‹ 1815 (volume 2)Chapitre 169 sur 271 · TOPOGRAPHIE DU CHAMP DE BATAILLE · texte numérisé non relu

TOPOGRAPHIE DU CHAMP DE BATAILLE

du S.-S.-O. au N.-N.-O. Après avoir atteint le plateau de Mont-Saint-Jean, elle s'embranche à angle aigu, au hameau de ce nom, sur la grande route, laquelle traverse, à environ une lieue de là, le village de Waterloo, construit dans une échancrure de la foret de Soignes, et continue vers Bruxelles en s'enfonçant sous bois1.

Vue de la Belle-Alliance, la grande route de Bruxelles, qui descend et remonte en ligne droite, semble très roide. C'est une illusion de perspective. En réalité, la pente n'a point une si forte inclinaison. Un cavalier peut la gravir à un galop soutenu sans trop presser son cheval ni l'essouffler2. Mais à la droite comme à la gauche de la route, le sol très inégal s'escarpe en maint endroit. C'est une succession infinie de mamelons et de creux, de plis et de rideaux, de sillons et de renflements. Toutefois, à le regarder des hauteurs, le double vallon a l'aspect d'une plaine s'étendant sans dépressions marquées entre deux collines d'un très faible relief. Il faut passer à travers champs pour voir ces mouvements de terrain incessants et onduleux, comparables aux houles de la mer.

Le chemin d'Ohain à Braine-L'Alleud, qui côtoie la crête du plateau de Mont-Saint-Jean et y coupe à angle droit la route de Bruxelles, couvre d'une ligne d'obstacles naturels presque toute la position anglaise. A l'est de la grande route, ce chemin est au ras du sol ; mais une double bordure

1. On a vu que Wellington avait établi, le soir du 17 juin, son quartiergénéral à Waterloo ; il y écrivit, le 19, le bulletin de sa victoire. C'est pourquoi la bataille porte le nom de Waterloo, bien que l'action se soit passée à une lieue au sud de ce village.

2. J'ai fait plusieurs fois cette expérience. — En raison des mouvements du terrain qu'elle traverse, la route de Bruxelles est tantôt au niveau des champs, tantôt en remblai, tantôt encaissée. L'encaissement était beaucoup plus profond en 1815 à partir de la Haye-Sainte jusqu'au chemin d'Ohain.

de haies vives, hautes et drues, le rend infranchissable à la cavalerie. A l'ouest, le terrain se relevant brusquement, le chemin d'Ohain s'engage entre deux talus de cinq à sept pieds ; il forme ainsi, l'espace de 400 mètres, une redoutable tranchéeabri. Puis il se retrouve de niveau et continue son parcours sans présenter désormais d'autres obstacles que quelques haies eparses*. En arrière de la crête

1. Je devrais employer l'imparfait au lieu du présent, car dès 1825 Wellington disait, au retour d'une excursion à Mont-Saint-Jean, qu'on lui avait changé son champ de bataille. Plusieurs hois, ainsi que la partie de la forêt de Soignes qui entourait Waterloo au nord, ont été défrichés. Les haies qui couronnaient le chemin d'Ohain à l'est de la grande route de Bruxelles ont été arrachées. Enfin, des talus qui bordaient ce chemin à l'ouest de la grande route, jusqu'au chemin de Merbe-Braine, le talus intérieur existe seul encore, et partiellement. L'autre a été rasé lors des grands travaux de terrassement (1822-1823) exécutés pour l'érection du Lion-Belge sur l'immense butte conique artificielle que l'on aperçoit de partout et qui de partout gâte le paysage.

On répète sans cesse que, pour édifier cette butte, onaéerêté de deux mètres tout le plateau sur une s iperficie de 14 ou 15 hectares. (A ce compte, par quel miracle la berge intérieure du chemin d'Ohain existerait-elle encore?) C'est une tradition erronée. Le plateau n'a pas été écrêté. Le sol du chemin d'Ohain qui en suit le bord est le sol primitif. L'emprise des terres a eu lieu seulement sur les rampes supérieures du coteau, à Youest de la route, depuis le potager de la Haye-Sainte jusqu'à la base actuelle de la Buttc-du-Lion. Le talus extérieur du chemin a été rasé du même coup. Ces terres appartenaient à la famille Fortemps. L'acte de vente m'a été communiqué par M. Goultier, notaire à Braine-L'Alleud.

On s'accorde à dire que la hauteur primitive du terrain déblayé est marquée aujourd'hui à peu près par le sommet du tertre qui supporte le monument du colonel anglais Gordon. Ce tertre n'est pas artificiel, comme il semble aux touristes. Le monument, érigé, en 1817, sur l'emplacement même où Gordon fut tué, s'élevait alors au niveau du sommet des berges. On a respecté ce terrain lors des terrassements, on a enlevé les terres alentour, et il est resté comme une sorte de pyramide. Il semble aussi qu'on a rasé la berge escarpée qui bordait la route de Bruxelles à l'est, depuis la sablonnière jusqu'au chemin d'Ohain. L'emplacement de la hutte de la sablonnière est indiqué aujourd'hui par le tertre sablonneux où s'élève le monument des Hanovriens.

Au reste, pour se rendre compte exactement de ce qu'était le chemin d'Ohain à cette époque, il suffit de consulter le grand Plan du champ de bataille de Waterloo, dressé par W.-B. Craan, ingénieur vérificateur du cadastre de Brabant et publié à Bruxelles en 1816. Sur ce plan, le chemin d'Ohain est bordé de haies continues l'espace de 700 mètres à l'est de la route de Bruxelles, et il court entre deux berges, à partir de celle route à l'ouest, pendant environ 400 mètres. Au-delà de ce point, les berges disparaissent. Un peu plus loin, face au chemin de Merbe-Braine, quelques baies sont indiquées; de même, près de la route de Nivelles.

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qui forme rideau, le terrain s'incline vers le nord, disposition très favorable à la défense. Les troupes de seconde ligne et les réserves échappent aux vues de l'ennemi et sont en partie abritées contre le feu.

Espacés sur un rayon de 3,500 mètres, à micôte et dans les fonds, le château de Ilougoumont avec sa chapelle, ses vastes communs, son parc clos de murs, son verger entouré de haies, et le boistaillis qui en défend l'approche au sud ; la ferme de la Haye-Sainte, massif de pierre flanqué d'un verger bordé de haies et d'un potager en terrasse; un monticule surmontant l'excavation d'une sablonnière et protégé par une haie ; la ferme de Papelotte; la grosse ferme de La Haye; enfin le hameau de Smohain forment autant de bastions, de caponnières et de fortins devant le front de la position.

L'horizon est fermé au nord par les masses vertes de la foret de Soignes sur lesquelles se détachent les clochers de Mont-Saint-Jean et de Braine-L'Alleud. Au nord-est, s'étendent les bois d'Ohain et de Paris, et plus loin le bois de Chapelle-Saint-Lambert. A Test, les bois de Vardre et d'Hubermont bordent les croupes qui couronnent le ravin de la Lasne, lequel prend naissance près du village de Plancenoit. Tout le reste du terrain est découvert. Au sommet des plateaux, sur les versants des collines, dans le fond des vallées, partout de grands seigles qui commencent à blondir.

En résumé, une vaste courtine (le plateau de Mont-Saint-Jean), s'élevant au-dessus des vallons de Smohain et de Braine-L'Alleud ; deux rangées de haies, puis une double berge comme parapet (le chemin d'Ohain), d'où l'on peut battre, à l'inclinaison

d'une plongée, tous les points d'approche; six ouvrages en avant du front (Hougoumont, la Haye- Sainte, la sablonnière, Papelotte, LaHaye,Smohain) ; des débouchés faciles pour des contre-attaques ; en arrière du parapet, un terrain déclive, masqué aux vues de l'ennemi, traversé par deux grandes routes et se prêtant aux mouvements rapides des troupes de renfort et des réserves d'artillerie : telle était la position choisie par Wellington.

Les Anglais avaient bivouaqué un peu en désordre sur toute l'étendue du plateau. Eveillés au point du jour, ils commencèrent à rallumer les feux, à préparer leur repas, à nettoyer leurs uniformes et leurs armes. Au lieu de débourrer les fusils, la plupart des soldats les déchargeaient en l'air. C'était une mousqueterie continuelle donnant l'illusion d'un combat. Les grand'gardes de Napoléon étaient ou peu vigilantes ou bien aguerries, car aucune relation française ne mentionne de fausse alerte causée par cette fusillade. Vers six heures, à l'appel discord des trompettes, des pibrochs et des tambours, sonnant et battant de tous côtés à la fois, les troupes s'assemblèrent. L'inspection passée, bataillons, escadrons et batteries, guidés par les officiers de Tétat-major, vinrent occuper leurs emplacements de combat '.

Les brigades anglaises Byng et Maitland (gardes)

1. Mercer, Journal of the Campnign of Waterloo, I, 288, 292, 296. Lettre de Hervey, aide de camp de Wellington, 3 juillet 1P15. (Nineteenth Centunj, mars 1893.) Siborne, Ristory ofthe War, I, 325-327. Gotton, A Voice of Waterloo, 46-47.

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