‹ 1815: La première restauration - Le retour de l'Ile d'Elbe - Les cent joursChapitre 8 sur 272 · Journal des Débats, 26 mai et 2 juin · texte numérisé non relu

Journal des Débats, 26 mai et 2 juin

2. « Le mécontentement de la paix est grand. On voudrait les frontières du Rhin. On se sent humilié. » Winzingcrode au roi de Wurtemberg, Paris, 33 mai (Arch. Aff. étr., 675). Rapports de Huss, fin mai. Rapport de police, s. d. La Ferronays à Beugnot, 9 juillet. (Arch. nat. F. 7, 3100*; F'c 126.) Beugnot, Mèm. II, 134. — Ce sentiment se manifestait surtout à Paris. Dans la plupart des départements le traité de paix fut mieux accueilli (Corresp. des préfets, Arch. nat. F1», 581). La raison est que l'occupation étrangère ne pesait pas sur Paris, où les troupes observaient une discipline exacte, tandis que les réquisitions arbitraires continuaient en province. Là, la signature de la paix annonçait la délivrance.

3. D'après la constitution de l'an VIII et le senatus-consulte organique du 16 thermidor an X, les Assemblées cantonales ou Assemblées primaires, composées de tous les citoyens actifs (c'est-à-dire de tous les Français âges de 25 ans et payant une contribution directe égale au moins à trois journées de travail), nommaient sur une liste, formée dans chaque département des 600 contribuables les plus imposés, les membres des collèges électoraux des départements, et nommaient, parmi tous les citoyens inscrits sur le registre civique, les membres des collèges électoraux des arrondissements. — Les deux collèges électoraux, ceux des dé-

LES PREMIÈRES MALADRESSES li

Ton attendait moins, c'étaient les mots de concession et à' octroi insérés dans la Charte et la formule singulière qui la terminait : Donné à Paris, l'an de grâce 1814, et de notre règne le dix-neuvième. Les politiques épiloguèrent avec plus ou moins d'amertume sur ces inoffensives prétentions : les bonapartistes, parce qu'ils regardaient la mention de la dix-neuvième année du règne comme un outrage au gouvernement qu'ils avaient servi quatorze ans et dont le chef avait cependant fait assez de bruit et assez de choses pour compter; les libéraux et les révolutionnaires, parce qu'ils voyaient dans l'octroi de la Charte une atteinte aux droits du peuple1. Mais le peuple lui-même ne s'inquiétait pas de ces subtilités.

Jl allait s'émouvoir davantage de la malencontreuse ordonnance de Beugnot. D'accord avec la cour, mais sans consulter le cabinet, k nouveau di recteur général de la police, enflammé soudain d'un zèle ardent pour la religion, prescrivit l'observation rigoureuse des dimanches et fêtes. Interdiction de tout travail et de tout commerce ; défense d'ouvrir les ateliers, chantiers et boutiques, de faire déménagement ou charroi; fermeture obligatoire des cafés, restaurants et cabarets pendant la durée des offices; le tout à peine de 100 à 500 francs d'amende. Cette ordonnance fut rendue le 7 juin; le 10, Beugnot s'a-

partements et ceux des arrondissements, nommaient ou plutôt présentaient au choix du Sénat les députés, pour lesquels n'était requise aucune condition de cens.

D'après !a Charte de 1814, il fallait, pour être nommé membre des collèges électoraux, être âgé de 30 ans et payer une contribution directe de 300 fr. et, pour être député, il fallait payer une contribution de 1,000 fr.

Sur les restrictions apportées par la Charte aux droits d'électorat et d'éligibilité, voir principalement Beugnot, Mém. II, 197-201, et Sismondi, Examen de la Constitution, 44-48.

1 Rapport général de police, s. d. (Juin ou juillet 1814) (Arch. nat. F'c, 126). Hobhouse. Lettres, 1,67-68, Chateaubriand, Mém., VI, 315-316. Méhée, Dénonciation au roi, 9, Benjamin Constant, Mém., 1, 16-18. Lamarque Mém.% I. 8. Barante, Souv., II, 38.

visa qu'elle était incomplète. Par un nouvel arrêté, il rétablit les processions de la Fête-Dieu et de l'Octave. Pendant ces deux jours, la circulation des voitures serait interdite de huit heures du matin à trois heures de l'après-midi, et il était enjoint de tapisser toutes les maisons sur le passage du Saint-Sacrement '. « Le peuple des boutiques et des ouvriers a été ulcéré, écrivait J. P. Brès le 4 juillet. Il va à la messe, mais volontairement, tandis que les processions lui barrent le chemin et le forcent à saluer ; celale rend furieux. » Il y eut des résistances, de petites émeutes. Des gens qui refusaient de s'incliner devant les processions furent frappés. Rue Saint-Honoré, la police repoussée par les marchands dut appeler à son aide la gendarmerie pour faire fermer les boutiques*. Beugnot reçut des lettres d'injures, une pétition fut adressée à la Chambre des députés. On disait: « Bientôt on sera forcé d'aller à confesse. » Et de fait, dans certaines communes, les indigents eurent à produire des billets de confession pour obtenir des secours. On accusait Louis XVIII de se laisser mener par le clergé. Une caricature représentait le vieux roi, ventru et impotent, dans un fauteuil à roulettes, sur le dossier duquel un prêtre avait les deux mains. La légende portait : « Va comme je te pousse 3. » Les cérémonies funèbres à la mémoire de Louis XVI et de Marie- Antoinette, célébrées dans les cathédrales du royaume, prirent malheureusement un caractère politique par la faute du clergé. Les prédicateurs

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