‹ 1815: La première restauration - Le retour de l'Ile d'Elbe - Les cent joursChapitre 195 sur 272 · MARIE-LOUISE ET LA COUR DE VIENNE · texte numérisé non relu

MARIE-LOUISE ET LA COUR DE VIENNE

de l'événement. Le même jour, Metternich eut un entretien avec Marie-Louise qui se rendit une heure après à Vienne, auprès de son père. Neipperg aidant, la cour d'Autriche n'eut point de peine à vaincre les derniers scrupules de l'ex-impératrice. Le 12 mars, elle écrivit à Metternich, sous la dictée de Neipperg, une lettre officielle portant qu'elle était tout à fait étrangère aux projets de Napoléon et qu'elle se mettait sous la protection des puissances. Au dire de Meneval, très véridique en général, cette déclaration, qui fut communiquée aussitôt aux souverains et aux plénipotentiaires, « semblait être attendue par eux pour rédiger le manifeste contre Napoléon1 ». Ce manifeste fut, en effet, signé le lendemain, 13 mars, et il est possible que Metternich ne se fût pas associé à un acte qui assimilait l'époux de la fille de son souverain à un criminel en rupture de ban, si celle-ci eût déclaré que, comme femme de Napoléon et impératrice des Français, elle voulait rejoindre l'empereur. Marie-Louise déclara précisément le contraire. En récompense, le général Neipperg fut nommé maréchal de la cour, titre qui lui donnait le privilège de monter dans la même voiture que l'archiduchesse 2

Bien avant le retour de l'île d'Elbe, et à l'insu de l'empereur, Fouché, paraît-il, avait conçu le projet de faire enlever le roi de Rome. Selon Meneval, des émissaires étaient même venus à Vienne dans ce des-

l. Meneval, Mém., II, 246-248, 255, 260, 323. Cf. Rapportde Meneval à Napoléon, Paris, 18 mai. (Arch. Aff. etr., 1802.) Maria-Luise und Herzog von Reichstadt, 167-170, elGasettc d'Augsbourg, 22 mars. — Bausset (Jftm.,111, 189-191) rapporte par ouï dire que, le 7 ou le 8 mars, l'empereur Alexandre vint mystérieusement trouver iMarie-Louise et lui demanda si elle désirait rentrer en France ou rester à Vienne, à quoi l'archiduchesse repondit que c'était à son père de dédier. Bausset ajoute que vraisemblablement le czar n'était pas de bonne foi et voulait seulement s'assurer des intentions secrète» de 'empereur d'Autriche.

S. .}faria-Luiso and Herzog von Reichstadt, 170.

sein1. Quoi qu'il en soit, la cour d'Autriche appréhendait un complot. Le 18 mars, l'empereur François déclara à sa fille que dans les circonstancea présentes le jeune prince devait résider à Vienne. Marie-Louise, qui avait déjà accepté d'abandonner son fils pour obtenir la souveraineté de Parme, consentit sans peine à cette séparation anticipée. L'enfant fut conduit au palais impérial de Vienne. Deux jours plus tard, à la suite d'une fausse alerte qui fit soupçonner à tort le colonel de Montesquiou dune tentative d'enlèvement dont sa mère aurait été complice, le grand-chambellan Vrbna signifia à celleci l'ordre de l'empereur de cesser incontinent ses fonctions. Malgré ses prières et ses protestations, madame de Montesquiou dut obéir et livrer à une gouvernante autrichienne l'enfant qu'elle n'avait pas quitté un seul instant depuis sa naissance. Redoutant quelque horrible projet, elle exigea l'attestation, signée de deux médecins, que le fils de Napoléon sortait de ses mains en bonne santé2. Le petit prince pleura beaucoup. A toute minute, il appelait « maman Qûiou ». Quand Meneval partit pour Paris, au commencement de mai, il vint le voir une dernière fois et lui demanda s'il avait quelque chose à faire dire à son père. L'auguste enfant jeta un regard de défiance sur sa nouvelle gouvernante et sur les Autrichiens qui se trouvaient là, puis il se retira silencieusement à l'autre extrémité de la pièce, dans l'embrasure d'une fenêtre. Meneval l'y suivit.

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