‹ 1812, la guerre de Russie, notes et documentsChapitre 43 sur 125 · Beroldinsren au roi Frédéric · texte numérisé non relu

Beroldinsren au roi Frédéric

Le 9 décembre, le colonel comte Beroldiiigen, envoyé militaire du Wurtemberg, envoie de Vilna au roi Frédéric le rapport suivant qui sera porté par le général major baron de Kerner (Pfister, Rheinhund. I, p. i59). Il décrit en quelques mots le désastrede l'armée française qui n'est plus qu'une horde, et une horde sans frein. On remarquera les mots que Ney lui adresse : le maréchal loue le courage des troupes de Wurtemberg et annonce qu'il est de nouveau désigné pour faire l'arrière-garde, pour résister jusqu'au bout, his auf den letzten Mann.

Vilna, 9 décembre 1812.

On marche tout le jour et ce n'est que tard, dans la nuit, qu'on établit des bivouacs oii il ne nri'est pas possible d'écrire. Voici la première fois, ici à Vilna, que nous sommes dans une chambre; mais, comme l'ennemi se montre de nouveau aux portes et que la plus grande inquiétude règne dans la ville, il n'est pas possible de faire un rapport suivi. Le général de Kerner complétera verbalement ce que j'écris et donnera à Votre Majesté la plus exacte connaissance de la situation extrêmement triste où a été mis le corps d'armée royal par cette retraite inouïe.

Nous sommes tous profondément abattus, accablés par l'énorme perte que Votre Majesté a faite en soldats, en chevaux, en artillerie et en armes. Mais il nous reste la consolation d'avoir tout employé jusqu'au dernier moment pour sauver hommes et choses tant qu'il était possible de les sauver. Inutiles ont été

tous nos efforts ; la dissolution générale de l'armée entraînait irrésistiblement la nôtre.

A l'exception d'une petite partie de la garde, ce qui reste de la Grande Armée si réduite et si fondue est arrivé ici, semblable à une borde sans frein ; sans armes, sans cbefs, cette troupe court vers la frontière de l'Allemagne et ne demande pas les ordres de ses généraux ou de ses offici-ers qui, en grande partie, sans avoir un commandement quelconque, et, pour ainsi dire, comme s'ils étaient de simples pîirticuhers, prennent le même cbemin.

L'Empereur, dit-on, est déjà parti avant-hier d'ici pour Varsovie et Paris, et le roi de Naples a pris le commandement supérieur de l'armée. Sur son ordre, le major général Berthier a fait venir cbez lui ce matin tous les généraux et officiers d'état-major qui se trouvent à Vilna pour leur donner leurs instructions ultérieures.

Tous les généraux wurtembergeois qui sont ici, étant malades, je me suis rendu chez le major général avec Son Altesse le prince Adam. Je l'ai informé exactement de notre situation et il m'a répondu que le maréchal Ney nous donnerait aujourd'hui encore les ordres nécessaires sur notre future destination. Nous nous sommes transportés sans retard chez le général Ney. 11 nous a déclaré qu'il avait déjà donné au général Marchand des instructions : nous devions, tous les officiers avec la troupe qui restait encore, nous rendre sans délai à Danzig par Kovno et Konigsberg. En même temps, il nous félicita d'avoir échappé à tant de dangers et de revoir bientôt notre patrie. Pour lui, il était destiné à tenir jusqu'au dernier homme, et c'était le cœur serré qu'il se séparait de si braves troupes qui avaient mérité un meilleur destin.

Il ne nous fut pas difficile de conclure des autres

I propos du miréchal qu'il était impossible à l'Empe-

reur Napoléon de continuer la guerre contre la Russie et (jue lui, Ney, croyait certainement que les débris des troupes alliées retourneraient prochainement dans leur pays. Votre Majesté en sera sans doute iFiformée par d'autres avis et peut-être trouverons-nous, à notre arrivée à Konigsberg ou à Danzip^, les ordres de Votre Majesté à ce sujet.

Si l'on avait quitté Moscou quinze jours plus tut, on aurait pu prévenir la catastrophe; mais l'ennemi a réussi à nous bercer d'espérances de paix pour exécuter un plan qu'il avait bien médité.

L'approche des avant-posies ennemis qui occupent déjà les faubourgs de Vilna m'oblige à clore mon message.

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