Le général Sebasiiani
Agréable et beau, bien que petit de taille, spirituel, insinuant, séduisant, impudent toutefois et immoral, général et ambassadeur, mais n'ayant fait à la guerre que des actions sans mérite et dans la diplomatie que des négociations embrouillées, tel est le portrait que Dedem trace de Sebastiani, et il ajoute que ce Corse, sans sa parenté et son intimité avec l'Empereur, aurait été cité rarement avec éloge.
Lôwenstern le juge avec aussi peu de faveur. Selon Lôwenstern, Sebastiani a l'extérieur très agréable et engageant; il a beaucoup d'esprit; mais il aime à parler et à s'entendre parler; il est un peu fat et vaniteux comme un courtisan de Saint-Cloud : en entrant au village de Vidzy, pour imposer à quelques misérables juifs, les seuls liabitants qui soient restés dans cette bicoque, il tire de sa poclie deux plaques qu'il attacbe à son uniforme!
Certes, il était brave et il allait franchement au feu. Mais il lui manquait, comme dit Griois, ce je ne sais quoi qui impose, cette fermeté qui commande l'obéissance.
11 avait d'ailleurs la réputation d'être malheureux à la guerre. Deux fois, dans la campagne de Russie, le corps de cavalerie qu'il commandait fut surpris et malmené par l'ennemi. Aussi l'avait-on surnommé le général Surprise, et sa belle-mère, Mme de Coigny; disait de lui : « A la guerre, mon gendre nïarche de surprise en surprise. » Plus rudement, Tliiébault
affirme que Sebasllani « suffisant dans les salons, «tait insuffisant sur les champs de bataille. »
Du moins, dans la retraite de 1812, fît-il meilleure impression sur les troupes.
Un officier du 2'^ régiment de hussards prussien, Kalckreulh, assure qu'il conduisit de Viasma à Smolensk, avec le plus grand soin, les cavaliers démontés, et qu'il était en personne à tous les défilés, à tous les ravins, partout où un obstacle pouvait arrêter la marche.
A Krasnoï, le 14 novembre, il repousse une attaque des Russes.
Le 10 décembre il recevait le commandement de la cavalerie, et, au sortir de Vilna à Kovno et durant la marche jusqu^à Stallupônen il montra, dit Bignon, activité et dévouement, faisant lui-même cantonner les hommes, les groupant par divisions, ralliant les isolés, relevant le courage des officiers qui se laissaient abattre^
Le 20 décembre, il arrivait à Kônigsberg avec 2.000 hommes environ et de là, avec un dépôt de 900 hommes commandés parle colonel Liégeard, il se dirigeait sur Elbing.
Il était fort obligeant et fort aimable. Le 22 et le 23 novembre, à Bobr, il offre un bon souper à Castellanequi trouve qu' « il reçoit toujours fort bien » et « fait les honneurs de chez lui avec beaucoup de géiiérosité. » Le mois suivant, le 12, le 13, le 14, il
1. Le 12 décembre, à Kovno, il avait reçu de Berthier l'ordre suivant :
Kovno, 12 décembre, à midi.
Il est ordonné au général Sebasliani de faire prendre en passant à Kovno des vivres pour 8 jours, ensuite aller couchera deux lieues sur la route de Gumbinnen. Il fera de bonnes marches pour arriver à Kônigsberg le plus promptement possible. Les gîtes d'étapes sont Skrauce, Vilkoviski, Stallupônen, Gumbinnen, Insterbourg, Noskitten. Tapiau et Kônigsberg. Le général Sebastiani réglera ses journées de la manière qu'il voudra.
donne de même Thospitalité à Castellane et à d'autres, et « il y avait du mérite en ce moment de détresse où Tégoïsme était à l'ordre du jour. » Aussi Castellane, reconnaissant, dit-il en mars 1813, lorsque Sebastiani rentre à Paris, qu'on a été bien injuste envers lui pendant la campagne de 1812.