Station des troupes au château de Villers-aux-Bois
« Les troupes françaises ont commencé à se montrer le 14 août, au château de Villers-aux-Bois, appartenant à M. de Carrey d'Asnières. Ce fut une reconnaissance faite par un escadron de chasseurs d'Afrique.
« Le 16, les blessés commencent à arriver à 10 heures du matin. Il y en avait environ 1,500 le soir, avant la nuit.
« Les Français .se replièrent le 17, et les docteurs français suivirent leurs corps d'armée. Les blessés restèrent sans secours.
tt Le 18, les Prussiens parurent. Le 19, les Hessois vinrent occuper Villers, el un chevaher de St-Jeau, M. Betmann Holwe, visita les blessés et tit arriver, le '20, l'ambulance volante du 2^ corps d'armée de Poméranie.
« A partir du 20 août, les troupes prussiennes occupèrent les villages de St-Marcel, Rezonville et Gravelotte. M y avait de la cavalerie et de l'artillerie à Rezonville.
« Le 7 septembre, tout un corps d'armée appelé 2« armée (corps de Poméranie) passa devant le village, venant de Briey ei se rendant devant Metz.
€ Le 8 septembre, on fit évacuer l'ambulance de Montigny-la- Grange pour faire place à un poste prussien.
« Le 12 septembre, des troupes prussiennes vinrent tenir garnison d'observation à Villers-aux-Bois, à St-Marcel, à Gravelotte et à Rezonville; il pouvait y avoir 10.000 hommes.
« Le 22 septembre, de nombreuses batteries arrivèrent à Gravelotte.
€ Le l" octobre, toutes les troupes, qui étaient consignées depuis trois semaines, partent pour une destination inconnue, dans la direction d'Ars.
« Le 30 octobre, il y avait du monde et de l'artillerie à Gorze, Pont-à-Mousson, Novéant, etc.
« Le 7 octobre, on évacue d'urgence l'ambulance de Villers, et elle est remplacée par un poste militaire, envoyé par le prince Frédéric-Charles. »
(Affirmations d'un aumônier de l'ambulance, M. de la Guibourgère, chanoine de Nantes.)
234 bis. — U Octobre. — Le général de Coffinières donne sa démission.
« Les dernières dépêches de Votre Excellence et les observations verbales que vous m'avez adressées me font voir que vous n'approuvez pas la manière dont je remplis mes fonctions. Dans une situation aussi exceptionnelle et aussi grave, il me semble indispensable que le général en chef de l'armée ait pleine confiance dans le commandant de la place, et que celui-ci soit appuyé par le général en chef. D'un autre côté, je suis assailli par les plaintes des habitants, qui disent que l'armée, en prolongeant son séjour autour de la place, absorbe toutes leurs ressources et la met dans l'impossibilité de se défendre. Le mot de trahison est même prononcé et l'irritation est à son comble. En qualité de commandant de la place, je dois veiller à ses approvisionnements, tandis que, pour alimenter l'armée, je suis forcé d'enlever les vivres aux habitants, après avoir épuisé tous les magasins militaires, et après avoir entamé même la réserve des forts. Je me heurte sans cesi.o aux articles 212 du règlement du service en campagne, 244 et 245 du règlement sur le service des places. Mon devoir, tel que je le comprends (et j'ai fait tout mon possible pour le
remplir), est de repousser les accusations perfides, de ménager tous les intérêts respectables, de calmer rirrilatiou des esprits et de maintenir l'ordre matériel sans user de violences souvent plus nuisibles qu'utiles. Malheureusement, ces obligations sont souvent contradictoires; de telle sorte que les observations et les critiques m'arrivent de toutes parts: cette situation n'est plus tenable. Je viens donc vous prier, monsieur le maréchal, de vouloir bien accepter la démission que je donne de mes fonctions de commandant supérieur de la place de Metz ; je demande même à être remplacé immédiatement, ce qui est facile, puisqu'il y a deux généraux de division dans la place. Je dois ajouter que l'état de ma santé me commande impérieusement un repos de quelques mois ; et pour ces motifs, j'ai l'honneur de demandera Votre Excellence de me mettre en disponibilité jusqu'à ce que ma santé soit rétablie. »
234 ter. — Lettre du maréchal Bazaine au général Cofîînières de Nordeck. — Metz, 15 octobre.
« Mon cher général,
« En réponse à votre lettre du 14 courant, je viens vous assurer que vous n'avez nullement perdu ma confiance, et que je ne vois, ni dans les observations que je vous ai faites hier matin, ni dans les lettres que je vous ai adressées, rien qui soit de nature à vous faire prendre la détermination qui y est mentionnée. Nous avons fait, l'un et l'autre, dans l'esprit des règlements, tout ce qu'il était possible de faire pour améliorer une situation résultant des rapides événements de guerre qui se sont succédé en août et septembre. Aujour.riuii. comme par le passé, j'ai le plus vif désir que la ville puisse se défendre sans nous ; et c'est pour cela que je n'ai pas insisté sur les perquisitions forcées, ainsi que cela s'est toujours fait en pareilles circonstances. Nous ne vous demanderons plus rien. Je ne peux accepter votre démission, ni votre mise en disponibilité, et je compte assez sur votre dévouement au pays pour que vous continuiez à exercer votre commandement. »
234 quater. — 24 Octobre. — Le maréchal Bazaine au général de CofBnières.
« Mon cher général,
« Vous avez pris part, ce matin, au conseil des commandants de corps d'armée et des chefs supérieurs de service que les circonstances m'ont fait réunir. Vous savez déjà qu'il a été reconnu unanimement
que la place de Metz et l'armée étaient inséparables dans leurs intérêts comme dans leur sort. Malgré vos observations sur mes décisions antérieures qui séparaient les vivres de l'armée de ceux de la place, malgré vos réclamations sur les devoirs qui incombent à vos fonctions, le conseil n'ayant égard qu'à la situation grave dans laquelle nous sommes placés, s'est prononcé énergiquement pour la mise en commun des vivres encore existants, tant dans la place que dans l'armée. Cette opinion me paraissant juste et fondée, surtout en présence des souffrances et des privations qu'endure le soldat, je suis dans l'obligation de vous ordonner de mettre à la disposition de l'intendant-géiiéral de l'armée, pour le service des troupes campées autour de Metz, les denrées qu'il vous demandera. Ce haut fonctionnaire a mission de s'assurer des quantités existantes dans les corps d'armée et dans la place, et d'en faire ensuite une répartition équitable entre tous, de manière à ce que toutes les troupes, qu'elles appartiennent à la place ou à l'armée, soient également pourvues. Vous voudrez bien assurer la stricte exécution de cette dépêche, dont vous m'accuserez réception. »