SUR LE SEPTIÈME CHANT DE L'ILIADE
Page 2. - 'Apv vaie-raovta Mevécrôiov. Ménesthius, qui habitait dans Arné. Arné, ville de Béotie, selon Strabon. C'est la même qui, plus tard, fut appelée Acréphion; Chéronée, selon Pausanias. D'autres prétendent qu'elle fut engloutie dans les eaux du lac Copaïs. Si l'on en croit Thucydide, 1, 60, elle fut bâtie soixante ans après la prise de Troie, par les Béotiens, qui, chassés par les Pélasges, se retirèrent à Arné, dans la Thessalie, et, plus tard, chassèrent les Pélasges à leur tour. On peut supposer qu'ils ne firent que rebâtir la ville béotienne.
Page 4. 'AXa^XOICI Se iwye (7uvavT £ ff07]V irapà çriyw. Les deux divinités se rencontrèrent près du hêtre, cP-flYÓÇ, on suppose que c'était le quercus esculus de Linnée, chêne alimentaire, ou nour-ricier, dont les fruits étaient bons à manger, et semblables aux glands. RAC. çayeïv, manger.
Homère parle d'un bel arbre de cette espèce, qui était consacré à Jupiter, à la porte Scée.-ILIADE, Y, v. 693 ;–VI, v. 237 ;–IX, v. 534.
Page 14.AXX' ÔfLEtÇ uàv ̃nrbnzc ÜàWD xo.1 YOttCl. yivotuOE. Oh! puis-siez-vous être réduits en terre et en eau ! Il ne faut pas sans doute attacher à ces mots le sens philosophique de ce vers de Xénophane : « Car nous sommes tous nés de la terre et de Veau. » Il nous semble qu'on ne doit voir dans cette expression du poëte qu'un équi-valent du mot français pulvériser, réduire en poussière; anéantir.
0 puissant Jupiter, Minerve, Apollon, que ne suis-je encore dans l'âge de la jeunesse, comme au temps où je vis, sur les bords du rapide Céladon, les Pyliens et les Arcadiens , habiles à
NOTES SUR LE VIle CHANT DE L'ILIADE. 65 manier le javelot, combattre sous les murs de Phée, non loin du lfeuve Jardanus!
Phée, ville de l'Élide, sur la limite de l'Élide Pisatide, sur le fleuve Jardanus, qui, selon Strabon, serait une rivière voisine de l'Acidon, et tirerait son nom du tombeau de l'ancien héros Jardanus. - On peut rapprocher de ce passage, où le vieux Nestor regrette les années de sa jeunesse, cet autre discours d'Évand re, qui rappelle ses anciens exploits en faisant ses adieux à son fils : -
O mihi praeteritos referat si Jupiter annos!
Qualis eram, quum primam aciem Praeneste sub ipsa
Stravi, scutorumque incendi victor acervos ;
Et regem bac Herilum dcxtra sub Tartara misi.
Énéid., y 111, v. 56o et seq.
dit divin Aréïthoiis, surnommé le guerrier à la massue, par les hommes'et par les femmes à la belle ceinture.
Cisséeet Gyas, dans l'Enéide, portent les mêmes armes que le terrible Aréïthoiis :
Nec longe Cissea durum,
Immanemque Gyan, sterncntes agmioa clava,
Dejecit leto.
Énéid., 1. X, v. 317.
Mais il combattait avec une massue de fer, qui rompait les phalanges ennemies.
Le frisson de la crainte saisit les membres des Troyens ; Hector lui-même sent son cœur palpiter dans sa poitrine.
C'est ainsi que les Rutules se troublent à l'approche du combat, et que Turnus pâlit à la vue d'Enee :
At vero Rutulis impar ea pugea Tideri
JamduduIIl, et vario misceri pectora motu :
Tum magis. ut propius cernuot, non viribus æquis.
Adjuvat incessu tacito progrcssus. et aram 66 NOTES SUR LE vue CHANT DE L'ILIADE.
Supplicher venerans demisso lumine Turnus ,
Tabentesque gense, et Juvenili in corpore pallor.
Énèid., XII, v, 216.
Page 30.– - qui demeurait à Hylé. Petite ville de Béotie, sur le lac Copaïs, détruite du temps de Strabon ; - ville de Carie, suirant d'autres.
A son tour, le divin Ajax lança son long javelot, qui frappa le rond bouclier du fils de Priam. Le trait irrésistible pénétra le bouclier brillant d' Hector, dont il perça la magnifique cui-msse, et déchira la tunique au flanc.-
On retrouve à peu près les mêmes détails dans le combat dé Mé-zence et d'Ënée :
Tum pius jEneas hastam jacit : illa per orbem
Mvc cavum triplici, per linea lerga , tribusque
Transiit intexlum tauris opus, imaque sedit
Inguine.
Énéid., X, v. 783.
Les trois .luttes d'Hector et d'Ajax (Iliad. VII, 206; XIV, 402; XV, 95) ont été imitées dans cet épisode de Virgile, qui a servi lui-même de modèle au Tasse (combat d'Argant et de Tancrède, Jérusal. délivî-.); à Fénelon (combat d'Adraste et de Télémaque, liv. XX); à Voltaire (combat d'Aumale et de Turenne, Henr. X). Beaucoup de Grecs à la belle chevelure ont péri déjà : leur sang noir a coulé sur les bords du beau lfeuve Scamandre, versé par le cruel dieu de la guerre, et leurs âmes sont descendues chez Pwtan.
NOTES SUR LE VIle CHANT DE L'ILIADE. 67
Ce passage du discours de Nestor dut fixer l'attention de Virgile, quand il mit ces vers dans la bouche du vieux roi Latinus :
Ex illo qui me casus, quac, Turne, sequanlur
-Bella , vides; quantos primus patiare labores.
Bis magna victi pugua vix urbe tuemur
Spes Italas ; recalent nostro Tiberina flucnta
Sanguine adhuc, campique in gentes ossibus albent.
Énéid., XII, v. 32.
De leur côté, les Tl'ôjiens se forment en assemblée dans la partie haute de la ville d'Ilion, aux portes de Priam,
-hp"fl uoXt;, ville haute, et la plupart du temps, citadelle, parce que la citadelle commandait toujours le reste de la ville, soit par sa position sur une éminence, soit par sa propre élévation.
Cette assemblée tumultueuse, où le peuple troyen, las d'une guerre sans espoir, propose, par la bouche d'Anténor, de rendre aux Grecs Hélène et ses richesses, est comme le texte qu'a développé Virgile au livre XI, v. 213, de son Énéide :
Jam vero in tectis, praedivitis urbe Latini,
Praecipuus fragor, et longi pars maxima luctus.
Hic maires, miserxque nurus hic cara sororum
Pectora mœrcntum , puenque parentibus orbi
Dirum exsecrantur bellum , Turnique bymenaeos ;
Ipsum armis ipsumque jubcot dccerncre fcrro , Qui regnum Italiæ et primos sibi poscat honores.
En comparant les discours d'Anténor et de Drancès, de pâris et de Turnus, il est curieux de remarquer, à part les différences de carac-tère et de situation de ces divers personnages, combien le grec est sobre de détails et concis, tandis que le latin ne recule pas devant les traits de la plus minutieuse analyse :
Tum Dranccs idem infensus, quem gloria Turni
Obliqua invidia stimulisque agilaliat amaris,
Largus opum , etc.
Ènèid., XI, v. 336. 68 NOTES SUR LE VIIe CHANT DE L'ILIADE.
Paris. Imprimerie de Ch. Lahurc et Cio, Tue de Fleurus, 9. Il ne faut pas négliger de rendre au plus vite les derniers de-voirs aux morts, et d'apaiser par le feu les mdnes de ceux qui ont succombé.
Les anciens supposaient en effet que les âmes des morts se cour-rouçaient quand on ne se hâtait pas de faire leurs funérailles. et Puissant Jupiter, sera-t-il encore quelque mortel sur la terre immense, pour vanter la sagesse et la prudence des immortels JI »
Quelques auteurs ont traduit : Quel homme sur la terre voudra confier aux immortels ses pensées et ses desseins P Cette version nous parait n'avoir pas de sens, et nous avons suivi celle du savant et judicieux. M. Dùbner : Num quis est immortalvum in immensa terra, qui adhuc immortalium mentem et consilium celebra bit P D'ailleurs, l'authenticité de ce discours de Neptune et de la réponse de Jupiter est contestée, Zénodote, Aristophane et Aris&nrae$ijpï>d-ment cette assemblée des dieux.