ATTAQUE DES QUATRE-BRAS
r A la droite, la colonne de Bachelu avait traversé le petit vallon qui sépare les hauteurs de Gémioncourt de celles que couronne la route de Namur ; elle gravissait ces pentes quand elle subit, presque à bout portant, le feu de la première ligne de Picton, embusquée dans les blés. La colonne s'arrêta, oscilla. Voyant l'hésitation des Français, Picton les fit charger à la baïonnette par la brigade Kempt qui les repoussa sans reprendre haleine jusque près de Piraumont. Là, cependant, mitraillés par les batteries de Bachelu et fusillés par le 108" de ligne resté en réserve, les bataillons anglais durent s'arrêter à leur tour et regagner au plus vite leurs premières positions. Dans leur retraite, ils soutinrent les charges des 1" et 6" chasseurs (division Pire). Les tirailleurs furent sabrés mais les bataillons rapidement ployés en carrés ne se laissèrent point entamer. Le carré du 28% abordé sur deux faces, semblait près de se rompre. Picton ranima ses soldats en criant : « — 28*, rappelez-vous l'Egypte ' ! »
Les 42* (highlanders) et 44% qui formaient la droite de Pack, furent moins heureux. Les lanciers de Pire, galopant à la poursuite des Brunswickois, aperçurent les habits rouges en bataille à l'angle des deux routes ; ils piquèrent droit sur eux et les rompirent sans toutefois les culbuter. Baïonnettes contre lances, une furieuse mêlée s'engagea ; le drapeau du 44* fut
une tradition rapportée dans les Mémoires de Jérôme, Brunswick aurait été blessé pendant qu'il haranguait la tête de la colonne du 1"' léger pour l'engagera abandonner la cause de l'empereur. Le fait paraît peu probable, étant donnée surtout la haine que le duc de Brunswick avait rouée à tous les Français.
1. Relation de Reille (Arch. Guerre.) Lettres d'officiers des brigades Kempt et Pack {Waterloo Letters, 348,353-354, 358, 373-374.) Siborne, 1, 111-112.
Ces mots : Rappelez-vous l'Egypte ! » étaient une allusion à la bataille de Ramanieh (21 mars 1801), où le 28" anglais résista aui charges désespérées de la cavalerie du général Roize.
pris et repris. Le colonel de Galbois avec le G'' lanciers perça jusqu'à la route de Namur où il mit en pièces un bataillon hanovrien ^
Pour seconder son attaque, Ney comptait sur les 20 000 hommes du comte d'Erlon qui ne pouvaient tarder à déboucher de Frasnes. Mais par un enchaînement de fatalités ou plutôt par la conséquence logique de retards dans les dispositions préparatoires, d'ordres mal transmis, mal compris et mal exécutés et de contre-ordres inopportuns, ce corps d'armée tout entier allait lui manquer comme il avait manqué à Napoléon.
Le matin, d'Erlon avait concentré ses cinq divisions à Jumet (une demi-lieue en arrière de Gosselies) oii il était de sa personne depuis la soirée de la veille avec les divisions Donzelot et Durutte^ Le corps de Reille sur lequel il devait serrer ne bougeant pas de Gosselies, il attendit des instructions. Un peu avant onze heures, il reçut l'avis de Reille de se préparer à suivre le mouvement du 2^ corps ; Reille l'informait d'ailleurs que lui-même resterai! dans sa position jusqu'à nouvel ordre ^ D'Erlon ne
1. Lettres d'officiers de la brigade Pack. {Waterloo Letters, 376-379, 381.' Siborne, 117-122. Cf. Damitz, l, 197-198. — Le i¥ (highlanders) eut en un instani son colonel tué et 284 hommes hors de combat. Galbois reçut une balle en pleine poitrine ; il resta à cheval et combattit le surlendemain à Waterloo.
2. D'Erlon à Soult, Jumet, 15 juin. (Arch. Guerre.) Cf. l'ordre de Delcambrf (Marchienne, 17 juin, 3 heures du matin) de mettre immédiatement en marche la division Marcoguet, « de façon qu'elle soit rendue à Gosselies au plus tard à six heures du malin ». (Arcli. Guerre.) — Des ordres analogues furent certainement envoyés à la division AUix, qui se trouvait encore à Thuin, et à la 2' brigade de Jacquinot arrêtée à Sobray. Ainsi, il n'est pas douteux que tout le 1"' corps fnl concentré autour de Jumet dans la matinée du 16 juin.
3. Reille à Ney, Gosselies, 16 juin, 10 heures et quart. (Arch. Guerre.)
LE FAUX MOUVEMENT DE d'eRLON. 205
pouvait qu'en faire autant. Vers midi et quart, l'ordre de Ney de se porter à Frasnes lui fut transmis, soit directement, soit par Tintermédiaire de Reille'; mais pour se mettre en marche, il dut ittendre l'écoulement de tout le 2® corps qui précélait le sien. La division Jérôme n'ayant guère quitté ses bivouacs, au sud du bois de Lombuc, avant une iieure", la tête de colonne du 1" corps ne put arriver à Gosselies qu'entre une heure et demie et leux heures. Là, d'Erlon arrêta ses troupes jusqu'au i-etour d'une forte reconnaissance qu'il avait envoyée le Jumet sur Chapelle-Herlaymont oij la présence l'un corps anglo-belge, menaçant sa gauche, lui îtait faussement signalée par des paysans ^ Malgré ['ordre de Ney, de onze heures, rédigé d'après les instructions de l'empereur, de huit heures*, il négligea ou différa de porter à Marbais une de ses divisions. Il comptait probablement détacher cette division vers ce village dès qu'il aurait atteint Frasnes'. On ne se remit en marche que sur les trois heures. Entre quatre heures et quatre heures et quart, la oaoitié de la colonne avait dépassé la Voie romaine quand d'Erlon reçut une dépêche de l'empereur ^ uelui qui la portait était parti de Fleurus un quart
1. D'Erlon du duc d'Elcbingen, 9 février 1829. {Docum. inédits, 64.)
2. On a vu que la tête de colonne de Reille, mise en route vers midi, n'arriva à •'rasnes que vers une heure et demie, et que la division Jérôme n'y arriva que vers rois heures. 11 y a 2 lieues de Gosselies à Frasnes.
3. Lettre de d'Erlon à Soult, Gosselies, 16 juin [sans indication horaire, — sntre 1 heure et 3 heures — ]. (Papiers de Gourgaud.)