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LE CHEMIN DES DAMES

(Pholo Mcurissc.)

un effort de propagande tout nouveau, il envoie, par la Suisse, aux agents allemands habitant la France, la date des jours où ils devront annoncer pattout l'échec de l'offensive française « et que la prolonger se ait pure barbarie ».

Malgré tant de précaution, il y eut aussi, pour l'Allemagne, des déceptions imprévues. Devant Arras, le g avril, les divisions d'intervention furent refoulées et décimées. Ludendorff avoue que, ce jour-là, il douta de sa méthode. Mais, après avoir questionné les principaux survivante, il découvre avec fierté que la faute venait, non du drame, mais des acteurs. Désormais, les rôles furent mieux tenus.

Vers le milieu de mai, l'armée allemande, après la bataille de Vimy, refoulée à dix kilomèti es en arrière, finit par arrêter les Anglais.

Puis ce lut l'attaque des Français, le 16 avril, sur le Chemin des Dames et sur la basse Vesle. L'armée allemande, après avoir abandonné le saillant de Vailly, se cramponna sur les pentes de l'Aisne.

Sur la Vesle, la méthode de Ludendorff eut son succès le plus significatif. Les Français, bien qu'ayant presque entièrement enlevé les positions allemandes, lurent forcés débattre en retraite.

Le 17 et le 19, Ludendorff' avoua un nouvel échec. Il ne put faire reprendre

les positions si importantes de Moronviliiers par ses divisions d'intervention. « Elles se sont engagées avant le moment opportun », écrit-il simplement.

Sa note reste sans amertume. La grande offensive franco-britannique a échoué. Le front allemand paraît inébranlable.

De plus il est désormais tranquille du coté de la Russie. Puisque l'offensive russe ne s'est pas déclenchée au printemps, elle ne se déclenchera jamais. Là-dessus, il se remet à former partout des réserves et à rectifier, çà et là, le front qu'il a maintenu. Il conclut, par un mot où on croit lire un sentiment imprévu de reconnaissance : « La Révolution russe a sauvé l'Empire allemand».

Ne croyons pas cependant qu'il ait jamais rien cédé aux révolutionnaires. Leurs exigences lui semblaient odieuses et répugnantes. Lorsque la révolution russe eut jeté dans l'armée allemande certains germes de désordre, le gouvernement de Berlin, pour calmer les soldats, lui demanda « de faire manger à l'ordinaire, les officiers de son État-Major. » — « Ainsi lerai-je, répondit-il, quand le Chancelier, les Ministres et tous les millionnaiies de Berlin auront prêché d'exemple »

Pétain, chef d'état-major général.

En France, l'insuccès relatif de l'oSensive d'avril 1917 provoqua une vive agitation politique.

La Chambre entendit alors des propos regrettables, voire de désespérantes récriminations. A la Commission de l'Armée, un député s'écria, en présence du ministre : « La défaite du 16 avril est pire que celle de Char 1er oi. » Un autre député traita le général Mangin de « boucher ». D'autres piétendirent que plusieurs généraux devraient être « mis au poteau d'exécution ». Un dernier affirma « qu'un général avait été blessé grièvement par ses propres soldats ». Ces députés concluaient : « 11 faut que la guerre soit conduite par nous, et non par des chefs militaires. Plus d'offensive! »

Ceux d'entre eux qui étaient allés aux armées en qualité de commissaires, demandèrent à interpeller le ministre de la Guerre et réclamèrent un nouveau Comité secret Le ministère, suivant la vieille tactique parlementaire, prit les devants. Un décret du 29 avril 1917 nomma « le général Pétain chef d État-Major général de l'armée, pour aider le gouvernement à assurer la direction générale des opérations militaires et leur coordination ».

Dans ce décret, la nation salua d'abord le choix du général Pétain. De plus, elle se félicita de voir le gouvernement s'adjoindre un conseiller militaire chargé de suivre et de surveiller tout ce qui se passait sur le Iront. En somme, il y avait eu, jusqu'alors, une lacune dans les relations du commandement en chef avec le gouvernement. Elle était comblée, et sous d'heureux auspices.

Pétain, né le i3 avril 1 8 5 6 , à Cauchy-à-la-Tour, dansle Pas-de-Calais, à ^kilomètres de Béthune, était fils d'un agriculteur. Sorti de Saînt-Cyr, en 1878, il avait d'abord été officier de chasseurs à pied. A sa sortie de l'École supérieure de Guerre, il servit à l'État-Major du 1 5e corps, à Marseille ; puis, à l'État-Major du Gouvernement militaire de Paris. Il fut ensuite nommé professeur de tactique appliquée à l'École supérieure de Guerre, où il exerça sur ses élèves l'action excellente dont nous avons parlé. Nous le retrouvâmes commandant du 33e à Arras, enfin colonel commandant de la brigade d'infanterie à Saint-Omer. La guerre éclata. En septembre 1914, il commanda une division ; puis, en octobre de la même année, le 3e corps

d'armée. On connaît les services qu'il a rendus, en Artois, comme commandant de corps; en Champagne, comme commandant de la 2e armée ; devant Verdun, comme commandant d'un groupe d'armées.

Ainsi que Nivelle, Pétain était colonel, au début de la guerre. Il ne se confondait donc pas avec les généraux qui reprochaient à Nivelle d'être trop « nouveau en grade ». Au fond, il avait toujours désapprouvé l'offensive d'avril. Mais, donnant le premier l'exemple de la discipline, ri n'avait pas laissé devinerson sentiment.

Si, à la fin, il en fit l'aveu, ce fut parce qu'un devoir supérieur l'y contraignit. Le dimanche, 1" avril, M. Painlevé, minisire de la Guerre, vint le voir à Chàlons et, en se rendant avec lui à Verdun, en automobile, il lui posa cette question :

— Quel est votre avis sur l'offensive projetée et sur les conditions créées par le repli allemand?

Pétain répondit :

— L'opération conçue parle général Nivelle pouvait se défendre avant le repli. 11 était alors permis d'espérer que l'attaque britannique combinée avec la nôtre attirerait les réserves allemandes. Depuis un tel recul, toutes les réserves allemandes sont en mesure de (aire face à l'attaque sur l'Aisne. Ainsi celte attaque, déjà mauvaise au point de vue tactique, le devient au point de vue stratégique.

■ — Conclusion?

— Aucune chance de succès et combien de pertes inutiles !

Le ministre demanda au général de venir voir, à Paris, le président duConseil, M. Ribot. Dans l'entrevue, à laquelle assistaient M. Thomas, ministre de l'Armement, l'amiral Lacaze, ministre de la Marine et le général Franchet d'Espérey, le général Pétain, sur la prière de M. Painlevé, répéta ce qu'il avait dit au ministre de la guerre. Seuls, M. Thomas et l'amiral Lacaze restèrent partisans d'une action immédiate, parce qu'ils étaient obsédés par la menace de la guerre sousmarine. Mais, d'autre part, pouvait-on oublier le récent rapport de M. Abel Ferry à la Chambre, établissant, d'après les commun cations officielles, que « la dépense mensuelle d'hommes s'élevant à 67 000 par mois, l'armée, avant l'appel de la classe 1 g 1 8, n'entretiendrait pas ses effectifs nécessaires au delà de mai 1917 »!

La conclusion de Pétain se résumait ainsi : Avons-nous des forces suffisantes pour faire une offensive destinée à enlever les premières lignes ennemies? Oui. Avons-nous des forces suffisantes pour pousser plus loin notre offensive? Non. Il vaudrait mieux, dans la situation actuelle, se borner à des actions limitées et s'abstenir d'une bataille à allures décisives (1).

Quand le ministre de la Guerre, à la suite des séances du Comité secret, lui demanda de formuler son opinion sur les responsabilités de l'offensive, il répondit :

« Je n'ai pas cru pouvoir établir le résumé des fautes commises aux différents échelons du commandeirunt, pendant ces opérations, et des sanctions prises. Je ne puis, en effet, m'ériger en juge des actes de mon prédécesseur. Un pareil procédé aurait les plus graves inconvénients militaires et sortirait complètement de mes attributions. Vous possédez d'ailleurs tous documents nécessaires pour vous éclairer pleinement, si vous le jugez nécessaire. »

Pétain se tirait de la situation la plus délicate, sans transiger ni avec sa dignité ni avec son devoir.

(1) Le général Foch a dit : «Le Laonnais ne se oréte pas aux attaques d'artillerie. Si en 1917. on avait continué la Somme, on aurjit reconduit i«s Boshes jusqu'à la Meuse. >

Le serment des États-Unis.

En mai, le Gouvernement eut la noble et patriotique idée d'envoyer aux États- Unis une mission à la tête de laquelle se trouvaient M. Viviani, ancien président du Conseil, et le maréchal Joflre.

11 comptait sur cette mission pour remercier dignement nos amis de leur intervention et pour leur indiquer avec précision les moyens de faire vite triompher la cause du Droit.

Toutes les grandes villes d'Amérique firent aux représentants de la nation et

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