La garde à la 3Ioskova
De tous les écrivains militaires qui reprochent à Napoléon de n'avoir pas engagé la garde, Gouvion- Saint-Cyr est peut-être le plus résolu, le plus affîrmatif.
Il dit que les Russes étaient vaincus, mais non défaits; qu'on avait frappé le corps et non l'âme de leur armée; que, s'ils avaient essuyé une perte énorme, elle était compensée par les pertes de Napoléon; qu'ils avaient l'immense avantage de se renfojcer tous les jours, tandis que les vides faits dans les rangs français ne se rempliraient pas.
Napoléon, selon Saint-Cyr, a donc commis une faute en ne faisant pas donner la totalité de sa garde. Pourquoi entretenir à si grands fi'ais un corps d'élite, pourquoi le ménager sinon pour qu'il produise, en de semblables circonstances, « un grand résultat qui dédommage de tous les inconvénients attachés à sa formation »?
Si la garde tout entière avait donc donné — ajoute Saint-Cyr — dans le moment où son artillerie seule a été engagée et oii l'ennemi fit ses derniers efforts, il est certain que, « conduite avec la vigueur et l'intelligence qu'on devait attendre de ses chefs, sous les yeux et à la voix de son empereur, elle aurait fait des prodiges; que l'armée russe eût été non seulement vaincue, mais culbutée, mise en déroute, en partie détruite, et ses restes dispersés vers les extrémités de l'empire. Dans cette seule hypothèse, Na-
poléon pouvait encore faire ce qu'il aurait voulu, prendre ses quartiers d'hiver à Moscou, au printemps poursuivre ses succès, ou offrir à l'empereur Alexandre une paix acceptable. »
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