FABRE
Le dernier, sur ma liste, Messieurs, est loin de l'être, j’en suis certain, dans vos pensées, dans vos cœurs : c'est le plus que spirituel M. Fabre, ce charmant chroniqueur, cet écrivain élégant, pétillant, entraînant et à l'attrait duquel, je l’evoue, je n'ai jamais ju réussir à me soustraire, Il a fait, il fait encore, puisse-t-il longtemps faire l’honne. : du journalisme. en ce pay. Ses traits sont dorés et s’il vous blesse il le fait d’une manière si fine, si aimable que loin de lui en vouloir, vous ne faites, pour ainsi dire que l’aimer davantage. M. Levasseur son digne collaborateur d'autrefois vous en fera le portrait si tant est que ce portrait ne vous soit déjà acquis, car je le crois photographié dans le cœur de chacun de vous comme je sens qu’il l’est dans le mien,
L'épithète que j'ai signalée, à votre désapprobation n’a donc aucunement sa raison d’être parmi nous. Pour moi, du moins, vous n'êtes ni des abrutis, ni des absurdes et au contraire je me félicite, je m’honore de faire partie d’un association si
bien choisie parmi l'élite de nos gloires canadiennes, et je vais m'efforcer de profiter autant qu’il sera en moi de toutes les belles et bonnes choses qui ne manqueront pas de se reproduire dans l'enceinte de cette salle, autour de cette table où pétille le bon vin, chaque fois qu’il me sera donné d'assister à vos spiri-
tuels entretiens. * A notre santé Messieurs.
DE PRÉMIO RÉAL
Après avoir passé en revue les soldats, officiers supérieurs et sous-officiers de notre joyeuse brigade, j'arrive enfin au chef d’Escadron, à “ notre général” et combien n’ai-je pas de jolies choses à vous dire sur son compte. Si je pouvais vous les dire joliment ?
Ncus sommes bien loin des temps où la science universelle était sars exception le monopole de certains cloîtres aussi inaccessibles au monde ext'rieur que le cabinet de cer'ains rois à celui qui ne portait pas la clef d'or.
Nous ne sommes plus anx temps où princes et seigneurs signaient en frappant un parchemin du pom ueau d'une “durandal ” ou d’une “ rolande ” en déclarant ne savoir mieux signer,
La science a tout pénétré, tout étendu, tout amélioré. Au. jourd'hui “ Savant” n’entraine pas plus forcément l'idée de “ crasseux famélique ” que le titre d'artiste ne rappelle un bonnet de papier, une pipe noir, des souliers éculés.
Son Excellence le Comte de Premio Réal,
Noble deuis douze siècles et ayant une position digne de son rang, sait dé- rober aux nécessités de sa vie officielle le loisir de composer un charmant recueil de seize fraîches mélodies où se révèlent une esquise sensibilité unie à une poétique mélancolie qui montrent que l’homme le mieux doué par Dieu et par le hasard de la naissance s’est pas exempt de. ces déchirements de l’âme qui rapprochent de la Divinité,.
* Ceci me rappelle qu'au dîner qu’on lui a donné à l'Académie de Musique, l'Honorable, plus tard Sir Ado phe Chapleau, disait de lui, en proposant sa santé et à l'endroit de ‘ Seul ” une chanson composée par le Comte, qu’il soupçonnait ‘* que le Comte n’était pas seul ? quaud il l'a écrit.”
“Enr h
Puis les “ Popular sayings ” glanés un peu partout où la carrière diplomatique l’a conduit, Lafontaine enseignait à une cour frivole l’art de se mieux conduire, “Fiel lat ” nous donne le Catéchisme du Cœur — “ Every popular sayiug is a chapter from the history of a heart. ” | |
Envoyé à Emoui dans la Chine Méridionale, le poête, l'artiste, le diplomate, l’éconcraiste, font place à l’architecte : il construit à ses frais dans le genre Oriental une magnifique résidence dont “ Opinion Publique ” de Montréal et les Journaux illustrés Européens ont publié plusieurs dessins,
Le Comte de Prémio Réal a écrit en Français, en Anglais, en Italien et en Espagnol plusieurs ouvrages scientifiques et littéraires — entre autres :
En langue espagnole
“ Eléments du crédit publie et privé avec les solides doctrines de Heunet. ”
“ Physique et Météorologie mises à la por.ée de tous.”
*“ Botanique abregée, ”
“ Notions élémentaires d'Histoire Ancienne” et plusieurs autres.
En langue italienne :
“ Lettres Espagnoles.”
En francais : :
“ Notes sur le commerce entre l'Espagne et ses provinces “ ultra-marines et les provinces confédérées de la puissance du Canada ” actuellement sous- presse.
Quelques-unes de ces ouvres ont été publiées sous son nomde-plume “ Fieldat,” d’autres sous sou ancien nom “ José Anto-
nio de La Vallée,” d'autres enfin avec son titre actuel “ Comte de Prémio Réal,”
Vous croyez sans doute, Messieurs, que j'ai épuisé tous les tîtres que possède M. le Comte à votre admiration ; il n’en
est rien. M. Bazerque, dans la charmante et trop courte biographie qu’il vous a faite du Comte, vous l’a déjà présenté comme “ souple,” pénétrant,” ‘“ prudent” “ gentilhomme jusqu’au bout des ongles, digne sans morgne, fier sans arrogunce” “ plus diplomate que consul-général,” “ plus consul-général que diplomate.”
“ Musicien et poëte, passant des études sur l'électricité aux sonne*s “de la Régence ; chrétien convaincu.”
Ami personnel de Lord Dufferin, le Comte vient de recevoir de lui un charmant billet dans lequel le Noble Lord lui exprime tout son regret de ne plus lavoir à ses côtés et fait des vœux sincères pour leur prochaine rénnion.
Et à propos aussi, Messieurs, du Comte de Duferin, actuellemeut ambassadeur de la Grande-Bretagne à St. Petersbourg et dont Mr. Faucher de St. Maurice vient de faire de main de maître un portrait aussi véridique qu’il est joli et attrayant ; je vous demanderai de boire ici à la santé de leuxs Excellences les Comtes de Dufferin et de Prémio Réal, ces deux hommes si populaires, ces deux amis si dévoués et dont le souvenir ne s’effacera jamais de nos cœurs : A leur santé !
Je viens de dire Messieurs que le Comte de Premio Réal possède d’autres titres à notre admiration. En effet il est maître es-arts et Ingénieur Civil et vous serez peut être surpris d’apprendre de moi que c’est un mathématicien distingué, auteur d’un ‘“ traité pratique du tracé des courbes” écrit tout comme l’eut fait le célèbre plébéien Gérano. Je n’ai plus qu’à ajouter qu’il est à désirer que le gentilhomme aimable, le littérateur, le savant, l’électricien, l'artiste, le mathématicien distingué réunis dans la personne de Son Excellence le Comte de Prémio Réal, consul-général d’Espagne au Canada, et de la présidence duquel nous nous honorons, demeure longtemps encore à Québec et au milieu de nous.
Nous formons ce vœu autant par égoisme que par reconnaissance.