LA FRANCE EN INTERDIT
soit mon opinion. » Metternich lui dit: « — Nous m» voulons même pas de la Urgence. » Ncssclrode lui dit : « — Point de paix avec Bonaparte \ »
Alexandre évitait même de s'exposer à recevoir quelque communication secrète de l'empereur des Français. Depuis trois mois, il avait coutume de se promener chaque jour à pied avec le prince» Eugène, (Juand il apprit qu'une lettre de Napoléon adressée à l'ex vice-roi d'Italie avait été interceptée, il cessa brusquement de le voir. Mis n\ demeure de donner sa parole de ne point quitter l'Allemagne. Kugène refusa d'abord, objectant qu'il n'était pas prisonnier de guerre, puis il se résigna et partit pour Munich où il retrouva sa femme vt ses enfants*. Peu de temps après, Boudiakinc remit au czar la copie du traité secret du 3 janvier que lui avait communiquée Caulaincourt. Cette grave révélation, tout en irritant le souverain russe contre Louis XVIII et son conseiller Talleyrand, ne le désarma pas à l'égard de Napoléon. « — Cela ne me fera pas retirer un seul soldat en deçà de nos frontières, » dit-il à Nessclrode*. Tout ce que gagna Napoléon à la divulgation du traité, et ce résultat lui importait peu, fut d'affermir le czar dans l'idée qu'il avait depuis la seconde émigration de
I. NVj.sHnMte a Pozzo. Vienne. 22 avril .Po/zo. CorrtMp.. I. |ov. Tallevraml .1 Louis XVIII. Vienne, n avril (Corrrtft . jmo-JHI). Cf. Rapport de Meneval :i N.i|w>leon. ih mai iArv.li. AIT. elr.. i80i>.
s. Meneval à Oaulaineourt. Vienne. : avril. Rapport <le Meneval à Napoléon. Paris, " mai (An li. AfT. elr., 1*<>I et 1 1* > i >- Olte lettre Inten eptee «lait datée du i£ mars. (Voir 1815. I. — D'après une lettre <le Rapp .1 Davout (Strasbourg , * avril. An h. AfT etr.. un n.urrier fran.;,iU
■le Vienne laissa à Str3sl<our»/ le 7 avril apportant a lempereur. une lettre •lu prince Kusrene. N«»us avons inutilement clienhe <-e d >< uiu< iit aux Affaires étrangères et dans les papier- de la Se. relairerie d Klat.
■i. NesM-lro le a Poz/o, Vienne, n mai. P »/7" a Se<i«..'lrode. bnurlles.iJ mai. 'Pozzo, Cotrtif,., I, le.-*. \ 15 I uï.\ Wellington a < lasllereatrli, l'J mai. </>»«pntrk* XH, *oMoV: <:f. ilastlerea^h a Wellington. Londres, ï mar* et i avril [DupaUtu of Caitlêreagh, II l
Louis XVIII et qui consistait à mettre le duc d'Orléans sur le trône de France. Cette solution eût satisfait à la fois ses aspirations libérales et sa rancune très légitime contre le signataire du traité du 3 janvier. Il s'en ouvrit à l'ambassadeur d'Angleterre, lord Clancarty. « — L'Europe, lui dit-il, ne peut Être tranquille tant que la France ne le sera pas, et la France ne le sera qu'avec un gouvernement qui lui convienne. Le duc d'Orléans concilierait tout. Il est Français, il est Bourbon; il a servi, étant jeune, la cause constitutionnelle ; il a porté la cocarde tricolore que l'on n'aurait jamais dû quitter. Il réunirait tous les partis. » Les cours de Londres et de Vienne, où l'on regardait la reconnaissance de tout gouvernement autre que le gouvernement légitime comme une concession au jacobinisme, étaient peu disposées à adopter ces idées. Castlcreagh et Metternich admettaient bien que telle circonstance pût surgir qui les contraignit à accepter une substitution de la branche cadette à la branche aînée, mais ils n'envisageaient cette conjoncture qu'avec regret. Le czar, se voyant seul de son avis, finit par y renoncer'.
Avant de quitter Vienne, Montrond, qui tout en ayant l'air de ne pas prendre sa mission au sérieux s'efforçait de la bien remplir, avait eu plusieurs entretiens avec Mencval et lui avait remis les lettres de Caulaincourt et le billet de Napoléon adressé à Marie-Louise. Meneval, d'accord avec M"' de Montesquiou, brûla ce billet. Il savait que s'il le donnait à
I. Talleyrand à Louis XVIII, î3 avril (Corrttp. *r*c Lo*\i XVIll . Cf. le même au mëm«\ Vienne. ft mai /W. . N>>*elrode a P«>7Jo, Heidelber*. 17 juin (P07.7.0, Corrrtp., |). Wellinpton à Castlereairh. Bruxelles, il avril; à Mctternich. *0 mai. Castlereaph à Wellington. Londres î« mai. />t«- P*ick* of Wellington, XII. et Supplément, X, »(Mt.) Clancarty à iji-
tlereagh, Vienne, 19 mai (Ouptichs *f C»tt$rt*gk, H).
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l'ex-impératrice. celle-ci lo communiquerait, sans même le lire, à l'empereur d'Autriche. Flic avait depuis longtemps avoué a Meneval que Melternich avait obtenu d'elle l'engagement de remettre h son pere toutes les lettres qu'elle recevrait de Napoléon. « L'impératrice est vraiment bonne, mais elle est bien faible, écrivit le 8 avril Meneval à Caulaincourl . Il est fâcheux qu'elle n'ait pas eu un meilleur entourage '. ►> Meneval hésitait à dire toute la vérité'.
La vérité, c'est que si Marie-Louise fut profondément troublée à la nouvelle du débarquement au golfe Jouan, elle ne ressentit qu'une angoisse égoïste. Indifférente à la perte comme au triomphe de Napoléon, elle n'envisageait ces deux alternatives que par rapport à elle-même. Si l'entreprise échouait, elle craignait que la souveraineté de Parme, obtenue avec tant de peine, ne lui fût retirée. Si Napoléon recouvrait l'empire et s'imposait a l'Europe, elle ne s'effrayait guère moins en pensant qu'il lui faudrait monter encore une fois sur le troue instable de France, recommencer la vie d'apparat et d'agitation dont l'éloignaient sa nature tranquille et ses goûts modestes. Fn cette femme, fille d'empereur et femme d'empereur, il y avait une petite bourgeoise, née pour
1. \l< (i.-\.i1 .i Cïulainrmirl. \>nne,: <«t * avril. Anatole M..iit»*<|uiou à «liul.mn .Mirt. Wnnc. h avril Happ<.rt u> Mnx'vol à \apole«.n. Paris, in mai i Arrh AIT f lr.. H<'t <«t
i M. ii. v.il fut plus ••\[»lt. il«*. sans IVUrr '.oui a f«it. dan* s..n rapport «lu l<m:ii Kl auparavant, %'T> Ir 15 avril, n»« v«. niant pas Ijiu«.t :iu\ aiiu> «1»' IfmjMTi'ur oVs illu^iniis, qui pouvaient • lr»« fuiirslcH, sur la p<<«Ml>ilil>' .l'un .i.-. oi-.l av.- - l'Autn. h.', il avait rit <*o r. t.-iii.'nt a l.av.ill.-it.- p..nr lui appn ii'liv .pic Mari.'-Ia-uiv, . li\r<-«- a Vipp-rc <pii «.-tait niait r»- <U- x.,ti «•*prit autant «p»»' <!»■ sa personne ». «'tait >l't'-nmn.-.- a n»- jamais r.-v..ir Napoléon. . Jr n»« , rois pa*. aj.. niait il - ti p. M Ttptutn. -|u.> v is j.hi^i-v .lirf la \. rit.-.. I .'uip. r. ur. Op.'n.l.mt r.n!.- |.> rrtlr |.-ttr»- I ■|ui wm»
jciraltra O'tivi-iiaM.'. . — I.av ill.'tl.-. '|Ut anal\M' «•••tt«* l»-ltn- «tans \t-
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pas W nom <tu Mt'iialairr. Il W .|.->U'U'- par I .»-.!• n<pl»> : "'. >l o- t., ut p..rl.a . T'-ir.- .pu- , H (...tutu. M »-\a 'l.-iii<'iit n-u^-t^n.- • I « tu ail... h- a l'.-mp. r.-ur • .M. ut M. n- val.
vivre dans un intérieur agréable entre un mari, des enfants et un clavecin. Combien elle préférait aux pompes et aux grandeurs soucieuses des Tuileries, l'existence obscure et paisible qu'elle s'était promise de mener avec son bien-aimé, le comte Neipperg. dans le joli ermitage de Parme. Elle n'avait pas la force de se séparer de cet homme fatal. Puis, elle redoutait les indiscrétions de son entourage, elle se rappelait les torts qu'elle avait eus envers l'empereur. La pensée de se retrouver devant Napoléon la remplissait de crainte et de confusion '.
Ce fut Neipperg qui apprit le premier à Marie- Louise, au retour d'une sentimentale promenade à cheval, que Napoléon s'était évadé de l'ile d'Klbe. On imagine aisément quelle ligne de conduite il suggéra à l'ex-impératrice. S'il fut moins brutal que l'archiduc Jean, qui dit à sa nièce: « — Ma pauvre Louise, je te plains, et ce que je désire, pour toi e! poumons, c'est qu'il se casse le cou, » il n'en fut que plus persuasif. Le 8 mars, la nouvelle s'étant répandue à Schonbrunn. des domestiques françai> crièrent : Vive l'empereur I Neipperg les menaça de les taire pendre. Un se contenta de les envover à la frontière, et la gouvernante du petit prince. M'" de Montesqtiiou. fut priée de ne point lui parler
1. M»-ucv:il :i CnulainrMurt. Vi«-im«', " »'l H m;irs. !(:ip|H>rt de Mencv»! ;t \;ii..>l"Mi. l'an*. l« mai <Arvh. AIT. Hr.. |.«o2..i M.[u-\al. V-m., ||
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urau.l iiimi)<I<-, el je J> liais m;n nl-mant |.|as * i n » - jamais. Je mus 1„ u. reus. 1 uis ni"ii j..-lit .-..in • m us i>i . . et.-., et
MAHIE-LOl ISE ET LA COUR DE VIENNE
de l'événement. Le même jour, Metternich eut un entretien avec Marie-Louise qui se rendit une heure après à Vienne, auprès de son père. Xcipperg aidant, la cour d'Autriche n'eut point de peine à vaincre les derniers scrupules de l'ex-impératrice. Le 12 mars, elle écrivit à Metternich, sous la dictée de Xeipperg, une lettre officielle portant qu'elle était tout à fait étrangère aux projets de Xapoléon et qu'elle se mettait sous la protection des puissances. Au dire de Meneval, très véridique en général, cette déclaration, qui fut communiquée aussitôt aux souverains et aux plénipotentiaires, « semblait être attendue par eux pour rédiger le manifeste contre Xapoléon1 ». Ce manifeste fut, en effet, signé le lendemain, 13 mars, et il est possible que Metternich ne se fût pas associé à un acte qui assimilait l'époux «le la lille de son souverain à un criminel en rupture de ban. si celle-ci eût déclaré que. comme femme de Xapoléon et impératrice des Français, elle voulait rejoindre l'empereur. Marie-Louise déclara précisément le contraire. En récompense, le général Xeipperg fut nommé maréchal de la cour, titre qui lui donnait le privilège de monter dans la même voiture que l'archiduchesse*.
Ilien avant le retour de l'.ile d'Elbe, et à l'insu de l'empereur, Fouché, parait-il. avait conçu le projet de faire enlever le roi de Home. Selon Meneval, des émissaires étaient même venus à Vienne dans ce des-
I. Meneval. Mi-n., II. ii >. Ji; t, .!!.-!. Cf. Rapport «le M<-nr v:i!;i N:ij> ■-
Icoii, Paris. I* mai. { Arch. A(T. olr., is j. , l/.ma -Lune u>td IlerzO'i run Htichit'i'lt. 1«T- 1 70. cXfiazetle »f.4 itrjthourg. ii mura. — Bau>set !.»/<:/>i., III . l«'.M.>t> rapporte par oui dire que. le 7 ou U-i mars. l'empereur Alexandre \int m>teiieusement trouver Marie-Louise t't lui demanda .si cil»' devrait i»>nir . r eu Franc»' <>d rester à Vienne, à quoi l'an iMduches.-e répondit que • • VLut a son père de dérider. Haussât ;ij.ute que vrai.Ncml.l:«t-lr'in< iit le e/ar n'elait pas de bonne fui et voulait seulement s assurer des. intention- -.- ictt de l'empereur d'Autrielie.
Maria- Luist und ifenog ion ItcivUtitult. |T0.
soin*, Quoi qu'il en soit, la cour d'Autriche appréhendait un complot. Le 18 mars, l'empereur François déclara à sa fille que dans les circonstances présentes le jeune prince devait résider à Vienne. Marie-Louise, qui avait déjà accepté d'abandonner son fils pour obtenir la souveraineté de Parme, consentit sans peine à cette séparation anticipée. L'enfant fut conduit au palais impérial de Vienne. Deux jours plus tard, à la suite d'une fausse alerte qui fit soupçonner à tort le colonel de Montesquiou d'une tentative d'enlèvement dont sa mère aurait été complice, le grand-chambellan Vrbna signifia à celleci l'ordre de l'empereur de cesser incontinent ses fonctions. Malgré ses prières et ses protestations, madame de Montesquiou dut obéir et livrer à une gouvernante autrichienne l'enfant qu'elle n'avait pas quitté un seul instant depuis sa naissance. Kedoutant quelque horrible projet, elle exigea l'attestation, signée de deux médecins, que le fils de Napoléon sortait de ses mains en bonne santé'. Le petit prince pleura beaucoup. A toute minute, il appelait « maman (Juiou ». Quand Meneval partit pour Paris, au commencement de mai, il vint le voir une dernière fois et lui demanda s'il avait quelque chose à faire dire à son père. L'auguste enfant jeta un regard de défiance sur sa nouvelle gouvernante et sur les Autrichiens qui se trouvaient là, puis il se retira silencieusement à l'autre extrémité de la pièce, dans l'embrasure d'une fenêtre. Meneval l'y suivit.