‹ 1793-1805 (volume 2)Chapitre 8 sur 62 · LES EXPÉDITIONS DE 1798 — TARRÊTÉ DU 25 JUIN · texte numérisé non relu

LES EXPÉDITIONS DE 1798 — TARRÊTÉ DU 25 JUIN

La révolte dlrlande avait dérouté toutes les prévisions.

Le Directoire s'était flatté longtemps que l'insurrection éclaterait en vertu d'un plan d'organisation générale, à son heure, et commencerait dans les comtés où les Irlandais-Unis étaient les plus nombreux et les mieux préparés. Tout au contraire, le soulèvement n'avait été sérieux que là où on l'attendait le moins, c'est-à-dire dans le sud-est de l'île. Au lieu d'être le résultat de la puissante organisation des sociétés secrètes, de l'appui matériel du gouvernement français, il avait été l'explosion soudaine et prématurée de populations jusque-là paisibles, mais poussées au désespoir par les rigueurs d'une tyrannie insupportable.

Cette révolte attendue, préparée, et dont on espérait en France un si grand eflfet, surprit donc le Directoire et, malheureusement, au plus mauvais moment.

Avec son meilleur général et la meilleure partie de sa flotte engagés dans une expédition lointaine, il semblait qu'avaient été emportées toutes les espérances d'attaquer avec succès les Iles Britanniques. De ce que Bonaparte n'avait pas voulu s'engager dans une entreprise qu'il jugeait téméraire pour sa gloire personnelle, il dut sembler aux contemporains que l'on serait fou d'essayer ce que le plus grand génie de l'histoire n'avait pas osé. Une sorte de découragement, ou tout au moins de défiance, s'est emparée de tout le monde, et c'est ainsi

qu'on n'utilise pas, ou qu'on utilise faiblement, timidement, et en très petite partie, les préparatifs pourtant considérables effectués pendant la période précédente et si lourds pour les ressources financières de l'époque.

Ce qui résulta pourtant d'entreprises partielles, décousues, ce que risqua l'Angleterre à ce moment critique de son histoire, montre bien ce qu'on aurait pu faire si l'on s'était simplement servi de ce qui était prêt à Brest ou sur les côtes de la Manche.

Certaines influences occultes et peut-être criminelles, qui pesèrent sur les conseils du gouvernement français, permettraient seules d'expliquer la faute énorme qu'il commit à cette époque en ne s'engageant pas à fond dans la lutte corps à corps contre l'Angleterre.

L'appel des Irlandais qu'on avait poussés à la révolte fut pourtant éloquent.

Appel des Irlandais au Directoire (16 juin 1798) (I).

Dans le mémoire qui tous a été présenté au commencement de ce mois par le citoyen Thomas Payne, nous avons exposé avec quelques détails la situation et les souffrances de notre patrie, nous y avons exprimé la crainte où nous étions que le système de tyrannie qu'exerçait le gouvernement britannique, ne forçât nos infortunés compatriotes à se livrer à des insurrections partielles et prématurées.

L'événement n'a que trop justifié nos pressentiments à cet égard et nous Toyons dans les gazettes anglaises qui Tiennent d'arriver à Paris que la partie méridionale de l'Irlande est devenue le théâtre d'une guerre qui porte le caractère le plus effrayant d'animosité, que puissent offrir les annales d'un pays, d'une guerre où, de c^té et d'autre, il ne se fait point de quartier.

Dans ces circonstances, citoyens Directeurs, nous sommes convaincus que ce serait nous rendre coupables de trahison envers notre patrie, que de garder

le silence un seul moment de plus On Toit (dans les communications

officielles entre le lord lieutenant de l'Irlande et les ministres britanniques) que dans l'espace de trois jours (du 23 au 2B mai) 1500 de nos braTCS compatriotes, par une mort glorieuse, ont donné des preuTes incontestables de leur attachement aux principes sacrés de la liberté, sans parler de ceux qui ont péri non moins glorieusement sur l'échafaud. On Toit que, loin d'être supprimée, a rébellion (pour nous servir des expressions de Campden) s'étend rapidement et que les insurgés ont déjà coupé les communications entre les

(1) Archives de la Marine, BBi», Itt)

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deux généraux Dundas et Campbell ; il parait aussi que Yarmée unie a battu les Anglais, dont le commandant est resté sur la place aiec 400 soldats, qu'elle s'est emparée de 6 pièces de canon et qu'elle est maltresse de tout le comté de Wexford et de la TÎUe du même nom, qui est un excellent port de mer.

Toutes ces circonstances, citoyens Directeurs, méritent de votre part une considération sérieuse ; elles sont telles, que nous croyons devoir, avec fondement, demander le genre de secours qu'il est au pouvoir de la France de nous accorder, et que depuis longtemps on a fait espérer à l'Irlande. Un détachement de iOOO hommes et 5,000 fusils débarqués au nord ou au nord-ouest de

l'Irlande en assurerait la liberté la partie des côtes que nous indiquons

n*est nullement gardée ; les points de débarquement sont multipliés et sûrs ; il y a peu ou point de soldats dans le district du nord-ouest ; le peuple y est singulièrement brave et plus accoutumé au maniement des armes que dans aucune autre partie de File.' Mais ils ont tous été désarmés, il y a environ un an, d'après la proclamation du général Lake.

En demandant des forces si peu considérables, on peut voir (aujourd'hui que Tépée doit en décider) avec quelle certitude nous comptons que l'Irlande

finira par s'affranchir du joug britannique Nous sommes convaincus que

ces forces, toutes modiques qu'elles sont, peuvent rendre des services éminents à la cause de la liberté; aussi, nous vous prions, nous vous demandons au nom de l'humanité, qu'il soit permis aux Irlandais unis qui se trouvent ici de prendre part à l'expédition

Nous vous prions donc, citoyens Directeurs, de fournir à la malheureuse Irlande des secours prompts et nécessaires

Si le gouvernement français ne croit pas devoir nous accorder ce faible secours, nous le prions de nous prêter un bâtiment pour nous débarquer sur im point quelconque de l'Irlande où nous puissions servir notre patrie ou glorieusement mourir.

Signé : Alex. Lowra, Joseph Orr, M. Hamilton,

Barth FuLiNG.

Quelles que pussent être à ce moment les pensées secrètes de certains personnages politiques, le Directoire comprit que Tabstention complète serait pour lui le déshonneur devant les Irlandais qui avaient cru à sa parole. Sans doute pensa-t-il aussi que Topinion publique, surexcitée contre TAingleterre, risquait de se tourner contre lui. Toujours est-il qu'il se décida promptement à « faire quelque chose » .

La satisfaction qui lui parut suffisante fut de prendre au pied de la lettre les termes de Tappel des Irlandais.

Ils demandaient 1000 hommes et 5,000 fusils. Trois jours après, on leur accorda 1000 hommes et 4,000 fusils.

Le Ministre de la marine Bruix au citoyen Bompard, à Brest (1).

l«r messidor (19 Juin).

L'intention du Directoire est que vous mettiez sur-le-champ en état de prendre la mer les frégates :

RéSOlU€y

Embuscadey

CoquiUe,

Sémillante.

Chacun de ces bâtiments est destiné à porter 250 soldats passagers en sus de son équipage qui de^ra être réduit à 200 marins, attendu que, pendant la traversée, la troupe pourra servir aux manœuvres basses et que l'équipage sera complété sur les lieux au moment du retour.

Il conviendra d'embarquer sur chaque frégate 1000 fusils en petites caisses de 20, 6 milliers de poudre et 40,000 cartouches

Je vous préviens que vous n'avez pas un moment à perdre

Le même jour, une autre lettre au commandant des armes de Brest prescrivit de renforcer la petite division d'une cinquième Irégate^VInsurgente.

Depuis un mois déjà, l'Irlande était en feu, on parlait d'équiper cinq frégates.

Or, il y avait à ce moment à Brest 15 vaisseaux en rade et 9 autres à qui Ton aurait pu donner des câbles d'ancre si on l'avait voulu (2).

En outre, la flottille était considérable.

Le Ministre de la marine à Forfait (3).

16 prairial (4 Join).

L'armée navale de ligne sera mise successivement et en raison de nos

moyens tout entière en activité. Je désire qu'on puisse enibarquer beaucoup de troupes afin de les amariner (sic)

La flotte des bâtiments à rames doit être entretenue dans Tétat où elle se trouve. Il est à souhaiter que Ton puisse profiter des 311 b&timents qui la composent, pour apprendre et faire aimer le métier de la mer à ces troupes si braves qui n'ont plus que ce grand eflPort à faire. On peut se servir de cette flotte pour tenir toujours Tennemi en haleine, pour le forcer à d'excessives dépenses, pour tenter de petites expéditions ou pour en faire du moins le simulacre et pour protéger nos propres côtes.

(1) Archives de la Marine, BB»^, Itt.

(t) Voir ci-dessus.

(3) Archives de la Marine, BBi^, 12î.

Il faut maintenir la réquisition sur les bâtiments propres au transport de la

caralerie Je Tais écrire à notre ambassadeur près de la République

batafe pour qu'il veuille bien suivre la négociation relative au payement du fret et des bâtiments qui se trouvent à Flessingue. Quant à Tordre donné de construire 200 bateaux de cavalerie marchant à la rame, il ne sera point

révoqué Vous trouverez à Saint-Malo et Granville des navires qui ont dû

être frétés par les ordres de mon prédécesseur. Ces transports devraient se rendre à Brest pour se réunir à Tarmée navale de ligne. Il est possible que plusieurs d*entre eux soient chargés de vivres et de munitions navales

Je suis d'avis qu'on redouble d'activité et de mouvement, et qu'il soit mis des troupes en marche à l'approche de VÉquinoxe, afin de contraindre Tennemi à fatiguer ses troupes navales en les tenant presque toutes h la mer dans cette saison dangereuse.

L'intention du Directoire est que vous soyez chargé^ en qualité tTor'

dormateur de V armée d^ Angleterre, de recevoir mes instructions et de les transmettre dans les ports de Saint-Malo, Cherbourg, le Havre, Dunkerquc, Anvers, Ostende et Flessingue, ainsi que dans l'arrondissement de chacun de ces ports

Vous dirigerez l'ensemble des constructions, mouvements, armements,

désarmements, réquisitions, licenciements et enfin tout ce qui concernera la partie administrative des opérations qui s'effectueront pour préparer la descente en Angleterre Je ferai les fonds nécessaires

Vous vous conduirez dans toutes les circonstances et jusqu'à ce que vous ayez reçu de nouveaux ordres, d'après ces données principales :

1* Maintenir l'idée que l'on doit descendre en Angleterre et entretenir à cet égard la chaleur de l'opinion nationale et l'inquiétude des ennemis ;

2® N'accroître que le moins possible les constructions actuellement faites des chaloupes et des bateaux canonniers, mais tenir dans le meilleur état ce qui est construit;

3* Diminuer successivement les frais des affrètements ;

4* Tirer parti pour nos transports de munitions navales des bâtiments qui ne seront pas licenciés et qui pourront être utilisés de cette manière ;

5* Former des hommes de mer.

Enfin, on disposait de 60,000 hommes.

Dans les 12«, 13®, 14® et 22* divisions seulement, un rapport du Ministre de la guerre (1), en date du 13 juin, évaluait les forces à 50,400 hommes.

Par un arrêté (2) en date du 17 juin, les 13% 14% 15% 16® et 24® divisions territoriales avaient été mises provisoirement sous les ordres du général commandant Tarmée d'Angleterre,

(1) Cité par CHassin. Pacification de la Vendée, t. III, p. 164.

(2) Archives de la Guerre, Armée d'ÂD£:leteiTe.

et ce dernier était invité à faire une nouvelle répartition de ses

forces (1).

(I) Voici quelles dispositions prenait à ce si^et le génc^ral Kilmaiae :

MllflBTBRE

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