L'ORGANISATION DE LA FLOTTILLE
Pendant Thiver 1803-1804, l'organisation arrêtée le 10 septembre 1803 avait été maintenue. Au 29 juin 1804 on comptait donc sur le papier (1) :
25 divisions de chaloupes canonnières à deux sections de 9 chaloupes chacune;
14 divisions de bateaux canonniers à quatre sections de 9 bateaux chacune ;
15 divisions de péniches également à quatre sections de 9 péniches chacune.
Mais cela ne répondait en rien aux besoins ni à la situation réelle. Outre qu'une partie très importante des navires n'existait pas, un si grand nombre avait été égrené dans tous les ports pendant ces pénibles voyages de concentration, qu'aucune section n'était complète et que les éléments d'une même unité étaient disséminés de tous côtés. Les numéros des bâtiments ne se suivaient plus et les garnisons de corps divers se trouvaient mêlées dans une confusion inextricable. Il était urgent de remédier à ce désordre par une organisation qui fût en rapport avec les ressources réellement rassemblées
(1) Carnet de situation le matin du 29 juin 1804. (Archives de la Guerre.)
dans les ports de concentration et aussi avec la capacité de chacun de ces ports.
Au vice-amiral Bruix (1).
3 Juillet 1804.
Monsieur Tamiral Bruix, je tous envoie trois états. Je désire, avant de les arrêter, avoir votre opinion sur ce travail.
La flottille se compose de plus de i800 bâtiments, dont plus de 700 se réunissent à Boulogne, 290 à Étaples, 340 à Wimereux et 437 k Ambleteuse. Je n'y ai pas compris les 20 prames qui doivent être placées dans celui des ports qui sera le plus avantageux et dont la sortie offre le moins dinconvénients. Vous y verrez qu'on laisse 75 écuries à Calais, soit parce que Ton y mettra les bâtiments tirant le plus d'eau, soit pour donner de Tinquiétudeaux Anglais, et aussi pour soulager d'autant nos quatre principaux ports. On en place le moins possible à Étaples, parce que ce port parait le plus hors de main. J'espère que 340 bâtiments ne vous paraîtront pas trop considérables pour Wimereux, en considérant qu'il y a 144 péniches.
La gauche, qui part (TÉtoples, se composerait de deux parties, chacune portant huit bataillons. La première serait composée de deux divisions de chaloupes canonnières et de deux divisions de péniches ; on met ensemble les deux divisions de péniches, parce que cette division parait propre à forcer les débarquements, et 72 péniches pouvant porter 3,600 hommes formeraient une avant-garde de grenadiers formidable pour enlever une batterie et s'établir à terre, ce qui n'empêchera pas le contre-amiral commandant l'aile gauche de se servir d'une section de ces péniches ou chaloupes canonnières pour protéger l'arrière-garde ou les flancs, ou de faire tout autre dispositif quelconque au moment du départ.
On a divisé le centre, à Boulogne, en cinq parties, chacune d^un nombre de bâtiments tel qu'ils portent dix bataillons, ce qui est l'organisation actuelle des divisions de terre. On a composé les deux premières parties de chaloupes et de péniches, par la même raison qu'on l'a fait pour Étaples, et l'on s'est servi des deux autres divisions qui restaient pour compléter deux autres parties. La cinquième partie porterait seule douze bataillons, ce qui est conforme aux arrangements de l'armée de terre. Ainsi, les première et deuxième parties pourraient être affectées aux divisions Vandamme et Saint-Hilaire, les troisième et quatrième parties aux divisions Suchet et Legrand, et la cinquième partie aux deux divisions de dragons des camps de Compiègne et d'Amiens.
La réserve, à Wimereux, est composée de deux divisions de péniches portant douze bataillons. Elle formerait l'avant-garde de tout le centre de Boulogne. Les compagnies d'élite des grenadiers s'embarqueraient à leur bord, et ces
(1) Correspondance de Napoléon, 7840.
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diyisions seraient destinées à s'emparer des batteries défendant le point de débarquement.
Vaile droite serait, à Ambleteuse, composée de la division batave. Elle se trouTe organisée aujourd'hui comme elle est là, en conséquence des ordres que j'ai donnés. J'ai pensé qu'il n'y a^ait point d'inconfénient à la laisser ainsi. Une division de péniches française qui» selon les circonstances, pourrait être augmentée d'une portion de la réserve de Wimereux, lui servirait d'avantgarde.
Quant au moment où vous pourrez être en mesure de composer ainsi votre flottille, il ne doit pas être éloigné. Vous devez avoir à Boulogne : 2 prames, 105 chaloupes canonnières, 280 bateaux canonniers et 234 péniches; 6 prames, 75 chaloupes canonnières, 31 bateaux canonniers et 36 péniches sont sur le point de partir du Havre, et, jointe à ce qui se trouve à Cherbourg, à Calais et à Dunkerque dont la réunion peut être sui>posée imminente, votre flottille serait composée de 18 prames, 226 chaloupes canonnières, 348 bateaux canonniers et 337 péniches. Toute l'aile droite des bataves doit être considérée comme réunie et prête à Ostende.
Indépendamment du nombre ci-dessus, j'ai 57 chaloupes canonnières, 69 bateaux canonniers et 88 péniches en marche, depuis la Loire jusqu'à Cherbourg, et si l'on veut que ces chaloupes arrivent avant le moment de l'opération, on aurait 283 chaloupes canonnières, 417 bateaux canonniers et 4^5 péniches et vous verrez qu'il n'est besoin que de 216 chaloupes canonnières, de 324 bateaux canonniers et de 360 péniches. Si le reste nous arrive, nous mettrons moins de monde sur chaque bâtiment.
Je désire donc que vous me fassiez connaître Totre opinion sur ces questions :
i^ Le nombre de bâtiments portés dans chaque pcrt peut-il être contenu? 2^ Ces bâtiments peuvent-ils sortir en deux marées de ces ports ? 3® Enfin serait-il avantagetix d^augmenter le nombre des bâtiments à Étaples et le diminuer à Boulogne, ou d'augmenter ceux de Calais f
Vous verrez qu'il n'est pas fait mention des corvettes de pêche attendant que la troisième partie de la flottille batave soit prête pour prendre un parti, ces bâtiments passant pour être mauvais, ou ne devant m'en servir que comme diversion et épouvantail. Si cependant la troisième partie de la flottille batave n'était pas réunie à l'époque fixée, ces corvettes m'en tiendraient lieu, ce qui me fait considérer les Bataves comme prêts d'aujourd'hui.
Napoléon.
En réalité, au 11 juillet il existait dans les quatre ports d*Êtaples, Boulogne, Wimereux et Ambleteuse :
2 prames ; 106 chaloupes ; 285 bateaux;
226 péniches; 10 calques (1).
Lorsque l'Empereur vint à Boulogne le 20 juillet, rien encore n'avait été fait comme nouvelle organisation. Un peu plus tard, le 7 août, on dédoubla les divisions de bateaux çanonniers, qui ne comptèrent plus que deux sections comme
(1) Archives nationales, carton AF", 1201. — Marine et colonies. Flottilles, an tiii,
SituaUon de U flottme an 22 messidor an XII (11 jnmet 1804).