‹ 1812, la guerre de Russie, notes et documentsChapitre 77 sur 125 · Environ 50 pièces de canon · texte numérisé non relu

Environ 50 pièces de canon

nient à accéder à leur demande, d'autant plus qu'il ne leur reste plus rien, et qu'ils ont besoin même de ces riens-là pour pouvoir recompléter et renvoyer de nouveau leur contingent. Je vais prendre le même parti pour les cadres de ma garde dont les deux tiers des hommes ont les pieds et les mains gelés. C'est une véritable calamité, Sire, qui a frappé votre armée.

Le major général se trouve malade dans son lit et je vous écris moi-même ayant la fièvre.

Votre Majesté n'a pas répondu sur le choix de celui qui devait me remplacer en cas de maladie ou de départ. Je préviens Votre Majesté que je laisserai le commandement au vice-roi, lorsque je serai forcé par maladie ou par d'autres circonstances majeures à abandonner l'armée.

Marienbourg, H janvier 1813, 10 heures du soir.

Sire, Votre Majesté aura vu par ma dernière que j'avais réuni tout ce qu'il y avait de disponible dans Tarmée et que j'étais décidé à combattre le corps de Witlgenstein sur les hauteurs d'Elbing. Votre Majesté aura vu par les copies des différentes lettres du maréchal Macdonald qui lui auront été adressées par le prince major général, toutes les difficultés que n'a cessé de présenter ce général. Le mauvais esprit de ces mêmes lettres ne lui aura sans doute pas échappé. L'ennemi ne le poursuivit que très faiblement jusqu'à Frauenbourg.

Le 9, une nuée de Cosaques déboucha dans les environs d'Elbing par les routes de Mûhlhausen, Preussisch-HoUandetChristbourgetinterceptait la route de Marienbourg. Ces Cosaques furent chassés de Mûhlhausen, repoussés jusqu'à une lieue de Preussisch- Holland, et des escortes ont suffi pour communiquer avec Marienbourg. Jusqu'au 10, il n'avait point encore

paru (l'infanterie et, sur le soir de ce même jour 10, les postes Je hi division Grandjean furent attaqués en avant de Mùldliausen; le village de Herrendorf fut attaqué, pris et repris trois ou (juatre fois; enlin il nous resta.

Je lis moi-même liier une reconnaissatice sur Preussisch-llolland. Les Cosaques furent trouvés à une lieue de la ville; ils prirent la fuite. Cependant on avait pris deux Cosaques à iMiililliausen et un sur la route de Marienbourg, et j'appris d'eux que les corps de Wittgenstein et de l'amiral Tchitcliagov les suivaient de très près, l'un par la route de Wormditt et l'autre parcelle de Mehlsack; qu'ils faisaient partie du corps de Platov et que Platov lui-même était à Preussiscli-HoUand ; que l'empereur Alexandre était à Vilna et le maréchal Koutouzov sur Bialystok, et que toutes ces armées marchaient sur la basse Vistuie. Les lettres ci-jointes que j'adresse à Votre Majesté me donnaient à peu près les mêmes renseignements et les habitants du pays les confirmaient. Dans cet état de choses, il n'y a pas eu à balancer; la partie eût été trop inégale; l'ennemi eût pu entrer à Danzig avant moi. J'ai donc dû prendre le parti de quitter ce matin Elbing avec la garde de Votre Majesté et les troupes napolitaines, et le maréchal duc de Tarente a reçu l'ordre de se rapprocher de Danzig. Il est prouvé aujourd'hui que c'est la seule trahison du général Yorck qui a porté les Russes à passer le Niémen et à se rappj'ocher de la Vistuie. C'est pour appuyer ce premier pas de la Prusse et c'est dans l'espoir de la détacher absolument de Votre Majesté qu'ils marchent sur la basse Vistuie.

Je n'ai point parlé à Votre Majesté de la conduite du roi de Prusse; elle t'aura apprise presque en même temps que moi. Son aide de camp a été accompagné jusqu'aux avant-postes ennemis; il en a été reçu ; je n'en ai plus de nouvelles depuis ce

tenips-là. Je lui avais donné un ordre formel de donner au général de Kleist l'ordre de rallier son corps et de me rejoindre; j'avais accompagné mon ordre de la copie d'une lettre du Roi qui m'autorisait à cette démarclie; j'adresserai demain à Votre Majesté la copie de cette lettre.

Me voyant réduit aux forces de la seule garde de Votre Majesté et d'environ 2.000 hommes de troupes napolitaines et sur le point d'être sans communication avec Danzig et ne pouvant tirer aucun secours de la Grande Armée, j'ai dû prendre le parti de repasser la Vistule et de faire évacuer Marienw^erder et Marienbourg. Le maréchal Ney va se porter sur Kiistrin; le vice-roi, sur Posen et Glogau. Je dirigerai le l*^"^ corps de Thorn sur Stettin. Des Bavarois formeront la garnison de Thorn. Tous ces corps eussent été évidemment compromis et sans doute enlevés darls les différentes places de la Vistule puisqu'ils n'étaient pas assez forts pour se défendre eux-mêmes et que je n'avais aucune force de disponible pour les secourir. Mon quartier général sera après-demain à Stargard. Les hôpitaux et les établissements entre la Vistule et l'Oder, à partir du canal de Bromberg, seront transférés sur les places de l'Oder. Il en sera de même des dépôts de remonte, non compris celui de Posen et celui de Varsovie.

J'éprouvais un grand embarras sur le choix de mon quartier général, et tout le monde a été d'avis qu'il ne saurait être mieux qu'à Posen, point central entre Varsovie et Berlin, comme aussi de toutes les communications. Je me suis rendu à cette opinion. Je m'y rendrai en poste ainsi que le quartier général de Stargard. Je ferai annoncer que, Tarmée ayant pris ses quartiers d'hiver, j'ai choisi Posen comme point le plus central.

Le prince major général est véritablement malade; je le suis aussi, Sire, et je crains bien d'être

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forcé d'abandonner le travail dans quelques jours. Me voilà enfin réduit à environ 4.000 honniies de disponibles et pour toute défense du grand quartier général.

Posen, 15 janvier 1813.

Sire, quoique je n'aie cessé d'écrire h Votre Majesté que je ne pouvais conserver le commandement de la Grande Armée, je n'aurais cependant jamais pris le parti de m'en éloigner sans l'état de maladie où je me trouve réduit depuis cinq ou six jours, état qui mVmpôclie absolument de m'occuper d'atfaires.

Dans cet état de choses, je me suis vu forcé d'éciire les deux lettres dont j'envoie copie ci-joinle à Votre Majesté. Je me flatle qu'elle rend assez de justice à mes sentiments pour elle, pour croire à la douleur que j'éprouve de cesser un instant de la servir. Mais j'espère que quelques mois de séjour dans le bienfaisant climat de Nàples me permettront de venir reprendre au printemps prochain mon ancien commandement.

P. -S. — J'ai la fièvre et un commencement de jaunisse bien prononcé.

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