‹ 1793-1805Chapitre 107 sur 112 · GOURDON · texte numérisé non relu

GOURDON

C'est, semble-t-il, à Fescadre de la Méditerranée qu'est dévolu, dès cette époque et dans Tesprit du Premier Consul, le rôle principal, mais les différentes instructions données aux amiraux ne s'accordent que sur un point : la nécessité d'être prêt le plus tôt possible.

Au contre-amiral Ganteaume, préfet maritime à Toulon.

Paris, 7 nivôse an xii (S déembre 1803).

U devient, Citoyen Général, de la plus haute importance que l'escadre, composée de sept vaisseaux et cinq ou six frégates, parte de Toulon le 25 ni rose (i6 janvier) au plus tard, et le Premier Consul m'a même autorisé à vous faire connaître sa destination et les motifs qui rendent son départ impérieux. Jl ne s agit pas moins que de sauver la Martinique, à qui 12 ou 1500 ho7nmes de renfort suffisent pour la rendre imprenable dans les circonstances actuelles. Nous sommes informés que Tennemi fait embarquer, dans ce moment, 5,000 hommes pour Tattaquer. Elle a une bonne garnison, mais un secours lui est nécessaire, et, pour qu'il arrive à temps, il faut qu'il parte avant les premiers jours de pluviôse. Ainsi, quoi qu'en dise votre lettre du 28 frimaire, le Premier Consul compte que, dussiez-vous faire travailler nuit et jour, dussiezvous dépouiller tous les autres bâtiments pour équiper l'escadre dont il s'agit, elle sera prête pour l'époque de rigueur.

Le vice-amiral Latouche est nommé au commandement de cette escadre.

Il importe que son départ ne soit pas annoncé ; mais comme on ne peut le dissimuler entièrement, faites tout ce qui est convenable pour faire penser qu'elle est destinée pour la Morée. Confiez cette destination de la Moréc au général Cervoni, et dites-lui que l'escadre doit toucher à Tarente, où elle prendra un convoi chargé de troupes.

Le vice-amiral Latouche va se rendre sans délai à Toulon. Si V Aigle y était arrivé, il ferait, en tant qu'il lui serait possible, partie de l'escadre. Le Premier Consul lui donne une grande latitude d'autorité ; il choisii'a en conséquence les ofGciers qui doivent servir sous ses ordres et fera, dans les commandements, les changements qu'ils jugera convenables. S'il est nécessaire de faire entrer des vaisseaux dans le port pour armer les autres, vous y êtes autorisé. Si cependant on pouvait les laisser sur rade, cela serait utile, ne fut-ce que pour forcer l'ennemi à une surveillance extérieure, sur le port de Toulon, après le départ de l'escadre active ; mais c'est à l'armement de celle-ci que tout doit

être employé de préférence. Je vous écrispar le courrier ordinitire si moyens de taire une presse de mRtelols (1).

L'intention du Premier Consul est que Tescadre sous yos ordres puisse appareiller à la fin de ce mois (21 janvier) et que, par conséquent, tous vous rendiez à Toulon le plus incessamment possible sur tel vaisseau que vous préférerez.

Il sera statué, d'après votre proposition, sur le nombre et le choix des officiers généraux qui devront être employés dans Tescadre. Enfirij Citoyen Général, vous recewrez incessamment les instructions du Premier Consul sur la mission importante fui vous est confiée.

C'est avec plaisir qu'en vous annonçant votre destination, je vous réitère les témoignages de la satisfaction du gouvernement sur les services que vous avez rendus et de sa confiance dans le zèle, Thabileté et le dévouement dont vous êtes appelé à lui doaner de nouvelles preuves.

J*ai rhonneur de tous saluer.

Quelles sont ces instructions qui n'oat pas été retrouvées et qui peutrêtre se seront bornées à une couTersation entre Bonaparte et Latouche-Tré ville? C'est ce qu'on est réduit à deviner.

Il faut remarquer tout d'abord que l'époque fixée pour le départ de l'escadre de la Méditerranée coïncide avec celle qui est prescrite pour la jonction à Rochefort des forces d'Emeriau et de Gourdon, ce qui donnera à Villeneuve une dizaine de vaisseaux.

L'insistance de Bonaparte à obtenir des renseignements sur la force réelle des navires ennemis qui peuvent tenir le Pas de Calais est également très significative.

« J'approuve, écrit-il le 28 décembre à Bruix, toutes les expéditions que vous ferez ayant pour but de prendre des renseignements sur ce qui se fait en Angleterre. Je désirerais savoir positivement quel est le nombre de vaisseaux de guerre, de 74 ou de 80, mouillés constamment dans la rade des Dunes. J'y attache une très grande importance. Dites-moi tout ce que vous apprendrez là-dessus. »

Voici quelques-uns des renseignements qu'on a reçus à cette éqoque:

Le général de division Mounet, commandant supérieur des fies de la Zélande, au Ministre de la guerre.

Au quartier général de Flessingue, le 7 brumaire an xii de la République française (30 octobre 1803).

Citoyen Ministre,

Je m'empresse de vous faire passer copie exacte de la situation et emplace-

LES ESCADRES PENDANT I/hIVER 1803-1804. 607

ment des forces navales de TAngleteiTC, dirig'ées contre la France et la Bata?ie. J'ai reçu ces renseignements d'une personne de confiance arrivée hier d'Angleterre, je ne doute pas qu'ils ne puissent intéresser le gouvernement dans les circonstances présentes.

Je joins à ma lettre un extrait du Morning chronicle qui confirme en partie la véracité du tableau ci-annexé.

On m'a aussi instruit d'une manière assez positive, qu'il était question d'une expédition secrète, composée d'une division de bâtiments de guerre et d'une flottille de bombardes, et de bateaux plats; elle porte 4,000 hommes de troupes d'embarquement. L'amiral Monckton commande en chef, le capitaine Home Topham (1) commande la flottille, et le général Moore les troupes de terre à bord. On croit généralement que cette expédition sera dirigée sur Ostende ou sur Flessingue, si le beau temps continue, mais qu'elle n'a pour but que de détruire, sans tenter aucune invasion

Page 1