‹ 1814. Sièges de Sens; défense de l'Yonne et campagne du général AllixChapitre 17 sur 27 · EXTRAIT DU REGISTRE DES DÉUBÉRATIONS DU CONSEIL · texte numérisé non relu

EXTRAIT DU REGISTRE DES DÉUBÉRATIONS DU CONSEIL

MUNICIPAL DE SENS (TOME IIl)

...Et le dit jour, deux juin 1814, le conseil municipal, assemblé pour la séance annuelle :

Considérant qu'à titre de justice, de reconnaissance et même de récompense la plus flatteuse pour l'homme de bien et le défenseur de la patrie, il est de son devoir de distinguer et mettre en évidence les fonctionnaires publics qui, par leur zèle, ont, au milieu des dangers, rendu des services importants et inappréciables à la commune ;

Considérant que l'effroi et la terreur pendant les différents sièges, bombardement et vexations des armées ont été tels dans la ville de Sens, que les habitants et la plupart des fonctionnaires publics, encore plus exposés, n'ont dû leur salut et celui de leur famille que dans une fuite momentanée ; que la ville avait été entièrement déserte, abandonnée, en proie à une ruine totale, et les hôpitaux sans secours, si MM. le comte de Laurencin, ancien militaire, Lorne, et Cornisset, négociants, n'eussent eu le courage de se réunir et, sans désemparer, de braver les dangers, se sacrifier et se dévouer, jusqu'à la fin, à la défense et protection des propriétés des habitants de la commune entière ;

Que M. Bardin, secrétaire de la sous-préfecture, ayant, par sa constance et ses travaux, mérité d'être nommé sous-préfet par intérim, a développé le même zèle pour cet arrondissement.

Que ces dignes citoyens, s'étant mis en chef à la tête de la

commune, assistés de quelques autres généreux habitants, notamment de M. Chardon, commissaire de police, parleur zèle, leur intelligence, leurs fatigues, et aux risques de leur vie, ont sauvé la ville des massacres, paré à Tincendie général, traité avec les chefs des armées étrangères, de manière à rendre sans effet, au moment de leur départ, leurs intentions hostiles, perfides et vexatoires contre cette commune et contre Farrondissement ; que le souvenir de pareils services doit être transmis à la postérité.

En conséquence, le conseil, à l'unanimité, est d'avis :

lo De déclarer et déclare que MM. Bardin, de Laurencin, Cornisset et Lorne, ont bien mérité de cette commune et de cet arrondissement; que leur conduite, digne de servir à tous les citoyens d'exemple au milieu des dangers et consignée dans la présente délibération, sera transcrite sur ses registres.

2o Qu'il sera député deux membres du conseil, MM. de Saint-Maurice et Miron de Pont-le-Roi, nommés à cet effet, lesquels, avec M. Billebaut, adjoint, pour la vacance du maire, se transporteront chez eux pour leur témoigner, au nom des habitants de la commune, de l'arrondissement et du conseil, la reconnaissance de leurs services, et de leur remettre expédition de la présente délibération.

30 Qu'il en sera délivré deux autres expéditions pour être adressées à M. le Préfet de l'Yonne et au ministère de l'intérieur.

Fait et arrêta en conseil général lesdits jours et an, deux juin 1814.

L'adjoint faisant fonction de maire, Signé : Billebault (1).

(1) Cette délibération, inspirée par une louable reconnaissance, fut rédigée par M. Miron de Pont-le-Roy, qui avait été absent de Sens pendant l'invasion. Elle eût sans doute gagné en précision et en autorité, si elle eût été confiée à un témoin oculaire ou à l'un des auteurs des sièges de Sens. — Voy. sur ce sujet les observations sévères de M. Lorne. Relation manusc.

ADRESSE DE FÉLICITATION A M^^s BÉNARD, POLLET ET MHe DUROULIN

EXTRAIT DU REGISTRE DES DÉLIBÉRATIONS DU CONSEIL MUNiaPAL DE SENS (TOME III )

...Et le dit jour, 8 juin 1814, le conseil municipal, réuni en session ordinaire, un membre a dit :

« Oc( upés depuis le mois de janvier dernier des suites malheureuses de la guerre qui, pendant près de trois mois, a dévasté notre ville et notre arrondissement, pour la première fois, le 2 juin, à l'ouverture de la session ordinaire et annuelle, vous avez pu vous livrer à la douce satisfaction d'offrir un témoignage distingué de votre reconnaissance aux citoyens qui, dans ces circonstances désastreuses, vous ont donné des preuves de leur courage et de leur dévouement. Je viens de nouveau aujourd'hui vous rappeler des services importans, et déjà, Messieurs, vous savez tous que je veux vous. parler de Mesdames Besnard, PoUet et de Mademoiselle Duroulin.

« Vous retracer. Messieurs, les événements qui suivirent la première entrée des Wurtembergeois dans la ville, c'est renouveller vos douleurs. Cependant, je ne puis vous taire l'héroïsme de M™e Besnard, qui, seule, au milieu du carnage ose, pour le salut de tous, braver les bayonnettes et la mort pour fléchir un vainqueur irrité.

« Mais de nouveaux dangers nous menaçaient encore; pour la seconde fois. Messieurs, nous fûmes exposés à une résistance inutile, et nous faillîmes en être les victimes. Depuis vingt-quatre heures, les boulets et les obus tombaient de toutes parts, et déjà le feu s'était manifesté dans plusieurs endroits, lorsque M»'« Besnard, M"<î Duroulin et M««e Pollet, conçurent le généreux projet de se dévouer pour sauver la ville, et que, par un courage au-dessus de leur sexe, elles

franchirent les barricades d'une des portes, se rendirent au camp du général qui commandoit les troupes alliées, lui démontrèrent que les habltans ne prenoient aucune part à la résistance qu'on lui opposoit et qu'au contraire leurs vœux Tappelloient au milieu d'eux. C'est ainsi qu'elles parvinrent à le calmer et que, dès cet instant, il fit cesser leur feu.

a Ce dévouement, Messieurs, mérite, non seulement des éloges, mais encore un témoignage éclatant de votre reconnaissance.

a Sur quoi; ouï le rapport, la matière mise en délibéra • tion, le Conseil municipal considérant qu'il est de toute justice d'honorer le courage et l'intrépidité des dames Besnard, Follet et de mademoiselle Duroulin et voulant reconnoître au nom des habitants, d'une manière éclatante et durable, les services qu'elles leur ont rendus et à la ville.

« Arrête que, pendant leur vie, le§ dames Besnard, PoUet et demoiselle Duroulin sont et seront dispensées du logement de gens de guerre, pourquoi il sera fait mention sur le rôle des logemcnsv avec cette apostille en marge :

a Exempte pour services rendus à la ville.

a El qu'expédition de la présente délibération sera transmise à chacune d'elles par MM. Billebault, adjoint pour la vacance du maire. Pelée de Saint-Maurice et Miron, députés à cet effet par le conseil. »

Fait et arrêté, en conseil général, lesditsjour et an.

8 juin 1814.

Signé : Billebault.

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