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BELLEAU. — LES RUINES DU VILLAGE

(Section photographique de VArmée.)

puis, entre le canal de la Bassée et l'Angre; les Français, dans la région de Vic-sur- Aisne; les Américains, sur la ligne du Clignon, alfluent de l'Ourcq.

Quelques-unes de ces opérations avaient été menées brillamment. Le 28 juin, les Britanniques avaient fait près de 5oo prisonniers, aux lisières la forêt de Nieppe; au début de juillet, les Australiens avaient, dans la région d'Albert, enlevé Hamel avec 1 3 00 prisonniers et 90 mitrailleuses ; l'armée de Mangin avait, dans la région de Villers-Cotterets, entre Montgobert et Ambleny, occupé les fortes positions ennemies de Fosse-en-Haut, de Laversine, de Cutry. Autres succès français, non moins fructueux : sur la rive gauche de l'Ourcq, nous nous étions emparés de la crête entre Mosloy et Passy-en-Valois, en faisant 1 600 prisonniers; à Moulinsous-Touvent et à Autrèches, nous avions gagné du terrain, en faisant 900 prisonniers.

C'était une opération de ce genre et des plus éclatantes que les Américains avaient accomplie en s'emparant du bois de Belleau. Cinq jours après, ier juillet, ils avaient pris d'assaut le village de Vaux, ses collines et ses bois, avec 5oo prisonniers. La nouvelle de ce fait d'armes réjouit le cœur d'un de nos meilleurs chefs, le commandant Raynal, qui s'était illustré par la défense héroïque du fort de Vaux,

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près de Verdun. Il était alors interné en Suisse, dans le canton de Vaud, près de Montreux. La villa qu'il habitait près du lac s'appelait villa de Vaud. Nous avions passé quelques heures avec lui, en juin 1918, au cours d'une mission en Suisse, où nous avions (ait des conférences aux internés, dans leurs principaux centres, pour montrer la France debout, dans sa volonté de vaincre. Le commandant Raynal, encore mal remis de ses blessures, nous écrivit, en apprenant l'affaire de Vaux : « Félicitez nos Américains et dites-leur combien je serais fier de combattre au milieu d'eux ».

Le fils de l'ancien président des États-Unis, le capitaine aviateur Quentin Roosevelt, tomba au champ d'honneur. Saluons le nom qu'il portait si noblement. Son père, qui a toujours servi, jusqu'au bout, toutes les causes justes, est resté jusqu'à la fin de sa vie, énergiquement fidèle à la France.

Le 1 1 juillet, les troupes françaises avaient enlevé, dans la région de Villers- Cotterets, Longpont et Corcy ; puis le lendemain, dans la région d'Amiens, Castel et la ferme Auchin. Un dernier renseignement recueilli par nous, sur un officier prisonnier, le 14 juillet, à six heures du matin, révélait que tous les soldats allemands avaient touché leurs vivres de réserve.

Avec l'approbation du maréchal Foch, le général en chef Pétain, le général Fayolle, commandant du groupe des armées engagées dans l'affaire, et le général Maistre, combinaient les préparatifs, donnaient leurs ordres et en surveillaient l'exécution.

Le général Gouraud, dont l'armée était visée entre toutes, rappela à ses soldats, français et américains, de la IVe armée, ce que leur dictait la voix du devoir et de l'honneur :

— Une ligne est tracée, leur disait-il, en arrière de laquelle je vous demande de ne pas faire un pas, et devant laquelle vous arrêterez l'ennemi, coûte que coûte. Vous sentez tous que jamais bataille défensive n'aura été engagée dans des conditions plus favorables. Nous sommes prévenus. Nous sommes sur nos gardes. Nous sommes puissamment renforcés en infanterie et en artillerie. Vous combattrez sur le terrain que vous avez transformé en une forteresse redoutable. Tous les passages en sont bien gardés. Le bombardement sera terrible. Vous le supporterez sans faiblir. L'assaut sera rude, dans un nuage de fumée, de poussière, de gaz. Mais votre position et votre armement sont formidables. Dans vos poitrines battent des cœurs braves et forts d'hommes libres. Personne ne regardera en arrière. Personne ne reculera d'un pas. Chacun n'aura qu'une pensée : en tuer beaucoup, jusqu'à ce qu'ils en aient assez. C'est pourquoi votre général vous dit : Cet assaut, vous le briserez, et ce sera un beau jour.

Sa ligne de résistance, Gouraud l'avait tracée assez loin de la ligne que nous avions tenue jusqu'alors. Dans l'espace intermédiaire, zone de couverture où devait s'épuiser l'armée allemande, il ne laissait que de faibles éléments, petits postes isolés dont les défenseurs, sacrifiés d'avance, devaient avertir l'armée. Derrière eux, un glacis, et derrière ce glacis, une chaîne de réduits solides et de réseaux barbelés : de quoi arrêter l'ennemi pendant quatre heures, c'est-à-dire le détruire I

L'attaque spéciale contre l'armée de Gouraud commença à minuit dix, dans la nuit du 16 juillet. Jamais peut-être Paris n'avait entendu plus nettement la canonnade du front. Mais ce qu'il percevait si bien, c'étaient surtout les coups de notre « réplique préventive », laquelle avait commencé à 10 h. 5o.

Bientôt, les meilleures troupes allemandes, Bavarois, Poméraniens, Garde impériale, traversant les plaines nues et crayeuses de la Champagne, tombaient broyées par notre tir.

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Tel était le spectacle que la Guerre du Droit avait réservé à Guillaume II qui, du haut du Blanc-Mont, à côté de Ludendorff, assistait à a l'assaut de la Paix ». L'ennemi n'avait pu pénétrer que sur le massif de Moronvilliers, le mont Cornillet, le mont Haut, le Casque, le Téton. Après avoir un peu avancé vers Prunay et Saint-Hilaire-le-Grand, il buta contre la voie romaine qui s'étendait devant nos lignes d'où partait un feu sans pareil.

L'armée de von Einem avait perdu 42 000 hommes ; l'armée de Gouraud, 5ooo Gouraud dit à ses soldats : « Vous avez le droit d'être fiers, vous, braves fantassins et mitrailleurs des avant-postes qui avez signalé l'attaque et qui l'avez dissociée; aviateurs qui l'avez survolée; bataillons et batteries qui l'avez rompue; état-major qui avez minutieusement préparé ce champ de bataille. »

A l'ouest de Reims, l'armée de Mudra, attaquant en face de notre Ve année (général Berthelot), s'emparait des collines de Bligny et de Champlat, défendues par le 2e corps italien (général Albriggi). Notre Ve armée dut alors se replier sur une ligne allant de Chàtillon-sur-Marne à Bouilly, par Cuchery et Marfaux.

Dans la ville martyre de Reims, la cathédrale à l'agonie dominait l'immense champ de bataille. C'était le signal sacré qui séparait la France sous le joug de la France libre, et qui priait pour que la France libre délivrât le monde.

Au sud-ouest de Reims, l'armée de von Boehm, soutenue par ses canons lourds et ses minenwerfer innombrables, était parvenue à jeter des ponts sur la Marne. Notre artillerie lui en avait rompu deux chargés de troupes.

Au sud de Jaulgonne, après avoir résisté pendant des heures, les Américains durent se replier. L'ennemi entra à Reuilly et à Courthiézy. Mais il fut rejeté de Fossoy. Vers le soir, il se glissa jusqu'à une ligne von mudra.

allant de Condé-en-Brie à Mareuil-le-Port,

par la Chapelle-Monthodon et Comblizy. Pendant cette avance, il avait subi des pertes de toutes sortes, la plupart terribles, quelques-unes ridicules, par exemple celle d'un état-major de brigade et de 1 5oo hommes prisonniers. Il aurait voulu au moins arriver à Epernay dans la journée du 16. Malgré un orage prolongé, il tenta de s'avancer en même temps sut les deux rives de la Marne.

Von Boehm progressa vers Œuilly et vers Leuvrigny ; von Mudra, vers Reuilsur-Marne, Belval, Cuchery et Marfaux. Tous deux prêtaient le flanc. Von Boehm, après un échec sanglant à Saint-Agnàn, dut battre en retraite au delà de la Chapelle. A très grande peine, vers huit heures du soir, au prix de sacrifices continuels, il reprit le terrain perdu et arriva à 1 1 kilomètres d'Epernay.

L'armée de von Einem lut encore moins heureuse. Elle n'eut un léger succès qu'à Prunay, où elle parvenait jusqu'à la route.

Le 17, nous attaquâmes avec succès à Festigny, à Comblizy, à Saint- Agnan. Aux abords de la Montagne de Reims, l'armée de von Mudra avait réussi à s'infil-

trer dans la forêt de Courton. Les Italiens l'en chassèrent vers la vallée de l'Ardre, à Pourcy.

L'ennemi, arrêté sur la Marne, soulagea sa rage en continuant à bombarder Chàlons. Dans la nuit du 14 au i5 juillet, l'offensive allemande avait été annoncée par un obus de 38o, lancé surcette ville ouverte. Du 1 5 au 1 7, les gros obus y étaient tombés, au rythme de douze par heure.

La seconde bataille de la Marne, loin d'être une victoire pour l'ennemi, devenait pour la France, grâce à la vaillance de nos soldats et à l'habileté de leurs chefs, le principe d'une délivrance triomphale.

Notre attaque du 18 juillet. — Victoire du Tardenois.

L'ennemi, en se ruant du nord au sud dans la direction de Château-Thierry, de Reims et de l'Argonne, avaitlaissé immobile son armée qui, établie vers l'ouest, depuis Château-Thierry jusque Soissons, constituait son flanc droit.

Disposées ainsi en équerre, les forces allemandes affichaient, une fois de plus, un mépris absolu de l'adversaire.

En attaquant à notre tour, de Soissons à Château-Thierry, d'une part, et de Château-Thierry h Reims d'autre part, ne pouvions-nous pas les prendre comme dans un étau? Il nous fallait tenter l'entreprise.

Aillai, en 1918, l'ennemi retombait dans l'erreur qui lui avait coûté si cher, en 19 14, et sur la Marne même.

Fier d'avoir refoulé les armées des Alliés jusqu'à Hazebrouck, jusqu'à Amiens

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