‹ 1914-1916 poésiesChapitre 25 sur 33 · QUAND MÊME · texte numérisé non relu

QUAND MÊME

Qu'attends-tu sur la bruyère, Qu'attends-tu sur le chemin ?

La nuit encor solitaire N'en est pas à son matin ;

Qu'attends-tu près du lac sombre, Qu'attends-tu dans la forêt ?

Le ciel est un gouffre d'ombre Où nul astre n'apparaît ;

Qu'attends-tu sur la colline, Qu'attends-tu dans le vallon ?

De quelle sanglante épine.

S'envenime ton talon ?

Quelle angoisse dans ta bouche Arrête ce cri qui tord, Si muettement farouche, Ta lèvre que ta dent mord ?

Si tes prunelles hagardes Palpitent comme ton cœur, Qu'est-ce donc que tu regardes A l'horizon sans lueur '?

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Qu'espères-tu qu'il surgisse Du milieu de cette nuit?

Crois-tu donc que le jour puisse Devancer 1 heure qu'il suit

Et qu'au mépris des algèbres Un soleil prodigieux Puisse éblouir les ténèbres Rien qu'à l'appel de tes yeux?

Que fais-tu donc sur la route, Que contemples-tu là-bas ?

En vain ton oreille écoute Ce que tu ne verras pas ;

loo i g i4- 19 J6

Ed vain dans l'eau du lac sombre, Tu guettes un peu d'azur, Tout encor n'est que de l'ombre Et l'avenir reste obscur ;

Que fais-tu sur la bruyère ?

Réponds-moi î

— Tu le sais bien, J'attends l'aile de lumière De la Victoire qui vient !

4 octobre 1915.

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