APPARITION DU CORPS DE BÛLOW
On ne tarda pas à être tout à fait renseigné. Comme un détachement de cavalerie parlait au galop pour reconnaître ces troupes, un sous-officier du 2" liussards de Silésie, que les hussards du colonel Marbot venaient de faire prisonnier près de Lasne ', fut amené à l'empereur. 11 était porteur d'une lettre de Bûlovv à Wellington, annonçant l'arrivée du IV" corps à Ghapelle-Saint-Lambert. Ce hussard, qui parlait français, ne fit pas difficulté de conter tout ce qu'il savait. « — Les troupes signalées, dit-il, <oiit l'avant-garde du général de Biilow. Toute notre armée a passé la nuit d'hier à Wavre. Nous n'avons pas vu de Français, et nous supposons qu'ils ont marché sur Plancenoit". »
|ia~ vrai que Soult fùl ])lus prfocrupé que rcniporeur de Tarrivée possible des Il ii-siciis, puisque la Icllre à Groucliy, témoignant de ces préoccupations, fut rcnlu d"aprcs les instructions de l'empereur. — Baudus, aide do camp de Soult, est jaloux ici de faire valoir son chef aux dépens de Napoléon, mais il oublie qu'il a écrit, à la page -12i, que Soult conseillait de rappeler une partie du corps de Groucliy, non jiarce qu'il craignait l'arrivée des Prussiens, mais parce qu'il eût voulu plus de monde pour attaquer l'armée anglaise ; et à la page 222, que Soult disait : » Bans l'état où /c défaite de Ligny avait mis l'année prussienne, un faible corps suffirait pour ta suivre et l'observer dans sa retraite. »
Napoléon n'est pas non plus véridique quand il prétend que Soult lui dit que le corps prussien de Saint-l.ambert était « probablement un détachement de Grouchy ». Soult ne pouvait supposer vraisemblablement cela, puisque Grouciiy, dans la lettre écrite à six heures du matin et reçue entre dix et onze heures, annonçait qu'il était encore a Gembloux et qu'il allait suivre les Prussiens sur Wavre. De Gembloux à Chapelle-Saint-Lambert, par Wavre, Grouchy aurait eu huit lieues à faire et un corps prussien à culbuter.
1. Lettre de Marbot à Grouchy, IS.'îO. (Citée par Grouchy, lîelat. suce App. VIII, ol sqq.). — Marbot prétend que ce hussard fut prisprèsde Saint-I,ambert ; mais la cavalerie fraMÇ;iiso, comme je l'ai dit (323 note 1), ne poussa pas plus loin, dans la direction de Saint-Lambert, que Lisne et Couture.
Dans les rapports allemands, il n'est point fait mention de cette lettre interceptée, mais la chose n'est pas douteuse puisqu'il en est parlé non seulement par Napoléon, Baudus et Marbot, mais encore par Soult dans une dépêche à Grouchy (citée plus loin), datée du 18 juin, une heure après-niidi.
Napoléon dit : « un iiussard noir ». Je ne sais quel était l'uniforme de ce sousofficier, mais il devait appartenir au 2" hussards silésiens formant l'avant-garde prussienne, et dont plusieurs détacliements battirent l'eslrade en avant de Saint- Lambert, vers Couture et Maransart, à partir de dix heures du matin. (Voir Damilz, II, 242-243, et le rapport de Biilow cité par von Ollech, 192).
2. Napoléon, Mém., 139. Gourgaud, 89. Baudus, I, 226, Cf. Soult à Grouchy,
La présence d'un corps prussien à Chapelle-Saint- Lambert qui eût confondu Tempereur quelques heures plus tôt, alors qu'il traitait de « paroles en l'air » le propos rapporté par Jérôme sur la jonction projetée des deux armées alliées, ne le surprit qu'à demi, car il avait reçu dans l'intervalle cette lettre de Grouchy, datée de Gembloux, six heures du matin : « Sire, tous mes rapports et renseignements confirment que l'ennemi se retire sur Bruxelles pour s'y concentrer ou livrer bataille après s'être réuni à Wellington, Le premier et le second corps de l'armée de Blûcher paraissent se diriger le premier sur Gorbais et lé deuxième sur Ghaumont. Ils doivent être partis hier soir, à huit heures et demie, de Tourinnes et avoir marché pendant toute la nuit ; heureusement qu'elle a été si mauvaise qu'ils n'auront pu faire beaucoup de chemin. Je pars à l'instant pour Sart-à-Walhain d'où je me porterai à Gorbais et à Wavre \ »
Gette dépêche était beaucoup moins rassurante que celle de la veille. Au lieu d'une retraite de deux corps prussiens en deux colonnes, l'une sur Wavre et l'autre sur Liège ^, Grouchy annonçait que ces
en avant du Caillotf, 18 juin, une lieure après-midi. (Lettre citée inexactement par Gi-oucliy, lielal. suce, App. I, 21, et que je donne eu fac-similé à la lin de ce volume).
1. Grouchy à Napoléon. Gembloux, 18 juin. (Arch. Guerre, Armée du Nord.) Comme je l'ai déjà fait remarquer (p. 293, noie 2), celte dépêche qui, à s'en
rappiirter aux textes cités par Grouchy, aurait été écrite à trois heures du matin, fut écrite à six heures. J'en ai donné les raisons. Je répèle ici que, si cette dépùclie avait élé écrite à trois heures, elle serait arrivée au quartier-impérial avant huit heures. Or elle n'y arriva que passé dix heures. Autrement, Soult on aurait fait mention dans sa lettre à Grouchy (en avant du Caillou, dix heures) et les instructions contenues dans cette lettre auraient été toutes différentes ; elles auraient été celics-la même que Soult écrivit à une heure dans le corps de la lettre reproduite plus loin, et qui furent motivées, cela est évident, par la lecture de ladite dépêche de Grouchy.
2. Voir la lettre de Grouchy à l'empereur, Gembloux, 17 juin, 10 heures du soir, que j'ai citée à la page 25G.
DÉPÊCHE DE l'empereur A GROUGHY. 343
deux colonnes marchaient concentriquement vers Bruxelles, dans le dessein probable de se réunir à Wellington. Il ne parlait plus d'empêcher leur jonction ; et, si l'on devait cependant conjecturer qu'il allait manœuvrer à cetefTci en se portant sur Wavre, il semblait mettre bien peu de hâte, puisque, à six heures du matin, il n'avait pas encore quitté Gembloux. Sans doute, l'empereur pouvait espérer que les Prussiens marcheraient droit sur Bruxelles; mais il était très possible aussi qti'ils rejoignissent l'armée anglaise par un mouvement de flanc.
Pour parer à ce danger éventuel, l'empereur avait songé bien tard à envoyer de nouvelles instructions à Grouchy. La lettre du maréchal avait dû, à moins d'un retard possible mais très improbable, arriver au quartier-impérial entre dix et onze heures ^ Et s'est seulement à une heure, quelques instants avant d'apercevoir les masses prussiennes sur les hauteurs de Chapelle-Saint- Lambert, que l'empereur fit écrire à Grouchy :
« Vous avez écrit à l'empereur ce matin à six heures que vous marchiez sur Sart-à-Walhain. Donc votre projet était de vous porter à Corbais et à Wavre. Le mouvement est conlorme aux dispositions de Sa Majesté qui vous ont été communiquées. Cependant l'empereur m'ordonne de vous dire que vous devez toujours manœuvrer dans notre direction, et chercher à vous rapprocher de l'armée afin que vous puissiez nous joindre avant qu'aucun corps puisse se mettre entre nous. Je ne vous indique pas de direction. C'est à vous à voir le point oi^i nous sommes pour vous régler en conséquence et pour"