‹ 1793-1805 (volume 4)Chapitre 47 sur 65 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Tout ce qui a été dit jusqu'ici paraît suffire largement pour définir Tétat des escadres, celui des ports, celui de Tannée de terre. Il ne reste qu'un mot à dire de la flottiUe pour la période comprise entre novembre 1804 et mars 1805.

Il ne saurait être question, en effet, de rééditer, avec pièces à Tappui, rénumération de toutes les mises en rade et des rentrées au port.

Il semble qu'on puisse être maintenant absolument fixé sur l'aptitude de la flottille, telle qu'elle était constituée, à tenir le mouillage, et sur la valeur des ports comme contenance et surtout comme débouché.

Il parait, d'ailleurs, que la pénible expérience poursuivie xlu 1«' novembre 1803 au l®' novembre 1804, suffit également aux contemporains. En tous cas, on n'essaya plus de violer les règles de l'élémentaire prudence, comme on l'avait fait les jours où l'on avait eu plus de 150 bateaux dehors. Tout au contraire, on réduisit considérablement la force de la ligne d'embossage. Au l®*" décembre, on n'a que 92 bâtiments (1) en rade. A leur rentrée, cinq jours plus tard, beaucoup d'hommes ont tant souffert du froid qu'il faut les porter à

(1) Lettre de Lafond, l*' décembre. BB^r, 190.

rhôpital (1). Le 18 décembre, la ligne d'embossage est réduite à i6 bâtiments (2), qui restent deux jours en rade. Le 28, on en met 89 pour deux jours aussi, 55 seulement le 31. Ceux-ci sont relevés le ii par 59 autres navires et, le 22, également par le même nombre de bateaux et chaloupes; la ligne d'embossage est donc restée formée du 31 décembre au 14 janvier. 11 n'y a plus de sortie jusqu'au 7 février, sauf pour quelques péniches envoyées en vedette et dont Tune, le n^ 259, est jetée à la côte le 19 janvier.

Du 7 au 14 février, la ligne d'embossage comprend 18 canonnières et 27 bateaux, soit 45 bâtiments qui protègent, le 28 février, l'entrée au port de 30 voiles amenées par le capitaine Hamelin, et, le !•' février, celle de 7 bâtiments venant de Calais et constamment harcelés par Fennemi.

Le 16 février, on fait sortir 27 canonnières, 17 bateaux, 3 bombardes, 1 sloop bombarde; au total, 58 navires qui rentrent au port dès le 20 (3). C'est tout jusqu'au 9 mars. L'état du chenal est devenu si dangereux, que, le 21 février, 7 prames étant arrivées en rade de Boulogne, il n'y a pas eu assez d'eau pour les faire entrer dans le port, deux doivent rester mouillées, attendant la première marée de • vive eau ; l'une d'elles ( Ville-de-Strasbourg) est jetée à la côte ; les cinq autres ( Ville-de-Rouen, Ville-du-Havre^ Ville-de -Besançon , Ville-de-Lyon, Ville-de-Cambrai) doivent se réfugier à Calais. La mer, très grosse pendant cette période, fait échouer près d'Ambleteuse, le 21 février, la corvette anglaise Bouncer qui est prise; le 6 mars, un canot ennemi est également enlevé.

En fait de concentration, le nombre des bâtiments arrivés à Boulogne est peu élevé.

Le 1®' novembre, il est entré à Boulogne 14 bateaux et 2 péniches venant du Havre (4); le 4, ce sont 15 transports venant de Calais (5); le 9, Hamelin amène du Havre 36 bâti-

(1) Lettre de Soult, 10 décembre. {Archives de la Guerre, côtes.)

(2) Lettres de Lafond, des 18, 20 et 28 décembre. BB'^, 190. Lettre de Soalt du 31 décembre.

(3) Correspondance journalière de Lafond, chef d'ctat-major de la flottille. {Archives de la Marine, BBir, 213.)

(4) Rapport du l" novembre. Capitaine a4joint Laurain. {Archives de la Guerre, côtes.)

(5) Rapport de Soult. {Archives de la Guerre, côtes.)

ments des 42 avec lesquels il est parti deux jours auparavant (1).

Le 2 décembre, 58 bâtiments dont 13 canonnières venant aussi du Havre, entrent à Boulogne (2); il en est de même le 13 pour 10 navires (3); 6 le 26 décembre, 7 le 30 janvier. Ces derniers viennent de Cal^s et ont livré un sérieux combat entre la tour d'Andresselles et la batterie de la Meurthe (4). Le 22 février, 7 prames et 8 canonnières parties de Dieppe entrent à Boulogne, où une canonnière s'échoue entre les jetées.

Ce qui reste, d'ailleurs, à attendre, se réduit à peu de chose.

De Concarneau au Havre, il reste encore au 31 décembre :

61 chaloupes; 24 bateaux; 71 péniches.

Soit 156 bâtiments (5).

Mais 63 d'entre eux, stationnés entre Concarneau et Brest, sont désarmés par ordre du 14 janvier.

Le Ministre de la marine au Préfet du 3* arrondissement, à Brest (Q).

Paris, le 24 nivôse an xui (14 janvier 1805). Monsieur,

Vous avez vu, par ma dépêche du 6 de ce mois, que les 10 bateaux de la 2« espèce formant la division sous le commandement du lieutenant de vaisseau Dalincourt, doivent être désarmés, et leurs équipages répartis sur les bâtiments de l'armée nayale.

Je vous préviens que la même disposition doit avoir lieu pour les bateaux

(1) Rapport de Lafond. BB% 190.

(2) Rapport de Lecamns, 2 décembre. {Archives de la Guerre, côtes.)

(3) Rapports de Lafond, BBiv, et Soult. (Archives de la Guen^e, côtes.)

(4) Rapport de Miquel, 30 janvier. (Archives de la Guerre, côtes.)

(5) Rapport de Decrès, 31 décembre 1804. BB', 31. Pendant les mois de vendémiaire et de bromaire quelques bateaux conduits par les capitaines Guegen et Coltet avaient pu passer de Brest à Saint-Malo, mais les pertes avaient été sérieuses et 4 péniches et t bateaux avaient été pris par l'ennemi. (Archives de la Marine, à Brest).

(6) Archives de la Marine, BB", lOî.

(les trois espèces ci-après désignées, qui se trouTent depuis Goncarneau Jusques et y compris Brest :

6 chaloupes canonnières, n«« 69, 7i, 97, 93, 281, 282;

7 bateaux canonniers, n«»« 314, 3i3, 299, 272, 274, 293, 327;

50 péniches, n«* 4i9, 420, 423, 433, 438, 442, 445, 447, 448, 449, 428, 430, 440, 415, 429, 414, 397, 427, 422, 446, 444, 443, 450, 451, 452, 396, 417, 421, 424, 425, 426, 431, 432, 437, 341, 359, 366, 376, 390, 392, 351, 436, 458, 457, 365, 347, 435, 391, 434, 348.

Ce qui fait un total de 63 bâtiments.

D'après les ordres de l'Empereur, ceux des garnisons de ces bateaux, qui appartiennent aux 44* et 63* régiments, seront réunis à leurs corps, qui se trouvent à Brest.

Lettre écrite par le Ministre de la guerre à M. le maréchal Augereau, commandant en chef le camp de Brest, le 28 nivôse an XIII (18 janvier 1806).

Monsieur le Maréchal,

J'ai l'honneur de vous prévenir que des ordres sont donnés pour faire désarmer à Brest les 63 bâtiments ci-après désignés, dont une partie se trouve déjà à Brest et le reste à Audiernc, Goncarneau, Benaudet et Penmarch.

Ges bâtiments sont :

Les 6 chaloupes canonnières, n«« 69, 71 , 97, 93, 281 et 282 ;

7 bateaux canonniers, n«> 313, 314, 299, 272, 274, 293 et 327;

50 péniches, n«> 419, 420, 423, 433, 438, 442, 445, 447, 448, 449, 428, 430, 440, 415, 429, 414, 397, 427, 422, 446, 444, 443, 450, 451, 452, 396, 417, 421, 424, 425, 426, 431, 432, 4.37, 341, 359, 366, 376, 390, 392, 351, 436, 458, 457, 365, 347, 435, 391, 434, 348.

Les garnisons de ces bâtiments appartiennent au 24*^ régiment d'infanterie légère, aux 40*, 44" et 63* régiments de ligne et au bataillon d'élite suisse. D'après les intentions de Sa Majesté, elles doivent rentrer â leur corps respectif.

Vous voudrez bien. Monsieur le Maréchal, vous entendre avec le préfet maritime de Brest pour qu'il vous fasse la remise de ces détachements.

Vous ferez réunir à leurs corps, qui font partie du camp de Brest, ceux qui appartiennent aux 44" et 63* régiments et au bataillon d'élite suisse.

A l'égard des autres, ils consistent : 1 * en cinq détachements du 24* régiment d'infanterie légère, embarqués sur les chaloupes numérotées 93, 28 et 282 et sur les deux péniches numérotées 347 et 348, qui sont à Brest ; vous voudrez bien. Monsieur le Maréchal, en faire former un seul détachement que vous ferez partir de Brest le 10 pluviôse, pour se rendre, conformément à l'ordre de route ci-joint, à Boulogne ;

2* En trois détachements du 40* régiment, embarqués sur la chaloupe n*71

LA FLOTTILLE JUSQU'eN MARS 4805. 219

et les péniches numérotées 341 et 351 . Vous en formerez un seul détachement que TOUS ferei partir également de Brest le 10 pluviôse, pour se rendre aussi à Boulogne, conformément à Tordre de route ci-joint ;

3* Et en un détachement du 40* régiment, embarqué sur la chaloupe canonnière n» 69, qui est à Audierne. Vous le ferez diriger également sur Boulogne aussitôt son arrivée à Brest, suivant Tordre de route en blanc que je joins ici.

Instruisez-moi, Monsieur le Maréchal, des dispositions que vous aurez faites pour Texécution de ces mouvements.

On a VU avec quel soin avait été dissimulé l'échec des flottilles de rOcéan. L'euphémisme employé lors de la relève des troupes mobiles mérite d'être signalé.

Lettre écrite par le Ministre de /a guerre au Général commandant la 13^ division maritime le 30 nivôse an Xlll (20 janvier 1806),

Général,

Je vous préviens que, comme le passage des bâtiments de la flottille est terminé sur les côtes de votre commandement, V intention de V Empereur est que toute la cavalerie qui y avait été placée pour protéger la marche de ces bâtiments soit relevée et que tous les détachements du train ainsi que les chevaux d'artillerie attachés à l'artillerie mobile des côtes soient retirés et placés provisoirement dans la partie de la c6te qui offHra le plus de facilité pour leur établissement en attendant les ordres que je me réserve de donner pour leur destination ultérieure.

Au moyen de cette disposition, toute gratification et tout traitement extraordinaire affectés aux inspections des côtes de la 13* division militaire sont supprimés. Toutes les troupes qui y sont spécialement employées rentrent sous vos ordres et ceux des généraux commandant les départements.

Vous voudrez bien, en conséquence, Général, donner de suite les ordres nécessaires pour faire rentrer à leurs corps tous les détachements du l^' régiment de hussards et du 20* régiment de chasseurs qui sont employés sur la côte.

Faites réunir aussi toutes troupes et chevaux d'artillerie qui se trouvent encore sur la côte, dans les communes rapprochées où ils auront le moins à souffrir et adressez-moi le plus promptement possible un rapport exact et détaillé sur Texécution de ces dispositions dont je viens de donner connaissance aux généraux qui étaient chargés de Tinspection des côtes de la 13* division militaire.

A Monsieur le maréchal Augereau, commandant en chef

le camp de Brest.

Monsieur le Maréchal, J'ai Thonneur de vous prévenir que, comme le passage des bâtiments de la

flottille est terminé. sur les côtes du Finistère, Tintention de TErapereur, etc. Je TOUS prie. Monsieur le Maréchal, de m'instruire de Texécution de ces dispositions.

L'exécution de cet ordre donna encore lieu à un petit combat aux environs de Brest.

Donzelot, général de brigadôy chef de l'éUt-major général,

au Ministre de la guerre.

Au quartier général de Brest, le !•' Tentôse an zni

(20 féTrier 1805).

Monsieur le Maréchal,

J'ai rhonneur de tous rendre compte que 44 chaloupes canonnières et bateaux plats, montés par des détachements des 44* et 63« régiments d'infanterie, sont entrés dans la rade de Brest du 24 au 25 pluviôse dernier.

Ces bâtiments faisaient partie d'un convoi de 27 voiles, commandé par le capitaine de frégate Pallieme.

Le 28 pluviôse, le convoi sortit de la rivière de Renaudet et fit route sur Penmarch, mais un brouillard très épais le força de rentrer. Il se remit en marche le même jour à minuit : arrivé à hauteur du Bec-du-Raz, les vents étant devenus contraires, le convoi louvoya toute la nuit, et ne put jamais parvenir à doubler la pointe du Raz ; au contraire, le vent étant devenu plus fort, le convoi fut dispersé et poussé au large ; un des bateaux de 2* classe (le n® 309) parvint à regagner le port d'Audierne, et quelques autres relâchèrent à Fîle de Sein.

Le 2'{ au matin, le vent étant devenu plus favorable, le convoi chercha à se rapprocher de la côte, afin de se diriger sur Brest, mais une frégate anglaise et un cutter qui croisaient entre Ouessant et la baie de Douarnenez, ayant aperçu plusieurs voiles au large, se dirigèrent dessus, et en amarinèrent une partie; le reste força de voiles pour leur échapper; un des bâtiments parvint à gagner Ouessant; un autre ayant été jeté sur l'Ile de Molène ne put y aborder, et, poursuivi par un vaisseau anglais, il se dirigea sur l'Ile d'Ouessant, où il parvint également à aborder.

Il résulte de ce détail, Monsieur le Maréchal, que des 27 voiles parties de Renaudet le 22 pluviôse, iO ne sont point arrivées, et qu'on ignore leur sort; on présume cependant que toutes ne seront point tombées au pouvoir des Anglais et que quelques-unes seront parvenues à gagner les côtes.

Si j'apprends quelque chose sur leur sort, je m'empresserai de vous en rendre compte.

J'ai l'honneur de vous adresser l'état des bateaux formant le convoi parti de Renaudet. Il vous fera connaître ceux qui sont arrivés et ceux qui manquent.

Le préfet maritime de ce port vient de faire partir un détachement de 201 hommes du 44* et du 63*^ régiments, pris sur le convoi arrivé, pour se

2il

réembarquer à Quimper et à Goncarneau sur 28 péniches restées dans ces ports, et qu'il amènera à Brest au premier temps favorable (1).

Salut et respect.

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