I. Près Reims
Paris, le 29 messidor — 17 juillet.
Le ministre de la guerre au général de division Dupont,
à Paris.
Je vous adresse, citoyen général, copie d'une lettre que je viens de recevoir du général en chef Hoche, relativement aux mouvements de troupes qu'il fait diriger sur Alençon, et dont, jusqu'à ce moment, je n'avais aucune connaissance.
Minute.
Ghâlons — même date.
Le chef du service des étapes donne avis aux administrateurs des mêmes services à Paris du passage, à partir du i®'' thermidor, d'une division de chasseurs à cheval et du quartier général de cette division, commandée par le général Richepanse, se composant environ de 3,ooo hommes et d'autant de chevaux, sans désignation de sa destination et conséquemment sans qu'on puisse connaître en ce moment sa marche ultérieure. Se plaint de la désorganisation des services.
Copie.
Même date.
La municipalité de Chartres déclare impossible de recevoir la division Richepanse ; pas de logements ni de fourrages.
Paris, I" thermidor an v — 19 juillet 1797, Le ministre de la marine au Directoire exécutif.
Citoyens Directeurs, Je reçois à l'instant votre lettre de ce jour, par laquelle vous me demandez si je suis informé de la destination de 4 régiments de chasseurs à cheval, qui sont sur le point d'arriver à la Ferté-Alais, et si les ordres qui concernent ces troupes sont émanés de mes bureaux. Le mouvement des troupes de terre étant étranger au Département de la marine, j'ignore entièrement quel est le motif de la marche des régiments dont il s'agit et pour quel lieu ils sont destinés.
Salut et respect.
Minute.
Ministère de la marine. — Correspondance générale et mouvements. 1797.
Paris, le 2 thermidor, 5= année Rép°« — 20 juillet 1797. Le général en chef au Directoire exécutif t^.
Citoyens Directeurs, A peine arrivé dans cette ville, où m'appelaient vos ordres, je suis informé que l'agitation la plus grande y règne au sujet de l'arrivée de plusieurs colonnes parties
I. Par délibération du 28 messidor — 16 juillet, — Hoche venait d'être nommé ministre de la guerre en remplacement de Petiet. Celui-ci resta en fonctions jusqu'à la nomination de Schérer.
(ajoute la calomnie) de l'armée de Sambre-et-Meuse pom' se porter sur la capitale.
Les troupes que je commande sont assez connues par leur attachement à la République pour que jamais les bons citoyens ayent à redouter aucune fausse démarche de leur part ; cependant, il importe de faire connaître la vérité. La voici tout entière.
Le II messidor, à mon retour de la Hollande où je m'étais transporté à l'effet de remplir une mission dont vous m'aviez chargé, je reçus à Gueldre l'ordre du ministre de la marine de prendre de nouveau le commandement d'une expédition projetée sur l'Irlande, de la préparer et de rassembler à cet effet aux environs de Brest le corps dont je croirais avoir besoin, c'est-à-dire 8 à 10,000 hommes ^ Sachant qu'il n'existe dans l'ancienne Bretagne que les troupes d'infanterie strictement nécessaires à la garde de ses côtes, qu'il nj' a absolument ni cavalerie ni artillerie, j'ai cru devoir tirer de l'armée de Sambreet-Meuse, en conséquence de cet ordre, 6,000 hommes d'infanterie, 2,000 chevaux et 1,000 artilleurs. Avant mon départ de l'armée, je mis ces troupes en marche jusqu'aux frontières de France, et j'ordonnai aux généraux qui les commandent de prendre à Liège, du commissaire des guerres de la place, les feuilles de route dont ont besoin les troupes pour recevoir leurs subsistances en traversant le territoire de la République.
Remarquez, Citoyens Directeurs, que je n'ai point ordonné de passer par telle ville plutôt que par telle autre, que le ministre de la guerre a dû être prévenu
1. Allusion à une lettre adressée le 3 messidor au général Hoche par le ministre de la marine ; le 3 thermidor, celui-ci en transmit copie au Directoire; du moins, mention en est faite sur la chemise conservée aux Archives nationale?, AF m, 44; je n'ai pas retrouvé cette lettre.
d'une partie du mouvement, et enfin que j'ai reçu du Direetoire môme la eonfirmation des ordres que m'avait transmis le ministre de la marine.
Très heureux de pouvoir trouver un moment de repos, j'ai profité des circonstances pour jouir à Metz des embrassements de ma famille que j'allais quitter pour longtemps. Là, tranquille, je ne m'occupais ni des hommes ni de leurs affaires, et ce n'est qu'hier, à mon passage à Châlons, que j'ai appris des nouvelles de Paris où j'ai et ne veux avoir que fort peu de connaissances.
Signé : L. Hoche.
Pour copie conforme :
Le secrétaire général du Directoire exécutif, Lagarde.
ANNEXES
Séance du 2 thermidor, au conseil des Cinq-Cents.
On discute la proposition de Pichegru sur les gardes nationales. Tliibaudeau demande l'ajournement au lendemain. Larivière voulait qu'on discutât tout de suite. Arrive le message suivant du Directoire.
« Citoyens représentants, « Il est vrai que quatre régiments de chasseurs à cheval, de l'armée de Sambre-et-Meuse, devaient passer les i3, 14, i5 et 16 de ce mois à la Ferté-Alais, distante de onze lieues de Paris, pour se rendre à une destination éloignée. Le Directoire exécutif en fat instruit hier par le ministre de la guerre, et il lui donna sur-le-champ les ordres nécessaires pour empêcher ces troupes de passer ou stationner dans la distance des six myriamètres lixés par l'article 69 de la Constitution. Le Directoire croit que la malveillance n'a eu aucune part à cet ordre de route, qu'il attribue à la simple inadvertance d'un
commissaire des guerres. Il s'occupe néanmoins à réunir sur cet objet les renseignements les plus positifs, et il fera poursuivre les coupables s'il en découvre. Le Directoii'e exécutif pense que c'est par erreur qu'il est parlé de Soissons dans votre message.
« Carnot, président.
« Lagarde, secrétaire général. »
Doulcet demande le renvoi à une commission de cinq membres. Décrété à l'unanimité. c< Faut-il avouer, dit-il, la profonde erreur dans laquelle je suis tombé ? J'ai cru que le ministre de la guerre avait été renvoyé pour le fait dont il s'agit (on rit beaucoup), mais je vois que je me suis trompé. La marche des troupes lui était cachée, et c'est parce que sa probité courageuse était redoutée qu'il a été renvoyé. »