‹ 1815 (volume 2)Chapitre 65 sur 271 · LA DÉSERTION DU GÉNÉRAL DE BOURMONT · texte numérisé non relu

LA DÉSERTION DU GÉNÉRAL DE BOURMONT

quand vers trois heures il rencontra Blucher près de Sombrefle, il se serait sans doute empressé de répondre à toutes les questions que celui-ci lui eût posées. Mais le vieux soldat, révolté de voir un homme portant l'uniforme de général de division déserter le matin d'une bataille, daigna à peine lui parler. Un officier do l'état-major prussien ayant fait remarquer au feld-maréchal qu'il devrait se montrer moins brusque envers Dourmont, puisque celui-ci avait une cocarde blanche, Blucher, sans se soucier d'être compris par le transfuge, qui pouvait savoir l'allemand, dit tout haut : « — Qu'importe la cocarde ! J. F. sera toujours J. F. M »

L'ennemi n'avait pas besoin des renseignements du comte de Bourmont. Dès le 9 juin, Zieten et le général Dornberg, qui commandait la brigade de cavalerie légère détachée en avant de Mons, étaient informés de grands mouvements de troupes vers la frontière. Le 12, le général Dornberg, avait envoyé à Wellington, qui l'avait fait transmettre à Bliicher, l'avis que 100,000 Français se concentraient entre Avesnes et Phiiippeville. Le 13, le môme Dornberg, qui avait de nombreux espions sur la frontière, écrivit directement à Blucher qu'une attaque lui paraissait

général Gérard à Phiiippeville. Il aura probablement marché aujourd'hui sur Charleroi. Le reste de l'armée, c'est-à-dire trois corps et la garde, était massé vers Beaumont. 11 est vraisemblable que les Anglais on les Prussiens seront attaqués demain. » (Catalogue des autographes de Beujamin Fillon, n° 2840.)

1. Einerlei was dos Volk fur ein Zeichen ansteckt ! Hundsfott bleibt Hundsfolt! Siborne, I, 56. — Cf. von Ollech, 101, qui dit que Blucher laissa passer Bourmont sans rien lui demander.

imminente. Le 14, Pirch II annonça de Marchienne que les Français attaqueraient le lendemain. Dans la soirée, les avant-postes prussiens se rendaient parfaitement compte de la proximité de l'armée impériale. En vain on avait eu la précaution d'établir les feux de bivouac dans des plis de terrain, la lueur de ces innombrables brasiers réverbérait sur le ciel qui s'illuminait d'une grande clarté blanche *.

Tout en croyant que Napoléon ne prendrait pas l'offensive2, Wellington et Blucher s'étaient cependant concertés, dès le 3 mai, dans une entrevue à Tirlemont 3, en prévision de cette éventualité. Avaient-ils expressément arrêté ce jour-là, comme l'exposent nombre d'historiens, une concentration sur la ligne Sombreffe- les -Quatre -Bras ? C'est douteux, car ils ignoraient si l'armée française déboucherait par Philippeville, par Maubeuge, par Condé ou par Lille. Bien plutôt, les deux commandants en chef s'étaient entendus seulement pour une jonction en avant de Bruxelles, sans fixer le point précis; les circonstances en décideraient4. Le

1. Ordre de Zieten, Charleroi, 9 juin, et lettres de Dôrnberg, Zieten, Hardinge, Pirch II et Steinmetz, 9, 12, 13 et 14 juin (von Ollech, 87-88, et Suppl. Dispatches of Wellington, X, 436, 437, 454, 455, 476).

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