‹ 1812, la guerre de Russie, notes et documents (volume 2)Chapitre 92 sur 139 · Berthier à Nej · texte numérisé non relu

Berthier à Nej

Deux lettres de Berthier à Ney. Le major général exhorte Ney à résister et lui énumère les forces qui seront à sa disposition. On sait comment Ney répondit à Berthier. 11 déclara nettement que les forces dont il disposait ne suffisaient pas : les 2*^ et 4*^ corps ne comptaient plus que pour mémoire, Tun et l'autre n'avaient guère que 60 hommes, la légion de la Vistule n'était plus qu'un faible détachement, la division Loison ne se composait plus que de 500 jeunes g-ens. Ney demandait donc toute la garnison de Kovno, et Berthier la lui donna.

Kovno, 12 décembre, midi.

Le Roi a reçu le rapport verbal que vous lui avez fait faire. Sa Majesté a vu avec peine que l'ennemi vous serrait de près.

Je viens de vous envoyer six pièces d'artillerie de la division Loison.

Nous espérons que vous tiendrez aujourd'hui au défilé de Rounichiki. Vous sentez combien il est important de ne pas nous laisser acculer ici, oi\ nous avons des magasins immenses. Dans les circonstances actuelles, le Roi a pensé que la première chose à faire était de faire évacuer tout ce qui était dans Kovno etd^y employer la journée d'aujourd'hui et celle de demain.

Nous- avons ici une tête de pont ou espèce de camp retranché armé de douze pièces d'artillerie, ou-

vra^e dans lequel on peut tenir jusqu'à ce qu'il paraisse de l'infanterie ennemie en force supérieure.

Le Roi a ordonné à la cavalerie démontée, à toute la garde impériale, infanterie et cavalerie, aux l^»" et i*" corps, de prendre ici des vivres pour huit jours et de passer ce soir sur la rive g-auche du Niémen.

Douze pièces d'artillerie attelées^ qui étaient dans la place, ont été mises sur les hauteurs de la rive gauche. L'intention de Sa Majesté est que tout ce qui appartient aux 2^ et S'' corps, ce qui comprend la division Loison et la légion de la Yistule qui fait partie du 3*^ corps, restent dansKovno pour défendre l'approche de la tète de pont et enfin la place où il y a de l'artillerie, beaucoup de muLiitions, de vivres, et d'effets d'habillement.

Le quartier général du Roi sera vraisemblablement demain sur la rive gauche du Niémen avec toutes les troupes de la garde et celles des 1"' et 4® corps.

Le Roi pense que, dans cette position, on pourra donner une leçon aux Cosaques, s'ils nous serrent de trop près. Au surplus, Sa Majesté attend vos rapports avant de prendre un parti définitif.

La division Loison va trouv^er ici ce qui lui manque. Ainsi cela vous formera un corps d'infanterie respectable.

Kovno, \2 décembre 1812, 9 heures du soir.

Je vous préviens que le Roi a donné Tordre à l'armée de partir demain, savoir: à la garde impériale, à 7 heures 1/2, avec l'artillerie et le génie ; au l^'" corps, à 8 heures; au 4^, à 8 heures ; au 9*^ corps, à 9 heures.

Quant à vous, monsieur le duc, vous avez à votre disposition le 2*^ et le 3" corps dont fait partie la division Loison, avec seize pièces d'artillerie bien attelées et la Légion de la Vistule. Le général Loison

«'tant malade, le général Gérard le remplacera momentanément. Rassemblez, autant que possible, tout ce qui appartient à vos corps. La tète de pont et FousTage sur la Vilia sont armés. Vous aurez les moyens de canonner les Cosaques.

Le général Eblé a fait préparer tout ce qui est nécessaire pour détruire les fusils, l'artillerie et les munitions que nous ne pouvons pas emporter. Ce général prendra vos ordres. Vous emmènerez tout ce que vous pourrez en artillerie et munitions et vous ferez enclouer l'artillerie i-estée en position dans les ouvrages. Faites distribuer à toutes vos troupes des vivres, des armes et des eti'ets d'habillement, et faites brûler le reste. Faites sauter les magasins à poudre. Recommandez nos blessés au général ennemi. Quittez la ville le plus tard possible afin de tenir l'ennemi éloigné de nous.

Gomme d'ici à quelques jours nous ne pouvons pas voir d'infanterie ennemie, votre infanterie pourra facilement, dans les bois qui se trouvent d'ici à Vilkoviski, arrêter la cavalerie. D'ailleurs vous aurez du canon.

Le Roi s'en rapporte à vous. Vous connaissez notre position. Ge qui peut nous être le plus avantageux, c'est que l'ennemi soit lom. Cela nous mettra à même défaire des marciies moins longues. Vous suivrez la route de Vilkoviski et de Gumbinnen, et un bon bataillon et deux pièces de canon qui suivraient la route de Tilsit, couvriraient tout ce qui a passé sur cette route. Le Roi vous laisse maître de ces dispositions. Gar^ si vous tenez après-demain, cela serait moins utile.

Page 1