LES PREMIÈRES MALADRESSES
condamnèrent en masse, avec les régicides, tous les citoyens qui, depuis 1789, avaient pris part à la Révolution. Ils n'oublièrent pas dans leurs anathèmes les acquéreurs des biens d'église. Les paroles qui avaient retenti dans la chaire furent reproduites et commentées par la presse. Les journaux royalistes n'en étaient pas encore à demander ouvertement que l'on proscrivît les votants, c'est-à-dire les régicides, et que l'on fit rendre gorge aux acquéreurs, mais ils ne cachaient pas leur mépris pour eux. « Ces gens là, disaient-ils, ne sauraient se plaindre puisqu'ils ont conservé tout, fors l'honneur. » Gomme la censure préalable venait d'être rétablie, on pensa que puisque le gouvernement laissait paraître ces articles, c'est qu'il en approuvait l'esprit ! ; et les exaltés de l'autre parti ripostèrent en distribuant au parterre de la Comédie-Française des annonces manuscrites ainsi conçues : « Demain, grand bal au Cirque pour l'anniversaire de la mort de Louis XVI2. »
D'autres cérémonies funèbres furent solennellement célébrées pour Moreau, pour Pichegru, pour Cadoudal. Tous ceux qui avaient conspiré ou combattu contre la République étaient glorifiés . Le roi paya les frais du service de Georges à l'église Saint-Paul. Les journaux ne manquèrent pas de le faire savoir 3. Les royalistes vantèrent à la fois la générosité de Louis XVIII et sa haute justice. Mais le public ne fut qu'à demi édifié, car aux yeux de beaucoup de Français « Georges n'était qu'un assassin et un dévaliseur de voitures publiques4 ».
\. Correspondance des préfets, mai, juin, juillet. (Arch. nat. F'a, 581. Carnotde Feulins au roi, 24 nov. (Arch. Aff. étr., 646.) Cf. Lafayette, Mém. V, 327. Benj. Constant, Mém. I, 32-33 et notes.