ÉPIGRAMMES
sut» LA SATIRE DE BOILEAU CORTRE LES FEMMES.
ENACÉ d’un écrit fatal à son empire , j^L’Amour, depuis dix ans , a le cœur afSigé ;
^^Elle paroit enfin, cette froide satire; Amour, consolez-vous, le beau sexe est vengé.
UE Pernelle est contredisante !
Qu’il faut chèrement acheter Cinq ou six cents écus de rente Que d’elle j’espère hériter !
A toute heure elle fait la moue Et contrôle ce que Je dis :
Quand je plaisante, je médis;
Je suis un flatteur quand je loue;
Un fanatique quand je lis ;
Un dissipateur quand je joue.
Si je suis gai, je suis un fou;
Si je suis triste, un loup-garou;
Elle me tourne en ridicule ,
Si j’ai parfois bon appétit;
Si j’en manque, ma vieille dit Que c’est un reste de crapule :
Vais-je à l’église fréquemment.
Je suis taxé d’hypocrisie ;
Si je n’y vais que rarement ,
Je suis entiché d’hérésie :
Pour moi j'y perds l’entendement.
Un jour je lui disois : « Ma tante.
Tout vous déplaît, tout vous tourmente; Quand aurez-vous contentement? »
— « Quand? reprit-elle, au monument;
Et pour moi la vie est trop lente. >
Lors lui prit un éternument;
Sur quoi je lui dis bonnement.
Mais de grand coeur : " Dieu vous contente. »
ItANCHON dans ses beaux jours , pour une de ses nuits,
^^Demandoit mille francs en espèces son-
nantes :
Fanchon les valoit bien ; mais l’état de mes rentes De cet amour vénal m’interdisoit les fruits.
Pour cette jouissance ardemment désirée.
Je revins à la charge au bout de quelques mois; Au prix de cinq cents francs elle étoit modérée : Je le trouvai plus haut que la première fois.
Quelque autre temps s’écoule ; et la belle adoucie Cotise à cent écus mon feu qui s’amortit :
J’en voulus donner dix ; Fanchon me remercie. Et notre marché se rompit.
Enfin , sur son retour, cette beauté moins fière S’offre pour deux louis à me tout octroyer ;
Je les donne à ma cuisinière,
Et je crois les mieux employer.
Dans un plus grand raval pouvoit-elle descendre? Fanchon l’a fait pourtant; je vous le garantis : Elle en veut but à but, et me l’a fait entendre;
Et moi je n’en veux plus en ]>ayant, ni gratis.
Four peu que le temps qui les ronge.
Des perles de sa bouche éclaircisse les rangs ,
Que son teint se ternisse , et sa gorge s’alonge ,
C est moi , morbleu , c’est moi qui vaudrai mille francs.
lu
OMMENT composer un ouvrage Qu’on puisse avec profit débiter au Palais?
A faire tout an moins de frais , Voici de nos auteurs la pratique et l’usage.
Prenez du bon , mais peu , c’est drogue qu’on ménage;
Beaucoup de médiocre , encor plus de mauvais ; Mêlez le tout : telle est la véritable dose.
Alcippe , c’est ainsi qu’ün livre se compose :
C’est ainsi que les miens et les autres sont faits.
ju sang du pauvre peuple Amidor enrichi, |Pour plâtrer sa santé de débauches usée , 'Avec lui , cette automne , aux sources de Vichi
A conduit une Agnès fraîchement épousée.
Elle a trouvé des gens qui de l’honneur d’autrui Trafiquoient vers cette fontaine :
Amidor amena Pénélope avec lui ,
Il s’en retourne avec Hélène.
■ nisjy:^ cxLviii
» ENDANT que Luc délibère Sur ce qu’il doit devenir,
Et s’il est bon de se faire Homme d’église ou d’affaire , Avocat ou mousquetaire ;
Plus vite qu’un souvenir.
Le temps à l’aile légère Part pour ne plus revenir;
Ses beaux jours vont s’embrunir.
Et la vieillesse s’avance;
Auparavant qu’il commence ,
Il sera temps de finir.
Flottant dans l’incertitude ,
Luc reste insensiblement
Inutile également
Pour la guerre , pour l’étude ,
Le monde et la solitude.
Quant à moi , je prévois bien Que , cherchant trop à connoître Ce qp’il peut, ce qu’il veut être, Enfin Luc ne sera rien.
/E voulois t’aimer, Cléandre; ÿTu veux être respecté :
^ C’est ce que j’ai pu comprendre ' Par ta fière gravité ;
Ce que ton orgueil affecte ,
Mon devoir l’observera ;
Mais s’il faut qu’on te respecte ,
Va chercher qui t’aimera.
e et de soif tourmenté ,
, ce vieux buveur, tout à plat alité ,
deux médecins épuisoit l’iudustrie ;
« Ah ! messieurs, leur dit-il, pour me guérir à fonds, Otez-moi seulement la fièvre, je vous prie;
La soif, c’est mou affaire, et je vous en réponds. »
I^’ou vient que maître Alain jamais ne me salue ,
^Si du premier salut je ne l’ai prévenu, *£t que , quand avec lui je marche dans la rue,
Le dessus du pavé par le rustre est tenu?
Je n’aurois pas cru qu’un notaire Eût dû prendre avec moi des airs si suffisants. A-t-il donc oublié que feu monsieur son père Fut valet chez le mien pendant cinq ou six ans?
Mais allons doucement, ma bile :
Grasses directbns, insignes faussetés.
Vieux titres contrefaits par une main subtile , Ont de cent mille écus grossi ses facultés :
Si j’ai besoin d’argent, c’est par lui qu’on m’en prête ;
Par lui mon crédit se soutient.
Pour conserver l’utile, abandonnons l’honnéte. Ah ! maître Alain , passez ; l’honneur vous appartient.
>noNTiN fait mystère de tout , ^Jusqu’aux choses les plus connues ; ^Ses confidences ingénues f Me font'mourir de rire en me poussant à bout.
Il pleut ; il fait beau temps ; la guerre est allumée ;
Les Hollandois sont des ingrats;
Le prince de Boulogne a grande et belle armée : Tout cela par Frontin se débite tout bas.
Cette simplicité me semble nonpareille ,
Et je m’attends bien qu’une fois Il viendra me dire à l’oreille :
« Louis est le plus sage et le plus grand des rois. »
DigitizÈd t)f oogic
ROP curieux des affaires d’autrui ,
A déchirer ta malice t’emporte.
Jean fait coucher sa servante avec lui Eh ! que t’importe?
La vieille Iris met du rouge et du blanc , Et sa voisine a l’baleine un peu forte ;
Ce spadassin du collier n’est pas franc :
Eh! que t’importe?
Pour épouser celle qu’il entretient ,
Luc voudrait bien que sa femme fût morte ; Cet amoureux fait l’esprit qui revient :
Ehl que t’importe?
Ce conseiller ne sait point le latin ;
L’autre est discret et jamais ne rapporte;
Biaise au Corlnier boit du soir au matin :
Eh! que t’importe?
Un jeune abbé , qui faisoit le Caton ,
Chez Maréchal crache la colle-forte ;
Un bel esprit a sauté le bâton :
Eh ! que t’importe?
Pour réprimer tes médisants caquéts, Songe à ton fait; c’est à quoi je t’exhorte.
Ta sœur aînée aime son grand laquais :
Cela t’importe.
Pour un danseur qui brille à l’Opéra ,
Ta femme suit l’ardeur qui la transporte ; Nul pour ta fille en vain ne soupira :
Cela t’importe.
Les monnoyeurs au premier jour chez toi S’en vont d’archers conduire une cohorte ; Tu contrefais les nouveaux coins du roi :
Cela t’importe.
Pour te confondre , Hidaspe , et te punir, J ’allé^erois cent faits de même sorte;
En main j’en ai pour ne jamais finir :
Mais que m’importe?
^’oD vient que l’envieui Phorbas, |Révant tout seul dans ce parterre , *Lève les yeux, parle tout bas,
•Et de son pied frappe la terre?
A-t-il souffert quelque malheur?
— Non, je n’y vois pas d’apparence;
C’est qu’il déplore le bonheur De quelqu’un de sa connoissance.
eux
XUL
est donc, Aminthe, un joli petit homme?
i , Phrosine , on le dit ; d’après nos beaux esprits,
Ainsi notre sexe le nomme.
— Dites-moi ce que c’est qu’un joli petit homme;
Je ne l’ai jamais bien compris.
— Un joli petit homme est celui qui se pique De chanter des premiers les airs de du Bousset;
Qui n’a point d’or dans son gousset.
Mais des points, des rubansaulant qu’une boutique; Bien peigné , bien chaussé ; qui fait pas de ballets; A récurer ses dents met son étude extrême; Toujours parle à l’oreille, et vous dit qu il vous aime;
Qui vous fait lire des poulets Qu’il s’écrit souvent à lui-même;
Qui sait quel petit-maître a dîné chez Rousseau, Quelle femme s’est enivrée ;
Qui fait bien un ragoût, connoît un bon morceau , Et de toute la cour distingue la livrée ;
Mieux fourni de tabac qu’on ne l’est au bureau , Donnant le choix du pur ou de la boîte ambrée ; Qui sait de tout Paris les secrets rendez-vous ;
Qui vous dit : « Un tel est jaloux;
Un tel brûle p^r une telle. ■
— Quoi! ce n’est que cela? — Rien que cela, ma
belle.
— Un joli petit homme , Aminthe , est , entre nous,
Une fort grande bagatelle.
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