I. — MATIÈRES COLORANTES
les carbonates alcalins. La bile est, au point de vue du pigment fondamental, une solution de bilirubinale de sodium dans les carbonates alcalins.
B. — Le second pigment principal (pigment vert, acide biliverdinique) est à peu près dans le même cas. Cependant il est faiblement soluble dans la bile naturelle et dans la bile décolorée, neutre ou acide. Les biliverdinates alcalins, d’autre part, sont plus solubles dans l’eau que les bilirubinates. La biliverdine existe donc dans la bile verte, principalement à l’état de biliverdinate sodique dissous dans les carbonates et, accessoirement, à l’état de biliverdine dans les biles à réaction acide ou neutre.
C. — Les solutions de bilirubine n’absorbent pas l’oxygène de l'air, pour passer à l’état de biliverdine. Cette absorption ne se produit qu’avec les bilirubinates qui deviennent biliverdinates.
D. — La couleur des solutions du pigment fondamental dépend de la quantité du pigment : elle varie du rouge foncé (quantité de bilirubinate supérieure à 0 gr. 03 pour 100 c. c. soit 3/10000**) au jaune paille de plus en plus clair. Les solutions neutralisées sont toujours jaune paille.
Une bile neutre ou acide ne peut être que jaune paille (ou verte).
II. Pigments secondaires biliprasmiques. E. — Il existe, dans la bile normale de la vésicule, deux autres pigments qui n’y avaient pas été signalés, pigments biliprasiniques. L’un est un pigment jaune brun (biliprasinate de soude qui, exposé à l’air et à la lumière verdit (biliverdinate).
C’est ce pigment biliprasinique qui donne à la bile du veau sa couleur jaune. Il existe dans les autres biles jaunes.
F. — Le second pigment biliprasinique est un pigment vert. C’est la biliprasîne. Il se dislingue de la biliverdine (biliverdinates) par des caractères nets. 11 constitue le pigment ordinaire de la bile de veau, de la bile fraîche de bœuf, de la bile du lapin.
G. — La relation de ces deux pigments biliprasiniques entre eux est très simple. Ils passent de l’un à l’autre par l’action alternative des acides et des alcalis; ceci est contraire à ce qui arrive pour la bilirubine et les bilirubinates également jaunes et pour la biliverdine et les biliverdinates également verts. La bile jaune peut devenir bile verte de cette façon sans qu’il soit question de biliverdine ni de biliverdinates.
H. — La relation de ces deux pigments avec les pigments fondamentaux (bilirubine, biliverdine) paraît également simple : les pigments biliprasiniques seraient intermédiaires entre ces derniers au point de vue de l'oxydation accompagnée d’hydratation.
III. Transformation des pigments les uns dans les autres. I. — La transformation du pigment bilirubinique en biliverdinique dépend de quatre facteurs i l'un indispensable, c’est l'oxygène; les autres adjuvants; réaction du milieu chaleur, lumière.
Toutes choses égales, l'alcalinité contribue à la stabilité du bilirubinate. La neutralité ou l’acidité favorisent l’apparition précoce du ferment vert (biliprasinique puis biliverdinique. La chaleur altère les biliverdioates si elle est forte et
prolongée :
formalrice de la lumière est encore plus sensible : toutes les couleurs se comportent de même.
IV. Oxydase biliaire — K. — Il est possible que l'oxydation avec hydratation du pigment originel fondamental, la bilirubine, commence dès la cellule hépatique et les canaux biliaires. Dans tous les cas, elle se poursuit dans la vésicule. Or, les conditions artificielles de celte transformation (oxygène, lumière, chaleur) n’y sont pas réalisées. De là l’hypothèse d’un agent ou condition d’oxydation particulier (oxydase hépatique),
V. Action de la bile sur l’eau oxygénée. — L. — La bile fraîche décompose instantanément l’eau oxygénée. L’action est aussi énergique et aussi complète qu’avec la fibrine fraîche. La bile est un réactif aussi sensible de l’eau oxygénée que la fibrine. Au contraire, la bile bouillie ne décompose pas l’eau oxygénée. 11 y a dans la bile fraîche une substance que l’ébullition détruit et qui dégage l’oxygène de l’eau oxygénée.
VI. Variétés des fragments de la bile chez les divers animaux. — U. — Chez le veau, outre les variétés jaune et verte, il y a une variété rose, rouge, présentant des ressemblances avec la colohématine de Mac Munn. — Les pigments de la bile de porc sont : la bilirubine, le bilirubinate et biliprasinate de soude. — La réaction de Omelin réussit toujours avec les biles diluées; elle manque de netteté avec les biles concentrées. — La bile de chien contient du biliprasinate et du bilirnbinate de sodium. — La bile de lapin contient le pigment biliprasine. On observe quelquefois la variété blanche, dite bile décolorée. —11 en est de même pour la bile de cobaye. — Les biles d’oiseau (poulet), de tortue, de grenouille ont également pour pigmeuts la biliprasine et le biliprasinate.
TJTRE XXII
FERIÏIENTS SOLUBLES
MÉMOIRES