‹ 1870Chapitre 56 sur 155 · Septembre. — Ordre · texte numérisé non relu

Septembre. — Ordre

« Des ballons porteurs de dépêches partiront de Metz, à partir du 1.5 septembre, au matin. Afin de permettre l'envoi d'un plus grand nombre de lettres, elles devront être écrites sur papier mince de O"", 10 centimètres sur 0'",0b; elles seront envovées ouvertes et sans en-

veloppes au quartier-général de M. le général commandant supérieur de la place de Metz, pour être expédiées au fur et à mesure de la construction des ballons. Signé : Henry. »

128. — /.5 Septembre. — « J'approuve l'ordre permanent que vous avez donné dans les batteries de la réserve, au sujet des reconnaissances à faire par les officiers d'artillerie, des travaux exécutés par l'ennemi en avant de nos lignes. Signé : de Berckheim. »

129.— /5 Septembre. — « Le général Henry commande à l'instant 100 travailleurs d'infanterie, qui devront se rendre immédiatement à votre batterie pour les travaux à exécuter ce matin. Le général prévient, en outre, M. le général Tixier que vous êtes autorisé à lui demander directement tous les travailleurs dont vous pourriez avoir besoin ultérieurement. Ainsi vous avez satisfaction complète.

« Signé : de Berckheim. »

ISO. — i5 Septembre. — « Des fusées de signaux ont été mises à la disposition du 6« corps d'armée pour correspondre avec les autres corps ; ces fusées sont à étoiles blanches, vertes et rouges.

« Les blanches veulent dire : Attention.

« Les vertes veulent dire que l'ennemi fait un mouvement.

« Les rouges veulent dirent qu'il attaque, etc.

€ Signé : Henry. »

131. — 46 Septembre. — Ordre du maréchal Bazaine. « Monsieur le maréchal,

« La rareté et la cherté des vivres, conséquences inévitables de l'agglomération de l'armée autour de Metz, et de l'interruption de nos conmiunications avec le dehors, ont eu pour résultat de faire naître des inquiétudes dans la population civile, d'y provoquer des plaintes et d'y faire naître une certaine surexcitation (on accuse les soldats et surtout les officiers de venir en masse dans la ville, d'y faire des acquisitions à tous prix, ce qui fait monter la valeur des denrées) ; on se plaint que l'armée assiège les boulangeries, enlève le pain blanc et gaspille le pain de munition ; on affirme que ce dernier est souvent donné aux chevaux, tandis que les indigents n'ont pas de quoi se substanler. Des groupes d'officiers viendraient dans les hôtels et y feraient des repas suffisants pour nourrir un grand nombre de personnes. On donnerait du blé aux chevaux, tandis que les habitants pauvres en manqueraient absolument, etc.

« Ces plaintes, en ce qui concerne du moins les denrées de première nécessité, reposent sur des griefs plus spécieux que réels. En effet, le pain que reçoit l'armée est exclusivement fabriqué, soit à la manutention, soit chez des boulangers civils, avec des farines provenant des blés que l'administration militaire a depuis plus d'un mois dans ses magasins; et quant à la viande, loin de faire à la population civile une concurrence ruineuse, c'est nous qui allons lui venir en aide en mettant chaque jour à la disposition des habitants, un certain nombre de chevaux qui seront pris dans l'armée parmi ceux qui auront été abattus.

« On ne peut nier que les événements de guerre ne créent pour la population de Metz, dont le patriotisme mérite d'être encouragé, et qui, par son dévoûment à nos blessés, s'est acquis des droits sérieux à notre reconnaissance, une situation pleine de sacrifices et de privations. Il est de notre devoir de ne rien faire pour les aggraver, et d'éviter toute démarche qui puisse fournir un prétexte à des mécontentements ou à des divisions que les ennemis du dehors et du dedans s'empresseraient d'exploiter.

« L'état des choses que je vous signale, que les circonstances peuvent aggraver, et auxquelles il est difficile d'assigner un terme, mérite de fixer notre plus sérieuse attention, et j'ai la conviction que vous en apprécierez comme moi l'importance.

« Je vous invite à communiquer ces réflexions aux généraux et chefs de corps sous vos ordres. Vous leur prescrirez de restreindre à la limite strictement indispensable, le nombre de permissionnaires, officiers ou soldats, de veiller avec la plus grande rigueur à ce que le pain de distribution ne soit pas gaspillé, et à ce qu'il n'en soit pas donné aux chevaux.

f Les chefs de corps devront, à leur tour, transmettre ces recommandations à leurs olTiciers, qui comprendront, j'en suis certain, les ménagements, les réserves et au besoin les sacrifices qu'ils doivent s'imposer dans la situation actuelle. Signé : Bazaine. »

132. — /C SqUembre. — Circulaire. — Instruction médicale sur les mesures hygiéniques à prendre dans les corps de troupe.

« Les affections dominantes étant les flux, avec tendance à la dysscnterie, ces troubles dans la santé prennent de la gravité lorsqu'ils sont produits par l'usage des fruits et des raisins verts, qui, dans la saison, abondent aux voisinages des camps. La surveillance la plus sévère doit être exercée à cet égard, car les épidémies de dyssenterios

ont perdu les armées les plus aguerries. Les ceintures de flanelle doivent être portées sans négligence, remplacées autant que possible chez ceux qui les ont perdues, et délivrées à ceux qui n'en sont pas pourvus.

€ Les jours de pluie, établir, autant que possible, de grands feux, où les hommes puissent faire sécher leurs couvertures et leurs vêtements ; dans chaque régiment, commander fréquemment des corvées complètes de propreté dans le camp et dans les environs, pour enlever et enfouir profondément les ordures et les restes d'animaux morts qui peuvent s'y trouver.

« Il est nécessaire de surveiller, chez les soldats, la propreté du corps, le soin des ablutions quotidiennes et le lavage réguher du linge de corps.

« Tous les joui's, les sacs de campement et les couvertures devront être secoués, battus et exposés à l'air pendant plusieurs heures.

« Il convient de mettre à la disposition des infirmeries régimentaires et des ambulances un nombre suffisant de couvertures et de sacs à paille pour le couchage des malades.

« Le matin, les portes et les fenêtres des infirmeries seront ouvertes après la visite du médecin, l'intérieur sera balayé avec le plus grand soin, les effets de couchage seront exposés, si le temps le permet, à l'action de l'air extérieur.

« Les feuillées devront être éloignées du camp de 70 à 80 mètres, et placées en dehors de la direction des vents ; on leur donnera la profondeur d'un mètre sur une largeur de 0"',80. On recouvrira, le soir, les déjections de la journée d'une couche de terre d'environ cinq centimètres, et dès que les déjections accumulées atteindront les deux tiers de la profondeur, on aura soin de les combler en y rejetant la terre relevée en talus, sur l'un de leurs bords, et de les couvrir ensuite de chaux.

« Il est indispensable de faire concourir activement les officiers et sous-officiers à l'exécution des mesures hygiéniques ci-dessus indiquées, et à la surveiUance de l'état sanitaire des compagnies, afin que tous les cas d'indisposition soient immédiatement notifiés aux médecins. Signé : Cuveillier. »

Page 1