‹ 1812, la guerre de Russie, notes et documentsChapitre 118 sur 125 · Daru · texte numérisé non relu

Daru

Daru, intendant de la Grande Armée, ne fut pa& seulement, dans la campagne de 1812, un grand travailleur, un laborieux administrateur; il déploya la plus remarquable énergie.

A Smolensk, au milieu de Tincendie qui menace sa maison, il prend soin de tout, et à minuit, malgré la fatigue et lorsqu'autour de lui Dumas^ Kirgener, Jacqueminot, Beyle, harassés, s^endorment sur leur chaise, la fourchette à la main, Daru seul résiste au sommeil.

Faut-il croire qu'il ait joué près de Napoléon le rôle de discoureur politique que lui prête Ségur? En tout cas, s'il a dit à l'Empereur que la guerre de 1812 n'était pas nationale, il a eu raison, et Gourgaud a tort de prétendre que cette guerre, à cause de la délivrance de la Pologne, était plus nationale que toute autre, et, après la guerre de la limite du Rhin, la plus nationale qui put être faite.

Faut-il croire également qu'à la bataille de la Moskova il avertit l'Empereur que le moment était venu d'engager la réserve? Gourgaud pense justement que Daru se serait bien gardé de conseiller à Napoléon un mouvement militaire.

Il eut, durant la retraite, le même courage que Narbonne. Sa voiture était la dernière des voitures de la maison impériale; elle renfermait tous les papiers de la chancellerie et les provisions destinées aux auditeurs qui s'écartaient du précieux véhicule le moins qu'ils pouvaient. Mais Daru n'occupa jamais sa voi-

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lure; il clievaucluiil toujours à côté de l'Empereur. (( Son ospril supérieur, dit un tonioin, el son àine vigoureusement I pompée lui conservaient Tatlilude la plus calme, la plus noble, la plus imposante. » Stendhal n'écrit-il pas qu'il se conduit d'une manière très belle?

Quels instants cruels il eut à passer lorsqu'à la veille du passage de la Bérésina, il brûla les papiers de l'Empereur! « La journée de demain, dit-il alors, décidera de notre sort. Peut-être ne reverrai-je jamais la France, ni ma femme, ni mes enfants; le sort du comte Piper m'attend ; j'irai mourir en Sibérie. » Mais, tout en faisant ces douloureuses réflexions, il montrait la même tranquillité, la même activité qu'auparavant.

A Vilna, à Kovno, il seconda de tout son pouvoir Murât et Berthier (cf. notre tome 1, p. 254 et notre j tome II, p. 257). l|

A Konigsberg", il tâche de tout remettre en ordre; une grande administration, comme il dit, est en ruine, et il faut la rétablir promptement, et que d'efforts continuels, et de mémoire et d'intelligence, exige la perte de tous les papiers* !

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