PROJETS ET ORDRES DE NAPOLÉON
Sambre, et leur défense peu opiniâtre, quoique habile et vaillante, de Gilly et de Gosselies, semblait avoir eu pour objet bien plutôt de protéger une retraite que de couvrir une concentration.
Quand l'empereur, rentré à la nuit à Charleroi', eut pris connaissance des rapports de Grouchy et de Ney2, il s'imagina donc que les Alliés, déconcertés par son agression imprévue, se repliaient sur leurs bases d'opérations, les Prussiens vers Liège et Maëstricht, les Anglo-Belges vers Ostende et Anvers. La direction de retraite des avant-postes prussiens, de Thuin sur Marchienne, de Fontaine- L'Evêque et de Marchienne sur Gosselies, de Charleroi et de Gosselies sur Fleurus, était de nature à confirmer cette présomption. Si les Prussiens avaient manœuvré pour se réunir incontinent aux Anglais, ils se seraient retirés vers le nord : ils avaient battu en retraite vers le nord-est, découvrant la route de Bruxelles. La résolution que Napoléon, jugeant sur les apparences, prêtait à Bliicher et à Wellington, lui assurait la victoire. Plus les armées alliées s'éloigneraient l'une de l'autre, plus il deviendrait facile de les battre.
1. L'empereur avait quitté le champ de bataille vers 8 heures, quand il avait vu l'ennemi en pleine retraite. Rentré à Charleroi, dans l'hôtel d'un maître de forges nommé Puissant, où était établi le quartier-impérial, il s'était jeté sur son lit pour quelques instants, en attendant les rapports. (Napoléon, Corresp., 22055. Cf. Gourgaud, 50.) — L'hôtel de Puissant existe encore avec sa décoration intérieure de style Empire. Il est situé sur la rive droite de la Sambre.
2. Gourgaud, Camp, de 1815, 50. Journal manuscrit de Gourgaud. (Papiers du général G.)
Le rapport de Grouchy, Campinaire, 10 heures du soir (Arch. Guerre) dut être transmis au quartier-impérial vers 11 heures. Quant à celui de Ney, écrit à Frasnes, ou plus vraisemblablement à Gosselies entre 9 et 10 heures, il dut arriver vers minuit. — On pouvait douter que Ney eût envoyé un rapport le soir du 15 juin, car il n'y en avait aucun témoignage. Mais une lettre de Ney du 16 juin, 7 heures du matin, qui se trouve dans les papiers du général G., porte : « Le 1er corps est à Julmet {sic). Mon rapport d'hier en fait mention. » Il n'y a donc plus aucun doute.
Autre chose était d'attaquer les Anglais quand les Prussiens se trouvaient à une marche de ceux-ci, et autre chose si Wellington et Blûcher étaient séparés par quinze ou vingt lieues.
L'empereur arrête son plan dans la matinée du 16 juin, vraisemblablement à six heures, peut-être plus tôt1. Avec Grouchy et l'aile droite2, il se portera, sur SombrefTe et Gembloux. Si un corps prussien se trouve encore dans l'une ou l'autre de ces positions, il l'attaquera. Le terrain ainsi reconnu ou déblayé à l'est, il rappellera la réserve, provisoirement postée à Fleurus, et rejoindra avec elle Ney et l'aile gauche aux Quatrc-Bras. De là, il marchera sur Bruxelles par une étape de nuit. Il compte que la tête de colonne pourra arriver à Bruxelles le 17 juin, à sept heures du matin3.