SCÈNE V
LABRADOR , puis BOURGOGNAT.
LAMUDOR.
Quel petit bijou d’fponse!.. mais j’entrevois dans le lointain un avenir d'homme de couleur. Oh ! patience , ma Bibiche.
Au AfMfoîr nnu e«rur • jlnudo.iiic.
Ton futur, à toi , s’abandonne ,
Mais , après la noce : à nous deux , Aujourd'hui; dis encore: J’ordonne!
Demain, je te dirai : Je veu\ l Je te rends ici la pareille ;
Chacun son tour, c’est mon refrain :
Je veux bien obéir la veille ,
Mais commander le lendemain ;
Je commande le lendemain.
BOURGOGNAT, en dehors.
Merci, portier, merci. (il entre.)
LABRADOR, l'apercevaut.
Oh! Bourgognat... est-il beau... une pleine lune... un vrai soleil couchant.
BOURGOGNAT.
Ah! dam, je veux qu’on vous fasse compliment de votre garçon d’honneur.
Ah ! c’est vrai , tu es tic la noce... je comprends ton habit noir... (Fredonnant.)
Oui, c’en est fait, je me marie...
Ah! (U soupire.)
BOURGOGNAT, étonné.
Ah ! mais vous poussez des soupirs à détruire des cheminées. Auriez-vous de la répugnance à allumer les torches de l’hymen?
LABRADOR, tristement.
Eh non!., mais cette bonne vie de garçon que je vais abandonner... ma vieille liberté, qui ue lient plus qu’à un (il...
BOURGOGNAT.
C’est ça que vous regrettez?.. S’il est permis... une vie de commis-voyageur. Ah !.. ab!..
LABRADOR, très vivement.
Ah! ne blasphème pas, Bourgognat, la liberté... Tu ne sais pas ce que c’est , les voyages, la grande route, l’impériale , la pipe fumée au grand air... les cancans du conducteur... les repas d’auberge... les visages rayonnans à votre arrivée... C’est lui... Labrador, notre ami... A lui la place d’honneur, la bouteille de la comète... Nouvelle ville, nouveaux amis... nouveaux voyages, nouveaux plaisirs... Qui peut donner un pareil bonheur, qui peut remplacer cette bonne liberté-là ?..
BOURGOGNAT.
Moi, je suis casanier... je n'aimerais pus tue trimballer comme ça.
* LABRADOR
Et les femmes, Bourgognat.
BOURGOGNAT.
Oh! J’aimerais ça , moi !..
LABRADOR
Ici, la blonde ; plus loin, la brune... et codera . la botte à couleurs qui défile... amours vifs... toujours nouveaux et pas longs... en route... voilà le conducteur...
BOURGOGNAT.
Il parait que vous en avez eu vigoureusement . vous... clés bonnes amies et de plusieurs nuances encore...
LABRADOR
(Jne vrai mosaïque... ah ! Bourgognat... quels souvenirs. Je lie suis pourtant pas l’Appollon du Bcivéder. Eh bien, je peux te «lire ça à loi... tous les déparlciucns...
BOURGOGNAT.
Tous ?..
LABRADOR
Tous... un seul... excepté...
BOURGOGNAT.
Miséricorde, vous avez eu quatre-vingt-cinq...
LABRADOR, Itii mettant la main sur la bouche.
Chuuut... j’ai conservé, non pas par fatuité, au moins, mais pour relire ça tout seul... quand je serai vieux , un petit calepin , sur lequel sont inscrits les noms et les adresses de mes quatre vingt-cinq amours; nous sommes seuls, je vais te le faire voir.
BOUGOGNAT, & part.
Ah! diable. (Haut.) Non, merci, ça me donnerait des idées.
l.ABRADOn, qui a ouvert sa commode, et cherche
dans un tiroir.
Je l’avais mis là... c’est drôle.
bourgognat, virement.
Avez-vous regardé dans ce petit bureau?
labrador, y allant.
Rien...
bourgognat, Jette un petit calepin dans Je tiroir de la commode qui est resté ouvert.
On cherche si mal, quand on est pressé...
LABRADOR, allant à la commode.
Ah! quand je devrais déranger toute la maison... peste, si madame mon épouse allait mettre la main dessus... Imbéclllc... il nie crevait les yeux... le voilà... tiens, regarde... Marguerite... Bouches-du-Rhône; Kaudiounelle... Cantal; Ursule... Sciue-Inférieurc ! c’est un cours de géographie ; il n’y a que la Seine qui manque à la collection.
BOURGOGNAT.
Ab ! vous ne possédez pas ce lleuve.
labrador , mélancoliquement.
Adieu, charmantes lilles, qui m’attendez toujours, et qui ne me reverrez plus...
BornnoGN vr , avec inienüon.
Bah!., qui sait!
LABRADOR
Tu ne comprends pas tous nies regrets , toi Bourgognat, qui n’a jamais eu...
BOrnGOGNAT, se rengorgeant.
Comment jamais eu... pour qui me prenezvous?.. je n’ai fait qu’une tourméc. en province m pendant votre maladie du printemps dernier...
ch bien! dans ce voyage de deux mois... j’ai fait cheoir quelques vertus départementales , vertus qui m’assassinent de lettres... tout à l'heure encore j’en ai reçu trois.
LABRADOR
Laisse-moi donc tranquille... le bruit court dans le quartier que tu t'écris à loi-méiue des lettres d'umour.
BOURGOGNAT.
Par exemple , vo>ez si c'est de mon écriture.
LABRADOR, prenant les lettres.
Belles preuves. (Usant.) -> Il faut que tu me rendes l'honneur... Clairette... Notre liaison a en de terribles suites... Jacqueline... Si tu m’abandonnes, je me tue... Brigitte. *
BOURGOGNAT, se pavanant.
Qu'est-ce que vous dites de ça ?
LABRADOR
Je dis que tu dois être une bonne pratique pour l’écrivain public du coin... je reconnais son anglaise.
BOüBGOGNAT.
Laissez donc !.. ( a part. ) Maraud ! je lui avais dit d'écrire en ronde.
GRAVATILR, eu dehors.
Bourgognat , Bourgognut , viens donc me mettre ma cravate.
IIOUBGOGNAT, criant.
On y va (a Labrador.) Quoi que vous en disiez, M. Labrador, on a eu aussi des bonnes fortunes. (Avec Intention.) Et je ne les changerais pas contre les vôtres... (a part.) Onze heures ! les messageries devraient être arrivées depuis...
GRAVATIF.R , en dehors.
Bourgognat , Bourgognat.
BOURGOGNAT, avec humeur.
On y va... est-il insuportable. On y va... on y va... (Il sort vivement.)
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