‹ 17941830Chapitre 47 sur 118 · SP1RAT10K DU 29 GEKMINAL TRAHIE · texte numérisé non relu

SP1RAT10K DU 29 GEKMINAL TRAHIE

tents 4e dire la messe dans des maisons louées ou prêtées , ameutenl le Peuple et le portent à s'emparer des églises... A Paris, les Journalistes vendus au Royalisme et poussés par les Agents du Régent , prêchent presque ouvertement la Monarchie... Le Tribunalrévoluliounaire thermidorien les encourage en acquittant l'auteur du Spectateur (p. 188). »

C'est bien évident, les Thermidoriens favorisent les Royalistes, et trahissent la Révolution que Robespierre défendait !

§ 36. — Conspiration populaire du 29 germinal trahie.

Partout les patriotes, effrayés et indignés, pensent à con spirer et à s'insurger pour se défendre contre les Thermidoriens et la contre-révolution. — Les principaux Jacobins de Paris, toujours sans chefhabile, se réunissentehez un nommé Lagrelet, rue de Bretagne, le 29 germinal, et projettent : — de s'insurger le 1er floréal (20 avril); — d'organiser trois bandes, à la tête desquelles on mettrait Cambon, Maribon- Montant et Thuriot; — de diriger l'une sur les prisons pour délivrer les patriotes, la seconde sur les Comités pour les enlever, la troisième sur la Convention pour lui faire rendre tous les décrets nécessaires ; — de lui faire réintégrer les 1 6 Députés mis en arrestation et les 4 Députés condamnés à la déportation ; — de lui faire exclure de nouveau les 73 Girondins ; — de lui faire proclamer sur-le-champ l'exécution de la Constitution de 93... Quel étrange spectacle de voir maintenant trois Thermidoriens, surtout Thuriot (que Robespierre appelait Président des assassins (p. 94), et Cambon (qui accusait Robespierre d'avoir voulu se rendre maître de tout), placés maintenant à la téte d'une insurrection Jacobine contre les Thermidoriens et la Convention! — Mais un des conjurés trahit les autres et révèle tout au Comité de Sûreté générale, qui fait arrêter aussitôt tous les chefs dénoncés par le traître.

Puis Rovère , autrefois l'un des plus violents terroristes, et maintenant, comme Tallien, l'un des plus violents réacteurs, faisant à la Convention le rapport du complot, accuse

2 14 cowlmio.v — 17 y>.

les 3 Députés (qui devraient être à Ham et qui se sont soustraits à l'arrestation) et t'ait décréter qu'ils seront déportés s'ils ne se constituent pas immédiatement prisonniers.

§ 37. — 2 Septembre Thermidorien et Royaliste.

On juge à Lyon un fameux révolutionnaire accusé comme complice de Robespierre, lorsqu arrivent (le 21 avril) la nouvelle de ce complot et ce rapport de Rovère. Aussitôt les Royalistes, les Girondins, les Thermidoriens lyonnais, poussent des cris de fureur et de vengeance; le Représentant lioisset monte à cheval, comme pour se mettre à leur tète ; et les Compagnies du Soleil et celles de Jésus, enhardies par sa protection, se portent aux prisons, égorgent 70 à 80 prisonniers patriotes, et jettent leurs cadavres dans le Rhône sous les yeux de la Garde nationale.... sans nécessité, sans péril d'aucune invasion comme en Septembre, uniquement par vengeance! Et les Girondins accusent le 2 Septembre! et ceci au nom de Jésus! et M. Thiers n'a pas un mot de blâme ni de pitié ï

§ 38. — Répression des Royalistes.

Cette Réaction royaliste commence cependant à effrayer môme une partie des Thermidoriens. Mais, pour comprimer la fureur monarchique, savez- vous le moyen qu'ils imaginent? Imitant les Jacobins qui demandaient après le 10 août le prompt jugement des conspirateurs royalistes afin d'empêcher le Peuple de les massacrer, ils veulent qu'on juge et qu'on condamne promptement les prétendus complices de

Robespierre afin d'empêcher les Royalistes de les égorger

Mais l'ennemi s'approchait alors de Paris et les conspirations étaient toutes récentes, tandis qu'ici les poursuites contre les prétendus complices de Robespierre ne sont que des vengeances sans nécessité pour des faits vieux de plus de 9 mois et approuvés alors par la Convention elle-même!...

Le célèbre littérateur Chénier fait ensuite un rapport con-

AUIOTAGC, MISÈRE, DÉSESPOIR.

tre les menées ourdies par l'Emigration et le Clergé. 11 propose : — d'arrêter sur-le-champ tout émigré rentré et de le faire condamner parles tribunaux; — de traiter comme émigré tout déporté rentré qui ne serait pas sorti dans un mois ; — de punir de 6 mois de prison quiconque voudrait s'emparer de for ce d'une église ; — enfin de condamner au bannissement tout écrivain qui provoquerait le retour de la royauté : — tout est décrété.

Thibaudeau demande que les églises soient rendues aux catholiques, sous prétexte d'éviter des émeutes et peut-être une Vendée générale : mais cette demande est repoussée.

Tallien s'oppose au bannissement contre les écrivains , et demande, dans son intérêt personnel (puisqu'il est journaliste avec Fréron), et dans l'intérêt des Royalistes, la liberté de tout écrire, même en faveur de la Monarchie : mais le Girondin Louvet, reconnaissant ici la nécessité de l'énergie révolutionnaire, conjure l'Assemblée de s'unir contre la Royauté , qu'il appelle l'ennemi le plus ancien et le plus réel; et la demande intéressée et peut-être perfide de Tallien est honteusement repoussée comme celle de Thibaudeau.

Néanmoins, les Royalistes ont déjà tant de force dans les Sections et tant d'audace qu'ils font des pétitions pour obtenir la liberté illimitée de la presse.

Ç 39. — Accroissement de l'agiotage f misère } désespoir.

L'abolition du maximum produitdesconséquences toujours plus désastreuses : la lil>erté subite du commerce amène nonseulement la fureur des spéculations réelles et des gains énormes au préjudice du Peuple , mais aussi la fureur des spéculations fictives ou du jeu , c'est-à-dire l'agiotage. Aux horreurs de la disette , dit M. Thiers, se joint ( en avril et mai) le scandale d'un jeu effréné qui contribue à augmenter le renchérissement des marchandises et la dépréciation des assignats.

C'est au Palais-Poyal (à la Bourse et au café de Chartres) que se réunissent principalement les agioteurs.

cox\ t:\Tiox. — I . Vk,

Les assignats, comme nous l'avons déjà dit, sont tombés au dixième de leur valeur, et cependant les créanciers sont obligésde les recevoir pourlatotalitédeleurvaleur nominale.

Cette dépréciation donne encore lieu, ainsi que les biens nationaux, à un agiotage épouvantable, qui fait naître beaucoup de fortunes énormes et subites, mais qui aggrave toujours la misère de la masse ouvrière et pauvre.

Tous ces désoidres, la disette, le froid qui se prolonge, jettent une espèce de désespoir dans les esprits. — Et les Thermidoriens ne savent trouver aucun remède au mal ; ils ne savent employer que les vengeances et les condamnations!

§ 40. — Condamnation de Fouquier-T ai n ville.

Déjà , dès le 1 4 thermidor, le Président du Tribunal révolutionnaire, Dumas, et le vice-Président , Coffinhal, ont été exécutés avec Robespierre.

Arrêté dès le 1 4 Thermidor ( 1er août) Fouquier-Tainvitle n'est jugé que le 29 germinal (18 avril), avec Hermann, ancien Président du Tribunal, puis Ministre de l'intérieur , et avec 28 Jurés du même tribunal. Le procès, dans lequel on entend 419 témoins, dure 18 jours.

On l'accuse notamment, chose incroyable, d'avoir exécuté la loi du 22 prairial... — Mais il répond que c'est la Convention elle-même et les Thermidoriens qui ont fait cette loi et qui lui en ont ordonné l'exécution.

On l'accuse d'avoir été l'intrument de Robespierre... — Mais il répond, chose bien remarquable , qu'il n'est jamais allé chez lui ; qu'il n'avait avec lui aucune relation ni aucune correspondance particulière ; qu'il n'a eu de rapport qu'avec le Comité de Salut public et le Comité de Sûreté générale , sur leurs ordres, dans leurs salles, en séances officielles; que, quand ila vu Robespierre, c'était là, avec ses collègues; que, six semaines avant le 6 thermidor, il ne Ta plus aperçu une seule fois ; que tous les ordres lui ont été donnés par les autres membres des Comités ; et que même toutes les con-

INSURRECTION DU 1er PRAIRIAL. 2l7

damnations n'ont été exécutées qu'après l'approbation et l'autorisation des Comités.

L'Histoire parlementaire ajoute même que le nom de Robespierre ne se trouve sur aucune des listes d'accusés envoyées à Fouquier-Tainville , et que ces listes sont signées Billaud, Barrèr e et Carnot.— Barrère a même accusé Robespierre d'avoir voulu faire fusiller le Tribunal révolutionnaire, tant il désapprouvait les dernières exécutions !

Mais c'est en vain que, pour sauver sa tête, Fouquier-Tainville a la faiblesse de répéter les insultes des Thermidoriens contre Robespierre et ses amis et de les appeler conspirateurs, tigres, monstres, il est condamné et exécuté, comme complice de Robespierre , avec Hermann et 1 4 des 28 Jurés.

§ 41. — Siupide insurrection du 1" prairial.

Réduite au désespoir, la population presque entière, surtout dans les faubourgs, ne voit de remède que dans l'insurrectiôn : mais comment va s'y prendre ce malheureux Peuple ! — Un Comité central insurrectionnel se forme rue Montorgueil. Mais ce Comité n'a plus, pour direction et pour appui, ni Robespierre et les Jacobins, ni la Commune et les Sections , ni le Commandant de la Garde nationale , ni cette Garde, ni les canonniers, ni aucun Chef influent : il ne se concerte pas même avec les Députés montagnards !

Son plan, ou plutôt son but, est le même que celui de la conspiration du 29 germinal (p. 214) ; il veut pousser le Peuple sur la Convention pour lui faire décréter : — le rappel des Montagnards expulsés , — l'expulsion des Girondins rappelés; — l'exécution de la Constitution de 93 ; — la création d'une nouvelle Commune ;— le rétablissement des lois révolutionnaires, notamment du maximum et des réquisitions, pour remédier à la famine et à la misère du Peuple.

C'est au 1er prairial (20 mai) qu'est fixée l'exécution.

La veille au soir, le Comité a fait imprimer un manifeste

218 COWEXTION. — I7i)j.

au nom du Peuple souverain rentré dans ses droits , contenant 11 articles , et le fait répandre dans Paris pendant la nuit. — À la pointe du jour , l'insurrection éclate dans les faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau, dans le quartier du Temple, dans les rues Saint-Martin et Saint-Denis, et surtout dans la Cité : on sonne le tocsin, on bat la générale, on tire le canon ; et vers 10 heures un rassemblement nombreux, composé de femmes et d'enfants, d'hommes armés de toutes manières et portant sur leur chapeau Du pain et la Constitution de D3, et de quelques Sections armées, arrive aux Tuileries et entoure la Convention.— Les Montagnards, ignorant le projet d'insurrection (faute presque incroyable) craignent que le mouvement ne soit une provocation et un piège du Comité de Sûreté générale, pour avoir occasion d'écraser les patriotes.— Bientôt les femmes se précipitent dans les tribunes en criant : Du pain ! du pain ! — Plusieurs Députés veulent parler : mais les femmes les interrompent par leurs cris : Du pain ! du pain ! — Le Président se couvre pour rétablir le silence ; mais les mêmes cris continuent, avec des huées et des menaces. C'est bieamaladroit, si ce n'est pas une manœuvre de police thermidorienne !

Alors se présente à la barre, pour lire une pétition au nom de la Section Girondine de Bon-Conseil, le général Raffet, accompagné d'une troupe déjeunes gens munis de fouets de poste y comme si tout cela était préparé par ies Comités ; et le Président charge ce général et ces jeunes gens de faire respecter l'Assemblée et d'expulser les femmes ; et les jeunes gens les chassent en effet à coups de fouets , au milieu de cris épouvantables mêlés d'applaudissements... Des coups de fouets de poste a des femmes demandant du pain ! quel outrage au Peuple ï A quel excès la colère populaire ne pourra-t-elle pas se porter, si la police ne dirige pas l'insurrection pour l'amener dans un piège !

Cependant, l'insurrection frappe à la porte de gauche, l'enfonce... Les Députés se réfugient sur les bancs supérieurs... La gendarmerie se range devant eux pour les défendre...

l\SlhRECT.O> Dt Ier PRVIU1AL

Mais le tocsin sonne dès le matin au Pavillon de lX'uité , par ordre du Comité de Sûreté générale (qui connaissait dans la nuit le commencement de l'insurrection) ; et la Section de Grenelle , commandée par le Député Auguis, arrivant au secours de la Convention , entre par la porte de droite , et repousse les insurgés... L'Assemblée décrète aussitôt que cette Section a bien mérité de la Patrie.

D'autres Sections arrivent, entrent ou restent en dehors... Mais l'insurrection grossit, se pousse, s'avance, et va pénétrer de nouveau par la porte brisée... Cest en vain que les Sections opposent leurs baïonnettes ; l'insurrection fait feu, les balles sifllent dans la salle, le combat s'engage à rentrée de l'Assemblée même... Cest en vain que le jeune Député Féraud se couche en travers pour arrêter la foule ; les premiers rangs sont irrésistiblement poussés et portés par les derniers, et la foule fait irruption en passant sur le corps du Député et en refoulant les baïonnettes et les Sections... Voilà l'insurrection maîtresse de la Convention : que va-t-elle faire?

Partie occupe les bancs inférieurs , partie remplit l'espace du milieu, partiecouvre les degrés qui conduisent au bureau du Président. Là, un jeune officier d'une Section ayant arraché l'inscription qui se trouvait sur un chapeau, il tombe blessé de plusieurs coups de feu. Aussitôt une haie de baïonnettes et de piques entoure la tête de Boissy-d' Anglis qui préside. Puis Féraud voulant se précipiter à son secours, un insurgé voulant l'arrêter par son habit, un officier de Section donnant un coup de poing à cet homme, celui-ci lui répond par un coup de pistolet qui blesse, non l'officier, mais Féraud qui tombe et qu'on entraîne hors de la salle où le m îlheureux a la tête coupée par la foule irritée et égarée, ou par un seul individu qui compromet ainsi le Peuple entier.

Cependant, tandis que Boissy-d'Anglas reste immobile au milieu des armes qui menacent sa tête, le bruit, les cris, le désordre, l'anarchie dans l'insurrection, font perdre beaucoup de temps. Cest en vainque ceux qui veulent un résultat font faire dos roulements de tambour pour rétablir le si-

• coxvextion. — 179 j.

lence; c'est en vain que plusieurs patriotes et même plusieurs Députés (Rhul, Romme, Duroi) conjurent la foule de laisser rendre les décrets nécessaires; l'indiscipline des in» surgés ne permet rien de ce qu'ils désirent eux-mêmes.

Au lieu de se hâter de demander les décrets et de laisser à l'Assemblée la possibilité de les voter, on promène dans la salle la tête de Féraudau bout d'une pique ; on menace toujours Boissy-cT Ànglas ; on vocifère même contre les Montagnards qui demandent le silence pour favoriser l'insurrection... Quelle démence, quelle folie, quel contre-sens ! Lès meneurs sont donc des imbéciles ou des agents de police et des traîtres ! Et ces Montagnards qui ont renversé Robespierre, quels niais de se laisser ainsi surprendre et déborder ! Quelle différence entre cette violence indisciplinée et anarchique,et l'insurrection du 31 mai! Pauvre Peuple, comme il est maintenant abandonné et victime de son désespoir !

II est près de huit heures du soir; toute l'Assemblée est en proie à la plus cruelle anxiété : les Thermidoriens et la Majorité craignent d'être massacrés sur place dans l'obscurité; les Montagnards craignent que les Sections ne viennent chasser l'insurrection avantqu'elle ait rien fait décréter et après qu'elle aura tout compromis et tout perdu.— Entin, l'un des meneurs proposede faire descendreles Députés dans l'espace vide du milieu, et de leur faire voter et décréter les mesures indiquées dansle manifeste insurrectionnel. Aussitôt l'insurrection force les Députés à quitter leurs bancs supérieurs pour descendre au pied de la tribune. Là, entou rés de piques et de baïonnettes , parqués pour ainsi dire, ils délibèrent en levant leurs chapeaux pour indiquer qu'ils adoptent chaque proposition.

Les Montagnards Romme et Duroi demandent l'élargissement des patriotes détenus et le rappel des 20 Députés récemment déportés ou arrêtés.... Décrété. — Albite aîné demande qu'on nomme de suite un Bureau pour régulariser ces délibérations... On on nomme un.— Rourbolte demande

ivsi ruiEcnoN iw lcp rnviniAi.. 221

l'arrestation des Journalistes contre-révolutionnaires.— Une voix inconnue demande que, pour prouver que les patriotes ne sont pas des cannibales, la peine de mort soit abolie... Oui, oui , s'écrie-t-on de tous côtés , excepté pour les émigrés et les fabricaleurs de faux assignats.... Décrété. — Goujon et Duquesnoy demandent que les Comités soient à l'instant suspendus et remplacés par une Commission extraordinaire de 4 membres... On nomme sur-le-champ Bourbotte, Prieur (de la Marne), Duroi et Duquesnoy. On nomme aussi Soubrany Commandant de la Garde parisienne... Us acceptent et se disposent à sortir pour s'emparer du Gouvernement... Voilà enfin une mesure révolutionnaire, réelle, positive, utile, la première, Tunique encore! C'est de là que tout va dépendre.

Mais le Comité insurrectionnel, incapable ou traître, n'a rien fait pour paralyser ni les Sections ni les Comités, tandis que les Comités, entourés de la Jeunesse dorée, n'ont rien négligédèslematin pourréunirlesSectionsTliermidoriennes ou Girondines , notamment la fameuse Section Lepelletier, autrefois des Filles-Saint-Thomas. Connaissant ce qui se passe dans l'Assemblée, ils attendent que la fatigue et la faim aient fait retirer une partie de l'insurrection pour se précipiter sur le reste... Vers les 9 heures, une grande partie des insurgés se sont retirés quand les Comités apprennent qu'un décret vient de les suspendre. Alors, voulant prévenir la Commission extraordinaire qui va venir les remplacer, 6 de leurs membres (Legendre, Auguis, Chénier, Delecroi , Bergoeng et Kervèlégan) se mettent à la tête de plusieurs Sections, et se rendent à la Convention par la droite en convenant de laisser ouvertes les issues de gauche pour que la foule puisse facilement s'enfuir... Legendre et Delecroi pénètrent seuls dans l'Assemblée, montent à la tribune, exhortent les Députés à reprendre leurs places, invitent le Peuple à se retirer, et sortent au milieu des cris et des huées... C'est alors que les 4 membres de la Commission extraordinaire veulent sortir aussi pours'emparer du pouvoirdes Co-

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mités; et, s'ils réussissent, tout est fini pour la Convention... Mais ils rencontrent Legendre, Auguis, Kervélégan et le Général Kaffet, qui entrent à la tête de la Garde nationale, qui croisent la baïonnette, et qui font reculer l'insurrection.

C'est en vain que les insurgés surpris reviennent sur les baïonnettes et forcent la Garde à reculer à son tour : c'est en vain que trois Montagnards {Bourbotte, Peyssardet Gaston) ont la folie de crier victoire; un nouveau renfort de Garde nationale entre au pas de charge , se précipite à la baïonnette, et force la foule à s'enfuir parla porte, à escalader les tribunes et à sauter par les fenêtres... A minuit, la salle est évacuée, l'insurrection vaincue , la Convention délivrée... Eh bien! ceux qui ont poussé à l'insurrection, ceux qui ont faitfeusur la Garde nationale, et ceux qui ont tué un Député ont rendu un beau service au Peuple et aux Montagnards!

La tyrannieThermidorienne, et peut-êtredes machinations de police, sont la première cause de celte insurrection : mais il ne suffit ni de s'abandonner au désespoir, ni de vouloir remédier au mal par une insurrection pour opérer en effet et réaliser une insurrection ; il faut de l'habileté et de l'expérience, du courage et de la prudence dans les directeurs, de l'union et de la discipline dans les insurgés : autrement, loin de remédier au mal, on l'aggrave infiniment, comme un esclave qui menace son maître et lait tousses efforts pour rompre ses chaînes sans pouvoir y parvenir...

Vous vous attendez aux vengeances des vainqueurs !

A peine le calme est-il rétabli dans la Convention qu'un Député demande vengeance; et les Thermidoriens répondent par des applaudissements. — D'abord on déclare nuls et comme non avenus tous les décrets arrachés par la violence : les minutes en sont brûlées.

« Il n'y a plus d'espoir de conciliation entre nous et une Minorité factieuse , s'écrie Thibaudeau. Puisque le glaive est tiré , il faut la combattre et profiler ri es circonstances pour ramener à jamais la paix

VEXGEAXCE CONTRE l/lXSURRECTlOK . 223

et la sécurité dans le sein do cette Assemblée. Je demande que vous décrétiez sur-le-champ V arrestation de ces Députés qui , trahissant tous leurs devoirs, oui voulu réaliser les vœux de la révolte et les ont rédigés en lois ; je demande que les Comités prennent sur-lc-champ les mesures les plus sévères contre ces mandataires infidèles à leur Pairie et à leurs serments. »

Et les Girondins, qui ont insurgé les départements et pris eux-mêmes les armes contre la Convention, étaient innocents à ses yeux! — Tous les Montagnards qui ont pris la parole dans l'intérêt du Peuple sont considérés comme complices et décrétés, quoiqu'on sache qu'ils ne connaissaient pas le projet d'insurrection , lihul, Rommc , Duroi, Albitc , Goujon , Duquesnoy. Bourbotte, Prieur (de la Marne). Soubramy,. Peyssard. Tous sont arrêtés par la gendarmerie et amenés à la barre. — On demande même l'arrestation des Représentants qui ont rempli des missions avant le 9 thermidor, de Lecarpentier (Manche) , de Pinet aîné (Biscaye) , de Borit (Midi), de Fayau (Vendée)... Et ces M Montagnards sont arrêtés aux cris de Vive la Convention! Vive la République!... Et Tallien , bourreau des Girondins à Bordeaux?... C'est lui qui va demander beaucoup plus de vengeances encore

- Il ne faut plus de demi-mesures , dit-il : le but du mouvement d'aujourd'hui était de rétablir les Jacobins et la Commune; il faut détruire ce qui reste ; il faut arrêter Pache et Bouchotte. Ce n'est là que le prélude des mesures que le Comité vous proposera. Vengeance, citoyens, Vengeance contre les assassins de leurs collègues et de la Représentation nationale ! -

Oh ï le monstre ! Oh î que Robespierre avait raison de vouloir le punir!... EtCarnot, Sieyès, etc., ne disent rien! Tous sont complices de cet exécrable renégat !

« Profitons , continue-Uil , de la maladresse de ces hommes qui se croient les égaux de ceux qui ont abattu le trône , et cherchent à rivaliser avec eux, de ces hommes qui veulent faire des révolutions et qui ne savent faire que des révoltes ! Profitons de leur maladresse, hàtons-nous de les frapper ! »

Quelle insolence, quelle férocité dans cet ancien garçon imprimeur, aujourdhui le plus ardent ennemi du Peuple î Oh,

<;o*ventio\. — I70.>.

(jue c'est peu de choses que d'être seulement révolutionnaire! qu'il estdangcreux pour tout le monde l'homme qui n'est que révolutionnaire et sanguinaire!... Entraîné par cet exemple de vengeance, Lehardi va jusqu'à demander l'arrestation de Roberl-Lindel , qu'il appelle un jhoinstre : cette demande est rejetée. — Mais on ordonne aux Sections de désarmer surle-champ les patriotes , qu'on appelle des assassins , des buveurs de sang, des voleurs , des agents de la tyrannie qui précéda le 9 thermidor. — On autorise même ces Sections ù faire arrêter ceux qu'elles voudront faire juger et condamner. — On décide môme que les femmes ne seront plus admises dans les tribunes.— Et l'on se sépare à 3 heures du matin pour se réunira 10.

Et ces Thermidoriens, qui prennent des mesures si tyranniques contre le Peuple, incriminent les mesures prises par le Peuple contre la Coalition et ses complices!

§ 43. — Stupide continuation de l'insurrection.

Le lendemain matin, le Comité insurrectionnel seréunità la Commune, proclame l'insurrection permanente, appelle toutes les Sections Jacobines, puis va s'établir au milieu du faubourg Saint- Antoine. — Au lieu d'envoyer le Peuple entier, comme hier, il envoie seulement trois Sections (des Quinze-Vingts, de Montreuil, de Popin court), composées d'ouvriers robustes, bien organisées, bien armées, et commandées par des chefs intrépides.— Ces trois Sections viennent seules , avec leurs canons , se placer de va n t laConven t ion .

Mais que veulent-elles? Vont-elles se battre, fusiller, canonner la Convention et ses défenseurs, si l'on refuse les décrets qu'elles vont demander? Si elles reviennent sans avoir rien obtenu après cette démarche , qui n'est autre chose qu'une révolte, ce sera encore de la démence !

Plusieurs Sections dévouées aux Thermidoriens (Lepelletier, Butte-des-Moulins et autres) viennent se placer entre les assaillants et le palais. — Mais à l'instant les canon niers de

COKT1KUATIOX DE L INSURRECTION. 2?5

ces dernières Sections les abandonnent pour aller avec leurs pièces aux canonniers des trois premières... Ainsi, les canonniers, qui sont tous populaires et révolutionnaires, abandonnent aujourd'hui les Thermidoriens pour défendre le Peuple, après avoir , au 9 thermidor, abandonné Robespierre et le Peuple pour défendre les Thermidoriens, tant ce malheureux Peuple est facile à tromper!

A ce mouvement des canonniers , on crie aux armes ! des deux côtés on charge les fusils ; et tout se prépare pour un combat sanglant dont toutes les chances sont pour les trois Sections d'ouvriers qui ont des canons, contre les Sections de bourgeois qui n'en on t pa s . — Mais les chefs des Sections bou rgeoises, joints aux Comités et à uneDéputation de ! 2 Représentants, demandent;! parlementer, pour séduire et tromper les ouvriers. Et si les chefs de ceux-ci ne commandent pas le feu ; s'ils ne s'avancent pas pouf" parlementer seuls ; s'ils laissent parlementer avec les ouvriers; gare à la séduction! Maisleschefs laissent rompreles rangs ; bourgeois et ouvriers se mêlent ; et bientôt les ouvriers sont trompés et gagnés ; ils ne veulent pins que présenter respectueusement une pétition!

Leur orateur demande la liberté des patriotes et la Constitution de 93 ; mais la Jeunesse dorée, qui remplit les tribunes, répond par les huées et par les cris A bas les Jacobins! L'orateur ajoute que les trois Sections mourront à leur poste si leurs demandes sont refusées. Le Président répond que la Convention examinera et décidera dans sa sagesse. Les ouvriers se laissent persuader qu'ils doivent attendre sa décision;etles3SectionsrentrentaufaubourgSaint-Antome. Et c'est pour cela qu'elles sont venues en armes, avec du canon ! Et elles s'imaginent que ceux qui les ont envoyées, que les canonîers qui se sont réunis à elles, et qu'elles-mêmes, seront à l'abri des vengeances ! Que d'incroyables folies ! Oh ! que le Peuple est impuissant quand il n'est pas dirigé ou qu'il est mal dirigé ! Oh! qu'il est confiant, crédule, facile à séduire avec des paroles et des promesses ! Oh ! que les Bourgeois sont plus adroits, plus rusés , plus habiles !... Et pour

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mettre le comble a tant de démence , le Comité insurrectionnel veut continuer encore l'insurrection le jour suivant, 3 prairial. —Mais nous allons voir comme les Thermidoriens sont modérés et doux quand il s'agit de comprimer leurs ennemis.

Ç 44. — Désarmement du Peuple.

Dès le matin du 3 prairial, les Thermidoriens se préparent à se venger du parti populaire en l'écrasant. — D'abord ils confient à trois Députés (Gillet, Aubry, Delmas) la Direction de la force armée, et les autorisent à fusiller et à mitrailler la résistance. Puis ils défendent , sous peine de mort , de battre la générale sans l'ordre des Représentants. — Ils organisent une Commission militaire pour juger et faire exécuter sur-le-champ tous les prisonniers faits dans la journée du 1er prairial.— Ils convertissent en décret d'accusation le décret d'arrestation rendu dans la nuit du Ier au 2 contre 14 Montagnards.— Ils prennent la même mesure à l'égard des 1 6 autres Montagnards précédemment arrêtés et enfermés à Ham.

Les trois Représentants chargés de vaincre la résistance, et notamment le royaliste et réacteur A ubry, rassemblent les troupesqui sont autour de Paris pour protéger l'arrivage des subsistances, les Sections bourgeoises et la Jeunesse dorée. ~ La Commission militaire se réunit aussitôt sous leur protection , condamne à mort celui qui porta sur une pique la tête de Féraud , et ordonne qu'il soit exécuté dans l'après-midi. — Mais les patriotes se précipitent sur l'échafaud, dispersent la gendarmerie, enlèvent le condamné, l'emmènent au faubourg Saint-Antoine, s'efforcent de ranimer l'insurrection , appellentle Peuple, se retranchent dansle faubourg, braquent leurs canons sur la place de la Bastille , et attendent qu'on vienne les attaquer. Les Thermidoriens décrètent aussitôt que le faubourg Saint- Antoine sera sommé de livrer le condamné, de rendre ses armes et ses canons , et qu'en cas de refus il sera de suite bombardé et brûlé.... C'est tout simple, puisque c'est la guerre : mais comme ces lâches d'autrefois sont devenus décidés aux moyens les plus terribles!

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