‹ 1812, la guerre de Russie, notes et documents (volume 2)Chapitre 123 sur 139 · Macdonald à Berthier · texte numérisé non relu

Macdonald à Berthier

Les lettres de Macdonald deviennent de plus en plus intéressantes et importantes. En voici deux, du 6 janvier. Il montre de nouveau que tout le monde, ou peu s'en faut, est contre nous et pour les Cosaques, et, à vrai dire, les Français pillent, et les Russes qui se conduisent bien* sont accueillis avec allé|j^resse, comme s'ils venaient alTranchir la contrée. Aussi les habitants fuient avec leurs chevaux et leurs bestiaux devant les Français qui ne trouvent pas, même en payant, d'attelages pour leur artillerie. Aussi des paysans ont-ils fait feu sur l'arrière-garde et tué plusieurs soldats. Aussi l'ennemi est-il audacieux dans la poursuite, et sa cavalerie déborde la gauche de Macdonald, arrive avant lui à Heiligenbeil. Le maréchal expose, en outre, l'extrême lassitude de ses troupes et leur dénument. 11 raille presque les projets de Murât. On lui propose d'envoyer des voitures à Elbing pour y chercher des vivres qui abondent; mais il faut quatre jours de marche pour aller à Elbing et en revenir! On lui propose de couper, de scier les tourillons des canons qu'il abandonne; mais il n'a pas les moyens de couper et de scier ces tourillons ! On lui ordonne de défendre la position de Braunsberg, et certes elle est très' bonne; mais non dans ces circonstances, dans cette saison. Toutefois, puisqu'on le veut, il va combattre.

1. Voir dans notre Lomé I, p. 287, la lettre où Mortier annonce que les Cosaques ont dit à Wehlau qu'ils venaient en Prusse comme amis; ils ont payé comptant tout ce qu'ils ont pris, ils n'ont pas touché aux magasins, ils ont même donné de l'argent aux pauvres 1

Hoppenbruch, 6 janvier 1813,5 lieures du matin.

Monseigneur, j'ai reçu cette nuit les deux lettres que V. A. m'a fait Tlionneur de m'écrire les 4 et 5; Ja première est un avis de dispositions prescrites au général Rapp.

L'ennemi ne s'est point arrêté à Kônigsberg. Il m'a très vivement suivi hier et j'ai été obligé de faire volte-face pour le contenir. A la vérité, il n'a montré que de la cavalerie et de Farlillerie. Son infanterie suit.

J'ai pensé qu'il n'y avait qu'une indispensable nécessité qui pût nous engager à combattre. Ce n'est que retarder Tennemi de quelques heures o,t perdre inutilement des braves sans objet.

L'ennemi n'a pas besoin de garder ses derrières. L'opinion de la grande masse des Prussiens et notamment du militaire est pour lui. Il est vrai de dire qu'il se conduit avec beaucoup de sagesse et de circonspection. 11 est reçu comme un libérateur qui vient délivrer le pays de notre oppression, tandis que nous, nous le saccageons. La 84® division qui me précède pille partout. La division Heudelet suit cet exemple et la 7*^ division que j'avais si bien disciplinée est déjà infectée du mauvais air qu'elle a respiré après avoir repassé le Niémen.

Les villes sont néanmoins respectées. Il n'a pas été fait le moindre tort à Kônigsberg. Ce sont les campagnes qui souffrent. Les habitants prennent partout la fuite. Nous ne pouvons pas trop nous hâter de gagner la protection des places, puisqu'on veut les tenir, pour donner quelque repos aux troupes, les réparer et rappeler l'ordre et la discipline. La 1^ division surtout est exténuée de fatigue. Elle est dans un état pitoyable sous le rapport de l'habillement et

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de l'armement. En arrivant sous Danzig, elle aura marché un mois sans interruption et se sera fondue de moitié. Il est impossible (jue, dans l'état actuel des clioses, on puisse tenir la campagne dans une telle saison, sans quelque temps de repos. Les Polonais sont couverts de haillons et presque tout à fait sans chaussures. Les dépôts de ces corps qui avaient été envoyés en Samogitie ont perdu l'habillement, et les recrues ont été jetées dans Pillau.

La cavalerie, sous le rapport des chevaux et des hommes, est trop jeune pour être opposée à celle de l'ennemi, on l'a laissée sans moyens et sans ressources, les officiers ont épuisé leur bourse pour le ferrage qui est nui.

Les chevaux d'artillerie et le matériel lui-même ne peuvent plus aller sans repos et sans réparations. Depuis trois mois ils sont constamment au bivouac. Je ne peux pas dissimuler à Votre Altesse que tout le monde est exténué. La 7^ division est sans solde depuis cinq mois. Il me reste à lui demander positivement* si je dois me porter sur Marienbourg ou sur Danzig. D'Elbing on peut prendre la route de cette dernière ville dans celte saison. J'ai envoyé pour la reconnaître.

L'ennemi était avant-hier à Schippenbeil. J'en ignore la force. Mais je crois que ce ne sont encore que des partis de Cosaques. On m'assure qu'une colonne ennemie est déjà sur la Passarge; je doute de la vérité de ce fait. Nous devons nous attendre que l'ennemi ne s'arrêtera pas et je ne sais jusqu'où il ira. Il est certain qu'il va opérer sa jonction sur la Vistule avec le général en chet Koutouzov et l'amiral Tchitchagov.

On me dit que le prince Schwarzenberg a fait un petit arrangement tacite avec les Russes pour se

i. A demandep à Votre Altesse.

retirer tranquillement. Je ne sais si c'est pour couvrir Varsovie ou la Galicie autrichienne.

J'aurais bien le désir de causer avec le Roi et avec Votre Altesse; mais je ne sais où les joindre.

P.'S. — L'action d'hier a duré trois ou quatre heures. Notre perte est insignifiante. On est resté en présence. On croit avoir démonté deux pièces à l'ennemi.

Braunsberg, 6 janvier 1813.

Monseigneur, j*ai reçu, avant d'arriver ici, la lettre que V. A. m'a fait l'honneur de m'écrire le 5 à minuit.

Dans d'autres circonstances et dans une autre saison, j'aui'ais trouvé le poste très bon à défendre. Mais les mouvements de l'ennemi sur ma droite, faisant face à lui, son audace dans la poursuite, tous les motifs que j'ai détaillés à Votre Altesse et au Roi, et le manque de vivres, sont autant de raisons qui nous forceront de l'abandonner. Néanmoins je le tiendrai, puisque le Roi l'ordonne.

J'ai déjà mandé que tous les habitants fuient avec leurs chevaux et bestiaux. Je suppose que s'il eût été possible de réunir des chevaux, même en payant, on n'aurait pas abandonné plusieurs pièces d'artillerie de siège, beaucoup d'affûts et de caissons chargés d'à (fûts.

Lors même que l'on pourrait réunir une certaine quantité de voitures, elle serait insuffisante pour pourvoir le 10® corps de vivres. Je fais remarquer à Votre Altesse le temps nécessaire pour les réunir : deux jours de marche pour aller à Elbing, autant pour en revenir; d'où il faut conclure qu'il est superflu de songer à de pareils moyens qui sont nuls.

J'ai appris ici que renneriii s'était montré à Eylau. II nous a encore suivis aujourd'hui. On s'est tiraillé toute la journée. Le feu a cessé à la nuit à Einsiedelkrug'. Sa cavalerie nous a presque toujours devancés par notre g-auclie; elle était en même temps que nous à la hauteur d'Heiligenbeil. Il s'engagera probablement demain matin une action à la tète de la ville. Je me propose d'abandonner toute la rive droite de la Passarge et de rompre les ponts.

Après l'action d'hier en avant de Brandenbourg, des habitants ont pris les armes et fait feu sur l'arrière-garde ; ils ont blessé deux officiers et tué plusieurs soldats.

Ce n'est que cette nuit que j'ai reçu l'ordre de Votre Altesse de détruire toutes les voitures laissées en route et de couper les tourillons des canons. Ce n'est qu'au jour et au moment où l'arrière-garde sortait d'Hoppenbruch que Ton a vu les affûts, caissons et artillerie de siège. On n'était plus à temps de les détruire et nous n'avons aucun nioyen de scier les tourillons.

En entrant dans le faubourg de cette ville, nous y avons trouvé une douzaine de pontons et trois pièces de siège. J'ai donné des ordres pour que l'on enlève les pièces. Si j'en ai le temps, je ferai passer les pontons sur la gauche de la Passarge.

Le mauvais état du ferrage, celui de la route qui n'est qu'un verglas, et l'extrême fatigue des chevaux nous en ont fait perdre beaucoup aujourd'hui.

J'ai donné l'ordre que l'on renvoie demain à Danzig les malades, blessés ou éclopés, hommes et chevaux, les voitures et artillerie qui ont besoin de réparation. J'ai en même temps donné l'ordre qu'il me soit fourni des états sommaires des combattants, de l'artillerie, des munitions de guerre et des ambulances ; la division Heudelet n'en a pas, et celles de la division Grandjeaii. ainsi que ses transports militaires

qui la suivaient sous la protection de l'arrière-g-arde prussienne, ont été livrées à l'ennemi.

Je ne sais oii est la division du général Marchand qui a précédé notre départ de Kônigsberg. Diaprés ce que j'ai entendu, elle ne doit pas être loin d'Elbing, Elle était sous les ordres du maréchal duc d'Elchingen,

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