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MARCHE DE BLUCHER SUR PARIS SITUATION CRITIQUE DE L'ARMÉE DE SILÉSIE

L'audacieuse expédition conçue par le feld-maréchal Blûcher avait d'abord très bien réussi. Le 24 février, avant même que l'ordre de mouvement qu'il sollicitait depuis deux jours du grand quartier général lui fût parvenu, il avait de sa propre autorité porté ses troupes au delà de l'Aube, à Baudement, à Anglure et à Plancy *. Le 25, il reçut deux lettres de l'empereur de Russie et du roi de Prusse, qui non seulement l'autorisaient à prendre une vigoureuse offensive, mais l'y encourageaient par de chaudes paroles. « On ne saurait que se promettre le plus heureux résultat de vos opérations, » écrivait le czar. a L'issue de la campagne est dans vos mains, le bonheur des peuples dépend de vos succès ^ » écrivait de son côté Frédéric- Guillaume., A ces vœux était joint, — ce qui valait mieux, — l'avis que le corps prussien de Biilow comptant 16 900' hommes et le corps russe de Winziugerode, d'un effectif de 26 000* hommes, étaient désor-

1. Ordre de Gnej«enan, cité par Plotho, Der Krieg in Frankreich.UI, 266, Cf. Droj'sen, York'f Lehen, III, 324; Mémoires de Marmont, VI, 197.

2. Lettres de l'eiipereur de Russie et du roi de Prusse à Blûcher, Bar- ■ur-Aube, 25 février, citées par Bogdanowitsch, I, 487-488 et 274.

3. Damitz, Gesch des Feldzugsges 1814, III, 478; Schelz, Die operazion. der vet bûndeten Beere gegen Paris, I, 53.

4. Les rapports <ie Winzingerode et de son lieutenant Woronzoff. Arch. topographiques de Saint-Pétersbourg, n*' 46692, 307 et 47 453, ne concordent

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mais placés sous le commandement de Blucher. La îetireduczar contenait sous cachets volants les ordres à faire tenir çn conséquence à ces deux généraux. Biilow arrivait alors à Laon et Winzingerode occupait Reims. Le feld-maréchal s'empressa d'envoyer ces ordres à ses nouveaux lieutenants en y joignant ses propres instructions, puis il se mit incontinent en marche *. Il se voyait déjà à Paris, car dans sa pensée le petit corps de Marmont devait être seul à lui barrer la route. Or cette poignée de Français ne saurait opposer une résistance efficace à son armée, dont le chiffre s'élevait à quarante-huit mille soldats*. A la vérité , Bliicher s'attendait d'avoir à combattre sous les murs de Paris des forces assez considérables ; mais, avant qu'il fût arrivé là, il comptait être rejoint par Winzingerode et Biilow. D'autres renforts encore étaient en route. Le général comte de Langeron, qui avait quitté Mayence le 2 février sur les ordres pressants de Blucher, était le 24 à Yitryle-François, et son lieutenant, comme lui émigré au service de la Russie, le général oomtedeSaint-Priest, entrait alors en Lorraine '. Blucher pensa que si une partie seulement do ces troupes le rejoignait à temps, il serait en forces pour attaquer Paris; les renforts restés en route serviraient à protéger ses derrières contre un retour éventuel de Napoléon. D'ailleurs

pas avec le chiffra de 30000 hommes donné aa corps da c« général, à la fin de février, par tous les historiens allemands et russes. Avant le passage da Rhin, Winzingerode avait 36000 hommes, mais tous n'entrèrent pa^ en France. Le 24 février, à Reims, Winzingerode avait 19000 hommes ; du îâ au 28 février, il reçut 6900 hommes de renfort (brigades d'infanterie Poncet Krazowsky et Scholtucbin et cosaques de Tetteubom). Total : 15900 hommes

1. MiJffliDg. Aut meinrm Leben, 123; Kriegtgnek. det Jakre* 1814, II,73-7^:- 83; AHffn dn Gêner. J}<!ou) (par un officier prussien). 308 ; Plolho, 111, 21C,

2. York : 14238 hommes; Kleist: 9800;Sacken: 13700; Kapsévitscb.Rudléwiisch et Korff (divisionnaires de Langeron) : 10 ou 11000. Journal des opérations du général comte de Langeron. Arch. topographit]u<is do Saint- Pétersbourg, n« «9103; Plotho, lU, 262; DamiU, III, 47«; Schels, I, 53.

3. Journal da Langeron. Arch. topographiqaea da Saint-Pétersbourg.,

pour n'avoir rien à redouter de l'empereur, il fit ce jour même envoyer une lettre au roi de Prusse, l'informant que l'armée impériale se disposait à marcher à la suite de l'armée de Silésie*. Si, comme Bliicher y comptait, Schwarzenberg- reprenait l'offensive au reçu de cette lettre, il était présumable que le mouvement des Austro-Russes obligerait l'empereur à concentrer toutes ses forces pour leur disputer le terrain.

Le 25 février, Bliicher se mit donc en marche, ayant pour objectif tactique Marmont et pour objectif stratégique Paris. Dans l'après-midi, les tôtes de colonnes de l'armée de Silésie attaquèrent le petit corps de Marmont sur les hauteurs de Vindé, en arrière de Sézanne. Les Français se retirèrent à pascomptés, couverts par des échelons d'artillerie qui arrêtèrent les charges incessantes de la cavalerie ennemie. Le 26, Marmont atteignit la Ferté-sous- Jouarre, suivi de près par les Prussiens de Kleist et d'York, tandis que les Russes de Sacken et de Kapzéwitsch marchaient directement sur Meaux par la grande route de Coulommiers*. A la Ferté-sous- Jouarre, Marmont fut rejoint par le maréchal Mortier qui sur son appel arrivait de Soissons^. Les deux maréchaux se trouvaient désormais à la tête d'une dizaine de mille hommes*. Le 27 février, ils s'éta-

1. Danilewsky, Feldzug in Frankreich 1814, I, 169. — Nons avons déjà dit (p. 114) qu'il y avait là une ruse de Bliicher puisque, le 25, aucun Français n'avait passé l'Aube.

2. Rapport de Marmont à Berthier, Meaux, 28 février. Arch. nat.,AF.,iv, 1669. Cf. Plotho, 111, 269-270.

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