Aoùl. — Ordre reçu à 9 heures du matin. « l-'Les
— Il() —
troupes de la division iront toucher aujourd'hui un jour de vivres sur la droite de la route, entre les divisions Lafont de Villiers et Levassor-Sorval.
« 2" On devra s assurer immédiatement que les hommes ont leur complet de cartouches, et s'il n'en est pas ainsi, on leur en fera distribuer, en en prenant dans les réserves divisionnaires, qui doivent être complétées elles-mêmes par le parc.
« 3" L'ennemi étant à proximité, des reconnaissances de cavalerie sont faites pour s'assurer de sa position.
a Les troupes devront rester prêtes à prendre les armes, mais sans s'astreindre aux alignements et sans prendre le fourniment et les sacs. On se gardera de loin, et des vedettes seront jointes aux grand'gardes ; elles seront placées par deux. Dans aucun cas, les gi-and'gardes et les petits postes détachés ne doivent faire de feu la nuit, etc. Il est probable que, si l'ennemi n'attaque pas, on se mettra en marche cet après-midi, etc. »
3«. — /6 Août. — Empereur à Impératrice. — Etain, 16 août.
« Je viens d'arriver à Etain avec deux régiments en avant de l'armée, afin d'être plus lût à Verdun ; nous allons bien, l'armée est réunie et pleine d'ardeur ; nous t'embrassons tendrement. »
32 bis. — Marche de la division Forton. — Partis le 14 août, à 1 heure de l'après-midi, arrives, le soir, à 7 heures, en avant de Uezonville ; le 15 au matin, on est parti pour Mars-la-Tour, faisant le coup de fusil avec les éclaireurs prussiens.
Le 1" régiment de dragons tenait la gauche, il est arrivé à 4 kilomètres de Mars-la-Tour. Un combat d'artillerie a eu lieu de midi à 3 heures ; l'artillerie de la division Forton était en avant du village. On s'est replié le soir, et on est venu camper en avant de Vionville, .sans laisser à Mars-la-Tour ni un poste, ni un homme de garde.
Dans la journée du 15, le 2« peloton du 'è" escadron du 1" régiment de dragons a fait 12 à 15 prisonniers, et parmi eux un sousofïicicr parlant à merveille le français ; il a avoué qu'avant la guerre il était garçon de ferme dans les environs de Mars-la-Tour, et qu'il était là pour guider les troupes prussiennes.
Dans la nuit du 15 au 16, les grand'gardes du l"' régiment de dragons placées en avant de Tronville, .signalent les uhlans. Au jour, elles signalent l'arrivée de troupes qui se massent. Enfin le 16, à 9 heures, l'officier commandant la grand'garde envoie prévenir directement le général de division qu'il y a une armée qui arrive.
Le général de Forton, qui déjeune à Vionville avec ses deux généraux de brigade, charge le général Murât d'aller voir ce qu'il y a de vrai dans les avertissements des dragons. Cet officier général s'avance sur le front de bandière ; il s'y trouve au milieu des chevaux que l'on vient de desseller et des escadrons en marche successivement du côté de l'ennemi aux abreuvoirs. Il est surpris par des obus ennemis. On monte à cheval comme on le peut, on se forme... L'artillerie repousse par des coups à mitraille une charge de cavalerie qui s'avance.
Enfin au bout de dix minutes, et sous un feu très-vif, on se replie en assez bon ordre.
M. de Grammont, duc de l'Espare, commandait le 7^ et le 10^ cuirassiers ; M. le prince Murât, le 1" et le 9« dragons. (Note d'un olïïcier supérieur du h"" dragons.)
33. — J 6 Août. — Bataille de Rezonville. Rapport du lieutenant-colonel commandant l'artillerie de la !■■« division.
« Le 16 août, j'étais campé avec les trois batteries Abord, Oster et Flottes et avec la batterie Blondel, placée provisoirement sous mes ordres.
« Surpris, à 9 heures et quart du matin, par des coups de canon en avant et à gauche, nous avons levé le camp. Notre division était bien loin sur la droite.
« Voyant l'artillerie prussienne déboucher et se placer en batterie en face de nos positions, j'ai, en un instant de galop, reconnu l'importance des plateaux de la position centrale qui nous dominait, et la nécessité absolue de la conserver pour sauver les troupes placées autour de nous et en contre-bas. Abandonné de tout le monde, et ne pouvant recevoir des ordres, j'ai fait ce que j'ai cru le plus utile à l'intérêt de tous, et j'ai placé la batterie Abord sur le sommet, avec l'ordre de s'y faire hacher .si cela devenait nécessaire, mais de ne pas abandonner ce point culminant.
« J'ai placé ensuite la batterie Blondel à côté de la première, et j'ai envoyé le commandant Vignotti placer la batterie Oster sur notre droite, pour voir tous les plis de terrain et flanquer notre position centrale.
« Je me suis tenu, avec le chef d'escadron Vignotti, à portée de la voix, entre les deux batteries Abord et Blondel.
« Connaissant la puissance et la justesse de l'artillerie prussienne, j'ai fait placer les pièces en échelon et à 30 mètres de distance. Je les ai fait avancer ou reculer toutes les demi-heures, pour tromper l'ennemi et l'empêcher de régulariser son tir.
— lis--—
« Le feu a été ouvert à 10 heures du matin, après le premier coup lancé par la batterie prussienne.
« L'ennemi, étonné de notre résistance, a augmenté l'importance de son artillerie, qui a été bientôt de plus de 40 bouches à feu de gros calibres.
« Distance de tir, '2, 200 mètres, et nous n'avions que du 4 admirablement pointé ; heureusement les terres étaient meubles, les obus s'enfonraient et nous couvraient d'une mitraille très-pressée, et peu meurtrière. Mon cheval a eu plus de dix atteintes et pas une seule grave, ce qui prouve l'exactitude du fiiit.
« Si le combat avait eu lieu sur un terrain ferme, nous aurions été écrasés.
« Les batteries Blondel et Abord souffrant énormément, j'envoyai le commandant Vignotli, à travers tout le champ de bataille, prévenir et demander du renfort. On nous envoya les batteries du commandant Clerc, de la division de cavalerie de la réserve Forton.
« Les Prussiens ne pouvant nous faire taire, firent agir des mitrailleuses qui amenèrent beaucoup de mal. Le capitaine Abord fut en ce moment renversé par une balle de mitrailleuse. Je donnai le commandement de cette batterie au lieutenant Varloud, officier vigoureux, énergique et calme ; et plus tard, lorsque M. Dupuis, mon adjoint, revint de porter mes instructions à M. Oster, je le chargeai de remplacer M. Abord. La mitraille était si pressée, que cet officier eut immédiatement son cheval tué sous lui. Relevé, il continua à diriger tout le monde avec un calme remarquable. Une charge prussienne fut enfin dirigée sur nos deux battei'ies pour les écraser, et elle arriva au moment où les batteries Clerc, de la division de cavaleiie Forton, se mettaient en batterie. La charge prussienne, belle d'élan, passa dans mes pièces ; mais saisie de flanc par la cavalerie franrai.se, elle fut anéantie devant nous, aux cris de : Vive l'Empereur !
« Pendant cette première partie de l'affaire, la batterie Osier nous avait bien servis par son tir bien conduit.
« Le lieutenant en premier Oemichen s'y lit remarquer par un entrain extraordinaire.
« M. Samin, lieutenant en second, dont l'énergie était grande, eut son cheval tué et reçut deux blessures.
« La grande batterie prussienne cessant le feu, je renvoyai immédiatement les restes des batteries Blondel et Oster .se reformer en première ligne, en leur prescrivant de se reconstituer immédiatement
un approvisionnement entier avec les débris de la cinquième et les voitures brisées.
« Je profitai de ce moment de calme, au milieu de ce centre de bataille, pour enlever nos blessés. J'arrivais à peine au sommet, quand je fus ému d'apercevoir la fameuse batterie prussienne reformée, et derrière elle une colonne profonde d'infanterie, flanquée de batteries, s'avançant avec rapidité.
« Je plaçai immédiatement la batterie Blondel, avec l'ordre de tirer sur cette colonne d'attaque, et j'envoyai de nouveau le commandant en second Vignotti prévenir et cbercher du renfort. Le colonel Défaudais voulut bien venir nous en conduire de sa personne, et le colonel X.., qui avait de son côté aperçu le retour offensif, nous envoya des boucbes à feu.
« 11 y eut donc, d'abord, la batterie Blondel, et plus tard, deux et trois autres qui, prenant d'enfilade toutes les masses prussiennes profondes, arrêtèrent subitement le mouvement. Mais elles attirèrent sur elles un océan de mitraille dont on ne peut se faire une idée, quand on n'y a pas assisté. Les projectiles étaient d'un calibre énorme, produisant beaucoup d'éclats.
« En résumé, le tir dura de 10 heures à 2 heures et demie, et de 3 heures et demie à 7 heures.
« J'avais sous mes ordres directs les trois batteries Abord, Blondel et Oster. Quant à la batterie Flottes, détachée depuis la veille avec le général Péchot de la 1" brigade, elle a été aussi vivement engagée, mais elle a peu souffert.
« Voici maintenant quelques détails que j'ai vus passer sous mes yeux.
« Dans la batterie Abord, le capitaine, qui avait l'ordre de s'y faire tuer au besoin, l'a simplement et bravement exécuté. M. Varloud, son lieutenant en premier, légèrement touché à la face par un éclat d'obus, a suivi l'exemple de son capitaine et a montré un sang-froid remarquable.
« M. Nouette, lieutenant en second, a eu ses vêtements plusieurs fois traversés par des éclats de projectiles ; il a servi admirablement. Enfm, M. Sabattier, adjudant, blessé d'un éclat d'obus, a continué son service. Le maréchal-des-logis Cugulières, au moment de la charge prussienne, a sauvé sa pièce en attelant son cheval h la lunette de bout de crosse.
« Dans la 12" batterie, le capitaine Blondel, doué d'un esprit vigoureux, calme, a admirablement dirigé .sa batterie.
« Le lieiiteimnt en premier Contresty, après avoir vu tomber son chef de pièce Beyegaz, broyé par un obus, et le brigadier Vissocq, a été lui-même renversé sans blessure, et il a continué à servir luimême la pièce.
« Le sous-lieutenant Cofiinet a reçu, au commencement de l'action, un éclat d'obus et une plaque de plomb sur l'abdomen. 11 a continué à diriger sa section avec entrain. L'adjudant Carroy, les maréchauxdes-logis Gueux etBrucker, tous légèrement contusionnés, sont restés inébranlables à leurs postes.
« Dans la 7^ le capitaine Oster mérite des éloges spéciaux, par la grande habileté avec laquelle il a dirigé sa batterie. Engagé d'abord contre la grande batterie prussienne, il a conduit une deuxième fois au feu la batterie, pour battre d'écharpe une autre batterie qui se formait sur la route de Metz. Enfin, sur le .soir, il aida une batterie de mitrailleuses, engagée contre l'ennemi.
« l'n cotTre d'avanl-train a sauté et lue le cheval du lieutenant Samin, qui, plus tard, a reçu lui-même deux blessures.
« M. Oemichen. lieutenant en premier, vers la fin de l'action, et pendant que les mitrailleuses éloignaient les fantassins de première ligne, s'est jeté au-devant d'eux et les a ramenés au combat.
« Cette bataille a été superbe ; elle aurait été décisive, .si l'armée française avait pu servir des pièces de gros calibre, douées d'une plus grande puissance.
« Je suis fier d'avoir eu l'honneur de commander à de pareils soldats qui, sous une pluie de mitraille, ont continué et soutenu leur feu sans un mot, .sans un cri, avec calme et sang-froid, exécutant mes commandements minute par minute.
« Le commandant en second Vignotli mérite une mention particulière : actif, énergique, il a, au milieu des plus grands dangers, placé la batterie Oster, et deux fois traversé le champ de bataille pour nous amener des renforts. Sans son aide, il m'aui-ait été impossible d'être .secouru. Admirable d'élan et de dévouement, il a mérité une récompense hors ligne.
« Enfin, on aurait peut-être pu mieux faire, je l'avoue simplement, mais nous avons été surpiis et obligés de prendre des décisions immédiates ; et, dans le choix des positions, je ne me suis lai.ssé guider que par le désir d'êti'e utile au gain général de l'engagement.
« Au bivouac de St-Privat, le 18 août 1870. de Montluisant. »
34. — ^8 Août. — Lettre d'envoi du rapport sur la bataille de Rezon ville.
« Mon général, j'ai l'honneur de vous adresser mon rapport et mes étals de proposition pour les troupes d'artillerie. J'ose vous prier de vouloir bien les appuyer de votre haute influence.
« Je vous demande aussi, mon général, de ne pas parler de moi. Je n'ai rien fait, et je n'ai eu que l'honneur de commander à des troupes admirables.
« Récompensé dans le passé bien au-delà de mes modestes services, c'est à moi à payer, longtemps encore, de ma personne et de mes soins. Enfin, dans cette lutte que nous soutenons contre l'ennemi, il n'y a pas un seul de mes camarades qui n'eût, sans aucun doute, aussi bien rempli son devoir.
« Je suis, etc. de Montluisant. »
35. — 16 Août. — i3« régiment d'artillerie monté (9^ et 10' batteries).
« Le 13 août 1870, la 3^ division du 13« régiment d'artillerie {d'- et 10« batteries), appartenant à la réserve générale de l'artillerie, a été détachée à la S»" division du 6" corps d'armée. Cette division se compose d'un seul régiment. Tout le reste n'a pu rejoindre.
« Le 16 août, le général Bisson, commandant la i^ division du 6'^ corps, me donne l'ordre, au moment de l'attaque de l'ennemi, di? mettre mes deux batteries en position de combat sur la hauteur en arrière du village de Rezonville. Le 9*^ régiment de ligne, le seul de sa division, était placé en bataille à "iGO mètres en avant des deux batteries.
« Vers midi, le 9^ régiment de ligne reçut l'ordre de se porter en avant, et le général Bisson m'envoya son chef d'état- major, le colonel Grévy, pour placer les deux batteries près de la route de Metz à Verdun, afin de contre-battre les batteries de position prussiennes, et empêcher les colonnes de s'avancer vers la route.
« Les deux batteries étaient placées dans l'ordre de bataille : la 9% capitaine Lequeux, à droite. Longtemps décimées par le tir bien réglé de l'ennemi et le feu des tirailleurs, je fis retirer les deux batteries pour les replacer à 300 mètres en arrière. C'est dans cette position que mes batteries reçurent de flanc une charge de uhlans et de cuirassiers prussiens.
« Promptement réorganisées, je reportai mes batteries vers le village de Rezonville, du côté de Metz, où je fis prendre les ordres du maréchal Canrobert. 11 me laissa en bataille jusqu'à la fin de la journée.
« Je ne suis rentré au camp qu'à 9 heures du soir. Dans ces divers
engagements, la batterie Lequeux a perdu 1 lue, l disparu el 12 blessés; la batterie Lippmann. 1 tué et 9 blessés.
« Officiers, sous-otficiers et soldats, ont rempli dignement leur devoir.
« Le chef d'escadron, E. Brunel.»
36. — /C Auùt. — Rapport du capitaine de Martre, commandant les compagnies de soutien fournies par le 9'= bataillon de chasseurs, pour Tartillerie de la division.
« Mon colonel, tout le monde a fait son devoir, mais je crois devoir vous signaler d'une manière toute particulière M. le lieutenant Martm Gallepier de Mierry, quia commandé la^" section placée à la gauche de la 1"2« batterie du 8» régiment d'artillerie. Cette section a contribué, par un feu bien nourri et bien dirigé, à repousser la charge de cavalerie ennemie. Cet oflicier a été fortement contusionné à l'épaule par un éclat d'obus. M. le sous-lieutenant Cavaignac, qui a, par son calme, inspiré la plus grande confiance aux hommes, malgré le feu nourri des batteries ennemies. Le sergent-major Goutturègre, les sergents Abache et Kochetin, les caporaux Komhonne, Brunet et Clary ; le clairon Barbier et les chasseurs Ortensio et Lin, blessés tous les Irois. Le chasseur Beaumonl, blessé très-grièvement, el le chasseur Leroux, qui tous deux ont aide à dilférentes reprises les artilleurs à changer les roues des caissons, bri.sées par les projectiles ennemis. Enlin les chasseurs Six, Carnot, Buatoir, Terville, Danguin, Chabert, Gavon, Garnier, Lerrendon, Leljourg, qui ont montré le plus grand sang-froid. Martre.»
Nota. — M. le capitaine Martre, officier très-distingué, a été tué le 18.
37. — 16 Août. — Kapport du maréchal Canrobert sur la bataille de Hezonville.
« Le IG août, au matin, le G"" corps était en position à droite et en avant de Rezon ville ; son front, comprenant la division Lafont de Villiers, un régiment, le 9s de la division Bisson. et la divi.sion Tixier, s'étendant jusqu'au village de Si-Marcel, qu'occupait la l'" division.
« La 4^ division Levasse r-Sorval, placée en arrière dcRezonvitle. [larallèlement à la route, surveillait les ravins et les massifs de bois considérables (^ui s'étendent de Rezonville ju.squ'à Ars et Novéant, bois dans lesquels on avait .signalé la présence de l'ennemi.
« \ers 9 heures et demie, les l'russiens débouchant en même temps
du village de Vionville, des hauteurs boisées (jui se trouvent à gauche et des crêtes qui s'élèvent à sa droite, attaquaient de front les '2^ et 6^ corps.
« Nos troupes, couvertes par leurs avant-postes, eurent bientôt pris les armes et soutinrent énergiquement nos attaques.
« La l""*" division détacha de St-Marcel la brigade Péchot, qui occupa le bois ti-aversé par la voie romaine, sur la droite de Vionville, et arrêta le mouvement olTensif de l'ennemi.
« En même temps, la division Laffont de Villiers soutenait courageusement une canonnade meurtrière, et faisait occuper par la brigade Colin la ferme de Flavigny, où cet officier général se maintint solidement.
« L'ennemi ayant voulu prononcer un mouvement offensif, le général Bisson se porte en avant avec le 9^ régiment, le seul de sa division présent à la bataille et l'arrête. Dans ce mouvement, cet officier général eut plusieurs chevaux tués sous lui, et presque tous les officiers qui l'entouraient furent blessés.
« l'ne vigoureuse canonnade s'engagea entre les deux armées. Vers 2 heures, le feu de l'ennemi sembla s'éteindre du côté de Vionville et de Flavigny ; il y avait lieu de croire que, de ce côté, l'ennemi cessait son attaque.
« Nos troupes prirent alors l'offensive, et se portèrent en avant sur toute la hgne de St-Marcel à Rezonville, avec leur entrain habituel. Mais ce mouvement ne put se prolonger, en raison de l'importance que prenait l'attaque venant du bois des Ognons, laquelle montrait clairement que ce qui avait paru au premier abord n'être qu'une démonstration devenait l'attaque principale. L'ennemi voulait tourner Rezonville par sa droite. Le combat de ce côté se maintint longtemps avec des chances égales ; de nombreuses réserves sortaient à tout moment, mais vainement, des bois.
« La division Levassor-Sorval gardait énergiquement ses positions. Cette résistance, à laquelle sans doute l'ennemi ne s'attendait pas, permit à la Garde impériale, qui était en position à Gravelotte, de prendre l'ofTensive. A ce moment, l'ennemi était arrêté, ce qui me permit de disposer d'une brigade de la division Levassor-Sorval. pour la porter sur les crêtes, en face de Vionville, dont l'ennemi cherchait à nous déloger. Cette manœuvre fut couronnée de succès, et les Prussiens, qui nous faisaient subir des pertes sérieuses, par une attaque d'artdlerie supérieure à la nôtre en nombre et en calibres, ne purent gagner de terrain.
« Le village de Kezonville, qui était devenu le centre de la position, était mis en état de défense, et se trouvait à l'abri des efforts de l'ennemi.
« Votre Excellence connaîtra, par les rapports de la Garde impériale, les différentes phases de la lutte à laquelle ce corps d'élite prenait une si glorieuse part.
« Vers 2 heures, une division du 3^ corps était venue appuyer notre droite; ce mouvement, combiné avec celui que le 4« corps prononçait sur Mars-la-Tour, aurait infailliblement déterminé la retraite de l'ennemi vers la Moselle, si la nuit n'éttiit venue l'arrêter.
« Le C* corps avait vaillamment conservé, pendant 10 heures de combat, ses premières positions, en faisant subir à l'ennemi des pertes considérables, tout en en éprouvant lui-même de très-sensibles.
« La position de Rezonville, formant le sommet de la ligne brisée de notre ordre de bataille, avait une importance que je n'ai pas besoin de faire remarquer à Votre Excellence ; aussi l'ennemi dirigea-t-il contre elle les feux d'une grande partie de son artillerie. La nôtre, inférieure en nombre et en calibi'es, éprouvant des perles sérieuses, résista inébranlablement ; je ne saurais trop me louer des services rendus par cette vaillante arme dans la journée du 16.
« Vers 2 heures, au moment où, sur toute la ligne, nous prenions l'offensive, la cavalerie prussienne lit une vigoureuse charge pour percer notre centre. Elle comptait sans notre cavalerie qui, saisissant à propos le moment d'entrtM" en action, se précipita sur son front. Cette brillante manœuvre fut décisive ; la cavalerie ennemie, parmi laquelle se trouvaient les régiments des cuirassiers du roi, fut ramenée en un instant, el, se reUrant en désordre, laissa derrière elle de nombreux cadavres. Un étendard de cette puissante cavalerie de réserve resta entre nos mains.
« Cette journée, dans laquelle l'artillerie a eu une si grande part, a dû être meurtrière pour l'ennemi. De notre côté, nos pertes ont été sensibles; elles s'élèvent à 5,258 tués, blessés ou disparus, officiers et troupes, parmi lesquels M. le général de Marguenat, commandant la 1" brigade de la i" division, tué ; le colonel Amadieu, du 75*. tué ; le colonel Daguerre, du 91% blessé ; le chef d'escadron Boussemard, un de mes aides-de-camp, blessé (bras emporté).
« Signé : Canrobert. »
38. — JO Août. — Rapport du maréchal Bazaine sur la bataille de Kezonville. (Publié à Bruxelles, chez .\uguste Decq, rue de la Madelaine, n" 9, 1870.)
< Après le brillant combat do Borny, les troupes qui y avaient pris part avaient reçu Tordre de continuer, dès le lendemain matin 15 août, leur mouvement de retraite sur Verdun, par les deux directions qui leur avaient été indiquées, le 2« et le 6« corps suivant la route du sud par Rezonville, Mars-la-Tour et Manheulles ; le o« et le 4^ corps se dirigeant au nord sur Conflans et Etain : la grande réserve et les parcs marchant derrière le 6« corps.
« La l"^ colonne était couverte par la l-"*" division de cavalerie de réserve du général de l'orton ; la '2^, par la division de chasseurs d'Afrique du Barrait, etc
« Au moment où l'ennemi prononçait son attaque sur Rezonville, il tentait de tourner notre droite avec sa cavalerie. Trois de ses régiments, les cuirassiers du roi et deux régiments de uhlans, traversaient la droite du 6^ corps, nos batteries, et dépassant la crête que nous occupions, tentaient de se rabattre sur les derrières de notre infanterie. La division du général Forton, dont ils ne soupçonnaient pasla présence, les prend en flanc et en queue, et cette masse de cavalerie est complètement anéantie, sous le sabre de nos dragons et de nos cuirassiers, etc
« Le 2^ chasseurs d'Afrique et la brigade de la Garde (lanciers et dragons), qui étaient accourus au canon, après avoir escorté l'Empereur jusqu'à Etain, etc
(Citations puisées dans le Rapport).
39. — /6 Aoïit. — Lettre du général commandant en chef l'artillerie. — Du camp de Gravelotte, 16 août 1870, à M. le colonel de Montluisant.
« J'ai l'honneur de vous inviter à m'adresser aussi promptement que possible : 1" L'état des consommations en munitions et en matériel des batteries placées sous vos ordres, faisant ressortir l'existant actuel en munitions, etc.
« J'attache la plus grande importance à ce que le premier de ces renseignements me parvienne immédiatement, et je vous prie de me l'adresser dès ce soir, aussitôt que vous aurez pu réunir les rapports des commandants de batteries, etc.
« Vous devrez enfin, d'ici à demain matin, faire faire, entre les batteries de votre division, la répartition des munitions à canon, restantes.
« Par ordre, le colonel chef d'état-major général,
« Vasse de St-Ouen. »
40. — /6' Août, Il heures du soir. — Dépècho du lieutenantcolonel de Montluisant au lieutenant-colonel Fourchaud, chef d'étatmajor de la lf« division.
Il demande où sont, la 7* batterie, Oster ; la 5^, Abord ; la 8*. Flottes. Il faudrait pouvoir réorganiser plusieurs de ces batteries, recevoir des munitions, otc
Le lieutenant-colonel répond : qu'il n'a reçu aucun renseignement sur la situation de ces batteries, et cju'il faut s'adresser au général en chef d'artillerie i)our tout le reste. Il ajoute : « Je n'ai pas besoin de vous dire que la manière dont se sont comportés vos officiers et vos canonniers n'a point échappé à mon observation, et que j'ai souvent moi-même, dans la journée, admiré le calme, le sangfroid et l'habileté de nos officiers d'artillerie.
• Par ordre, pour le général, le colonel, Fourchaud. »
4t. — 77 Août. — Au camp de Plappeville. Le général commandant en chef l'artillerie, au lieutenant-colonel de Montluisant. Dépêche n" 310, reçue le 18, à 9 heures.
« J'ai l'honneur de vous prier de m'adresser immédiatement, par un officier ou par un ordonnance à cheval, à mon quartier-général de Plappeville, les étals que je vous ai demandés par ma lettre d'hier, des consommations en munitions, et des pertes en hommes et en chevaux, survenues dans les batteries sous vos ordres, à la suite de la bataille d'hier.
« Vous voudrez bien envoyer demain, à 8 heures du malin, sur le plateau en avant du fort de Plappeville, où est parqué le convoi de munitions, venu de Metz, des caissons attelés pour recevoir la part de munitions à canon et de cartouches d'infanterie, qui revient à vos batteries, dans le peu de ressources dont nous pouvons disposer. Cette répartition ne pourra être faite que sur les états qui m'auront été envoyés.
« Le général commandant en chef l'artillerie, J. Soleille. »
42. — // Aoïit. — Ministre de la guerre à S. M. l'Empereur, au camp de Châlons.
« L'Impératrice me communique la lettre par laquelle TKmpereur annonce qu'il veut ramener l'armée de Chillons sur Paris. Je supplie l'Empereur de renoncer à cette idée, qui paraîtrait l'abandon de l'armée de Metz, qui ne peut faire en ce moment .sa jonction à Verdun- L'armée de Chàlons sera avant trois jours de 85,000 hommes, sans compter le corps de Douai, qui rejoindra dans trois jours et qui est de
18,000 hommes. NopiMil-oii pas faire une puissante diversion sur les corps prussiens, déjà épuisés par plusieurs combats? « L'Impératrice partage mon opinion. » (Officiel).
43. — JS Août. — L'Empereur au ministre de la guerre. — Du camp de Cliàlons
« Le maréchal Bazaine a aussi besoin de munitions pour les canons et les mitrailleuses. >
44. — iS Août. — L'Empereur au ministre de la guerre. — Du camp de Chàlons.
« Je me rends à votre opinion. Ne retardez pas le mouvement de la cavalerie. Bazaine demande avec instance des munitions.' «
45. — 18 Août. — Billet envoyé par le lieutenant-colonel Jaraetau Ueutenant-colonel de Montluisant. Ecrit au crayon ; reçu à 11 heures au '2*' bivouac de St-Privat-la-Montagne.
« Par ordre du commandant adjoint au général en clief, commandant l'artillerie de l'armée, le colonel de Montluisant devra envoyer à Plappeville un caisson de i'3 vide, pour recevoir les obus de 12 qui lui reviennent pour les batteries Brunel du 13* régiment.
« Un ordre du général Soleilleme constitue, en attendant l'arrivée du général Labastie, pour remplir par intérim les fonctions de commandant de l'artillerie du 6« corps.
« Au camp, 9 heures 15 minutes du matin.
« Le lieutenant-colonel, C. Jamet. »
46. — 18 Auùt. — Bat.\ille de St-Phyat. Rapport du lieutenantcolonel de Montluisant.
«■ Mon général, avant-hier 18 août, le 6« corps d'armée était campé à St-Privat-la-Montagne, et nous déjeunions, quand les cris : Aux armes! mirent tout le monde sur pied. Un nouveau combat s'engageait.
« J'envoyai immédiatement le commandant Vignotti, avec la batterie de 12 Lequeux et deux batteries de 4, aux ordres du maréchal Canrobert, qui les fit placer en avant du village de St-Privat, sur la route de Briey, pour contre-battre de puissantes batteries ennemies qui commençaient à décimer nos troupes. Je me portai de ma personne sur les crêtes à gauche, avec mes autres batteries. Le commandant Brunel Ifnait la tête de mes colonnes, et dirigeait la batterie Lippmann.
« L'artillerie prussienne était partout nombreuse, bien servie, son
— \tH —
tir était assuré, vif et soutenu, les bouches à feu placées derrière des épauleiiicnts naturels.
« De notre côté, la canonnade fut, au contraire, lente et trop mesurée.
« Mes pièces n'avaient plus, au commencement de la bataille, que 100 projectiles disponibles. Je fus même forcé de donner l'ordre de diminuer l'intensité de notre feu, à cause de l'épuisement des munilions ; je prescrivis enfin à toutes les batteries, de conserver absolument 15 projectiles par bouche à feu, pour parer à toutes les éventualités et aux imprévus de l'avenir.
« Je chargeai le commandant Brunel de se transporter sur les attaques de droite, d'y transmettre mes instructions, et de recommander aux commandants de batteries de durer le plus longtemps possible, en ménageant leurs ressources.
« La marche de la bataille forçant le 6« corps à obHquer peu à peu sur la droite, je me trouvai bientôt seul sur les crêtes, pour relier les hauteurs d'Âmanvillers avec celles de St-Privat.
« L'ennemi commença, vers 4 heures, à s'ébranler lentement, mais sur tout son front ; son mouvement tournant se dessinant de plus en plus, j'essayai, avec les 6 pièces de l'2 de la batterie Lippmann, d'arrêter les têtes des colonnes. Notre tir à 2,700 mètres environ était bon. Nos projectiles faisaient des trouées énormes, jetaient le désordre, mais nos caissons étaient vides, l'ennemi se reformait et avançait toujours.
« Je vis de loin la prise de SLe-Marie-aux-Chênes, les masses écra-^ santés de l'adversaire, et je pris immédiatement mes précautions de retraite.
€ Une seule l'oute était libre pour rentrer sous Metz et abriter le corps d'armée, celle de Woippy ; je disposai de suite les 3 batteries Lippmann, Blondel et Abord en étages, les unes au-dessus des autres, sur une pente très-inclinée, aboutissant aux carrières d'Âmanvillers, et permettant à toutes les bouches à feu de tirer les unes pardessus les autres. Je m'assurai par moi-même qu'il existait au sommet un large débouché sur la roule de Metz. J'appelai .successivement toutes mes batteries et celles qui passèrent à ma. portée, pour les placer à côté des premières, et je prescrivis à tout le monde de ne faire feu que quand je le ferais commencer au point culminant, d'où je voyais l'ensemble des mouvements de l'ennemi, et la marche rétrograde de nos troupes.
« Le maréchal Canrobert, qui passa quelques instants après près
de moi. voulut bien assurer toutes mes dispositions et me donner un régiment de soutien pour arrière-garde.
« Le tir commença à 0 heures, au moment où les Prussiens cernèrent le -village de St-Privat, couronnèrent les crêtes, et mirent en position, à gauche et à droite, plus de 60 bouches à feu, qui firent pleuvoir sur nous une grêle d'obus.
« Je voudrais pouvoir citer les noms de tous les officiers qui avaient bien voulu m'aider et accepter ma direction.
« Une batterie du 19^ régiment, sous les ordres du commandant Loyer, était la plus rapprochée. J'envoyai cet officier supérieur porter partout l'ordre de se replier rapidement sur la route de Metz, au fur et à mesure de l'épuisement complet des munitions.
« La canonnade ne cessa qu'à la nuit noire; et, pendant toute sa durée, le corps d'armée se retira en ordre et se massa dans les bois, laissant la route libre pour les canons.
« Enfin, l'ennemi arrêté et l'engagement terminé, je me mis en retraite, et je vis passer devant moi ma dernière bouche à feu et mon dernier caisson.
« Cette fois encore, mon général, n'ayant pas reçu d'ordre, j'ai essayé, dans ces malheureuses circonstances, d'utiliser nos pièces, dans l'intérêt du corps d'armée et de tous.
« Je n'ai que des éloges à adresser à tout le inonde, les artilleurs sous mes ordres ont été admirables. Le chef d'escadron Vignotti, mon commandant en second, a montré de nouveau une merveilleuse énergie, et le chef d'escadron Brunel, une ténacité et un courage à toute épreuve. Le capitaine Flottes, de la 8^ batterie du 8« régiment, a été remarqué. 11 a fait honneur à l'arme et a reçu sur le champ de bataille les éloges du maréchal.
« Bivouac sous Metz, le 20 août. Le lieutenant-colonel,
« DE MO.MLUISANT. »
46 bis. — Rapport sur la part prise par la S'' armée (Frédéric- Charles), à la bataille devant Metz, le 18 août 1870. (Texte du Journal officiel de Berlin, traduction in exlenso, document très-remarquable, copié chez le maréchal Bazaine, commandant en chef l'armée du Rhin.)
« Dans la nuit qui suivit la bataille de Vionville, les corps suivants bivouaquèrent sur le terrain : le lO*" corps et la division de cavalerie Rheinbalen, près Tronville; la 6* division d'infanterie (du 3'= corps), général Buddenbreck. à l'ouest de Vionville ; la division de cavalerie
(duc Guillnumo de Mecklenbourg), au sud de Flavigny ; la 5'' division d'infanterie (du S" corps), général Sliilpnagel, à l'ouest du bois de Vionville ; l'artillerie du 3' corps, à l'ouest de la division Stûlpnagel ; les détachements du 8» corps, qui avaient combattu dans la journée du IG, à Cûte-Mousa ; les fractions de la 25« division (liesse (Jrand'Ducale), dans le bois des Chevaux et celui des Ognons, sur lesquels furent dirigées, pendant la nuit, les autres troupes de cette division déjà en marche.
Le commandant en chef, prince Frédéric-Charles, avait quitté le champ de bataille à 9 heures du soir pour se rendre à Gorze. L'opiniâtreté avec laquelle l'ennemi s'était battu le IG, dans le but de forcer le passage sur l'ouest, autorisait l'hypothèse de la continuation de la lutte pour le lendemain ; d'un autre côté, il fallait, ou bien empêcher cette marche, ou bien tirer partie, par une ofTensivie décisive, des chances d'une marche de flanc.
Le IG août, les corps prussiens avaient lutté contre la grande supériorité du nombre ; ils étaient affaiblis par les perles de la journée. Le but à atteindre en premier lieu était donc une concentration de toutes les forces disponibles pour le 17. Les corps non engagés de la 2' armée avaient atteint, le IG, les positions suivantes : le 9' corps avec la 18« division, Onville et Arnaville; l'artillerie du corps, la vallée au-dessous de 'Gorze ; le l'2« corps (Saxe-Royale), l'ont-à- Mousson ; Tavant-garde, Regneville-en-Haye ; la Garde, Bernecourl ; l'avant-garde, Rambucourt ; le 4<= corps, le Saizerais-Marbache ; l'avant-garde, Jaillon. Le '2'" corps était à Buchy et en arrière de ce point. On pouvait compter, le 17, sur l'arrivée des troupes suivantes : la 18'" division d'infanterie et l'artillerie du U* corps, après une marche faite de grand matin ; le 12"^ corps, après une marche de 25 kilomètres ; la Garde, après une marche de 33 à 34 kilomètres. Un ne pouvait pas compter sur l'arrivée des 2« et 4'' corps pour le 17, l'un et l'autre étaient éloignés de 38 kilomètres environ.
Dans ces circonstances, les ordres suivants furent expédiés par des officiers d'ordonnance du grand quartier-général de Gorze.
A 1 1 heures et demie du. soir, 1" au général Manstein (9«'Corps), à Novéant : * Le 9« corps prendra position, .si c'est po.ssible, au point du jour, à un et demi mille (3 k. 750) au nord-ouest de Gorze, sur le plateau. »
•i" Au prince héritier de Saxe, à Pont-à-Mousson : « Le 12"= corps jiartira sur-le-champ pour Mars-la-Tour, en passant par Thianii'iirt. »
3'' Au prince Auguste de Wurtemberg, àBernecourl : « La Garde partira immédiatement pour Mars-la-Tour, en passant par Beney. St-Benoît-en-Noëvre et Chambly ; le corps prendra position à la gauche du l'2«, en formation de rendez- vous. »
En même temps, le Roi fut informé des événements du 16 et des dispositions prises. Il ne fut pas donné d'ordres ni au "2s ni au 4« corps ; pour eux, l'ordre général de marche, donné à l'armée le 16, à midi, disposait la marche en avant du 4« corps dans la direction de Saucey-Boussu ; éventuellement il devait prendre l'offensive sur Toul ; pour le -2« corps, marche sur Pont-à-Moussou. Vers minuit, arriva un ordre de S. M. le Roi, faisant part de la coopération du 7« et 8« du corps pour le lendemain. Ces corps suivraient de près le 9« corps, en traversant la Moselle, et seraient dirigés directement sur l'ennemi.
Le 17 août, à 4 heures du matin, le prince Frédéric-Charles se rendit sur le champ de bataille. Les troupes étaient dans les positions indiquées. Du côté de l'ennemi, on entendait beaucoup de signaux, et une ligne de tirailleurs .se déploya vis-à-vis de notre front, en passant devant Rezonville. Cependant, sous la protection de ces troupes, l'ennemi avait levé le camp et se retirait en grande partie sur Gravelotte. A 6 heures, les tètes de colonnes du 6« corps s'avancèrent, et le corps prit position de rendez- vous, couvert à l'ouest par le bois de Yionville, au sud de la route de Gorze-Vionville. Peu de temps après 6 heures, le Roi arriva sur le champ de bataille ; le départ de l'ennemi, constaté par les patrouilles lancées dans sa direction, on put donner aux troupes le temps de faire la soupe.
A midi, l'ennemi avait pris position avec son arrière-garde à l'ouest de Gravelotte; l'après-midi, ses colonnes étaient visibles sur le plateau de Leipsig et de Moscou. Dans la direction de Conflans, on avait vu des nuages de poussière et constaté la marche de détachements de force moindre ; des troupes ennemies paraissaient aussi se diriger sur Verneville.
Une attaque semblait peu probable ; on renonça pour aujourd'hui à prendre l'offensive de notre côté, afin de laisser à l'armée le temps de se concentrer; seule la l''^ armée constata, par des rencontres, la présence de l'ennemi au sud de Gravelotte. Le 12« corps avait, dès le 16 au soir, reçu de Sa Majesté l'ordre de départ, qu'il etïectua le 17, à 3 heures du matin. Mais à la suite de Tordre expédié le 16 de Gorze, à 1 1 heures, le corps était prévenu de se tenir prêt ; il laissa un bataillon à Pont-à-Mousson et commença la marche à 2 heures. Il
arriva au bivouac, enti-e Mars-îa-Tour et l'uzieux, vers '2 [leures de raprès-inidi. La Garde, à qui la bataille de Vionville était connue officiellement, s'était concentrée par division entre Ricbecourt et Flirey ; Tordre de marcbe, qui arriva à 3 heures du matin, trouva donc la Garde préparée au départ, et, à 5 heures, elle quittait ces points de concentration.
Après 3 heures de l'après-midi, le corps avait occupé ses bivouacs entre Mars-la-Tour et Ilamonville, au passage, à la gauche du 12* corps.
En conséquence, les corps destinés à reprendre la lutte étaient prêts, le 17, dans l'après-midi. La bataille avait-elle lieu le 18, on pouvait compter encore sur le :2% comme réserve. Aussi Tordre fut-il expédié, le 17, aune heure de Taprès-midi, de quitter, le 18, à 4 heures du matin, Pont-à-Mousson, et de marcher par Anaville, liayonville, Suville-sur-Bussière, où le corps devait se masser et faire la soupe. L'ordre général donné le 17, l'après-midi, réglait la position des bivouacs et celle des avant-postes, à une heure. Ceux-ci se mirent en communication, au bois des Ognons, avec les avant-postes de la l'"^ armée, et s'étendaient, ayant Kezonville devant eux, jusqu'à la forêt qui est au nord-ouest de Vionville, et puis jusqu'au ruisseau d'Yron. Le l-i*" corps, qui fournissait les avant-postes de l'aile gauche, observait la route de Ilamonville à Verdun.
Les dispositions prises, par ordre du Roi, sur la hauteur au sud de Flavigny, par le général de Mollke, étaient ainsi conçues :
« Demain malin, 18 août, à 5 heures, la '2" armée marchera en avant par échelons entre les ruisseaux d'Yron et de Gorze (en général entre Ville-sur-Yron et Kezonville). Le 8« corps participera au mouvement sur Taile droite de la 2« armée. Le 7'' corps aura d'abord pour objet de couvrir les mouvements de la '2^ armée contre des entreprises éventuelles de Tennemi du côté de Metz. D'autres décisions du Koi dépendront des mesures prises par Termemi. Jusqu'à nouvel ordre, les rapports du Roi seront expédiés sur la hauteur au sud de Flavigny. »
A 3 heures de Taprès-midi, le prince établit son quartier-général à Buvière pour la journée du 17.
Le 18 août au matin, le prince Frédéric-Charles donna verbalement ses ordres pour la journée aux généraux commandant en chef le corps de la Garde, les 10" et 12« corps, dans le bivouac au sud de Mars-la-Tour; à 5 heures, aux généraux en chef du 3« et du 9* corps, à la sortie occidentale de Vionville, à 5 heures et demie.
Voici ces dispositions de combat :
« Lu '2^ armée continue aujourd'hui sa marche en avant, dans le but de couper l'ennemi de sa ligne de retraite Metz-Verdun, et de le battre là où elle le rencontrera. »
L'armée s'avance en échelons; à la gauche, les Saxons (l'> corps), qui prennent, à 5 heures, la direction de Jarny ; à sa droite, la Garde, la direction sur Doncourt. Le O*" corps, en arrière de la droite de la Garde, part à 6 heures et s'avance entre Rezonville et Vionville, laissant, en continuant sa marche, St-Marcel juste à sa gauche. En arrière, à la droite du 9^ corps, le 3^ corps se joindra à ce mouvement par échelons. En seconde ligne suivent le lO*" corps, avec la division de cavalerie Rheinbaden, en arrière du ['2^ corps; le 3« corps et la division de cavalerie du duc de Mecklenbourg, entre le 9* et la Garde.
La marche aura lieu non pas en colonne de marche, mais par divisions massées sur elles-mêmes. Le commandant en chef se tiendra à la tète du 'è^ corps. Le Prince sera d'abord à l'ouest de Vionville. en tête de la division Buddenbrock. S. M. le Roi était arrivé, à G heures du matin, sur la hauteur qui se trouve au sud de Flavigny.
Les rapports arrivés dans les premières heures de la matinée disaient que Gravelotte n'était pas occupé par l'ennemi ; qu'à l'est de Gravelotte se trouvait un camp ; qu'il y avait du mouvement dans les camps de Moscou et de Leipsig, et qu'enfin les camps de Bruville et de St-Marcel étaient abandonnés. Ces renseignements donnaient la certitude que le gros de l'ennemi n'était pas parti par la route de Conflans. On fut obligé de faire halte à la hauteur de la route do Gravelotte-Conflans, jusqu'au moment où l'on aurait acquis la certitude que l'hypothèse émise de la présence de l'ennemi sur les hauteurs d'Âmanvillers était fondée.
Conformément aux ordres reçus, le 9« corps avait fait halte, à 8 heures et demie, à la ferme de Caultre. La Garde et le 12« corps reçurent l'ordre maintenant de s'arrêter à Doncourt et à Jarny.
Le iO« corps devait s'arrêter à Bruville. Le 3^ corps n'était pas encore en mouvement, quand les différents corps eurent atteint les points désignés. La probabilité de la résistance de l'ennemi sur le plateau d'Amanvillers devint de plus en plus manife.ste.
Les ordres suivants furent donnés en conséquence :
10 heures du matin. — « Le 9« corps se mettra en roule et se dirigera sur Yerneville et La Folie ; si l'ennemi s'y trouve avec .sa droite, le corps engagera le combat en ne déployant d'abord qu'une masse
considérable d'yrtillorie. — 10 heures et quart. La Garde continuera sa marche par Doncourt et Verneville. et y prendra position pour soutenir le 9« corps, qui marche sur La Folie, contre l'aile droite ennemie. Il est à désirer qu'on reconnaisse le terrain, à gauche par Araanvillers et St-Privat-la-Montagne, et que les rapports soient envoyés prompteraent. »
Ce n'est qu'après les renseignements, arrivés à 10 heures et demie, qu'il fut hors de doute que l'ennemi acceptait la bataille sur le plateau Âmanvillers-Leipsig-Moscou. C'est de cette hypothèse que partait l'ordre suivant de Sa Maji^sté, écrit à 10 heures et demie. « D'après les renseignements donnés, on peut admettre que l'ennemi veut se maintenir sur le plateau entre le Point-du-Jour et Montigny. Quatre bataillons ennemis s'avancent dans les bois des Genevaux. Sa Majesté est d'avis qu'il faut mettre en marche te l'i'" corps et la Garde dans la direction deBatilly, afin d'atteindre l'ennemi à Ste-Marie-aux-Chênes, dans le cas où il voudrait partir sur Briey; afin de l'attaquer par Amanvillers, dans le cas où il resterait sur la hauteur. L'attaque aurait lieu simultanément par la l""* armée (Steinmetz), par Bois-de- Vaux et Gravelotte ; par le O'' corps, par le bois des Genevaux et de Verneville ; par l'aile gauche de la '1<^ armée, par le nord. »
D'après cela, les ordres suivants furent expédiés :
1" A 1 1 heures et demie, au général de Manstein, chef du 9= corps : « La Garde reçoit en ce moment l'ordre de s'avancer pour Tattaque par N'erneville sur Amanvillers, et de là, le cas échéant, sur l'aile di'oite ennemie, l'n engagement sérieux du 9« corps doit être retardé, dans le cas où la ligne de front ennemi s'étendrait plus au nord, jusqu'au moment où la Garde attaquera par x\manvillers. »
'i" Au prince Auguste de ^^'urtemberg, 1 1 heures et demie: « L'ennemi paraît rangé en bataille sur les hauteurs de Bois-de- Vaux, audessus de Leipsig. La Garde hâtera sa marche en avant, par Verneville, la poussera jusqu'à Amanvillers, et de là fera un mouvement d'attaque .sérieux et tournant contre l'aile droite ennemie. En même temps, le 9'^ corps altafiuera La Folie. La Garde peut aussi prendre la route de Habonville. Le l^*" corps marche sur Sle-Marie. »
3" 1 1 heures trois quarts, au Prince héritier de Saxe : « Le 12'" corps reçoit l'ordre de continuer sa marche sur Ste-Marie-aux-Chônes ; de se garder avec de la cavalerie du coté de Bi-iey et au-delà de Conflans, et de lancer, .si c'est possible, de la cavalerie dans la vallée de la Moselle, pour couper le chemin de fer et le télégraphe vers Thionville. Les 7', b' el 9' corps et la Garde at(a([ueront dans deux heure«
l'emiemi, i|ui a pris position sur les luuiteurs de Leipzig jusqu'au Bois-de-\au\, le dos tourné à Metz. En seconde ligne, s'avancent en soutiens le S', le 10«. ainsi que le2« coi'ps. »
4° l'2 heures, au général de Voigtt Uelitz : « L'ennemi est en bataille sur les hauteurs de Leipzig et du Bois-de-Vaux, où l'y attaque aujourd'hui, la Garde, par Amanvillers ; le 9% par La Folio, les 1" et 8% de front. En seconde ligne, l'attaque est soutenue par le l'> corps dirigé sur Ste-Marie-aux-Chênes, le 10^ sur St-Ail, leS*- surVerneville, le 11" sur lle'zonville. »
5" r> heures, au général Fransecky : « Le 2^ corps marche de Buxières à Hezonville, pour servir de réserve à l'aile droite. La 1" et la 2" armée attaquent aujourd'hui l'ennemi dans sa position endeça de Metz. »
Le 9« corps avait fait la soupe à la ferme de Caultre, et il déboucha à 10 heures et demie, conformément à l'ordre qu'il venait de recevoir, par une éclaircie du bois sur Verneville. La 18" division d'infanterie (de Wrangel) en tète, l'artillerie du corps (c'est-à-dire la réserve, 4 batteries montées et 1 ou 2 à cheval), puis la 25« division (prince Louis de Hesse). Verneville fut occupé par l'avant-garde de la 18'' division. Sur les hauteurs d'Aman villers et de Montigny-la-Grange, on voyait des campements ennemis. Quelques bataillons ennemis s'avançaient d'Amanvillers sur Verneville.
Le général de Manstein fit avancer l'artillerie divisionnaire (24 pièces) du général Wrangel (18^ division) jusqu'à la hauteur de Champenois et ouvrir le feu contre le camp ennemi (i'2 heures). Dans les épais fourrés du bois de laCusse que l'ennemi n'avait pas occupés, deux bataillons de Wrangel furent envoyés pour s'établir sur l'exti'ème lisière. L'artillerie de réserve du corps eut l'ordre de prendre ])Osition à la gauche de l'ai'tillerie divisionnaire. Avant qu'elle ait eu le temps de se mettre en batterie, l'ennemi riposta sur notre front par plusieurs batteries établies à Montigny-la-Grange et à Amanvillers ; plus tard, sa ligne d'artillerie s'étendit jusqu'à St-Privat. En outre, nos pièces fui-ent criblées parles balles des mitrailleuses et la fusillade de l'infanterie. Le front oblique de notre artillerie était nécessité par la nature du terrain et amené aussi par la circonstance qu'on ne s'aperçut de la prolongation des batteries ennemies jusqu'à St-Privat. que par le feu qu'on reçut de cette direction. L'artillerie de réserve du corps se trouvait ainsi à bonne portée avec son aile, mais elle s'étaii presque trop rapprochée de la ligne ennemie. Elle éprouva de trèsgrandes pertes. La batterie à cheval du capitaine Kœnig perdit 100 chevaux, mais elle n'en continua pas moins le feu.
Le prince Frédéric-Charles s'étail, au commencement du feu, rendu à Verneville où il arriva à une heure. A ce moment, la Garde continuait sa marche en avant avec sa *> division (de Budritzky) le lon.i: de la lisière orientale du hois d'Oseuillons sur Verneville avec sa l-^-' division (de Pape) et la réserve d'artillerie du corps, par Joua ville sur Habonville. La division de cavalerie de la Garde n'avait pour le moment, au corps, que la brigade de grosse cavalerie du comte de Brandebourg I". La brigade de dragons rejoignit le corps l'aprèsmidi sur le champ de bataille ; la brigade de lanciers était sur la Meuse, près de St-Mihiel. La division de la Garde Budritzky (la 2«) fut, avant d'être arrivée à Verneville, dirigée par le commandant en chef sur Habonville. L'infanterie de l'avanl-gardede la 1" division de la Garde (Pape), régiment des fusiliers de la Garde, bataillon de chasseurs à pied, et 1" batterie légère, était arrivée, peu de temps après 12 heures, au nord de Habonville, et avait occupé St-Ail ; l'artillerie de la division se mettant entre Habonville et St-Ail. Quand le prince Frédéric-Charles arriva, à '2 heures, sur la hauteur à l'ouest d'Habonville. l'artillerie de réserve de la Garde et l'artillerie de la l" division de la Garde avaient été conduites à bonne portée de la position ennemie par le général major prince de Hohenlohe, en batterie entre St-Ail et Habonville. Le gros de la l'"« division s'avançait sur St-Ail, et la 2'' division avait atteint Habonville. La position ennemie s'étendait, par Amanviilers et St-Privat, ju.squà Koncourl ; devant son front de bataille, l'ennemi occupait Ste-Marie-aux-Chênes.
Les têtes de colonne du li'- corps étaient visibles dans la direction de Batilly, au nord de cet endroit. Le prince Auguste de Wurtemberg reçut l'ordre de n'engager provisoirement que .son artillerie et de ne faire usage de son infanterie que lorsque le 12^ corps prendrait une part active au combat. A 2 heures, le Prince Royal de Saxe fit le rapport suivant : « Le l^*' corps va attaquer Ste-Marie avec la 24" division et tourner l'aile droite des Français avec la 23« division, en passant par Coinville et les petits bois situés entre cette localité cl Roncourt. » En ce moment, plusieurs batteries .saxonnes étaient en ligne, à l'ouest de Ste-Marie, et elles dirigèrent leur feu sur ce village encore occupé par l'ennemi. Pendant que la 47« brigade (1" de la2" division .«axonne n" 24), colonel Léonhardi, .'^e déployait au nordoue.st de Ste-Marie pour l'enlever, l'avant-garde de la division Pape (l"dela Garde) s'était avancée vers le village. Après un court combat, le général Pape fit savoir, à 3 heures et demie, la prise de Ste-Marieaux-Chênes. Alors, l'artillerie de réserve saxonne prit position au
nord de Sle-Marie, vis-à-vis de St-Privat et de Roncourl. Les neuf batteries de la Garde qui se trouvaient entre St-Ail et Habonville, et auxquelles se joignirent bientôt deux batteries à cheval de la division de cavalerie de la Garde, et plus tard trois batteries de la division Budritzky, étaient parvenues à éteindre le feu de Tartillerie ennemie. A 4- heures, le général major prince de Hohenlohe rapprocha cette masse d'artillerie par échelons de St-Privat. De son côté, l'artillerie de réserve du 9« corps avait fait taire l'artillerie ennemie près de Montigny et d'Amanvillers ; mais elle avait des pertes considérables et 15 canons hors de combat. La ferme de Champenois avait été enlevée par le bataillon de chasseurs hessois; la division Wran gel se maintenait, à Chantereine, contre des attaques que l'ennemi dirigeait sur elle de La Folie ; elle occupait Verneville et avait deux bataillons dans le bois de la Cusse. La 25« division (Hesse Grand'Ducale) avait la 49^ brigade dans le bois de la Cusse et la 50^ entre ce bois et celui d'Oseuillons, en réserve ; à côté d'elle, la brigade de cavalerie hessoise. Pendant toute l'après-midi, l'ennemi cribla le bois de la Cusse avec ses mitrailleuses et sa mousqueterie ; les troupes qui y combattaient éprouvèrent ainsi des pertes cruelles. Le o^^ corps était arrivé, à 3 heures, à Verneville, plaçant, sur l'ordre du commandant en chef, son artillerie de réserve en batterie entre Verneville et le bois des Genevaux. Le iO« corps avait atteint, à 2 heures, Batilly et y avait fait halte. La position critique des bataillons du 9« corps dans le bois de la Cusse détermina 8. A. R. le commandant en chef à retenir comme réserve spéciale la 3^ brigade d'infanterie de la Garde (régiments de grenadiers Alexandre et Elisabeth, le bataillon de tirailleurs et une batterie) .
A 5 heures, le i*> corps n'avait encore atteint que la ligne Ste- Marie-Jœuf. L'heure avancée du jour ne permettait pas d'attendre l'exécution du mouvement commencé de Montois à Roncourt ; il parut, au contraire, néce.ssaire de décider dès lors du sort de la bataille. Cette considération fit commencer l'attaque du prince Auguste de Wurtemberg. Le corps de la Garde s'avança sur la ligne Habonville-Ste-Marie contre les hauteurs de St-Privat, à droite, la 4» brigade de la Garde sur le côté, à gauche, partant un quart d'heure après le reste ; la l" division d'infanterie (Pape) des deux côtés de la chau.ssée Ste-Marie-St-Privat. L'avant-garde de ce corps avait été tenue provisoirement en réserve à Ste-Marie. Les brigades se précipitèrent, avec une bravoure qu'on ne saurait dépasser, contre les hauteurs fortement occupées et battues par un feu rasant. Mais les pertes con-
sidérables subies par les bataillons déterminèrent le commandant du corps à interrompre l'assaut et à attendre l'action du corps saxon sur le liane de l'ennemi. Le régiment des fusiliers de la Garde fut, pendant ce temps, amené sur l'aile gauche. Le l'I'^ corps avait continué son mouvement sur Roncourt et atteint cet endroit à 0 heures et demie. La 45'^ brigade d'infanterie (général-major Cransliaar) se déploya contre St-Privat, soutenue par les batteries de la 23* division (prince Georges de Saxe) et l'artillerie de réserve du 1*> corps. C'c^st à ce moment que le prince Auguste de ^^'urtemberg ordonna la reprise de l'attaque. A 6 heures trois quarts, les premiers bataillons de la (iarde pénétrèrent dans St-Privat par le sud et par l'ouest ; simultanément, la 45*' brigade y pénétrait par le nord. St-Privat était enlevé, l'ennemi en pleine retraite sur Metz.
Le 10* corps avait mis en batterie, à 6 heures, son artillerie de réserve, pour soutenir l'attaque de St-Privat; en même temps, le commaniJant en chef faisait diriger la division Ki'alz sur St-Privat. La division trouva l'occasion de soutenir efïicacement la Garde dans son attaque sur St-Privat.
Pendant que cette lutte décisive avait lieu à l'aile gauche, le général de Manstein s'avançait par Aman vil 1ers, avec des fractions de son corps et la 3"= brigade d'infanterie de la Garde, mise à sa disposition par le prince Frédéric-Charles, et il parvint à s'établir .solidement à l'ouest de ce village, sur les hauteurs. A l'aile droite, le général Blumenstal, en présence de forces ennemies supérieures, n'avait pu gagner de tei-rain en avant de Chantereine ; mais il avait constamment maintenu sa position. Le S'' corps n'avait engagé que son artillerie de ré.serve, augmentée jusqu'au chiffre de 10 batteries.
Les pertes de plus en plus considéraldes du 9^ corps dans le bois de la eusse avaient, à 7 heures du soir, déterminé le prince Frédéric- Charles à mettre à la disposition du général de Manstein une brigade du 3* corps, laissant au général Alvensleben le soin d'appuyer ce mouvement avec la réserve de son corps, si les circonstances l'exigeaient.
Le général Alvenslebeu éttiit sur le point d'accorder le secours demandé d'abord, avec toute la y-" division, (juand des rapports firent supposer un mouvement offensif de l'ennemi contre le bois de Genevaux ; le général su.spendil donc le mouvement en question déjà commencé.
La l-"' armée avait combattu h Gravelotte, et repoussé l'aile gauche de l'ennemi. C'est au '2" cor])s qui, après une marche de 37 kilomètres
et demi, exécutée sur un ordre direct de Sa Majesté, avait pu prendre à t) heures une part active au combat, que revient une part considérable dans ce succès. La nuit était venue, quand le feu cessa sur toute la ligne.
Le terrain et l'obscurité ne permirent pas la poursuite de l'ennemi battu, qui, dans la nuit, opéra sa retraite sur Metz. Cependant, dès 4- heures de l'après-midi, et sur un ordre du prince Frédéric-Charles, deux escadrons de la division de cavalerie saxonne avaient été envoyés en aval de l'Orne, dans la vallée de la Moselle, pour détruire le chemin de fer et le télégraphe du côté de Tiiionville, et faire connaître les mouvements de troupes qui auraient lieu de ce côté. Ces escadrons trouvèrent les routes boisées conduisant dans la vallée de la Moselle barricadées, et ne purent avancer qu'avec peine. Néanmoins, l'œuvre de desti'uction à ^ux confiée fut accomplie à la tombée de la nuit.
En outre, le prince Frédéric-Charles avait chargé le Prince Royal de Saxe d'envoyer un détachement plus considérable dans la vallée de la Moselle, à \Yoippy. A 8 heures et demie, sur le champ de bataille près de Verneville, le prince Frédéric-Charles dicta l'ordre du jour suivant : « Les corps établiront leurs bivouacs à la place même qu'ils occupaient à la fln du combat ; on placera des grand'gardes d'infanterie, qui maintiendront les communications entre les différents corps, et qui devront s'attendre, de la part d'un ennemi désespéré, à des tentatives de forcer le passage pendant la nuit. Le l'2« corps est encore une fois averti de l'opportunité qu'il y aurait d'atteindre le point de Woippy. »
La 2« armée avait eu à combattre, le 18 août, les corps ennemis Canrobert. Ladmirault et Frossard, qui occupaient une position choisie et renforcée par des fortifications, tandis que la 1" armée avait probablement à combattre deux autres corps, Decaen et la Garde.
Après une bataille de 8 heures, l'ennemi était expulsé de sa forte position et coupé de ses communications avec la France.
En général, l'ennemi ne combattit pas le 18 août avec la même opiniâtreté que le 16, et il ne prit pas aussi souvent l'offensive que ce jour-là. Son artillerie se retira tôt du combat, peut-être par suite du manque de munitions.
Nos pertes (1), non comprises celles du 2« corps, se montent à 5*20
(Il Le rapport ne parle <]W de la 2" armée; il rcsie ii ccmnailreles perles delà 1"..
officiers et à plus de 13 mille hommes de troupe ; celles de l'ennemi ne peuvent être évaluées à un chiffre inférieur.
47. — IS Août. — Rapport du général Tixier de la l-^^- division sur la bataille de St-Privat.
« A midi et demi, les Prussiens ayant ouvert le feu, deux batteries de 12 montent sur la crête, pour répondre à rarlillerie ennemie. Les autres batteries s'engagent successivement à la gauche des premières.
« Après une canonnade de 1 heure et demie qui marque la première phaie de la bataille, et qui est signalée par l'explosion d'un de nos caissons, le feu de l'ennemi se développe vers la droite
« Vers 4 heures du soir, un mouvement tournant de l'ennemi vers notre droite est signalé, soutenu par une grande batterie prussienne, établie près de l'entrée du village de Sainle-Marie-au.\-Chênes. Une des batteries de 4 de ma division, portée sur notre droite à quelque distance de Roncourt, essaie vainement d'arrêter la marche de l'ennemi
« Prise du village, mouvement de retraite sous la direction du lieutenant-colonel Fourchaud, chef d'état-major.
« M. le lieutenant-colonel de Monliuisanl avait réuni et placé en étages, sur la côte, à droite de la route, 7 batteries dont 6 attachées à ma division et une du 19"^ d'artillerie. Le feu de cette masse formidable empêche les Prussiens de sortir de St-Privat-la-Montagne et Roncourt
« L'artillerie, comme dans la journée du 16, s'est fait remarquer par .son calme et son sang- froid dans l'actiou, .son adres.se et sa précision dans le tir
« Le 21 août 1870. « Le général, Tixier. »
48. — 18 Août. — .\.FF.4iRE DU 18 .VOLT. — Le 18 août, le maréchal Bazaine est logé chez M. de liouteiller, à Plappeville.
On vient lui dire que le canon gronde ; M. de Bouteiller, député, insi.ste. Le maréchal ne ces.se de lui répondre : « Ce n'est rien, je .sais que ce n'est rien. » Plusieurs officiels arrivent au galop pour rendre compte des débuts de l'affaire. Il leur fait la même répon.se et refuse de se déranger.
Enfin, à 4 heures, débordé par la persistance de .son entourage, il monte à cheval avec le général .Soleille, commandant en chef l'artillerie de l'armée, et ils arrivent au galop au col de Lcssy. On
expédie de 5uite 4- batteries de la Garde, qui se croisent au galop avec un régiment de lanciers décimé qui vient se reformer sous le fort.
Le maréchal Bazaine est rentré à Plappeville, chez lui, avec les états-majors, à 8 heures du soir. La douleur de tous est extrême. On fait appeler le maire de Plappeville à 9 heures du soir. On l'avertit qu'il faut rentrer en ville avec sa famille, et que les Prussiens avancent. A '2 heures de la nuit, on le fait appeler de nouveau, pour lui faire savoir qu'il est trop tard pour partir, que la situation est des plus critiques, on n'a plus ni vivres ni munitions. 11 faudra songer à se rendre.
Le 19, à 7 heures du matin, M. Bene\ ton, intérimaire du chef de gare de Metz, vient avertir le maréchal Bazaine que les employés du chemin de fer ont pris sur eux de faire revenir sur Metz tous les convois de vivres et de munitions, lancés sur la voie entre Metz et Forbach. La gare de Metz est encombrée de wagons pleins de vivres et de muni lions
(Affirmation et récit du maire de Plappeville.)
49. — 19 Août. — Ministre de la guerre à maréchal Mac-Mahon, au camp de Chàlons. — Paris, 19 août 1870.
« J'apprends de source certaine que les corps ne se gardent pas, qu'il n'y a pas de reconnaissances sérieusement organisées jusqu'ici. Je fais exception pour la division de cavalerie du général Fénelon, qui nous a fourni des renseignements utiles. J'ai su que le corps de Failly, à Chauinont et à Brennes, n'était ni éclairé, ni gardé ; cette absence de vigilance permet à des partis isolés et sans importance de couper les chemins de fer. Cette opération a été exécutée déjà avec hardiesse et bonheur ilans plusieurs endroits, par quelques cavaliers qu'il eût été facile de chasser à coups de fusil, si l'on s'était gardé. Veuillez donner des ordres pour que l'on redouble de vigilance en ce moment.
« Vous avez, sans doute, eu connaissance d'un corps peu considérable, 1,000 à 1,200 hommes environ et 200 voitures, qui paraît séparé du reste de l'armée et semblait se diriger de St-Mihiel vers Montmédy. »
50. — 19 Août. — Maréchal Mac-Mahon à maréchal Bazaine, à Metz. — Camp de Chàlons, 19 août,
« Si, comme je le crois, vous êtes forcé de battre en retraite très-
— Mf —
prochainement, je ne sais, à la distance où je me trouve, comment vous venir en aide sans découvrir Pai'is ?
« Si vous en jugez autrement, faites-le moi connaître. »
51. — J9 Août. — Maréchal Mac-Mahon au ministre de la guerre.
— Du quartier-général.
« Veuillez dire au conseil des ministres qu'il peut compter sur moi, et que je ferai tout pour rejoindre Bazaine. »
52. — 20 Août. — Maréchal Mac-Mahon au ministre de la guerre.
— Du camp de Chàlons.
« Je partirai demain pour Keims. Si Bazaine perce par le nord, je serai plus à même de lui venir en aide ; s'il perce par le sud, ce sera à une telle distance, que je ne pourrai dans aucun cas lui être utile. Je laisse ici une division de cavalerie pour permettre d'enlever tout ce qui est possible.
« Donnez des ordres pour que la ligne de communication soit établie par Soissons ou par Epernay. »