ALLEMANDE
le droit et foula aux pieds les traités. L'Allemagne, une innocente qu'on provoque et qu'on viola ! " -
La Belgique ainsi insultée et torturée est unpetit pays, mais un grand patrimoine.'En un espace si restreint, pas même 3oooo kilomètres de superficie, que de régions diverses et de sites caractéristiques ! Voici, de Givert à Namur, la vallée de la .Meuse, enveloppée de légendaires collines, hérissée de roches ou de ruines également pittoresques. Voilà l'immense plaine brugeoise aux mystérieuses ondulations. Voilà les plages d'Ostende et de Blankenbergc, si élégantes en leurs beaux jours. Voilà les gorges de Spa, ravissantes comme des joyaux d'émeraude. Voilà les jardins, les parcs, les serres, l'opulence fleurie de la région bruxelloise et de la région gantoise. Avant la guerre, la carte de la Belgique semblait une carte d'échantillons exquis où s'associaient, par miracle, la plupart des séductions du continent. . .
Un des principaux attraits de la Belgique venait de sa richesse architecturale.
Ce .sont des Français qui construisirent les premiers monuments gothiques des Flandres. Cependant Sainte-Gudule à Bruxelles, Notre-Dame de Bruges, Saint-Bavon
de Gand, Saint- Rombaut de Malincs, Saint- Pierre de Louvain, Notre-Dame d'Anvers ont une originalité très caractéristique. L'architecture flamande se développe volontiers en largeur. Une église à cinq nefs : tel est son idéal Souvent, la hauteur de la grande nef n'est égale qu'au double de la largeur. Dans les édifices français, elle est égale au triple.
Dès le commencement du xne siècle, les villes de Flandre prirent la coutume d'élever un beffroi. Il s'agissait de surveiller les toits où le feu pouvait toujours éclater et les environs où l'ennemi pouvait toujours apparaître. La cloche annonçait aux citoyens l'approche du danger. Elle leur rappelait aussi l'heure des travaux, des marchés, des assemblées, des fêtes. Au p;ed du beffroi s'étendaient, rattachées ou non à cette haute tour civique, des halles où on mettait en vente les multiples productions de l'industrie locale.
Combien nous aimons l'orgueil municipal des Belges! Il se manifeste dans les monu. ments qui l'enchâssent comme dans les bannières qui l'arborent. Bruges, Bruxelles, Gand, Ypres, Louvain, semblent avoir voulu se surpasser l'une l'autre par l'élégance, la noblesse et la haute splendeur de leur Maison Commune. Lorsque dé fil aient devant elles les bannières éclatantes des innombrables sociétés, associations et corporations, le spectacle qui se présentait à tous était aussi édifiant que féerique.
Certaines de ces Maisons Communes belges évoquent, pour qui possédé leur nistoire, d'héroïques et formidables images, toutes éclipsées désormais par les monstrueux attentats allemands. A Louvain, par exemple, une émeute éclata au xive siècle. Treize membres de la magistrature appartenant à la noblesse, avaienttué un échevin appartenant à la bourgeoisie. Ils furent jetés par les fenêtres de l'hôtel de ville. Le peuple les recevait sur des piques. De délicieuses tourelles terminées en flèches, aux angles de l'édifice, semblent encore rappeler le souvenir de ces lointaines querelles.
De la cathédrale de Louvain,
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nous avons garnie la vision d'un crucifix de bronze, où le corps du Sauveur se revêtait d'une robe de velours violet, serrée à la taille par une ceinture d'or. Cette robe était toute hérissée d'épingles. Tout autour se suspendaient des pelotes rouges en forme de cœur, piquées d'éping'es innombrables. D'après une naïve croyance, pour qu'un vœu soit exaucé, il sulfit de le formuler ici en enfonçant une épingle. Ce même vœu ardent a rempli l'àmc de tous les Belges. Mais qu'est devenu le Christ habillé de Couvain?
Vpres, autre ville martyre, cachait tant de noblesse dans son silence, sa déca-
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LOUVAIN. — LA CATHEDRALE SAINT-PIEK P E. [.MOTEL DE VILLE ET LA BIBLIO r H EQUE APRÈS LE BOMBARDEMENT.
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dence et sa solitude ! Ses hôtelleries minuscules et ses humbles estaminets avaient un air d'hospitalité mélancolique. Mais elle gardait deux joyaux sans prix : sa halle éblouissante et sa fière cathédrale. Mainte de ses vieilles maisons à pignon ciselé, formait un vénérable travail d'orfèvrerie où les pierres devenaient précieuses comme de l'or fin.
A Bruxelles, la Grand'Place, cœur de la ville, mélange de moyen âge et de renaissance, compose un ensemble d'architecture, de sculpture, de ciselure, voire de dorure, infiniment harmonieux et captivant. Maison des charpentiers, maison des imprimeurs, maison des boulangers, maison des peintres, maison des tailleurs, maison de la Balance « ancien poids public », toutes les vieilles maisons de corporations avec pignons dentelés, consoles, fenêtres à meneaux, balcons, balustres, statuettes, cariatides, vases, enseignes et médaillons, paraissaient autant de pièces de musée.
Au milieu de cette Grand'Place se font face deux palais sans rivaux : l'Hôtel
de ville, bijou de l'art gothique, et la Maison du roi ou Maison du pain, bijou de la renaissance. A l'hôtel de ville, les services communaux, expulsés par l'administration allemande dès le début de la guerre, siégeaient dignement depuis cinq siècles. Dans une salle principale, un tableau du xvne siècle représente des bourgeois à perruque, à moustaches et à rabat, donnant du pain et des vêtements aux enfants pauvres. Au-dessous, les Allemands pouvaient lire : « Les maîtres des pauvres distribuant des aumônes dans l'église Sainte-Gudule. 1671 ». Maîtres des pauvres! Titre émouvant en sa candeur qui brave toute équivoque. Il s'agit ici des vrais maîtres, c'est-à-direde ceux qui soutiennent, instruisent, relèvent.