‹ 1812, la guerre de Russie, notes et documentsChapitre 75 sur 125 · Murât à Napoléon · texte numérisé non relu

Murât à Napoléon

Septlettres de Murât à Napoléon, du i»"" au i5 janvier 1813 (Arch. nat. A. F. iv. 1651). Il annonce la « trahison » de Yorckqui « commence mal Tannée » (I). Il justifie l'abandon de Vilna et celui de Konig^sberg (II, III, IV). Puis il projette de prendre l'olTensive (V) et renonce à son dessein parce que Macdonald élève des difficultés (VI). Puis, après avoir évacué M arien bourg-, le voilà à Posen, et c'est de là, le 15, qu'il écrit à Napoléon, ainsi qu'à Eugène et à Berthier, qu'il s'éloigne de l'armée. Ses précédentes lettres présagent du reste sa résolution.

Kônigsberg, 1" janvier 1813.

Sire, j'étais loin, hier soir, quand j'annonçai k Votre Majesté l'arrivée de Macdonald àTilsit, de prévoir Tévénement que je viens d'apprendre à l'instant.

Pourquoi faut-il qu'une perfidie atroce détruise en un moment tout l'espoir que j'avais eu jusqu'à ce moment de couvrir les états prussiens, de conduire votre artillerie de siège déposée k Kônigsberg et de forcer l'ennenri k prendre ses quartiers d'hiver?

Sire, le général Yorck a trahi la cause commune, s'est éloigné de vos drapeaux, et cette conduite déloyale nous laisse k la merci des ennemis intérieurs «t peut-être nous expose k la fureur des partis.

Dans cette cruelle position, j'ai jugé qu'il ne me restait d'autre parti à prendre que celui de gagner la Vistule avec tout ce qui reste des divisions Grand-

jeaii, Heudelet, Loison et de votre garde. De là j'agirai encore suivant les événements et les mouvements de l'ennemi.

('ependant on approvisionnera Danzig et je désignerai les troupes destinées à sa défense. Le choix ne sera pas difficile; à peine m'en restera-t-il assez pour cela.

On évacuera d'ici tout ce que l'on pourra, on détruira le reste.

Le prince major général vous envoie tous les détails.

J'écrirai ce soir à Votre Majesté et je lui ferai connaître les mesures qui auront été définitivement arrêtées.

Sire, c'est mal commencer Tannée. Puissent votre puissance et votre génie venir à notre secours!

Elbing, 4 janvier 1813, 4 heures du matin.

Sire, ainsi que je l'ai mandé à Votre Majesté, j'ai

lu quitter Konigsberg, et le major général a du lui faire connaître l'ensemble des mesures que j'avais prescrites avant de m'éloigner de cette ville. Néanmoins j'en adresse copie à Votre Majesté.

J'ai reçu hier à Brandenbourg d'autres rapports du maréchal Macdonald avec une lettre du lieutenant général prussien Massenbach. Le major général a dû vous adresser copie de toutes ces pièces. Selon lui, l'Empereur Alexandre se trouverait à Mina et

I l'armée de Koutouzov et celle de l'amiral seraient en marche sur Varsovie, et Wittgenstein serait devant lui avec le projet de marcher sur la basse Vistule.

Le maréchal Macdonald a dû avoir une entrevue avec le prince Repnin. Il me tarde bien d'en connaître le résultat. Il avait déjà renvoyé les trois par-

lemontaires qui s'étaiont présentés. Selon toute apparence, les llusst's n'étaient pas en force à Tilsit, puisqu'au lieu do l'altaquer après la trahison des Prussiens, ils se bornèrent à le sorninerd'évacuer la place en le niena(;ant, en cas de refus, de l'en chasser à force ouverte. 11 paraît que jusqu'à Lahiau son arrière-garde n'avait pas été inquiétée.

Il ne restait plus une seule pièce d'artillerie de siège à Kônigsherg. Elle est toute sur la route de Danzig. Mais j'ai trouvé deux pièces abandonnées. Les essieux étant cassés, j'ai ordonné qu'on en envoyât de rechange et, j'espère, que pour peu que le duc de Tarente ne soit pas forcé d'abandonner trop précipitamment Kônigsherg, on parviendra à tout évacuer. Les poudres ont été dirigées d'abord sur Pillau. Il ne sera jamais possible d'évacuer les magasins de vivres. Mais votre ministre secrétaire d'Etat a cru devoir faire un arrangement par lequel la régence prussienne reconnaît notre propriété et s'engage à reproduire les mêmes quantités de denrées sur un autre pointquelconque de la Prusse. Le même arri^ngement a été, ce me semble, pris ici; mais, comme l'approvisionnement de Danzig est loin d'être au complet, j'ai ordonné qu'on tirât des magasins de réserve d'ici, pour être évacué sur cette place, toutce qu'il serait possible. M. le comte Daru rendant à Votre Majesté des comptes particuliers, je me dispense d'entrer dans de plus grands détails sur les différentes parties de son administration.

Le général comte Bourcier me rend un compte satisfaisant sur l'achat et la fourniture des chevaux. Le major général qui reçoit tous ses rapports donne aussi à Votre Majesté tous les renseignements qu'elle peut désirer sur les remontes de la cavalerie. Je ne pourrai pas non plus lui rendre compte des difTérentes mesures qu'elle a prescrites touchant sa garde qui doit rentrer en France, etc., le major général rece-

vant directement ses ordres pour tous ces détails. Ensuite, je ne puis dissimuler à Votre Majesté qu'il me serait impossible de m'en occuper.

Votre Majesté écrit au major g"énéral qu'elle est fâchée qu'on ne soit pas resté huit à neuf jours à Vilna. Sire, la fusion de l'armée qui avait commencé à Viasma par le i'^^ et le 4^ corps, qui s'était accrue à Krasnoï et était devenue complète après le passage de la Bérésina^ ainsi que cela ne put échapper à Votre Majesté, n'a jamais permis de pouvoir rallier mille hommes, et le froid des 5, 6 et 7 avait détruit la division Loison. Enfin, votre garde et la mienne firent l'arrière-garde depuis Kovno jusqu'à Kônigsberg-, et sa force disponible n'était pas de 1.200 hommes. J'aurais cru que Votre Majesté nous aurait rendu assez de justice pour croire que, si l'on ne s'est pas arrêté, c'est que toute espèce de ralliement de l'armée a été impossible, et Votre Majesté apprendra dans sept à huit jours tout ce que l'on a pu réunir dans les différentes places de la ^ istule.

Voici l'époque où je devrais recevoir la réponse de Votre Majesté à la déclaration que je lui ai faite qu'il m'était impossible de rester plus longtemps à l'armée. Sire, il ne me convient d'y rester que quand vous la commandez. Le roi de Naples ne saurait prendre sur lui de la commander qu'avec toute la plénitude de liberté et de pouvoir si indispensable à tout général d'armée. Sire, je le confesse à Votre Majesté, mes ennemis et de lâches dénonciateurs m'ont rendu trop timide, et je serais coupable envers Votre Majesté si je ne lui réitérais pas formellement la demande de la ferme résolution oii je suis de rentrer à Paris ou à Naples.

Elbing, 4 janvier 1813.

Sire, j'adresse à Votre Majesté copie des lettres

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que j'ai ccriles au roi de Prusse et copie de sa réponse à ma première. Je vous adresse aussi copie d'une lettre que je reçois du maréchal Macdonald. Quoique je sois bien loin de parlager son opinion sur la place de Danzig, j'ai pensé qu'il était nécessaire qu'elle en eût connaissance.

Sire, il est bien essentiel que Votre Majesté se prononce définitivement sur la ligne que je dois faire prendre. Car, si, d'un côté, Wittgenstein marche avec tout son corps d'armée, comme l'annonce le maréchal Macdonald, sur la basse Vistulc, et si les armées de Koutouzov et de l'amiral sont également en mouvement contre le grand-duché, il m'est démontré que je ne suis point en état de tenir la ligne de la Vistule, puisqu'après avoir formé la garnison de Danzig j'aurai toute la peine du monde à composer un corps de 6.000 hommes disponibles. Et que deviendrai-je avec cette petite force si les Prussiens viennent à se révolter comme nous en sommes menacés d'un moment à l'autre? C'est cette idée de ma position qui m'a fait embrasser celle de vous donner copie de la lettre du maréchal Macdonald.

Le major général envoie à Votre Majesté les états de situation des différents corps d'armée. Le prince d'Eckmiihl demande que l'approvisionnement de Thorn soit fait; il demande qu'on détermine la force de la garnison et la durée de sa défense. On me fait de toutes les places les mêmes demandes. N'ayant le plan d'aucune d'elles ni aucun rapport des généraux en chef d'artillerie et du génie, je ne puis donner aucune décision à cet égard, et je dois m'en référer soit au major général qui doit déjà connaître vos intentions, puisqu'un travail général sur toutes les places doit avoir été fait. Ensuite, jusqu'à ce moment je ne me vois en état que de défendre Danzig. Je suis surtout fort embarrassé sur la fixation du grand quartier général, vu les circonstances de la

Prusse et le peu de troupes qui me restent pour le protéger.

Le 17® et 19® régiments de lanciers lithuaniens ayant 1.200 chevaux disponibles, j'ai écrit à M. l'intendant général pour faire donner les fonds dont ces deux corps avaient besoin pour compléter leur armement et leur harnachement. Ces troupes sur la fidélité desquelles on doit compter seront avant quinze jours en état de nous rendre d'utiles services.

J'ai iait écrire confidentiellement à tous les commandants de Votre Majesté dans les places prussiennes pour leur faire connaître la perfidie du général d'Yorck et les engagera se tenir sur leurs gardes.

Je prévois qu'il sera impossible au maréchal Macdonald de se maintenir à Kônigsberg. Ne serait-il pas compromis, comme il l'observe fort bien, par le moindre mouvement que ferait l'ennemi de Friedland sur Eylau ou Elbing? Aussi attends-je avec impatience ses premiers rapports. Votre Majesté croira-telle que le général Sokolnicki n'a pas encoje reçu un seul rapport des nombreux émissaires qu'il dit avoir laissés sur nos derrières depuis Vilna jusqu'à Kônigsberg? On ne peut rien savoir de positif des Prussiens, et toutes les nouvelles qu'ils débitent sont toujours exagérées en raison du désir qu'ils ont de nous voir abandonner leur territoire.

Sire, il est bien cruel pour moi de ne pouvoir rien faire dans cette circonstance pour répondre à la haute confiance de Votre Majesté. Mais il faudrait, pour cela, des forces dont je manque absolument et tout mon dévouement échoue contre de semblables obstacles.

^B P.-S. — J'attends avec bien de l'impatience les

^H déterminations de la cour de Berlin; je suis loin de

^H penser que le roi ait pu ordonner l'événement du gé-

^H lierai Yorck.

Elbiny, 3 janvier 1813.

Sire, j'ai adressé hier au soir à Votre Majesté copie (le la lettre du duc de Tarente, et le prince major général vous adresse aujourd'hui copie de celle qu'il reçoit du même maréchal, sous la date d'hier, par laquelle il lui annonce sa résolution d'évacuer Kônigsberg ce matin, et que, suivant les rapports du pays, l'ennemi a pris, de Tapiau, la route d^Eylau : ce qui me porte à croire que le iO^ corps arrivera ici dans trois ou quatre jours.

Sire, je porterai vraisemblablement demain mon quartier général à Marienbourg, et j'espère avoir appris avant mon départ ce qui aura définitivement eu lieu dan$ la journée d'aujourd'hui à l'arrière-garde.

Néanmoins, j'adresse à Votre Majesté copie des différents ordres que j'ai expédiés, afin qu'elle soit toujours au courant des mesures qui sont prises ici.

Personne ne peut me donner de rapports sur les différentes places de la Vistule. Cependant, il est presque temps de prendre des mesures sérieuses pour leur défense. Ne connaissant moi-même aucune de ces places, je ne puis prescrire ces mêmes mesures que sur les rapports d'officiers du génie et d'artillerie.

Sire, la trahison du général d^Yorck et l'évacuation de Kônigsberg qui en est le résultat, rendent ma situation tout à fait mauvaise et surtout très embarrassante.

P. -S. — Je reçois à l'instant une lettre de votre ministre à Berlin qui contient de nouvelles assurances des bonnes dispositions du cabinet de Prusse. C'est demain que je in'attends à connaître la détermination du roi sur la conduite du général Yorck.

Elhing, 7 janvier 1813.

Sire, je reçois la lettre de Votre Majesté du 30 dér

cembre. Elle verra par les états de situation qu'il ne reste de tous les corps qui ont fait la campagne de Moscou que des cadres même très incomplets et que la force disponible se réduit à rien. Je pense que, si Votre Majesté veut les conserver et en tirer parti pour l'avenir, il est plus que temps de les rappeler dans l'intérieur de la France. On a tant souffert, on est si démoralisé qu'il serait même dangereux de les laisser longtemps ici. Ensuite, le plus grand nombre des soldats portés dans les colonnes des disponibles est gelé.

J'avais écrit à Votre Majesté que j'allais m'établir à Marienbourg. Mais, apprenant que le duc de Tarente était suivi sans relâche, j'ai pris le parti de m'arrèter ici et de faire arrêter le maréchal lui-même sur la Passai-ge à Braunsberg. Sans ce parti, des Cosaques finiraient par nous mener sous Danzig. Et où enverrais-je alors les cadres des corps de l'armée? Où irais-je moi-même, et que deviendraient les immenses magasins qui se trouvent ici et qui doivent servir à l'approvisionnement de Danzig? J'espère donc pouvoir réunir de 20 à 22.000 hommes dont 18.000 bien disposés et en état de combattre, et c'est avec ces forces que je puis espérer d'arrêter l'ennemi, si, comme tout porte à le croire, je n'ai que Wittgenstein devant moi. J'ai voulu aussi par là me ménager l'offensive dans la supposition que le roi de Prusse improuverait la conduite du général d'Yorck et ordonnerait à ses troupes de rentrer en ligne.

Votre Majesté trouvera ci-joint l'état des 20.000 hommes que j'ai maintenant sous la main et celui de l'artillerie attachée à ce corps*.

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