LA RÉUNION DES C H A M H H K H
.lav et Manuel, les deux âmes damnées de Fouché, et le royaliste Roy interpellèrent Boulay sur cette façon d'agir et obtinrent séance tenante le renvoi de la question à une commission spéciale '.
Le 6 juin, Dupin tenta d'affranchir la Chambre de formalité du serment. « — Le serment en lui-même, dit-il, n'a rien que de juste, mais il ne peut être prescrit par la volonté unilatérale du souverain. Je propose donc que l'Assemblée reconnaisse qu'aucun serment ne puisse être exigé d'elle qu'en vertu d'une loi. » (rétait demander implicitement que le serment ne fut point prêté à l'empereur au cours de la séance impériale, annoncée pour le lendemain, puisque la loi ne pouvait être rendue dans ce court délai. \* proposition, appuyée par une petite minorité, fut véhémentement combattue par Bédoch, Immolant, Bory Saint- Vincent et enfin par Boulay de la Meurthe. « — Il faut être sincère, dit Boulay ; il y a deux partis en France: celui de la France, celui de l'étranger. Ce n'est pas l'empereur qui vous impose le serment : c'est votre conscience, c est la patrie que vous représentez. » Cette éloquente péroraison entraîna la Chambre qui vota l'ordre du jour. Mais le général Carnol tle frère du ministre i ayant proposé de déclarer que l'armée avait bien mérité de la Patrie en coopérant à la révolution du 20 mars, il veut des interruptions et «les cris. Reguaud. ne voulant pas que la victoire parlementaire remportée par Boulay fût si vile suivie d'un échec, s'empressa de monter à la tribune pour demander l'ajournement de la proposition
1. Moniteur »>t J'.„rmtl de /'A'm/j ire, 7, !« et 17 juin Houli\. Ï7.I ;"•» llo!>h«">iiH»\ II. * Ka|>|n>rl:i N:«|»ol«'«'ii. lu juin (Anh A AT. rlr , l^'i.» I^rlirt a HasMano, 17. t 11» juin. An h uni. AK. IV, )
i. Munttrur,-, juin. L:i KaylU*. V>m., V, m-Wo, H Irltn* i» N , « juin ibi'i. , lOi- tUi. Itoui.iy, îhl-i'iT. A'.'ymw *«r le* Cent J"tt> ». l'i-lft.
La séance impériale eut lieu le 7 juin. Après avoir reçu le sermon t individuel des pairs et des représentants, l'empereur prononça un discours qui lut couvert d'applaudissements. Napoléon ne pouvait en être touché. Il sentait trop bien que cette ovation s'adressait non à l'empereur ni au capitaine, mais au monarque qui venait pour ainsi dire abdiquer publiquement la puissance souveraine. Ce qu'on applaudissait si fort, c'était cet exorde : « Depuis trois mois les circonstances et la conliance du peuple m'ont investi d'une puissance illimitée. Aujourd'hui s'accomplit le désir le plus puissant de mon cu'iir : .le viens commencer la monarchie constitutionnelle. Les hommes sont impuissants à fixer les destinées des nations; les institutions seules peuvent les garantir. » Malgré tout son pouvoir sur soi-m>mc, l'empereur laissa percer l'amertume et la colère que lui causait cette confession. Son visage était livide, sa voix stridente, ses traits contractés. «< Dans toute sa figure, dit La Fayette, on lisait sa souffrance intérieure et la contrainte violente que sa nouvelle situation lui faisait éprouver1. »
En rentrant aux Tuileries, le 20 mars, l'empereur rajeuni et ranimé par son triomphe avait l'énergie, la résolution, l'espérance. <• Son génie si fécond en ressources, rapporte Mole, avait retrouvé toute son infatigable ardeur. » Kn homme qui venait de reconquérir le trône à lui tout seul, il dit gaiment : « — L'impossible n'est que le fantôme des timides et le refuge des poltrons1. » Il continuait le rêve où il avait marché vivant depuis le golfe Jouan jusqu'à Paris. (Juel réveil î Pendant vingt jours tout a cédé
I. La Fay»-lt«\ V»;m.. V. 44". 4 U, et lettre h X.. h juin (i6»rf.. .»<H*».;. <;f. Etqui*»* un- ttnCeut J..»r*. 34. llobh<.u*e. U. \>>. M+m. »,<r( «r*ot. II. 444. i. Froment des Mémoires «te M »l«- {Htme ,1t In Hr>y>t«lion, XI.
l'état d'esprit de l'empekeur 613
comme par magie devant l'empereur. Désormais tout se ligue contre lui. Les puissances le mettent au ban «le l'Europe et arment un million de soldats pour l'exterminer. Le Midi s'insurge. l'Ouest se soulève, le Nord conspire, la division s'étend dans toute la France. L'armée manque d'hommes, les arsenaux et les magasins sont vides, le Trésor est épuisé. Chaque jour, quand l'empereur a travaillé quinze ou seize heures' à réorganiser l'armée, les finances, l'administration, il doit pour se reposer « se casser la tête* » à discuter constitution avec Benjamin Constant et les membres de la commission législative, et céder, céder, toujours céder à leurs arguments et à leurs représentations. Il abdique la dictature, il donne le gouvernement représentatif, la liberté de la presse, la liberté de la tribune, la liberté des élections. Un suspecte sa sincérité, on dénonce sa fourberie, on crie au despotisme tout comme si l'on vivait encore sous le régime des sénatus-consultes. A l'étranger, il trouve la menace, dans la presse l'injure, dans l'administration l'inertie, à la police la trahison, dans les Chambres la déliance, aux Tuileries même, jusque chez ses plus fidèles serviteurs, la démoralisation, partout l'hostilité, la suspicion et le découragement.
L'empereur ne supporta pas trois mois ce supplice sans en être atfaibli moralement et physiquement. A la fin de mai, il n'était plus l'homme du 20 mars. Il avait gardé intactes les qualités maîtresses de son vaste génie, mais les qualités complémentaires : la volonté, la décision, la confiance avaient décliné en lui3. La nature éminemment nerveuse de Napoléon
I. Nnpolron. Xate* sur le manuicril de Stiinte-t/Jlène t'nrrc*j<.. XXXI, i-W. i. M..ntholon. font*. 11. 1*3.
3. On a dit à lort »pie l»> facultés «le Napoléon avaient faiMi On a confondu los <|iialilos intellectuel!*** nvt'f les qualit»'-* d«>ci*ion ut dVnerci*'. Sa volumineuse corr*'>|>oiidanoe pendant les i>m J.mii>, dont une paru»-
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«Hait soumise aux influences morales. Les contrariétés très vives, les grandes inquiétudes, tous les tourments d'esprit, comme aussi parfois l'excès des fatigues et l étal atmosphérique, lui donnaient simultanément de douloureuses crises d ischurie, et même de strangurie, dès contractions de l'estomac et une toux spasmodique épuisante. Ces accidents, qu'il avait déjà éprouvés en Kussie, se reproduisirent plusieurs fois durant les Cent Jours, à la suite de son rude voyage à travers les Alpes, dans la neige et danla rafale, et sous l'action des épreuves et dos amertumes qui l'accablèrent à Paris. L'esprit influait sur le corps qui réagissait alors sur l'esprit. Pendant ces crises, d une durée assez longue, l'empereur tombait dans un profond abattement x. Il perdait tout espoir et toute énergie. Il avait des heures d'angoisse où d'horribles visions lui montraient la France vaincue et démembrée5. Kn plein jour, il cherchait dans le sommeil l'oubli momentané de ses souffrances et de ses pensées. Lorsqu'il -était seul, il lui arrivait de pleurer ; Carnot le surprit en larmes devant un portrait
seulement a été publiée, se* conversations rapportées par Fleury de CIki boulon. |*ar Mole, par Benjamin Constant, ses ordres du jour, ses harangues, ses discours politiques, son plan de campa trne démontrent que s., toute-puissante intelligence «-tait restée e^ale à elle-même. Seulement, t. était souffrant et décourage. 1. homme qui combinait le plan de In campasrnede* Pays-Bas et qui. If 7 juin, après la fatigante séance de louveiïurdes Chambres, pensait â écrire à Davout (Corrt*p.y ti^'M) : • J'ai vu aw peine que les deux régiments partis ce matin n'avaient qu'un»- seule pair»de souliers. Il yen a en inatra«iu. U faut leur en procurer deux dan- V sa.- et une aux pi« ds .. n'avait rien perdu de son puissant KT"ie ni de x-n admirable souci des détails.
t. Notes du docteur Y van et du docteur Mrstivier (citées par S»-^ur. Mem., VI. tlWlM). Notes de Lucien Bonaparte Arch. AIT. ctr.. m:» . S. t.- «-crite 5 Sainte-Hélène (communique** par M. X ). Cf. les détails d'autopsie donnes par Antommarclii .»/<•»!.. Il, I ♦>«... et Hohhouse {Lettre» I. 3V ei II, tl>) qui remarque les très vives douleurs à la poitrine dont r**mp»-reur parait souffrir pendant la revue de la garde nationale du t» avril et pendant la séance impériale du 7 juin.
i. Fragment des Mémoires de Mole [Revue #/c ht Rtvolutton. XI, W). Cf. Notes de Lucien (Arch. Aff etr., 1 « 1 h j .
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de son fils1. L'empereur n'avait plus en lui le sentiment du succès, il ne croyait plus à son étoile. Il dit à Mollicn : « — Le Destin est changé pour moi. J'ai perdu là un auxiliaire que rien ne remplace. » Il hochait la tète quand on le félicitait sur le résultat d'une élection ou sur quelque manifestation populaire. « — C'est le temps, répondait-il, qui nous apprendra si la France veut nie conserver mieux qu'elle n'a conservé les Bourbons*. »
L'empereur était indigné contre les libéraux du Parlement qui cherchaient à ébranler son pouvoir au milieu de si grands périls et qui le tracassaient pour des questions de forme au milieu de si graves préoccupations. Il avait donné sans arrièrepensée le régime parlementaire, il était décidé à exécuter fidèlement la nouvelle constitution. Il s'étonnait qu'on ne lui en sût point gré et s'offensait qu'on suspectât sa sincérité. « — Je m'aperçois avec douleur, «lisait-il. que les députés ne sont pas disposés à ne faire qu'un avec moi. Ils ne laissent échapper aucune occasion de me chercher querelle... Kl de quoi ont-ils à se plaindre? que leur ai-je fait? Je leur ai donné de la liberté à pleine main. Je leur en ai même trop donné, car aujourd'hui les rois ont plus besoin de garantie que les nations. » Parfois il avait des révoltes. — Ah! s'ils croient faire de moi un soliveau ou un second Louis XVI. ils se trompent. Je ne suis pas homme à me laisser faire la loi pur des avocats ni à me laisser couper la tête par des factieux. »> Il se contenait cependant. Il ne voulait pas entrer en lutte avec les élus de la nation à la
I. V.t.'s <!<• l.urinn 'An h. AfT. 'lr., t*l.V MmIIh-ii. Menu. IV. ivs. »/«««. %»r raruor, 11. l.'l.
S. M<'llifii. V,r/i., IV, t'.K.iy». .|/>,i. sur Carnut, 11. I > .. Las Casos. .V"«<*rui/, VU, iKo-isi. (.{. l,nv..ll«-U<\ J/.-»i„ II. 1T0, 1T«..
veille d'une guerre terrible dont son retour en France était manifestement la cause'.
Napoléon avait décidé de quitter Paris le 12 juin*. Déjà les différents corps d'armée commençaient leur marche de concentration vers la frontière belge; la garde impériale, le Trésor, la maison militaire étaient entre Compiêgne, Soissons et Laon *. L'empereur se rappelait trop les événements de 1 8 1 i pour déléguer le pouvoir à un conseil de régence. 11 arrêta que toutes les alfaires d'ordre gouvernemental el administratif continueraient à lui être soumises, soil directement par les ministres, soit par le conseiller d'Etat Berlier, secrétaire du conseil des ministres. L'empereur entendait aussi se réserver les décisions sur les différends qui pourraient se produire entre les deux Chambres relativement à la présentation des projets de lois. Un officier intelligent serait désigné chaque jour par Davout pour porter à franc étrier les dépêches au quartier impérial. Le conseil des ministres, auquel étaient adjoints le prince Lucien el les quatre ministres d'Etat, devait se réunir plusieurs fois par semaine sous la présidence de Joseph. l)an> les circonstances pressantes où la détermination à prendre excéderait les bornes de l'autorité ministérielle, l'urgence de la détermination serait délibérée, et si elle était reconnue, l'objet en serait discuté et adopté à la majorité. En cas de partage, Joseph aurait voix prépondérante4.
Ces questions ainsi réglées le 1 1 juin, veille de son départ, l'empereur se sentit l'esprit plus libre et le
1. Ilouby .le l;i Meurtlie, i>". Heury de <;h;il.ouI<.n, II. Il > lia. Cf. Ilrnj.'imin Constant, II. iiy-i*.
i. Nnpokoti à S-.ull. 7 juin fornnp. Uni*'.
:i. \ap..|.-,>n. Corre*/,., ii".n>. ij'itl. Onin-s .le S..11H, «i juin. (An h Uihtiv, ai me»' du \.>r.l.i
4. nrdic p n<T;»l de servie.". Il juin. (Livre «lKlal, Arch. nal. AK. IN*, kul-t.)
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cu'iir plus forme. II ilina avec sa mère, ses frères et les princesses. Au dessert, on introduisit les enfants de Joseph et les deux lils d'Hortcnse. Il reçut ensuite le président de la Chambre, les ministres et quelques amis fidèles'. Lavallette qui ne le quitta qu'à minuit dit que la gaité lui était revenue* : il allait retrouver son armée.
Dans cette journée du 1 1 juin, l'empereur avait eu à subir la lecture des Adresses des pairs et des représentants. Sous couleur de lui exprimer leur dévouement, les uns et les autres s'étaient appliqués à lui faire des remontrances. « — Il s'agit de savoir, avait dit l^a Fayette, si la Chambre méritera le nom «le Hcpréseiitatinn nationale ou celui de club Napoléon. » On inséra dans l'Adresse une phrase sur la révision de l'Acte additionnel et sur les articles <• défectueux ou imparfaits » qu'il contenait. Lanjuinais lit substituer le nom do héros k celui «le yrand homme, sous prétexte que l'expression de graml homme supposait des vertus morales dont celle de héros pouvait plus aisément se passer. Félix Lepelletior ayant proposé de décerner à l'empereur le titre de Sauveur «le la Patrie, sa voix fut couverte par des murmures, et l'ordre du jour réclamé à grands cris3. La Chambre «les pairs n<» voulait pas plus «pie la Chambre «h«s représentants être le club Napoléon. Il faut remarquer d'ailleurs «pie presque tous l«'s officiers généraux qui faisaient partie «le la Chambre hanti* avaient rejoint l'armée. I n nombre «le la Commission «lit que les pairs «le-