Fleury de Chaboulon, I
4. Fleury de Chaboulon (I, 250 251) cite cette lettre, qu'il dit avoir écrite lui-même sous la dictée de l'empereur et dont une copie existe aux Archives de fa Guerre (carton de la correspondance de Napoléon). Mais celui-ci, dans ses Notes sur les Mémoires de Chaboulon, s'insurge contre la phrase : « Je vous défends de tirer un seul coup de fusil. » Il dit : « Ainsi, si 200 volontaires royaux avaient tenu ferme, le général Girard devait se rendre puisqu'il ne devait pas tirer un coup de fusil, et Napoléon, s'il trou-
NAPOLÉON A PONT-SUR-YONNE 32i
« Us grognaient mais le suivaient toujours, » a inscrit Rafîet au bas d'une grandiose estampe. Les vieux soldats ne grognaient plus. Ils étaient dans l'enthousiasme. L'un d'eux écrivait à un camarade du village : « — Au nom de l'empereur, Alexandre Gauvilier te souhaite le bonjour. Nous ne faisons que rafraîchir et nous marchons à grandes journées sur Paris où l'aigle et le drapeau tricolore flotteront bientôt sur la tour Notre-Dame. Je souhaite le bonjour à tout le monde. Embrasse pour moi tous ceux qui crient du fond du cœur : Vive Napoléon1 ! »
Quelle que fût l'ardeur des soldats, l'empereur voulait leur épargner de trop grandes fatigues. A Auxerre, il fit embarquer une partie de son infanterie sur des barques et des chalands2. Pour que les troupes transportées par eau se tinssent à peu près à la hauteur de celles qui suivaient la route, il fallait nécessairement naviguer le jour et la nuit. En arrivant à Pontsur- Yonne, dans la soirée du 19 mars, l'empereur vit un certain nombre de bateaux qui s'y étaient garés. Il témoigna son étonnement aux patrons. « — Estce que vous avez peur de vous mouiller ? » leur ditil en plaisantant. Ceux-ci, connaissant les dangers de cette navigation, auraient sans doute passé outre
vaitdela résistance, devait retournera l'île d'Elbe? » Comme dans toutes les Notes sur ce livre, qui ne sont qu'une suite de boutades paradoxales, Napoléon joue sur les mots d'une façon indigne d'un si grand esprit. Il est bien clair que si l'empereur a écrit : « Je vous défends de tirer un seul coup de fusil », cela ne voulait point dire qu'on devait se laisser fusiller sans riposter et battre en retraite à la moindre résistance. Cela signifiait que Girard ne devait point engager le feu le premier et qu'il devait employer tous les moyens pour éviter l'effusion du sang. C'est ce que l'empereur avait recommandé à Cambronne en débarquant au golfe Jouan, c'est ce dont lui-môme avait donné l'exemple en abordant 1* 5° de ligne à Laffray.
i. Lettre saisie, datée d'Autun, 15. mars. (Arch. Guerre) — L'original porte : flottera pour flotteront et crie pour crient.
2. Peyrusse, Mémor., 299. Napoléon, LHte d'Elbe et les Cent Jours {Corresp., XXXI, 74). — Déjà plusieurs régiments avaient été transportés sur la Saône de Lyon à Cbalon.
à l'observation de l'empereur mais, malheureusement, quelques soldats répétèrent le propos à leurs camarades qui contraignirent les mariniers à se remettre en route. Au milieu de la nuit, on entendit sur l'Yonne un cri surhumain de : Vive l'empereur ! Puis tout rentra dans le silence. Le lendemain, les épaves d'un bateau qui s'était brisé contre une arche de pont furent trouvées flottant à la dérive. Au moment de mourir, les soldats avaient salué leur empereur d'une suprême acclamation1.
1. Fabry, Itinér. de Buonaparte, 134-135. Cf. les Cahiers, de Coignet (389)] qui parle de bateaux submergés, et le rapport du colonel du 76e a Davout, 30 avril (Arch. Guerre), où cet officier rappelle que trente-trois hommes de son régiment furent noyés à Pont-sur- Yonne.
Le royaliste Fabry cite ce fait comme une preuve de « la férocité » de Napoléon «t de la sauvage idolâtrie de ses soldats.