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LES PLANS DE CAMPAGNE

I. Idée d'une invasion en Belgique dès les premiers jours d'avril.

n. Le plan de campagne des Alliés.

II(. Le plan de campagne de Napoléon.

IV. Concentration de l'armée française (8-14 juin). — Arrivée de

l'empereur à Beaumont. — Forces et positions des armées le

14 juin.

Le 25 mars l81o, alors que les souverains nouaient à Vienne une septième coalition contre la France, ils avaient, pour résister à une attaque soudaine de Napoléon en Belgique, tout au plus 80 000 soldats : 30 000 Prussiens, 14 000 Saxons, 23 000 Anglo- Hanovriens et environ 10000 Hollando-Belges \

1. Lettre de Kleist au roi de Prusse, Aix-la-Chapelle, 19 mars (citée par von OUech, Geschichte des Feldzuges von 1815. 5). Wellington à Gneisenau, Bruxelles, 5 avril. [Dispatches, XII, 288.) Cf. C. de W. (MufQing). Hist., 1-2. Elat des troupes dans les Pays-Bas, le 23 mars, (Suppl. Dispatches of Wellington, X, 716.)

Clausewilz {Der Feldzug von 1815, 16) n'évalue même les forces anglo-hollandaises qu'à 20 000 hommes ; il donne 50 000 hommes aux Prussiens et aux Saxons réunis. Damitz, (1, 6,) dit que les forces de Kleist auraient monté à 30 ou 60 ÛOO hommes si les régiments avaient été au complet.

L"état cité dans le Supplementary Dispatches ne porte qu'à 7 223 hommes les troupes hoUando-belges stationnées en Belgique le tZ mars. Kleist écrit : • On peut à peine parler des Belges. » El de fait, à lire van Lôben Sels (H à 69), il parait certain que l'armée hoUando-belge, encore en organisation, pouvait à peine meltre en ligne au mois de mars, 10 000 baïonnettes et sabres. A la mi-juin, ce nombre fut porté à 29 500.

Encore les Saxons étaient-ils disposés à se mutiner^ et devait-on craindre des défections chez les Hollando-Belges. La plupart de ceux-ci avaient servi sous Napoléon ; et à Bruxelles, dans tous le pays wallon, et particulièrement dans les provinces de Namur et de Liège soumises à la dure occupation prussienne, il y avait un parti français-.

Stationnées depuis Trêves et Coblentz jusqu'à Courlrai et à Anvers, sur une étendue de soixantedix lieues, les troupes alliées avaient commencé, dès le 15 mars, quelques mouvements de concentration^; mais Napoléon n'en aurait pas moins pu franchir la frontière belge avec 50000 hommes* le 1"' avril, et, trois jours, après entrer a Bruxelles sans coup férir. Wellington était à Vienne, Blûcher était à

1. Lellre du ministre de la Guerre à Kleist, Berlin, 13 mars (ciU'e par von Ollech, 4). — On verra plus loin qu'il y eut à Liège une révolte des Saxons à la suite de quoi le corps entier fui renvoyé en Allemagne.

2. AlUjempxne Zeitung, 27 mars. Uapp. de Vienne, s. d. {postérieur au 8 avril). Rapp. des commandants du Quosnoy, de Maubeuge, de Givet, 27 mars, T avril, 23 et 29 mai. Rapp. de Saint-Amant (Uelge, arrivant de Gand ), Paris, 15 avril et 26 mai. Rapp. d'un déserteur belge, Méïières, 22 avril. Rapp. d'un voyageur, 4 juin (Arch. Guerre.) Rapp. d'agents, 5 mai et 3 juin, (Arch. .\fr. étrangères, 1802.) Miiffling. Ans meinem Leben, 193. Cf. Wellington à Feltre (Dispatches, XII, 389) : a Le fait est que ces messieurs (Bliicher et Wrède) ont bien mal gouverné le pays qui est tombé sous leur gouvernement. »

Napoléon (Mém. pour servir d l'Histoire en ISI5, 52, 57, et Gourgaud, Camp, de t8l5. 20) comptait sur le soulèvement des Belges. Ses espérances ne furent, il est vrai, aucunement réalisées. Mais il faut remarquer que si l'empereur avait occupé Bruxelles au commencement d'avril, l'action du parti français en Belgique eût été tout autre.

3. Lettres de Kleist au roi de Prusse, Aix, 19 et 2i mars, à Pirch, 25 mars (citées par von Ollech, 5, b, 7).

4. Napoléon dit 35 000 hommes (Mém. pour servir à l'Histoire, 52). Mais s'il eût pris le parti de dégarnir, comme il le dit, les places du .Nord et de faire marcher la réserve de Paris et le tiei's des troupes de la 2" division militaire, il aurait pu former une armée de 50 000 hommes. D'après le rapport de Davout, du 28 mars (Arch. nat. AF. IV, 1036), il y avait à cette date 27 949 soldats dans la 16'' division militaire (Lille) et 10 000 à Paris. Si l'on ajoute, à ces 38 000 hommes, 4 000 hommes de la 2« division militaire (Mézières), qui en comprenait (-2 340; le corps de Reille, en formation à Valenciennes et fort, au 24 mars, de 15 805 hommes (Davout à Reille,

IDÉE d'une invasion EN BELGIQUE. 87

Berlin. Les Français n'auraient rencontré aucune [résistance, le prince d'Orange et le général Kleist, qui commandait l'armée prussienne dans les Provinces rhénanes, ayant décidé d'opérer en cas d'attaque leur concentration à Tirlemont (onze lieues I à l'est de Bruxelles) ^

Ce facile succès eût-il suffi, comme se l'imaginait [l'empereur, à soulever la Belgique? En tout cas, sans en imposer beaucoup aux hommes de guerre, l'occupation de Bruxelles eût produit un très grand

|1 effet en France et à l'étranger. Les généraux prussiens, le prince d'Orange, Wellington lui-même, redoutaient cette brusque attaque. « Il faut couvrir Bruxelles, écrivait Mûfding au roi des Pays-Bas,

Il pour que cette ville ne devienne pas le foyer de la iiévolution. » « Il serait de la dernière importance pour Bonaparte, écrivait Wellington à Gneisenau, de nous faire rétrograder derrière Bruxelles, de chasser le roi de France et de renverser l'ordre de choses qu'a établi ici le roi des Pays-Bas. Ce serait d'un effet terrible sur l'opinion publique-. » Mais ce coup d'audace dont Napoléon eut l'idée, et dont il jugeait l'exécution facile et certaine, il y renonça en même temps qu'il le conçut ^ Il com-

-f mars Arch. Guerre); et les 7 390 hommes de la garde (siluation au 21 mars ; Aich. nat. AF. IV, 1940), on arrive au total de 65 204 hommes, et en retranchant lus indisponibles à celui de où ÛÛÛ environ.

1 . Kleist au roi de Prusse, Aix, 24 mars, et Mufflin^ au roi des Pays-Bas, Biuxelles, 29 mars (cités par von OUech, 6 et 8). — A la vérité, le prince d'Orange avait pensé, le 31 mars, à livrer bataille entre Nivelles et Braine-le-Comte, avec la coopération de l'armée prussienne. (Roder à Mûffling, Ath, 21 mars, cité par von iillech. 9.) Mais, comme les Prussiens n'auraient pu arriver à temps, il est certain

1- les 3Ù ÙOO Anglo-Belges, qui n'étaient même pas tous concentrés à Ath le

ivril, se seraient repliés sans combattre au delà de Bruxelles.

J. Miiffling au roi des Pays-Bas, 30 mars (cité par von Ollech, 8). Wellington à l'Ueisenau, à Bruxelles 5 atvn\. (Dispalches. Xll, 288.)

v Xapoléon, Mém. pour servir d i Histoire 32-53.— t Le 20 mars, Napoléon déli- Liia s il ne devait pas commencer les hostilités en se portant sur Bruxelles, de

prenait trop bien qu'une victoire remportée sur le dixième seulement des forces de la coalition serait regardée par les Alliés comme une simple affaire d'avant-postes ^, et que cette victoire, eût-elle même pour conséquence le soulèvement de la Belgique, ne terminerait point la guerre. En passant la Sambre le 1^'' avril, il compromettrait donc l'avenir pour un succès éphémère, car l'ex-armée royale, tout en pouvant fournir sur l'heure 50000 hommes d'excellentes troupes, n'était point en état d'entreprendre une campagne de quelque durée. Hommes, armes, chevaux, approvisionnements, tout manquait. Or l'empereur ne pouvait à la fois diriger les j opérations en Belgique et réorganiser l'armée. En outre, pour former un corps de 50 000 hommes, il eût fallu prendre tous les disponibles dans les garnisons des départements du Nord dont la population était si hostile à l'empire, et employer la réserve de Paris, destinée en cas de force majeure à agir dans l'Ouest, où remuaient les chefs vendéens, et dans le Midi où Bordeaux, Toulouse, Marseille, reconnaissaient encore l'autorité du duc d'Angoulême qui se préparait à marcher sur Lyon".

Si l'état militaire de la France interdisait au capitaine d'entrer trop vite en campagne, de même la situation politique le défendait au souverain. Huit

façon à surprendre la coalition comme il avait surpris la France. Des considérations l'en empêchèrent ». (Mémoires manuscrits du comte Marchand, premier valet de chambre de l'empereur, comm. par M. le comte D.)

Dans la Correspondance de Napoléon, il n'y a trace d'aucune disposition pour une invasion soudaine de la Belgique. Ces mots de Davout dans une lettre du 3 avril à Lobau, qui commandait alors la réserve de Paris (Arch. Guerre) : «... la possibilité d'une entrée soudaine en campagne », ne peuvent être interprétés que dans le sens d'une campagne défensive au cas d'une attaque des Alliés.

1. Clausewitz [der Feldzug von 1815, 17) dit que ce n'eût été « qu'un coup en l'air, sans influence sur le résultat de la campagne ».

2. Napoléon, Mém. pour servir à l'Histoire, 52-53. Cf. 1815, I, 397-436.

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jours après être remonté sur le trône, Napoléon ne pouvait, sans une impérieuse nécessité, abandonner le gouvernement pour aller combattre. Il était plus urgent de réorganiser l'administration, de remplir le trésor, de pacifier le pays. Pour gagner le cœur des Français, qui désiraient tous si ardemment la paix, quel admirable expédient que denvahir la Belgique! L'effet produit par la prise de Bruxelles n'eût-il pas été compensé par l'épouvante de voir Napoléon, à peine rentré en France, chausser ses bottes de sept lieues pour courir à de nouvelles conquêtes? L'empereur avait encore une autre raison, — et celle-là primait les autres, — de ne pas commencer la guerre avant d'avoir épuisé tous les moyens d'accommodement : comme son peuple, bien que sans doute pour moins longtemps, il voulait le maintien de la paix\

Plus d'un grand mois, l'empereur persista à croire la paix possible. « Si nous avons la guerre'... », écrivait-il encore le 30 avril à Davout, avec qui il n'avait pas à dissimuler. Toutefois, quelle que fiit la ténacité de ses illusions, il n'en prenait pas moins des mesures de défense. Il avait appelé les réserves, mobilisé les gardes nationales, donné ses ordres pour la reconstitution du matériel. Mais ce fut seulement au milieu du mois de mai, quand il eut à peu près perdu toute espérance d'éviter la guerre % qu'il arrêta son plan de campagne*.

1. Napoléon, Métn. pour servir à l'Histoire, 52-53. Cf. Corresp., 21756, 21856. 21862; et 1815, I, 437-440.

2. Napoléon. Corresp., 21856. Cf. Caulaincourt à l'empereur, 25 mars ; au cardinal Fesch, 8 avril. lArch. Atf. étrangères. 672.)

3. Je dis : d peu près perdu, car la troisième mission de Fieury de Chaboulon à Bâle, le 29 mai, était encore une tentative pour la paix. (1815, I, 596, note 1).

4. La Correspondance de Xapoléon et celle de Davout témoignent que l'empereur

Les Alliés se préparaient depuis le commencement d'avril. Il y avait plusieurs projets. Knesebecke proposait sans rire de tromper Napoléon en lui livrant un faux plan. « On fera croire à l'ennemi, disait-il, que l'on opérera par Bâle, qu'il n'a rien à craindre de l'armée anglaise qui sera occupée au siège de Dunkerque, ni de l'armée prussienne qui restera sur la défensive. On attirt^ra ainsi Buonaparte entre la Marne et le haut Rhin contre les armées autrichienne, bavaroise et russe, tandis que les Anglais et les Prussiens s'avanceront librement vers Paris \ »

Schwarzenberg renouvelait l'art de la guerre en déclarant avec gravité que les Alliés ne devaient « ni trop se diviser de peur de s'affaiblir, ni marcher par trop grosses masses de peur de ne pouvoir subarrêta son plan de campagne au plus tôt au milieu de mai. Le 9 mai, Napoléon écrit : K Vandamme doit se réunir à l'armée du Nord, sur la Sambre, où je me trouverai probablement moi-même pour agir avec de grandes masses. » (Corresp., 21879.) Mais « probablement « marque un doute, et dans une autre lettre du même jour on lit : « J'attends que la nature de la guerre que l'on devra faire soit mieux déterminée. » (Corresp., 21882.) De son côté, Davout, qui est au courant des projets de Napoléon, écrit le 9 mai à Gérard : « La nature de la guerre que l'on va faire n'est pas encore bien déterminée. » [Corresp. de Davout, 1684). Le 10 mai, Davout parait croire que c'est l'ennemi qui prendra l'offensive, car il mande à Vandamme : « Vous devez rendre impraticable le projet de Wellington de percer par la trouée de Chimay. » [Corresp., 1692.) Enfin, deux lettres de l'empereur, du 13 et du 22 mai (Corresp., 21900, 21955), révèlent qu'il hésite encore sur le choix de sa ligne d'opérations.

Les ordres donnés par Napoléon et Davout en mars et avril et dans les premiers jours de mai : concentration des corps d'armée sur les frontières du nord, de l'est et du sud-est, — armement des places, — mise en état de défense des Vosges et de l'Argonne, — établissement de tètes de pont sur la Sambre, — instructions « pour être prêts à tout événement » — n'impliquent point l'existence d'un plan offen sif. Ce sont des dispositions purement expectatives.

1. Mémorandums de Knesebeck, 18 et 24 avril. [Suppt. Dispatches of Wellington, X, 174-178.)

sister ». Il concluait qu'il fallait marcher sur Paris en trois fortes colonnes « et laisser les détails des 3pérations aux lumières et à l'expérience des généraux en chef^ ».

Le plan de Gneisenau, plan redoutable, plan l'écrasement, était fondé sur l'énorme supériorité numérique des Alliés. Gneisenau disait : « Quatre grandes armées d'opérations, dont la quatrième, ['armée russe, formera la réserve, entreront simulanément en France et marcheront droit sur Paris. !)uoi qu'il arrive à l'une des trois armées de prenière ligne, qu'elle soit battue ou non, les deux lutres continueront d'avancer, en faisant des détaihements sur leurs derrières pour observer les for- .eresses. L'armée russe, ou armée de réserve, est lestinée à réparer les échecs que pourrait subir 'une des armées de première ligne. Pour cela, elle >e portera directement à l'aide de l'armée en retraite m manœuvrera sur le flanc de l'ennemi. A supposer |ue Napoléon batte une des armées de première igné, les deux autres, marchant toujours en avant, gagneront du terrain et se rapprocheront de Paris, andis que l'armée de réserve secourra l'armée battue. >i, au lieu de poursuivre l'armée battue, Napoléon e porte sur le flanc d'une autre armée de première igné, l'armée de réserve se joindra à celle-ci de àçon que la bataille tourne au désavantage de l'en-, lemi. Pendant ce temps, la troisième armée contiluera d'avancer, et celle qui aura subi un échec se établira et reprendra ensuite sa marche offensive". »

1. Mémorandum de Schwarzenberg, 28 avril. {Suppl. Dispatches of Wellington,

2. Mémorandum envoyé à Vienne par Gneisenau. {Suppl. Dispatches of Wel- Ingtoit, X, rJG-l'JT.;

Wellington proposait de commencer les hostilités sans attendre l'arrivée de l'armée russe et avant même que les trois armées eussent achevé leur concentration. « Il suffit, écrivait-il le 10 avril, de porter entre la Sambre et la Meuse 60 000 Anglo- Hollandais, 60 000 Prussiens et 140 000 Austro-Bavarois pour nous trouver en France avec des forces supérieures à celles de l'ennemi, et pouvoir manœuvrer dans la direction de Paris. » Très préoccupé des intérêts de Louis XVIII, Wellington jugeait que chaque nouveau jour de trêve affermirait le pouvoir de Napoléon ; et, croyant à l'importance de là prise d'armes des royalistes dans le Midi, il pensait qu'il la fallait seconder par une très prompte action sur les frontières du Nord\

A Vienne, on n'était pas si pressé. On voulait faire cette guerre sTans risques. On voulait, dans chaque bataille, être au moins trois contre un, et « vaincre selon les règles de la mécanique et les lois de la gravitation- ». Le conseil de guerre tenu le 19 avril, sous la présidence du czar, décida que pour donner aux différentes armées le temps d'opérer leur concentration on ouvrirait la campagne seulement le l*"^ juin^ C'était un mois de perdu, selon Wellington et Bliicher, un mois de gagné, selon Knese-

1. Wellington à Clancarty, Bruxelles, 10 avril. Mémorandum de Wellington, Bruxelles. 1"2 avril. [Dispaiches of Wellington, XI!, 293 sqq., et 304 sqq.)

Bliicher, bien que n'ayant pas les mômes sympathies pour Louis XVIII, pensait néanmoins à l'influence que la guerre civile du Midi pourrait avoir sur la campagne. Il écrivait à sa femme le 16 avril, de Cobleutz, [Bliicher in Briefen, 138) : » Les Français vont probablement s'entre-tuer, et je ne puis croire, que nous aurons beaucoup à faire. »

2. Rapport du baron Gay, de retour de Vienne, Paris, 28 mai. (Arch. nat. AF. IV, 1938.)

3. Protocole de la séance du Conseil de guerre du 19 avril (cité par von Ollech, 33-34.) Wrède à Wellington, Vienne, 20 avril. {Suppl. Dispatches of Wellington, X, 109.)

)eck et Schwarzenberg. Ce dernier comptait même gagner encore un autre mois par les discussions du )lan stratégique. En etTet, le 10 juin, alors que Blû- ;her, qui avait eu cependant la distraction d'une 'évolte des Saxons \ « devenait enragé » de rester nactif, et disait à ses soldats qu' « il était impatient l'aller chercher sa pipe oubliée à Paris ^ », Schwarzenberg faisait adopter par les souverains un plan léfmitif dont l'exécution devait commencer seulenent du 27 juin au l''' juillet^.

D'après ces nouvelles dispositions, six armées 'ranchiraient simultanément les frontières de la i^rance : l'armée des Pays-Bas (93 000 Anglais, [lanovriens, Brunswickois et Hollando- Belges*,

1. Le 2 mai, les régiments saMns stalioniii5s à Liège se mutinèrent à l'annonce [u'ils allaient être incorporés dans l'armée prussienne. Les soldats débandés paroururenl les rues, criant : « Vive le roi de Saxe 1 Vive Napoléon I » 1 1 y eut avec les 'russiens des rixes sanglantes. A la tombée de la nuit, dos révoltés assaillirent 'hôtel de Bliicher. Sans l'arrivée d'un fort détachement prussien, le vieux maréchal lût été en danger. Le lendemain, les Prussiens réduisirent l'insurrection. On fusilla [uatre officiers convaincus d'avoir fomenté le mouvement ; 2 000 soldats furent lésarraés, tout le contingent saxon fut renvoyé en .\llemagne et remplacé par des roupes prussiennes en marche sur l'Elbe et sur le Rhin. Le général de Borstell |ui, le premier jour, avait mal exécuté les ordres de Bliicher, fut remplacé par le [énéial Pirch l". Bliicher écrivit au roi de Saxe : « Je rétablirai l'ordre, dussé-je aire fusiller toute votre armée. »

(Hardinge à Wellington, Liège, 4 mai. Bliicher au roi de Saxe, 0 mai. {Suppl. Dispalches, X, 219-221, 230.) Bliicher à sa femme, Liège, s. d. {Blicclier in Briefen, i40-142.) Rapport de La Hauvrie, inspecteur des Forêts, Givet, 8 mai. (Arch. }uerre.) Rapport de Bruxelles, s. d. (Arch. Aff. étrangères, 1802.) Corresponiance de Liège. {Moniteur, 9 mai.) Wellington à Bliicher, 7 mai. (JDispatches, XII, »o7.)

2. Wellington à Schwarzenberg, Bruxelles, 2 juin. [Dispatches, XII, 437.) Vanlamme à Davoul, Chimay, 7 juin. (Arch. Guerre.)

3. Mémorandum de Schwarzenberg, 8 juin. Schwarzenbergà Wellington. Heidelberg, 10 juin. Protocoles des conférences de Heidelberg, 9 et 10 juin. {Supp. Dispatches of Wellington, X, 440-448.) — D'après le plan de Schwarzenberg, les différentes armées levaient commencer leur mouvement le 27 juin. Mais afin de niareher à la hauteur ies .Austro-Russes, qui allaient avoir plus de chemin à faire pour arriver dans le rayon do Paris, Wellington, d'accord avec bliicher, avait décidé que les armées anglaise et pruseienne ne passeraient la frontière que le i^' juillet. (Lettre de Miiffling à Bliicher, Bruxelles, 14 juin, citée par von OUech, 68.)

4. Situation du 0 juin, citée par van LiJben Sels (82-83) d'après les Archives

SOUS Wellington) entre Maubeiige et Beaumont ; — l'armée prussienne (117 SOO hommes % sous Blii- ■ cher) entre Philippeville et Givet; — l'armée russe i (loOOOO hommes-, sous Barclay de ToUy) par Saarlouis et Saarbruck ; — l'armée du Haut-Rhin (210 000 Autrichiens, Bavarois, Wurtembergeois el Hessois% sous Schwarzenberg), l'aile droite par Sar-

militaires des Pays-Bas. — Gel état de situation, le seul authentique qui semble exister, porte les présents sous les armes à 91 228. Mais, d'une part, il faut défalquer de ce total les 2 loi hommes de la brigade de landwehr hanovrienno de Beaulicu, stationnée à Anvers; et, d'autre pari, il faut y ajouter les effectifs îles i2 batteries de réserve, du génie, du train, des pontonniers, etc., portés seulement pour mémoire et ([ue l'on doit évaluer, sur les indications de Siborne, au moins à 4 000 hommes, soit : 91 200 - 2 151 = 89 C49 + 4 OOU = 93 049.

Il y avait en outre, stationnés à Anvers, Ostende, Gand, etc., 4 brigades de landwehr lianovrienne et qucli|ucs autres troupes qui ne devaient pas être appelées à entrer en campagne. Ces ti-oupes de garnison sont évaluées par Siborne (1, 426) à 9 000 hommes, par le colonel Chesney (.52-53) à 12ti(l0.

1. Cf. les tableaux de Plotho (Der Krieg im Jahre 1815, Annexes, 36-33.) ; de Damitz (traduction française, I, 353-368) ; et de Leltow-Vorbeck {Napoléons Unlerf/i(n(/ 181^, 469-476). — En 2° et en 3» lignes, les Prussiens avaient la garde rojalc, les cor[)s de Kleisl (plus lard de Hacke), de Louis de IIcssc-Hombourg, d'V'ork et de Tauënzien et la landwehr du Rhin non encore organisée : ensemble 124 000 hommes, dont 70 000 seulement (la garde et les corps de Kleist et d'York) devaient successivement entrer en France.

2. Plotho et Damitz, qui le copie, évaluent l'armée russe à 167 950 hommes en additionnant les bataillons et les escadrons qu'ils portent, les premiers à 800 fusils, les seconds à 150 sabres. Or si l'on admet, ce qui parait improbable, qu'il ne manquait point un seul homme dans les corps au départ, on ne peut croire qu'il en était de même à l'arrivée sur les bords du Rhin. Des confins de la Pologne à la frontière française, les Russes avaient dû laisser en route pour les postes d'étape et les ])etits dépôts et en malades, éclopés, déserteurs, environ un dixième de leur effectif. En outre, le VU" corps i22 régiments d'infanterie) et les IP et III» corps de cavalerie de réserve (16 régiments) étaient en retard d'une dizaine de marches. Le 8 juillet, ils arrivaient ;i peine à la Sarre. Voir Damitz, 11, 182. — D'après deux rapports de Vienne, l'un du commencement d'avril (Arch. Guerre), l'autre du 28 mai (Arch. nat. AF. IV. 1938), la Russie ne devait mettre en ligne qu'une armée de 120 000 hommes et môme de 80 000.

3. Selon les rapports officiels cités par Plotho (Annexes 63, sqq.), l'armée du Haut- Rhiu s'élevait à 254 542 hommes. Mais, suivant les renseignements donnés par Plotho lui-même, il faut défalquer de ce nombre : 10 6 000 Bavarois laissés en garnison à Mayence, à Manheim et à Germesheim ; 2" environ 15 0U0 Badois qui ne devaient rejoindre l'armée (pie plus tard. Il faut déduire enfin le corps saxon (compté par Plotho pour 16 700 hommes), qui, à la suite de la révolte de Liège, avait été renvoyé en Allemagne, el cpie, en raison de ses sentiments français, les coalisés n'auraient pas sans doute fait entrer en France.

roguemines, le gros par Bâle. Ces quatre grandes armées marcheraient concentriqiiement sur Paris, les Anglais par Péronne, les Prussiens par Laon, les Russes par Nancy, les Autrichiens par Langres.

A l'extrême gauche, l'armée de la Haute-Ita- .lie (38 000 Autrichiens' et 12 000 Piémontais % ! sous Frimont) et l'armée autrichienne de Naples (25 000^ hommes, sous Blanchi) passeraient les Alpes et se dirigeraient, l'une sur Lyon, l'autre sur la Provence oîi l'escadre anglaise de la Méditerranée seconderait les opérations.

Par des rapports secrets de Vienne et de Bruxelles et par les journaux étrangers (la presse était déjà indiscrète^), Napoléon connaissait d'une façon générale les forces et les projets de l'ennemi. Deux plans de campagne se présentèrent à son esprit^

1. Plolho (Annexes, 74-76 sqq.) porte à 48 000 hommes l'armée autrichienne stationnée dans la Haute-Italie en 1815; mais de ces 48 0UO hommes Frimont devait nécessairement en laisser au moins lOÛOÛ en garnison en Lombardie.

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