MOBILISATION DES GAHDKS NATIONALES
reur ne pensait pas à organiser une pareille mullilude, mais il comptait y prendre un grand nombre de bataillons de mobilisés, composés uniquement d'hommes de vingt à quarante ans. Il se rappelait qu'à Fère-Gbampenoise, en 1814, les gardes nationales s'étaient battues comme de vieilles troupes. Par de nouveaux décrets, il ordonna la mobilisation de 326 bataillons, à 720 hommes chacun, qui devaient être incontinent dirigés sur les places frontières et les camps retranchés*. C'était remettre en vigueur le décret de la Législative du 11 juillet 1792, avec cette atténuation que, dans les bataillons de guerre, le remplacement était autorisé. On fixa la taxe de remplacement à la modique somme de 120 francs". Dans une vingtaine de départements, nommément dans l'Ain, l'Aisne, l'Ardèche, les Ardennes, l'Aube, la Côte-d'Or, l'Isère, le Jura, la Marne, la Meurlhe, la Meuse, le Mont-Blanc, le Haut-Rhin, le Bas-Rhin, le Rhône, la Haute-Saône, Saône-et-Loire, Seine-et- Marne, Seine-et-Oise, les Vosges, l'Yonne, la levée s'opéra très facilement. Les bataillons furent vite au complet, les mobilisés quittèrent famille et foyer en criant: Vive l'empereur I et avec l'enthousiasme de 1791 ^
1. Décrets des 10, 13, 19, 27 avril, 10 et 15 mai, non insérés au Bulletin des Lois, mais cités dans l'état des gardes nationales d'élite, 3 mai. (Arch. nat. AF. IV, 1936.) Circulaire de Carnot, IS avril. (Arch. nat. F'a, 31.)
Dans son rapport du 13 juin à la Chambre des pairs, Carnot dit qu'il a été ordonné la formation de 417 bataillons. C'est parce que, au mois de juin, il y eut de nouveaui bataillons levés dans des départements qui ne sont point portés sur l'état de mai, précité, nommément dans les Basses-Alpes, l'Ardèche, la Charonte-Inféncure, le Cher, la Creuse, la Dordogne, le Gard, l'Indre, la LozL're, la Nièvre, le Vaucluse, la Haute-Vienne, etc. (Rapp. de Limoges, lo juin; de Guéret. 10 juin ; de Poitiers, 18 juin; de Périgueux, 20 juin. (Arch. Guerre.] Rapp. de Davout à la Commission executive, 23 juin. (Arch. nat. AF. IV, 1930.)
2. Circulaire de Carnot. IS avril. ;Arch. nat. F'a 31.) Rapport de Cai'not à la Chambre des pairs, 13 juin. (Monileur, 15 juin.)
3. Rapport de Carnot à l'empereur, 10 avril (pour 10 mai;. Etats des gardes nationales d'élite, 31 mai et 8 juin. (Arch. nat. AF. IV, 1935, et AF. IV, 1936). Corresp. des préfeU, 1", 4, 15, 10, 17, 22, 27 mai; 3, 4, 6, 8, 9, 11, 14 juin. (Arch.
Ceux des gardes qui purent le faire achetèrent leurs armes et leur uniforme '. Mais le môme patriotisme et la même bonne volonté n'animaient pas la France entière. Dans la moitié du pays, on put lever à peine, malgré l'emploi des garnisaires et des colonnes mobiles, le quart des contingents fixés. A la fin de mai, rOrne avait fourni 107 gardes sur 2 160 demandés, le Pas-de-Calais 437 sur 7440, le Gers 98 sur 1440^ A Amiens, circulait cet imprimé : « Qui a rappelé Buonaparte? L'armée. Eh bien! qu'elle le défende. Ses ennemis sont nos amis. Ne nous armons pas pour défendre un homme que l'enfer a vomi^.» En Vendée et en Bretagne où l'on redoutait une insurrection, les gardes nationales ne furent point appelées; mais quand la guerre civile commença, quelques milliers de citoyens prirent spontanément les armes et secondèrent la troupe contre les bandes royalistes, sans toutetois sortir de leur département*.
Sur les 234 720 gardes nationaux appelés â l'activité par les décrets du 10 avril au 15 mai, 150 000 environ étaient réunis, le 15 juin, dans les places ou en marche pour les rejoindre ^. Les cadres des bataillons étaient formés pour un tiers par des officiers à
nal. F. 7, 3044- et F. 7,3774.) Corresp. générale du 8 avril au 20 juin. (Aroh. Guerre.) Rapportd'un espion à Clarke, Gaad, 24 avril. (Dispatches of Wellington, Suppl., X, 154.) Cf. Mémoires manuscrits de Barras (comm. par M. George Duruy) ; «... Les bataillons de gardes nationaux mobilisés sont dans l'enlhouaiasme. »