LA FRANCE EN INTERDIT
Ion britannique et l'assure par cinq coups à boulets ; puis, tandis que le capitaine Collet, surpris par cette agression, commande le branle-bas, le bâtiment anglais s'avance à portée de pistolet et lâche toute sa bordée à mitraille. Après une demi-heure de combat, la Melpomène a ses basses vergues coupées, sa mâture chancelante, sa cale inondée, sa soute à poudre traversée au-dessous de la ligne de flottaison par un boulet de 68, et cinquante hommes de son équipage tués ou blessés. Les Anglais capturent la frégate et la conduisent à Palerme \
Dès le 30 mars, on interdit le passage aux courriers diplomatiques. Les dépêches de Caulaincourt, les lettres de l'empereur, sa circulaire aux souverains sont arrêtées à Kehl, à Mayence, à Saint- Jean-de-Maurienne 2< Bientôt toutes les frontières sont fermées même aux correspondances privées et aux journaux 3. On élève autour de la France, traitée en pestiférée et mise en quarantaine, les murailles d'un immense lazaret.
Pour forcer ce blocus, l'empereur eut recours à des émissaires secrets. Le général de Flahaut, M. deMontrond, familier de Talleyrand, M. de Saint Léon, créature de Fouché, le baron de Stassart, ancien préfet de Vaucluse et des Bouches-de-la- Meuse, devenu chambellan de l'empereur d'Autriche, se chargèrent des dépêches que les courriers
1. Rapport du commandant de la Drxjade, golfe Jouan, 22 mai. Procèsverbal de Collet, à bord, 30 avril. Collet au préfet maritime de Toulon, Palerme, 10 mai. (Arch. Aff. étr., 1802.)
2. Dépêches de Désbureaux à Caulaincourt. Strasbourg, 2, 4, 8 avril. Cf- Caulaincourt à Desbureaux, et au ministre de Bade, 2 et 5 avril. Rapports des courriers Vanier et Chamberlan. Gérard à Davout, Metz, 9 avril. (Arch. Aff. étr., 1801.)
3. Jaucourt à Talleyrand, Ostende, 27 mars (Corresp. de Talleyrand et de Louis XVI 11, 356, note). Rapport d'un Inspecteur des postes à Lavallette (Paris, 27 avril), sur l'interruption des communications postales entre Douvres et Calais à partir. du 4 avril. Directeurs des postes de Strasbourg et de Saarbruck à Lavallette, 19 et 21 avril. (Arch. Aff. étr., 1801.)
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de cabinet n'avaient pu réussir à passer. Flahaut fut arrêté à Stuttgard ; Stassart, à Linz. Muni d'un passeport au nom d'un abbé italien, Montrond put gagner Vienne •. Mais il ne s'agissait pas seulement de porter aux souverains les paroles de l'empereur; il fallait les faire écouter. La circulaire du 4 avril était bien parvenue à Londres, et Gastlereagh avait répondu à Caulaincourt : « Le prince régent a décliné de recevoir la lettre qui lui a été adressée \ » Cette lettre que le prince anglais ne daignait pas même ouvrir était signée : Napoléon.
A Vienne, on était dans les mêmes dispositions. Metternich déposa toutes cachetées sur la table du congrès les lettres prises au baron de Stassart. Après en avoir entendu la lecture, les plénipotentiaires furent unanimes à déclarer « qu'il n'y avait pas à y répondre 3 ». Montrond ne réussit pas mieux. Il vit Talleyrand et tenta de le détacher de la cause des Bourbons; il vit Metternich, il vit Nesselrode. Talleyrand lui dit : « — Lisez la Déclaration du 13 mars. Elle ne contient pas un mot qui ne
4. Talleyrand à Louis XVIII, Vienne, 13 avril et 5 mai (Corresp. avec Louis XVIII, 377). Méneval à Caulaincourt, Vienne, 8 avril. Rapport de Méneval à Napoléon, Paris. 18 mai. Caulaincourt à Metternich, 16 avril. Glancarty à Gastlereagh, Vienne, 6 mai. Fouché à Caulaincourt, s. d. (Arch. Affétr., 1801 et 1802.)
Flahaut portait des lettres de Napoléon aux empereurs d'Autriche et de Russie et à Marie-Louise et la circulaire de Caulaincourt aux agents français à l'étranger. — Saint-Léon, une lettre de Fouché à Metternich. —Montrond une lettre de Napoléon à Marie-Louise et des lettres de Caulaincourt à Méneval et à Mme de Montesquiou, et vraisemblablement trois lettres du même à Metternich, à Talleyrand et à Nesselrode qui existent à l'état de projets aux Archives des Aff. étrangères (1801). — Stassar», une lettre de Napoléon à l'empereur d'Autriche et une de Caulaincourt à Met. ternich.
2. Gastlereagh à Caulaincourt, Downstreet, 8 avril (Arch. Aff. étr., 1802).