Berton. Précis, 47-48. Cf. la lettre précitée d'Exelmans
5. Assurément, Exelmans n'eût pu, avec ses 3,300 dragons et même avec le concours des 4,500 fantassins et cavaliers de Pajol (s'il eût pensé à prévenir celui-ci dès midi), couper la route, vers Ernage ou "Walhain, aux 20,000 hommes de Thielmann. Thielmann l'eût contenu avec son arrièregarde et aurait continué sa marche sur Wavre. Mais, en suivant de près les Prussiens sans s'engager à fond, Exelmans aurait su, dès 3 heures, qu'ils se repliaient sur Wavre, et ces renseignements transmis à Grouchy auraient contraint le maréchal à manœuvrer autrement qu'il ne fit.
6. Berton, 48-49. Cf. Wagner, IV, 35. Damitz, II, 208. Journal de la brigade Bonnemains. (Arch. Guerre, à la date du 3 juin.)
Les Prussiens n'étaient pas encore bien loin. Il aurait pu reprendre le contact qu'il avait perdu par sa faute. Il ne sut pas réparer son très coupable manque de vigilance. Au lieu de pousser des partis dans toutes les directions et de suivre avec le gros de ses forces celui qui aurait retrouvé les traces de l'ennemi, il alla simplement prendre position à Sauvenière, à une petite lieue au nord de Gembloux, satisfait d'avoir capturé près de là un parc de quatre cents bœufs ] .
Pendant cet après-midi, Grouchy avait montré peu d'activité ; l'inertie d'Exelmans le paralysa tout à fait. Il remit au lendemain la poursuite des Prussiens. Le corps de Vandamme avait fait seulement treize kilomètres et le corps de Gérard à peine dix. Or, bien qu'on eût encore près de deux heures de jour, Grouchy arrêta ses troupes. Il fit bivouaquer l'infanterie de Vandamme autour de Gembloux et celle de Gérard en arrière de ce village2. Le maréchal a allégué comme excuses le mauvais état des chemins et la pluie qui tombait à torrents 3. Mais du côté de Wavre et de Dion-le-Mont, les chemins n'étaient pas meilleurs, et les Prussiens marchaient sous la pluie battante.
Exelmans, cependant, s'était déterminé vers six
1. Berton, 49. Cf. Grouchy à Napoléon, Gembloux, 17 juin, 10 heures et quart. (Arch. Guerre.)
2. Grouchy (Belat. suce, 24) prétend que Vandamme établit son corps d'armée à une lieue et demie au-delà de Gembloux. C'est encore une erreur de mémoire. Lefol {Souv., 75), dont le témoignage concorde avec celui de Vandamme (Lettre à Grouchy, Gembloux, 17 juin, et ordre du jour, Gembloux, 18 juin, Arch. Guerre), dit expressément que les troupes du 3e corps bivouaquèrent autour de Gembloux, sauf les états-majors, qui logèrent dans ce village. — La position des bivouacs de Gérard est indiquée dans le rapport de Hulot (comm. par le baron Hulot).
3. Grouchy, Belat. suce, 25. — Le maréchal invoque aussi l'obscurité de la nuit, oubliant que le corps de Vandamme s'arrêta à Gembloux à 7 heures du soir, et qu'à cette époque de l'année, même par une forte pluie, il fait assez clair pour marcher jusqu'à 8 heures et demie.
heures à envoyer à la découverte la brigade Bonnemains sur Sart-à-Walhain et le 15e dragons sur Perwez^. Bonnemains dépassa Sart-à-Walhain et jeta des partis vers Nil-Saint- Vincent et Tourinnes. Ce dernier village était encore occupé par une arrière-garde prussienne. Après avoir observé pendant près d'une heure cette infanterie, qui ne bougeait pas. les dragons rétrogradèrent ; ils s'établirent au bivouac à Ernage. Là, vers dix heures, un paysan vint rapporter à Bonnemains que l'ennemi avait évacué Tourinnes, se dirigeant vers Wavre. Bonnemains en rendit compte. De retour de Perwez, le colonel du 15° dragons fit savoir aussi que les troupes prussiennes en retraite marchaient sur Wavre2.
Ces rapports ne parvinrent à Grouchy que fort avant dans la nuit. Mais, dès six heures, il savait par une lettre de Pajol que la colonne ennemie, qui avait semblé d'abord se diriger sur Namur, marchait vers Louvain3. Et, entre sept et huit heures, il avait lui-même recueilli à Gembloux des renseignements importants. Si ces informations ne concordaient pas toutes, si, selon
1. Journal de Bonnemains. (Arch. Guerre.) Berton, Précis, 49. — Grouchy dit dans sa lettre à Napoléon (Gembloux, 17 juin, 10 heures du soir qu'Exelmans envoya ces reconnaissances sur son ordre. Cela n'est pas certain, car : 1° il n'est rien prescrit de pareil dans la lettre de Grouchy à Exelmans (Gembloux, 7 heures du soir) ; — 2° nous savons par la lettre de Bonnemains à Exelmans (Ernage, 10 heures du soir) que Bonnemains qui avait poussé jusqu'àTourinnes et qui était resté environ une heure devant ce village, était déjà en marche rétrograde dès 8 heures du soir. Comme de Sauvenière à Tourinnes il y a près de 2 lieues, Bonnemains avait dû certainement partir de Sauvenière avant 7 heures, soit avant l'arrivée de Grouchy à Gembloux.
2. Bonnemains à Chastel, Ernage, 17 juin, 10 heures et quart du soir. (Arch. Guerre.) Journal de la brigade Bonnemains. Berton, Précis, 49.
3. Pajol à Grouchy, en avant du Mazy, 17 juin, midi. (Arch. Guerre.) — Grouchy (Relat. suce, 24) constate qu'il reçut cette lettre avant d'arriver à Gembloux.
quelques-unes, les Prussiens s'acheminaient par Perwez sur Liège ou Maastricht, selon la plupart ils se dirigeaient sur Wavre pour rejoindre Wellington vers Bruxelles { .
De la dépêche de Pajol et de l'ensemble des renseignements donnés par les habitants de Gembloux il résultait donc : en premier lieu, que l'ennemi ne battait pas en retraite sur Namur, comme on l'avait cru le matin; en second lieu, qu'il marchait soit sur Louvain, Maëstricht ou Liège, soit sur Wavre, mais bien plus vraisemblablement sur ce point, et avec le dessein de se réunir à l'armée anglaise.
Dans ces circonstances, il fallait en tout cas se diriger sur Wavre, car si les Prussiens se repliaient vers Liège, Maëstricht ou Louvain, ils se mettaient eux-mêmes hors de cause pour deux jours au moins, tandis que, s'ils se ralliaient à Wavre en vue d'une jonction avec l'armée de Wellington, il y avait danger imminent pour l'empereur. Donc Grouchy devait et pouvait2, dès huit heures du
1. Renseignement recueilli à Gembloux, 17 juin. (Arch. Guerre, Armée du Nord.)
Ce « renseignement » est reproduit ainsi que deux autres de même nature dans le livre de Grouchy, Relat. suce, Appendice II, 21-22. Là, comme dans la copie des Archives de la Guerre, ce « renseignement » porte : Troisième renseignement recueilli à Gembloux. En réalité, il devrait porter : Premier renseignement (recueilli à Gembloux). Il est manifeste que ce « renseignement » de Gembloux est antérieur aux deux autres de Sart-à-Walhain où il est dit: « hier, 17 juin ». De plus, Grouchy (Relat. suce, 25, 27, 33) dit expressément que les premiers renseignements furent recueillis à Gembloux vers 7 heures du soir, le 17; les seconds, à Sart-à-Walhain, dans la nuit; et les troisièmes à Sart-à-Walhain, le 18, vers 10 heures du matin. Enfin les trois lettres de Grouchy à l'empereur, 17 juin, 10 heures du soir, 18 juin, 6 heures, et 18 juin, 11 heures du matin (lielat. suce, Appendice II, 3-G), reproduisent en partie et successivement ces trois renseignements. Il est aisé de reconnaître par laque le «renseignement» qui porte faussement le n° 3 fut le premier reçu, celui qui porte le n° 1 le second, et celui qui porte le n° 2 le troisième.
2. Grouchy pouvait faire exécuter ce mouvement sans excéder les forces de ses troupes, ni lasser leur patience. Seuls les dragons d'Exelmans auraient eu à quitter leur cantonnement; le corps de Vandamme commen-
soir, porter la cavalerie d'Exelmans à Walhain et à Sart-à-Walhain, le corps de Vandamme à Ernage et le corps de Gérard à Saint-Géry. Non seulement, par ce mouvement, il eût établi son armée dès le soir môme à une lieue plus près de Wavre, mais en faisant doubler incontinent le 4e corps sur le 3e pour le porter à Saint-Géry, il se fût donné la faculté de marcher le lendemain, sans perte de temps, en deux colonnes parallèles. De plus, à Saint-Géry, le 4e corps se serait trouvé tout placé pour gagner rapidement Mont-Saint- Guibert et les ponts de Mousty et d'Ottignies si Grouchy. au soleil levant, avait cru devoir se diriger sur Wavre par la rive gauche de la Dyle.
Grouchy ne comprit pas que Wavre était son objectif immédiat et qu'il devait sacrifier l'espoir douteux d'atteindre les Prussiens, s'ils battaient en retraite vers Liège, à la nécessité de couvrir le flanc de l'armée impériale s'ils manœuvraient pour rejoindre les Anglais. A dix heures du soir, il écrivit à l'empereur : « ... Il paraît, d'après tous les rapports, qu'arrivés à Sauvenière les Prussiens se sont divisés en deux colonnes : l'une a dû prendre la route de Wavre, l'autre colonne paraît s'être dirigée sur Perwez. On peut peut-être en inférer qu'une portion va rejoindre Wellington et que le centre, qui est l'armée de Bliïcher, se retire sur Liège, une autre colonne avec de l'artillerie ayant fait sa retraite sur Namur. Le général Exelmans a l'ordre de pousser ce soir six escadrons sur Sart-à- Walhain et trois escadrons sur Perwez. D'après leurs rapports, si la masse des
çait à peine à s'établir au bivouac, et le corps de Gérard était encore en marche. Avant d'arriver à Gembloux, Gérard aurait fait tête de colonne à gauche pour prendre le chemin qui mène à Saint-Géry.
Prussiens se retire sur Wavre, je les suivrai dans cette direction, afin qu'ils ne puissent gagner Bruxelles et de les séparer de Wellington. Si, au contraire, mes renseignements prouvent que la principale force prussienne a marché sur Perwez, je me dirigerai par cette ville à la poursuite de l'ennemi1. »
Bien que Grouchy dise dans cette lettre qu'il se prépare, selon les nouvelles de la nuit, à marcher soit sur Wavre, soit vers Liège, il ne prend aucune disposition en vue du premier de ces mouvements. Ses ordres pour L3 lendemain — ordres à Exelmans et à Vandammo de se porter à Sart-à- Walhain; ordre à Pajol de se diriger du Mazy sur Grand-Leez; ordre à Gérard de suivre le 3e corps à
1. Grouchy à Napoléon, Gembloux, 17 juin, 10 heures du soir. (Arch. Guerre, Armée du Nord.)
Dans sa Relation succincte (Appendice II, 3-4), Grouchy cite cette lettre, mais avec une rédaction un peu différente. Au lieu de : « ... Si la masse des Prussiens se retire sur Wavre, je les suivrai dans cette direction afin qu'ils ne puissent gagner Bruxelles et de les séparer de Wellington, » on lit : « ...je les suivrai dans cette direction et les attaquerai dès que je les aurai joints. » Le marquis de Grouchy (Mém. de Grouchy, IV, 58-59 et 2B3-264) a cité aussi la lettre de 10 heures du soir avec cette seconde rédaction, en ajoutant qu'il en a l'original sous les yeux. Il veut dire sans doute la minute; car l'original d'une lettre reste généralement dans les mains de celui qui a reçu la lettre. La copie des Archives de la Guerre porte cependant en marge : d'après la minute, et Gérard a cité cette lettre (Dernières Observations, 15-16) dans la première rédaction avec cette mention : « Certifie conforme à l'original qui nous a été remis par l'empereur Napoléon et qui est entre nos mains : (Signé) général Gourgaud. » Enfin il m'a été communiqué une autre copie, provenant des papiers de Sainte-Hélène, qui est conforme à la copie des Archives de la Guerre.
On a beaucoup discuté sur les deux rédactions de cette lettre. Je crois bien que c'est le texte de la copie des Archives de la Guerre, qui est authentique. Mais pour moi la question est de peu d'importance. Dans l'un et l'autre textes, Grouchy commence par parler d'un mouvement possible des Prussiens par Wavre pour rejoindre Wellington. Qu'il dise ensuite : Je les suivrai afin quils ne puissent gagner Bruxelles et de les séparer de. Wellington, » ou : Je les suivrai et les attaquerai dès que je les aurai joints, c'est le même sens. Grouchy n'en annonce pas moins qu'il attaquera les Prussiens en marche; et l'empereur, au reçu de la lettre, n'en aura pas moins l'assurance que Grouchy manœuvrera pour s'opposer à un mouvement de flanc des Prussiens.
Sart-à-Walhain et d'envoyer sa cavalerie à Grand- Leez, «l'ennemi se retirant sur Perwez*» — témoignent que, oubliant Wellington et négligeant Wavre, c'est dans la direction de Liège qu'il s'obstine à chercher l'ennemi.
1. Ordres de Grouchy à Exelmans, à Vandamme, à Pajol et à Gérard. Gembloux, 17 juin, au soir et 10 heures du soir. (Arch. Guerre.)
Il est à remarquer que, dans ces divers ordres, il est question plusieurs fois de Perwez, et pas une seule fois de Wavre.
I. Échange de dépêches entre Blùcher et Wellington (matinée du
17 juin). — Retraite des Anglais (dix heures). il. Arrivée de Napoléon aux Quatre-Bras encore occupés par la
cavalerie anglaise (deux heures).
III. Vive poursuite de l'arrière-garde anglaise par Napoléon en personne. — Combat de Genappe. — Canonnade à Mont-Saint- Jean (sept heures).