‹ 1815: La première restauration - Le retour de l'Ile d'Elbe - Les cent joursChapitre 17 sur 272 · Marchand à Dupont, 31 août. (Arch. Guerre · texte numérisé non relu

Marchand à Dupont, 31 août. (Arch. Guerre

avoir acquis et payé des biens d'émigrés, les publications de Dard et de Falconnet lui avaient inspiré des doutes sur la validité de ses acquisitions. En conséquence, elle demandait une loi qui fît cesser sa perplexité. La Chambre adopta un ordre du jour motivé où rappelant que la vente des biens d'émigrés ayant été sanctionnée par les constitutions de l'an III et de l'an VII, par la Déclaration de Saint-Ouen et enfin par la Charte constitutionnelle, elle concluait que « les craintes de la dame Mathée étaient sans fondement ». On apprit bientôt que la dame Mathée n'existait pas. C'était un groupe d'acquéreurs alarmes qui avait rédigé cette pétition afin d'obliger la Chambre à consacrer une fois de plus l'inviolabilité des ventes !.

Les royalistes n'en continuèrent pas moins leur campagne pour la restitution de leurs biens. Chaque jour, des suppliques étaient présentées au roi, au comte d'Artois, à la duchesse d'Angoulême, par des émigrés et des députations de royalistes de province, reçus en audience privée. Pendant cet été de 18*14, les abords des Tuileries avaient un aspect de carnaval. Les Parisiens, étonnés et moqueurs, voyaient défiler dans des défroques d'antan une navrante mascarade d'ancien régime eV'dë guerre civile : marquis de l'autre siècle avec la perruque poudrée à ailes de pigeon, l'épée en verrou, le tricorne, le gilet de satin, l'habit de couleur à longues basques, orné de grosses épaulettes qu'ils s'arrogeaient le droit de porter avant la décision de la commission des grades; capitaines des paroisses vendéennes, ayant le chapeau à la La Rochejaquelein et un sacrécœur cousu sur le côté gauche de la poitrine ; Bre-

1. Moniteur, 28 juillet. Journal des Débats, 23 août. Rapp. de police, 12 août. (Arch. nat. F. 7, 3738.)

tons à longs cheveux, à veste brodée, h culottes bouffantes; chouans du Maine, le torse dans un sarreau de toile rousse, les jambes, dans des jambières de peaux de bique ; revenants du camp de Jalès avec l'uniforme des fédérés et la cocarde blaiv<;he ; fantômes de l'armée de Gondé, en tenue bleu-de-ciel à parements orange et à tresses d'argent ; gentilshommes de Guyenne, portant le brassard blanc, et fanatiques du Comtat, décorés de rubans violets pour se distinguer des modérés à cocarde blanche *. C'est pendant une audience donnée aux députations provinciales que le duc de Berry, exprimant les regrets du roi d'être dans l'impossibilité de faire restituer les biens vendus, s'attira cette réponse du comte de S... -M... : « — Que Sa Majesté me donne deux compagnies de gardes du corps. Je parcourrai la France, et je me fais fort de contraindre tous les acquéreurs à nous rendre ce qu'ils nous ont pris2. »

Du jour où Louis XVIII eut donné la Charte, les royalistes déçus et mécontents mirent toutes leurs espérances dans les princes. Tandis que le roi se résignait à devenir constitutionnel, la famille royale conservait l'esprit de l'émigration. Le comte d'Artois qui, au lit de mort de sa maîtresse, madame de Polastron, avait passé du libertinage à la bigoterie, repoussait toute idée libérale. L'abbé Latil était son conseil et son maître. Sa Maison était compo-

1. Rapports de police, 16 juin, 6 juillet, 3 et 10 août, 30 janvier. (Arch nat. F. 7, 3200*, et F. 7, 3738.) Rapport à Dupont, 2 juillet. (Arch. Guerre.) Journal des Débats, 25 mai, 21, 26 juin. Chateaubriand, Mém. VI, 320-321. Apol. dt'uuunis XVM, 12 Voir aussi les estampes et caricatures du temps.

En une seule journée, le 14 juin, la duchesse d'Angoulême reçut des députations de 85 communes du Finistère.

Page 1