‹ 1815 (volume 3)Chapitre 129 sur 226 · LE DÉPART DU ROI · texte numérisé non relu

LE DÉPART DU ROI

Un peu avant minuit, une douzaine de voitures entrèrent dans la cour des Tuileries. La berline destinée au roi vint stationner sous la marquise du pavillon de Flore. Les gardes nationaux de service, qui avaient été autorisas à saluer le roi une dernière fois, accoururent de leurs différents postes ; mêlés aux courtisans, aux officiers de la maison, aux gardes du corps, ils se rangèrent dans le vestibule, sur les paliers et sur les marches de l'escalier. Cette foule déjà , émue gardait un silence solennel. La porte des pelitsappartementss'ouvrit. Un huissier en sortit, portant un (lambeau; puis le roi parut sur le seuil, soutenu par le comte de Blaeas et le duc de Duras l.

Le spectacle de ce roi, vieux, infirme et sans défense, chassé de la demeure de ses ancêtres et contraint après vingt-trois ans d'exil à s'expatrierencore, était douloureux et profondément impressionnant. Un oubliait tous les griefs contre les Bourbons. A celle heure pathétique, on ne voyait plus en Louis XVIII que h» souverain malheureux et menacé, le proscrit auguste qui personnifiait avec les droits et la majesté de la plus antique dynastie de l'Europe tous les malheurs de cette grande race. Des visions du f> octobre, de la fuite à Varennes, du 10 août, du 21 janvier passaient devant les yeux. Il semblait que le spectre décapité' de Louis XVI descendit avec son frère les degrés des Tuileries. Tous les assistants tombèrent à genoux, t m entendit quelques faibles cris de Vive le roi ! mais Mirlout des sanglots et des gémissements. «— Il porte une couronne d'épines! ►clama un vieux serviteur. Louis XVIII avait peine à avancer au milieu de celte foule prosternée qui lui embrassait les mains et louchait pieusement ses vêtements. Bien qu'il fût peu sensible et que dans cette jour-

l. LaJx.nJo, ij virante f>u>l h>-urtsde ijnrde aur Tuileritw, K».

née môme il eût montré, dit Yitrolles, « un calme désespérant », le roi commençait à se troubler. « — Je lavais prévu, dit-il tout bas à Dlacas; je ne voulais pas les voir. On aurait dû m'épargner cette émotion. » Puis, élevant la voix : «< — Mes enfants, votre attachement me touche. Mais j'ai besoin de forces. De grâce, épargnez-moi... Ketournez dans vos familles... Je vous reverrai bientôt. » Ayant enfin atteint sa voiture, il s'éloigna avec une nombreuse escorte de gardes du corps 1 .

Le comte d'Artois monta peu après dans sa chaise de poste. Le duc de Bcrry et Marmont se rendirent à cheval à la barrière de l'Etoile, où avaient été réunis les différents corps de la Maison militaire ; ils gagnèrent la route de Beauvais par Saint-Ouen et Saint- Denis. Tous les ministres partirent dans la nuit'.

Le lendemain, 20 mars, Paris s'éveilla sans gouvernement. Le départ de la cour commença à s'ébruiter de très grand malin, et une proclamation de Louis XVIII, publiée dans le Moniteur et affichée partout, vint bientôt le continuer \ Les principaux bonapartistes sortirent à l'envi de leur retraite, empressés, comme dit Rovigo, de prendre part au grand événement qui allait s'accomplir. A la première heure. Lxelmans court à Saint-Denis pour en ramener

1. Latxmlc. (Jwirantc-hnit heuf* de gardf, I S - 1 •> . fiiiillomin, !■* /'ntriutume dn rolont'ures rat/aur, i , Vitmllos. !/-««.. II. i .1. Mann. Mil. M- «... VJ|. •»'»

î. Jaiicoiirl à Honnay, (iaii'l. M avril : :* Tall<-> ran.l, \* avril <Arvh. AIT. ♦•tr., suit. Labnr.b*. 16. Vitroll.-s. 11. .* vj if,<\. Ouillemiu. i'>. Ibn h.-, houart. 3Ti.

:«. Labonb'. is.Kabry. Itmxure. I iù- W.i — La proclamation o> Louis XVIII. nMu'.'o par bambray .lans la s.nree .!«• la v<'illi\ |M>rtail on snbMan.-»' qu>le roi no voulant pas livrer «oniliat dans l'a ris. par sorupulo «l'y attirer l«> maux <lo la cihtiv, so rôtirait sur un aulro puinl *lu royaume ou les .toux chambres seraient bientôt convoquées.

le bataillon d'officiers à la demi-solde renvoyé la surveille des avant-postes de Melun, à cause de son mauvais esprit. Sébastiani et d'autres généraux vont à Villejuif pour précipiter la défection de l'armée royale. Lavallette entre à l'hôtel îles postes dans l'espoir d'apprendre des nouvelles de Napoléon. Il n'en trouve aucune, mais une fois là. la tentation est bien forte pour un ami zélé de l'empereur, pour un ancien directeur «les postes. Le titulaire, le comte Ferrand, ne demandait qu'à, céder la place et à fuir Paris ; les employés, qui la plupart avaient servi sous Lavallette, étaient tout disposés à lui obéir de nouveau. De sa propre autorité. Lavallette reprend la direction des postes. Il dépêche un courrier à l'empereur sur la route d'Auxerre pour lui annoncer le départ de Louis XVIII. Il arrête l'expédition des lettres ministérielles et de la correspondance du préfet de la Seine, interdit l'envoi du Moniteur contenant la dernière proclamation du roi, donne l'ordre écrit au maître des postes de ne fournir des chevaux à quiconque, à moins d'une autorisation signée de lui ou d'un ministre de l'empereur, et envoie dans toutes les directions une circulaire ainsi conçue : « L'empereur sera a Paris dans deux heures et peut-être avant. La capitale est dans le plus grand enthousiasme. Tout est tranquille. Quoi qu'on fasse, il n'y aura pas de guerre civile. Vive l'empereur1 ! »>

Napoléon se trouvait alors à Fontainebleau. Parti

1. Pie.es eitee*au proeés, dont l'une est «.ijrnee • • l.c conseiller d'K.lil. directeur jreneral des p«»tes, eonile La vallette. • I»ej>.isilions de Kerr.m l. du niarqui* de Kondevdle, de Villnrs, M:irear»d. K«»ne. etc. lute rn*:.Ml<«ii de Lavalletle (Prorvt de /mallette, 4. II». i\>, îfi. if. M\ . «if. La-

valleilc, l/e»»»., 1|. Iil-la<l. toy-tôû. — Au eour* de >m> procès, LavalIcHe. nia avoir dit en entrant à l'hotcl des postes : • Au ii'un de l'empereur, je prvnds p<»^ession de la ponte. - Ola e*t possible. mais s'il ne pi>jionea pas le mot. il n'en (il pas moins la chose.

de Pont-sur- Yonne au petit jour, sous l'escorte du l.'V de dragons, il était arrivé à dix heures dans la cour du Cheval-Blanc où le préfet de Seine-et-Marne, M. de Plancy, l'attendait pour le féliciter. L'empereur parcourut rapidement les galeries de ce palais qui lui rappelait tant d'angoisses et de douleurs. 11 ne s'en montra pas ému et dit au contraire : « — On est bien ici. » Vers midi, il venait de dicter un ordre du jour portant qu'il coucherait à Fssonnes quand arriva le courrier de Lavallette. Presque en même temps, il reçut deux lettres de madame llamelinctdu vieux comte de Ségur qui annonçaient aussi la fuite de Louis XVIII. Un sourire illumina la face pôle de l'empereur. « — C'est bon, dit-il. je serai ce soir auxîuileries. » Il renvoya le courrier en le chargeant de dire à Lavallette d'aller l'attendre aux Tuileries avec le due de Bassano1. A deux heures, l'empereur quitta Fontainebleau. Pendant tout le trajet, la voiture dut marcher fort lentement, car des masses de paysans, acclamant et chantant, obstruaient la route, et de nombreux détachements de l'armée royale s'avançaient « en délire » pour voir leur empereur. Près des Fontaines de Juvisy, à l'endroit même où un au auparavant, dans la nuit de lièvre «lu .'iO mars ISIi, Napoléon avait appris la capitulation de Paris, il s'arrêta pour passer en revu»* plusieurs régiments2.

Conformément aux ordres de Macdonald. l'armée royale avait levé ses cantonnements avant le point «lti jour pour se rendre à Saint-Denis. Les troupes marchaient dociles et mornes lorsque vers neuf heures du

1 Kl.'iirv >]f C.hntMiii!..!!. !/. „, , J. , i >i I \ . It,,,- , .. \ x ,. Il.-Mitm-

M<- l'.-iv...- il tf.Mi. r:tl il 1 1 • f i - 1 1 i..u -[-' !».'!■ >n i/'rv,-> ,/.- /..,, «iLur. m,

: I Lui > <W i:li.t|.oii|..u, I. .' .<, K:thr> , I i-' I, tv.ill.-il.-, »/../... M. //«/ M"» •/« /'.i/-*t is 'urc- r>r. .il, t«.l. Jj tr,.al <U /'/•.'«»,•.. >v. li m.n «.

matin, le 2e de ligne qui formait la tôle de la colonne vit arriver au galop Sébastiani et un autre général, criant: Vive l'empereur ! Les hommes ne répondirent rrcn, mais ils firent halte sans commandement. Sébastiani ayant annoncé le départ du roi, le régiment se déclara malgré les efforts du général de Montesquiou-Fezenzac et d*un jeune lieutenant, nommé Négré de Massais, qui arracha ses épaulettes et les jeta au visage des soldats. La défection se propagea rapidement dans toute la colonne. Il n'y eut plus d'armée, il y eut différents corps de troupe agissant selon leur volonté. Plusieurs régiments rentrèrent à Paris, mais en criant : Vive l'empereur ! D'autres s'arrêtèrent pour attendre au passage le Père la Violette ; d'autres firent demi-tour et se portèrent à sa rencontre. Les 2° et V régiments suisses, fidèles au roi quand même, refusèrent d'écouter Lobau qui voulait les entraîner et continuèrent leur marche. Les officiers de troupe et cinq ou six générauxobéirentà l'impulsion dessoldats, liapp, Belliard. Kellermann et Ruty firent ce sacrifice à leurs serments de suivre la famille royale dans sa fuite, le premier jusqu'à Ecouen, ses camarades jusqu'à Saint- Denis. Seuls Macdonald et Maison rejoignirent le roi '.

1. Cf. Fabry. Itiiur., Ut>-U7. Bulletin il<> Pari*, lfi3. Général Petiot. Souvrnin militaire!, t'fl 180. Schaller, Souc. d'un officier f 'ri bourgeoit, Hi-H-t. Rapp, âiém.. 3H-3ti. Macdonald. Sourtnin, 367-3»,*. General Hulot. Souvenir*. 4iu. Registre de Macdonald (ordres des \'j et io mars) et Exelmans a Davout, Saint-Denis, il mars (Arch. Guerre).

Le corps de Maison Ht tout entierdcfection.il l'exception des deux régiments suisses, mais dans ce désarroi 1rs ordres avaient ete si mal transmis que les Suisses ignorant qu'il fallut se retirer sur Saint-Denis rentrèrent tout simplement h la caserne de la rue Verte. Rapp réussit à conduire jusqu'à Ecouen une fraction de son corps d'armée.

Macdonald avait quitté Villejuif deux heures avant que l'arme»- ne se mit en mouvement. Après avoir vainement attendu ses troupes à Saint- Denis jusque vers midi, il laissa à un aide de camp des ordres -qui ne furent pas exécutes) pour les journées des il et ii et partit pour Iteauvais. Maison, qui s'était rendu également à Saint-Denis pour y attendre sa division, apprit dans la matinée qu'elle avait fait défection. Menace d élie

Tandis que Sébastiani précipitait la défection de l'armée rassemblée à Villejuif, et que Lamarque prenait provisoirement le commandement de la place de Paris', le généralMerlin — lelilsde Merlin de Douai — s'emparait, avec cinq officiers et deux gendarmes, du château de Vincennes, occupé par un régiment d'artillerie et défendu par deux bataillons de volontaires royaux. Ces bataillons, qui venaient d'être rappelés des ponts de Ciharentonel de Saint-Maur. étaient rangés en bataille sur les glacis à droite et à gauche du pont-levis. Merlin s'approcha du bataillon de gauche et au nom de l'empereur intima au commandant l'ordre de rentrer à Paris. A ce moment, des habitants de Vincennes remarquant la cocarde tricolore aux chapeaux de Merlin et de ses compagnons se mirent à crier : Vive l'empereur ! Le commandant, intimidé, forma sa troupe en colonne. Merlin se porta alors devant le front de l'autre bataillon, celui des élèves de l'Lcole de droit. Ces jeunes gens étaient très exaltés. La veille, ils avaient fait feu surdes habitants de (iharentou, dont les cris séditieux leur déplaisaient, et en avaient tué cinq. Ils couchèrent Merlin enjoué. Sans s'émouvoir, le général déclara qu'il rendait les ofliciers responsables de ce qui pourrait advenir. Les canons des fusils se relevèrent, mais le bataillon ne bougea pas «le place. Silices entrefaites, ou baissa le pont-levis pour laisser entrer des ofliciers d'artillerie qui revenaient du village. Ils dirent au général que si le gouverneur, le marquis de Pu\ ver, refusait de rendre la place, eux

ruWsv par Ir* of|j. i, r«; ;i la demi-snMt» -|tii voulaient l'ann-ner a lemj».r> ut\ il sVnfmt a cheval <-t vin! «l'un»* Imite jusqu'à Heauriionl. Là. les <>fli « i. -i-v ih> >(>n « lat inajor lui .«icniliérenl n-^|>«"«;tufii>»"m*'fit qu'ils n'irai -ni |ia» plus li»in H le lai>M*rent partir » u\.

i. Hap|..trt de Lamarque si Gouvion- Saint-Cvr. Tours. 57 juillet (An:h. lim'iir, armer »le la Loirei.

et leurs canonniers sauraient bien l'y contraindre. En effet, Merlin ayant été introduit en présence de M. de Puyver, des Vive l'empereur! retentirent dans les cours et dans les chambrées, l'ne capitulation régulière fut signée à huit heures du soir. Ce fut seulement quand il en eut connaissance que le bataillon de l'Ecole de droit quitta sa position. Il se mil fièrement en marche, aux cris de : Vive le roi î et 'bannière blanche déployée1.

A Paris, dès sept heures du matin, un premier Ilot de foule se porta devant les Tuileries. Mais c'étaient des habitants des quartiers voisins, attirés par la simple curiosité et plus disposés à déplorer le départ du roi qu'à aider à la restauration de l'empire. La cocarde tricolore d'un officier à la demi-solde exaspéra un groupe de royalistes. Ils se jetèrent sur lui et l'auraient écharpé sans le secours d'une patrouille de la garde nationale. Vers dix heures, une colonne de peuple déboucha sur la place du Carrousel, criant à tue-tète : Vive l'empereur! A bas la garde nationale ! A bas la calotte î Cette fois, on avait affaire aux faubouriens. Ils s'approchèrent des grilles du château et tentèrent de les ébranler. Un fort détachement de miliciens les dispersa, sans toutefois se servir de ses armes. Hepoussés des Tuileries, lesémeutiers parcoururent les rues avoisinantes, vociférant les mêmes cris et faisant la terreur sur leur passage. Après cette alerte, nouveau tumulte : un cliquetis d'armes, un bruit de chevaux sur le pavé, un roulement de pièces d'artillerie, des

I. Rapport de Merlin, Vin.ennes. it mars. Pro-cs-vernal de la capitulation de Vincennes. 20 mars. * h. du soir (Arch. Guerre). Cf. Guillemin, Lr l>atrioti$mf det Volontaire* r*ty>mr, U.i-lf.. .V>. M, T.», 'Mi.

Le bataillon de l'Keole de droit rejoignit la Maison militaire à Bcauvais et fut licencie h Itéthune. Une cinquantaine de ces volontaires passèrent en Belgique ou ils furent incorpores dans la petite armee du duc de Herry.

sabres et des baïonnettes qui brillent , de retentissants Vive l'empereur î un remous de la foule sous la pression puissante de gens de guerre. Ce sont les officiers à la demi-solde qu'Exelmans amené de Saint-Denis avec un escadron de cuirassiers et quelques artilleurs traînant deux canons. Des acclamations, des murmures, des sifflets, se croisent sur leur passage. A la vue des grilles fermées, la colonne s'arrête el un général vient parlementer avec l'adjudant-coramandant Laborde. Il est décidé qu'Exelmans et sa troupe occuperont les Tuileries, mais que la milice conservera ses postes et que les factionnaires seront tournis concurremment par les gardes nationaux et les militaires. Pendant le reste du jour, on voit aux différentes entrées du château l'étrange spectacle d'un officier, avec la cocarde tricolore, en sentinelle à coté d'un grenadier de la garde nationale portant la cocarde blanche et la décoration du Lys \

Le drapeau tricolore Hotte sur les Tuileries. A deux heures, on l'arbore à l'Hôtel de Ville et au faite de la colonne de la Grande Armée. — Le fils de Carnot. qui d'une lucarne du collège Louîs-lc-(îraud aperçoit les trois couleurs, appelle ses camarades; l'élude est interrompue, on crie, on saute, on s'embrasse avec frénésie. — Aux enseignes des boutiques, les aigles et les abeilles remplacent les Heurs de lys, métamorphose qui provoque des murmures et des rixes au Palais-Hoyal et rue de la Paix \ On placarde sur la dernière proclamation du roi, affichée le matin5, les proclamations impériales dont les taches et les déchi-

I. ('.t. LalioroV, (juarnntt-huit brun* dr qardf, 17-ltl. Ilullettn de Pari*, 160-161. K.ihry, Itiifr,, 13'». Mi>s Williams. Helatvui dm • fwment*. 17

i. HuU. toi de Par,,, Kil-UJ Mtm. Mur t .nnot, par son lils, II. 4i>5. Mis? Ilrlt na Williams, Uelation de* > vrnrtneutt. ±»>.

i. On a vu que Lavallctle avail arrélr l'expédition du Moniteur où se trou- >ait celle proclamation, niais il n'avait pu en emp«dier l'aflîchafre.

rures témoignent que depuis huit jours les bonapartistes de Paris se les passent de main en main. Sur la route de Saint-Denis, des soldats isolés arrêtent les voitures et contraignent les voyageurs à crier : Vive l'empereur ! Des bandes de populaire descendent des faubourgs du Temple, Saint-Martin, Saint-Antoine et se dirigent en chantant vers les boulevards du sud : ils se rappellent que l'empereur prenait ce chemin quand il revenait de Fontainebleau. La bourgeoisie est triste et mécontente. Elle songe à une seconde invasion, elle plaint le bon roi, « ce pauvre Louis XVIII, un si brave et si honnête homme! ' » Il faut croire, pourtant, qu'il y a parmi elle des gens qui voient les choses moins en noir puisque, ce jourlà, la rente monte de 68 francs à 78 francs*. Cette énorme hausse ne prouve pas qu'à la Bourse on se réjouisse du retour de Napoléon. Mais depuis la nouvelle de son débarquement, on a vécu dans l'angoisse, avec des visions de guerre civile, de batailles dans les rues, de représailles, de pillage. Or, tout se passe tranquillement. On accepte le fait accompli et on tâche d'en profiter.

Déjà le personnel de la ci-devant cour impériale reprend possession des Tuileries. A partir de deux heures, la foule qui stationne devant les grilles a vu entrer, furtivement d'abord, d'un pas assuré ensuite, des conseillers d'Etat, des ministres, des chambellans, des fourriers du palais, des écuyers, des aides des cérémonies, tous en grand uniforme, des contrôleurs de la bouche, des maîtres d'hôtel, des valets de pied avec leurs anciennes livrées, puis des Dames du Palais, des Femmes rouges, des femmes de dignitaires, de géné-

1. Rovipo,.V^m., VII. 377. Bulletin de Paru, 161. Fahry. 13*. Miss Hdena Williams, 37. Cahier d'un rfn'tortCi,-n, iS-ii . Noies du capitaine Planât (cit»>es par GiPHl do l'Ain, le général Drouot. 8i).

ï. Samedi 18 mars : Hi fr. 10. Lundi *û mars : 73 fr. 30.

raux, de» financiers fameux et de grands industriels, cachant sous des witz-chouras garnies de petit-gris ou sous des redingotes de gros-de-Naples fournies d'hermine leurs épaules nues constellées de diamants et leurs robes de cour parées de violettes. On se retrouve, on se félicite ; avec une joie enfantine les femmes parcourent la salle des Maréchaux, la galerie de Diane, la salle du Trône, tous ces lieux de fêtes où a brillé leur beauté. Dans la salle du Troue, elles remarquent que les fleurs de lys du tapis sont seulement appliquées. Onarrache une fleur ; une abeilleapparait. Ces femmes en grande toilette se mettent gaiement el fébrilement au travail. En moins d une demiheure, le tapis redevient impérial. Il y a aux Tuileries le duc de Bassano, le duc de Plaisance, le duc detiaète, le duc de Hovigo, Lavallette, Thibnudeau. Decrès, Daru, Hegnaud de Saint-Jean-d'Angély, le eomte de Ségur, grand-maître des cérémonies; il y a Davout, le maréchal Lefebvre. Exelmans, Dejean, le duc de Padoue, Durosnelet une foule d'officiers généraux ; il y a la reine Horlense et la reine Julie. I,es mêmes huissiers que jadis se tiennent aux portes des appartements. 11 semble à tout ce monde do l'empire qu'il s'éveille d'un mauvais rêve qui a duré un an1.

Les heures passent, la nuit et le brouillard s'étendent sur Paris. A peine si du Carrousel les dernier> curieux aperçoivent les fenêtres des Tuileries tout illuminées. De minute en minute, on attend l'empe-

I. I. iIn.M», tjfir.tnte-huit heurta if* qini*. 11». Lav.llMU». .V-:«n.. II. 160 HoviL'". •/'■"!., VII. tT'*. Villenuun. Suur^nV», 47-4H. I»n<- DrojLrlic, Souk h&i, I, ivù. *'.{. \:ip Icotl. Œurrr-i (/<- S'.nFiffr/Wt'HC (fur-rv»/» , XXXI. T* — Il est pnssil.|»\ comme on l'a «lit. <\\ie I>a\«»ul no soit venu aux Tuileries que quelques minutes après l'arrivé' «le l'empereur. Mais on n'a p.»* ni»' «pi'il n'y >'>it verni <!«• son propre mouvement et s;»ns y .-in* appelé por Napoléon . uinmi- le furent plu«ieur* p«-rsonnat:cs «le l'empire, lummi.'mt'nt M-ilii-Mi. Itoiilay. Ite.tl. Mole. Huant a ( .auknu' • -urt cl à Kl. «haut ->'iU n'ol it. rit por.it .iiiv Tuileries dans «vit»- vin e <1u m u s. c'est <pi ils étaient :>!!•■<» au .levant <l<« l'empereur mit la rmtc «.!«• VilU-juif.

renr. L'impatience se change en angoisse. Si la balle d'un fanatique ou d'un assassin soudoyé l avait frappé dans sou triomphe ! Lnfïn, vers neuf heures, un bruit lointain «le chevaux et de clameurs sélèvcdu côté des quais, s'approche, grandit, devient formidable. Une voiture de poste débouche au grand trot par le guichet, entourée d'un millier de cavaliers de toute arme et de tout grade, chevauchant en désordre, brandissant leurs sabres et vociférant des Vive l'empereur! pareils à des rugissements. Les officiers à la demi-solde qui remplissent la cour, les généraux qui stationnent sur le perron mettent l épée à la main et se précipitent. Leur foule est si dense, leur élan si impétueux que les cavaliers reculent et que les postillons s'arrêtent à dix mètres du pavillon de Flore. On ouvre la portière. Napoléon enlevé, arraché de sa voilure, est porté île bras en bras jusque dans le vestibule où d'autres bras le soulèvent et l'entraînent sur les marches de l'escalier. In délire furieux possède ces hommes. Us ont pour leur idole des caresses de tigres, jalouses et brutales. Pris entre le Hot qui le pousse et la cohue qui de l'étage supérieur s'élance à sa rencontre. Napoléon est dans le même danger qu'à son entrée à Grenoble, avec cette aggravation que l'espace est plus resserré : « — Au nom de Dieu î crie Caulaincourt à Laval lette. placez-vous «levant lui. » Lavallette s'arrête, se retourne, seroidit contre l'avalanche et monte à reculons, précédant l'empereur à une marche de distance et répétant sans cesse : " — C'est vous! C'est vous ! (Test vous ! » Lui semble ne rien voir ni ne rien entendre. Il si? laisse porter, les bras en avant, les • yeux fermés, un sourire tixe aux lèvres, comme en état de somnambulisme '.

1 Labonit*. fjuarante-hnit hruret «/♦■ qnnlr, Lavall»lti\ Mt'm., II. 161-

\i>i Roviifw, -l/rm., VII, Cf. Fleury de Cl.aboulon, Mrm., I, î-ui-isî.

Un amène L'empereur dans son cabinet dont on referme les portes sur la foule. Peu à peu, ce grand tumulte s'apaise, le silence se fait. Les cavaliers attachent les chevaux aux grilles du Carrousel et se couchent par terre enveloppas dans leurs manteaux. La cour des Tuileries a l'aspect d'un bivouac dans une ville prise d'assaut1.

Les royalistes ne pouvant ni surtout ne voulant pas admettre que la seule vue «lu drapeau tricolore et de la redingote grise eût entraîné la France, et d'ailleurs abusés par le complot ourdi à Paris, prétendirent <jif il existait une entente entre les conspirateurs et Napoléon. Depuis plusieurs mois, assurèrent-ils, tout était préparé pour le débarquement de l'usurpateur, ses agents parcouraient la France, les émissaires des comités affluaient à l'Ile d'Elbe. Thibaudeau alla à Porto-Ferrajo, le général Bertrand vint plusieurs fois à Paris, trente millions furent dépensés pour soudoyer les troupes. Soult, Nev. Marehand, Masséna. La Uédoyère, tons les chefs decorj»* des iSr.7r et (>' divisions militaires étaient dans le secret 5.

L'instruction et les débats des nombreux procès

1. Labordf, Quamntê*hiiii limret de gante, ïl. La vallette. Mrm.. 11. Kl.

t. {'.(.Journal univmel idedand . n" 1. flittoire du cabinet des Tuilcriet et d* lacotupirationçui a ramené /loua/tarte, in-H°. IKI»j. Miss Iblena Williams, fiel*tion de$ rrrnemcntt uni te tont pat*>t en France, ln-ft*, 1*16. Goycr l»upl»»»iv Iteftei ÎOM *nr fmrriréê de /luona/iarte a l'art*. m-s\IM6. Iturdent. Cent du joundu rc inedr Ijouxt A Ylll. in-8°.t»15. lieauchamp.' ampaqne de IM3. I.54-6Î. Trou mois de \a/»>l'On, in-s». IftJS. Hulletin de /'arti ou Relation hutoriaue de» éiénemenlt, in-8\ 1MI5. K.il>ry. Itinéraire de tiuonaf/arte d« f île d'Elbe * Satnte-J/strne. in-S". 1815. elc, etc.. etc.

Pour prouver la conspiration établie entre l'Ile d'Elbe et Paris, on alla jusquà fabriquer de fausses lettres. Voir ltovi^u. Mem.. Mil, Jirt,

LU KETOUR DE i/lLE D ELBE 365

politiques de 1815 et de 1816, les Mémoires de Campbell, de Peyrusse, de Lavallette, de Rovigo, de Boulay. de Lamarque, enfin les documents d'archives ont détruit toutes ces légendes. Il existait bien un complot à Paris, mais les chefs les plus influents et les plus remuants n'envisageaient la restauration de l'empire que comme un pis-aller. Ils n'étaient donc point pressés de faire des ouvertures à Napoléon. Thibaudeau n'alla pas à Porto-Ferrajo, Bertrand ne vint point à Paris. Le docteur Renoult, accusé d'avoir fait plusieurs fois le voyage de l'île d'Klbe, prouva à l'instruction qu'il n'avait pas quitté Paris un seul jour et fut relaxé. Les rares Français qui débarquèrent à Porto-Ferrajo furent des officiers réformés, sans mission politique et n'ayant d'autre dessein que de prendre du service dans le bataillon de la garde. On ne peut pas dire que Napoléon ne reçut point d'émissaires de Paris puisqu'il reçut Fleurv deChaboulon. Mais Fleury n'était pas chargé de se concerter avec l'empereur: loin d'être envoyé par les conspirateurs, il venait lui dénoncer l'existence du complot et lui exposer l'état de la France Les membres de la famille impériale, auxquels le gouvernement de Louis XVI II refusait de servir les rentes stipulées dans le traité de Fontainebleau, et les anciens fonctionnaires de l'empire, qui se trouvaient privés de leurs dotations, ne donnèrent point de millions pour soudoyer les troupes. L'empereur, dont toutes les dépenses pendant le séjour à l'île d'Klbe sont portées en détail sur les livres du trésorier Peyrusse, n'en donna pas davantage. Ni Masséna «{ut ne proclama l'empire dans la 8tf division militaire que trois semaines après la rentrée de Napoléon aux Tuileries ; ni Marchand qui fit ses elTorts pour défendre Grenoble et ne reprit pas de service

pondant les Cent Jours; ni Labédoyère qui, le .li mars, supplia son général de rester à Lhambérv « pour no point so trouver dans une situation embarrassante »> ; ni le maréchal Ney qui parlait sincèrement on promettant de ramoner Bonaparte dans un*' cage do for; ni Soult qui multiplia les mesures de résistance ; ni personne onlin dans l'armée n'était instruit du projet conçu à l'île d'Klhe. Le retour soudain de Napoléon, résolu et préparé par lui seul, sans aucune intelligence avec quiconque en France, surprit les bonapartistes autant que les bourboniens, et, comme on l'a vu, déconcerta extrêmement plusieurs chefs do la conspiration.

Dans .les écrits royalistes, qui du moins sur ce point ont donné le changea l'opinion, on a représenté la restauration de l'empire comme l'effet d'un mouvement exclusivement militaire, analogue aux tumultes do> Prétoriens et aux pronunciamicntos espagnols. (l'est une contre-vérité. La Révolution île 18 Ki fut un mouvement populaire secondé par l'armée. La cocarde do 8U entraîna le peuple, ulcéré par l'arrogance, le* menaces, les revendications des prêtres et des noble* qui prétendaient traiter les campagnes en pays conquis. Los soldats, restés idolâtres de leur empereur, frissonnaient à l'idée de le trouver au bout de leins fusils et se juraient de no pas tirer sur lui, mais ayant perdu la volonté dans la longue accoutumance de la discipline, ils no se déclarèrent que lorsqu'ils s'y sentirent encouragés par l'élan dos populations. Partout en France — du inoins dans les quin/e premiers jours, et plus lard tout était décidé -— les manifestations despavsauset des ouvriers précédèrent la défection des troupes. Le lrr mars, les soldats du NT' emprisonnent dans la citadelle d'Antihcs vingt-cinq grenadiers de la vieille garde : le lendemain. le>

DU RET0LR DE i/lLE D'ELBE 367

habitants do Cirasse apportent dos violettes à l'empereur. La population de Gap s'oppose à ce que le général Hostolland prenne des mesures de défense ; il replie sur fclmbrun ses troupes, qui le suivent docilement, tandis que dans la ville qu'elles viennent d'évacuer on acclame Napoléon. A Saint-Bonnet, on veut sonner le tocsin pour rassembler un millier de montagnards en armes qui renforceront la petite colonne elboise. Dans le délilé de Laffray, les paysans tendent aux soldats du de ligne, qui n'osent pas les prendre, des proclamations impériales. Contre les troupes du général Marchand, l'empereur a pour avant-garde deux mille Dauphinois armés de fourches et de vieux fusils. Ce sont les charrons des faubourg qui enfoncent la porte de Grenoble. Ce sont les canuts de la (iuillotière qui démolissent la barricade du pont de Lyon. A Yillcfranche, il n'y a pas un homme de troupe, mais soixante mille paysans attendent l'empereur autour des arbres de la liberté. Les ouvriers de Nevers provoquent à la rébellion les régiments qui traversent la ville. Le peuple de Chalon-sur-Sanne arrête un convoi d'artillerie destiné à l'année du comte d'Artois. « Kn Franche-Comté, dit l'adjudant-commandaut de Préchamp, les troupes auraient pu être maintenues si on les avait gardées dans les casernes, mais une fois en contact avec la population, elles étaient perdues. > Le colonel Bugeaud écrit au ministre de la guerre : « Je prends sur moi d'arrêter mon régiment à Aval Ion. Je craindrais si je m'avançais plus loin que l'esprit des populations ne gAlàt celui de mes soldats qui est resté très bon jusqu'ici. > Le préfet de l'Ain frappé d'épouvante dit au maréchal Xey : « Nous assistons à la rechute de la Bévolution •»

1. On a prétendu que toutes ces populations étaient soudoyées ! Il eut

La haine des paysans contre l'ancien régime et le culte des soldats pour l'empereur les réunirent dans une action commune. Peuple et armée eurent le même élan et marchèrent, confiants l'un en l'autre et se sentant l«»s coudes, au-devant de Napoléon. C'est la raison de son succès si facile et si rapide, de la marche foudroyante et triomphale du golfe Jouan à Paris.

A la considérer ainsi, cette aventure épique du retour de file d'Elbe, que l'on a appelée « un des plus étonnants exploits qu'aient jamais contés l'histoire et la mythologie ». perd un peu de son merveilleux. La fascination de la redingote grise ne lit pas tout. Vu l'opinion régnante dans le peuple et dans l'armée, il semble même que l'entreprise de l'empereur ne pouvait pas ne point réussir, l ue fois sur la terre française, il n'a-

fallu plusieurs millions. Or nous savons parle Livre de caisse du trésorier Pcyrusse (Peyrusse. M. nonal rt Archive*. Appendice, 30.>-:ii"!<, la humilie exaete que enûta l'expédition :

Du iii février. j-Mir du départ de l ile d'Elbe, au îo mars, date de l'arrivée à Paris, les dépenses s 'élevèrent à 27>»..v.»2 fr. reut.. dans laquelle somme le n-Mis des («aliments entra pour lt.ooo francs: l'achat de la cargaison du .S\u#if- Ki/>r,t, pour 2V"oa franes ; l'aehat le chevaux, mulet> et voitures, pour <-'' ih-o francs; et la perte dune laisse dur dans un ravin des Alpes, pour ■tviHM francs, pestent dune Ii7.uui» francs environ pour t.i Suide et le* vivres de !.!■• • soldais pendant il jours ; p .ur les de|»-:ises, «I ans |»s h-M-Ms et les auli'Ti.*es. Me | empereur, de s m elat-map-r et de ».* maison : pour les seeuiirs et frais de roule au millier d'ufii--iers qui ml lièrent laculonne ,le (ireii-il.j.- a h • iiilainel.leau ; pour l'impression M-s proclamations, les relais Me pilles. |.-s pourh-'nes et pratili. al i'>ns ; eritiu p >ur les missions d«'s différents émissaires (pu, au reste, ne reçurent

etiseinhl.- qtle I I . > i>> fraie s

!>;» us la craint" que la e/impairne ne durât. Peyrusse prit fr. à

la su" -u--s.il.> .le la |ta:i<pie. a I.>"ii. Il ti'y luu< li,i p.-int et le restitua intégralement le ii mars a la II. m pie de France, pevtusse, f>ù ,jn|

On a s.itivent < it<- 1» m M Me rem;» i ■ ur a M* >ll t'*n i-> mars « IU m'ont laisse an iver eoiiiin.- ils les. .-n( l.i>>. -s part.r. . VI - - 1 1 j • • 1 1 . .1/. m.. IV. t*" Mais dari«. « . lie m. -m.- s.iu.-e -lu .'•> mars. N,. |.i n Mit a M-> • . Si i'.. vais voulu, je m» rai? arnv>> a Paris ave-- '<>.'<<■> paysans armes. • l-ra.; ment des M- umues M<- Mnl->. Htm? / » //coi'iii'ii'i, XI. Il y a C"iilr,i diction flagrante entre l.-s M.mix pn-n,,s. Au reste. Mes par.-l.-s n- Mu valent prévaloir « '-aire .(. s | uls. . I ceux -pie nous rappelons ici. parmi tant d'autres, prouvent |'e\a|t Mi.-!» Mu peuple, au m >is Mo mars |s| i, en fav.-ur Me Napoléon perxjnmh.mt la Ilevolulion.

DU RETOUR DE L'ILE d'eLBE

vait h redouter que quelques brigades de gendarmerie, des bandes de Provençaux fanatisas et la Maison militaire. Ses onze cents grenadiers suffisaient à le protéger contre les gendarmes. En prenant la route des Alpes, il échappait aux Provençaux. (Juant à la Maison du roi, il lui fallait faire faire douze étapes, de dix lieues chacune, pour gagner Lyon. Avant qu'elle put entrer en ligne, le bataillon de l'île d'Elbe serait devenu une petite armée.

On a dit cent fois qu'un seul coup de fusil tiré des rangs aurait arrêté la marche de Napoléon. C'est possible et non certain, car la vieille garde n'aurait assurément pas riposté k un seul coup de fusil, et le combat cherché eût été évité. En tout cas, la difliculté était de faire tirer ce coup de fusil providentiel. Dans le défilé de Laflray, le capitaine Kandon commanda le feu, mais il ne prit pas l'arme d'un soldat pour s'en servir lui-même. Sur les bastions de (irenoble, près des canons chargés a mitraille, il y avait des ofliciers royalistes. Aucun n'eut la résolution de mettre le feu à une pièce. Ils savaient « qu'ils seraient hachés par leurs canonniers ». À Lyon, Macdonald ne trouva ni chez les miliciens, ni parmi les volontaires royaux, ni à prix d'or dans les bas-fonds de la populace, « un seul homme » déterminé à tirer le premier ; et bien que le maréchal se fut promis de le faire lui-même, il faiblit comme les autres quand, entouré de ses régiments en révolte, il se rencontra face à face avec l avant-garde impériale et entendit dans la ville soulevée la grande voix du peuple qui criait : Vive l'empereur î

Page 1