ etc. Tolosae. 1623. p. 68; Benoît, Hlst. de VEdit de Nantes, t. II, p. 309 ; Soulier, Hist, du CaMnisme, p. U3.)

Il ne fut pas député à l'assemblée politique de La Rochelle qui s'ouvrit le 24 décembre.

D'après le Mercure français (t. YIIl, p. 604\ on considérait Lescun, Charnier et Hautefontaine comme les trois premiers moteurs de la « rébellion réformée, » et on les nommait les trois Jrchicirculaives des Eglises réformées de France et de Béarn.

Nous avons rencontré aux Archives impériales CS\. 670), un procès-verbal d'huissier constatant que le 5 février 1621, Charnier, sous le coup d'un arrêt de prise de corps, avait été vainement recherché à Monlauban. Cette pièce, isolée parmi des papiers étrangers, nous a seulement misa même de rechercher l'arrêt du parlement de Toulouse qui s'y trouvait visé. Mais cet arrêt n'étant point motivé, ne fournit aucuns renseignements sur les causes qui avaient pu le faire rendre, non plus qu'un autre arrêt de la chambre de l'Edit du 1" février, rendant celui de la Cour de Toulouse exécutoire à Castres où Chamier se trouvait alors, à ce qu'il paraît(l). Nous n'avons pu découvrir à quel cas spécial se rapportait cet ordre d'arrestation lancé contre Chamier et divers autres habitants de Montauban, dont les noms mêmes nous étaient inconnus, à l'exception des ministres Bicheteau et Gardesi. Comm.e plusieurs noms nous paraissaient estropiés dans la copie qui nous avait été communiquée, nous avons eu recours à l'obligeance de M. Devais, archiviste à Montauban, qui a pu en effet en rectitier quelques-uns.

Le fait de ces poursuites dirigées contre Chamier était jusqu'à ce jour demeuré inconnu.

(1) Le parlement de Toulouse exerçaitalors une grande pression sur la chambre de lEdit séant ;i Castres.

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