CHAPITRE I
c M. de- la Ferté, ayant une furieuse avidité pour les richesses, n'oublia, pendant près de vingt ans que dura son gouvernement (en Lorraine), ni invention de contributions, ni rigueur pour épuiser le plus pur sang, non-seulement du pauvre peuple, mais de ceux qui pouvaient en avoir de reste dans les veines, c'estàrdîre des nobles qui n'étaient pas encore réduits à la misère comme le peuple. »
En présence de ces révélations de l'avarice du maréchal de la Ferté, estril téméraire de supposer que s'il aimait beaucoup à recevoir, il aimait moins à récompenser les services de ceux qu'il employait I II est donc tout à fait vraisemblable que Sébastien Le Clerc tenait peu à travailler pour un semblable personnage , et qu'il abandonna sans regret une position où il ne trouvait ni honneur, ni profit.
Lorsque Sébastien Le Clerc, mécontent du maréchal de la Ferté, quitta Metz à, l'âge de vingt-huit ans, il avait déjà acquis, par son travail, une certaine aisance. Les idées d'ordre et d'économie, qu'il conserva toute sa vie, étaient pour ainsi dire innées chez lui, et il les pratiqua dès son jeune âge. La preuve de ce fait nous a été récemment révélée par M. J. J. Guiffrey, auquel on doit la publication , dans les Nouvelles archives de Vart français (4872, p. 317), du partage des biens de l'illustre graveur qui eut lieu, entre ses enfants, après. le décès de leur mère, en juillet 1736. Au nombre de ces biens se trouve une maison située à Metz, acquise, selon toute probabilité, peu d'années avant 1665, époque du départ de Sébastien Le Clerc
pour Paris. Cette maison n'était pas bien considérable, et elle dut être payée, au moins en partie, avec les économies du jeune artiste dont le père vivait encore.
Le prix d'acquisition n'est pas connu ; mais nous savons, par le partage de 1736, qu'elle était louée 90 livres et que, depuis, elle a été revendue par la veuve de Sébastien Le Clerc moyennant 2000 livres, ce qui équivaut à plus de 6000 francs d'aujourd'hui. Il serait intéressant de retrouver à Mefz^ sinon cette petite maison , du moins son emplacement ; mais le fil conducteur de cette recherche fait absolument défaut.
En terminant le récit de la période entièrement messine de la vie de Sébastien Le Clerc, nous devons rectifier une erreur échappée àdomPierron, et reproduite par plusieurs biographes.
On lit à la page 143 du Templum metensibus sacrum, à la suite des vers consacrés à Le Clerc :
Tanti data viri documenta secuius, et ipse Naucretius laudemque sibi nomenque paravit.
Ut hlandos vivosque adhibet, mUcetque colores I Vt eunctos animi sensus, atque cemula vivis Exprimit ora I fere egregiia naiura tabellis Invidet; et celehri quatdum olim Cypris Apelle; Tantum Naucretio Pallas nunc picta superhit.
Ce que l'auteur lui-même traduit ainsi, pour la commodité du lecteur, brouillé avec le latin : c Naucret fut le disciple de ce grand maître (Séb. Le Clerc). Fidèle à suivre ses leçons, il se fit la repu-